livre
Dont les vers en paquet se vendent à la livre ! Vous pourrez, voir , un temps , vos écrits estimés Courir de main en main par la ville semés ; ' ,* Puis de là, tout poudreux, ignorés sur la terre, Suivre chezl'éi>icicrNeuf-Germaiu (a) et la Serre (3); Ou , de trente feuiiléts réduits peut-être à neuf, Parer, demi rougés, les rebords du Pont-Neuf (4).
(i) Saumaise , célèbre commentateur, (a) Poète extravagant.
(3) Auteur peu estimé,
ilt) Où l'on yewl d'ordinaire d eï livres 4fi rebn«
it vos ouvrage
Et souvent dans un coin , renvoyés a l'écart, ' Servir de second tome aux àirs du Savoyard (i) !
Mais jft.ve4ix"que le sort , par un heureux caprice , Fasîfp de von écrits prospérer la malice , Et jnVenlin votre livre aille, au gnfde vos vœux, — Faire siffler Cotîn chey. «os derniers neveux ; Que vous sert-il qu'un jour l'avenir vous estime , Si vos vers aujourd'hui vous tiennent lieu de crime, Et ne produ'isentrien , pour fruits de leurs bous mots - Que l'effroi du public et la haine des sots ! Quel démon vous irrite et vous porte à médire 1 <W Un livre voua de*plalt : qui vous force à le lire f
Laisser, mourir un fat dans son obscurité' ; ** Un auteur ne peut-ïl pourrir en sûreté ï y
Le Jonas inconnu sèche duns la poussière ; '" Le David imprime n'a point vu la lumière ;
Le. Moïse (a) commence à moisir par les bonis ; . (juel mal cela fait-il ? Ceux qui soitt morts , sont morts ;
Le tombeau contre vous ne peuuil les de'fendre ? Et qu'ont fait tant d'auteurs pour remuer leur cendre * ÇVie vous ont tait Perrin , fiardiu. Pradon, Haïnauf, Collétet, Pelletier , Titrcville , Quinaiit , " | Dont les noms en cent lieux, places comme en leurs f ( - niches ,
Vont de vos vers m-ilîns remplir le-» hémistiches ? Ce qu'iis font vous ennuie. O le plaisant de'tour I Ils ont bien ennuyé 1 le roi , route la cour ,
{O Fameux clian'eyi du Pont-Ne„uf, dont on vnnle crt- Cern les chansons.
C "" ,Tt>î * P° ëmp P3vo;cn] f te* faits, le.ïonflï par Çor»i, U David IrfiiFaignc! .. « ir Moïse par S« D f- Ahiaaul.
Sans qiif le moindre e'dit ait, pour punir leur crime, Retranche* tes auteurs,' ou suprimg la rîniè. Ecrive qui voudra ; chacun à ce métier Peut perdre imptiiiémeut de l'encre et du papier. Un roman K saua We.sser les lois ni la coutume , ■ l'eut conduire un hdros au dixième volume (i). De là vient que 'Paris voit chez 'lui de tout temps Les auteurs a grands flots déborder tous les ans; Et n'a point de portail où , jusques aux corniches , Tous les piliers ne soient enveloppes d'affiches. Vous seul plus dégoûte , sans pouvoir et sans nom , Viendrez régler les droits et l'état d'Apollon ! Mais vous , qui raf liriez sur les écrits des autres , De quel <xi\ peuse/,-vous qu'on regarde les vôtres! 11 n'est rïeu eu ce temps h couvert de vos coups ; Mais snvez.vous aussi comme on parlé de vous ! '
Gardez-vous, dira l'un , de cet esprit critique ; On ne sait hien souvent qu'elle mouche le pique ; Mais c'est un jeune fou qui. se croit tout perfide , Et qui pour nn bon mot va perdre vingt aoiià, ïl ne pardonne pas aux' vers de la Pucclle , Er croit régler le monde au gre de sa cervelle. Jamais dans le barreau trouva-t-il rien de bpo ï Peut-on si bien prêcher qu'il ne donne au sermon \ Mais lui , qui fait ici le régent du Parnasse , N'est qu'un gueux revêtu de» dépouilles d'Horace (3). Avant lui Ju vénal avoit dit eu latiu Qu'on est assis à l'aise aux sermons de Colin. L'un et l'autre avant lui s'éWent plaints de, la rime. Et c'est aussi sur eux qu'il" rejette son crime ; - "
' (1) Les romans do Cyruf, de CUUc ut du Pharamond-, sent chacun eu dix volumes.
(3) Saint-Pdviu reprochoit à l'auteur mj'iI n'éloit riclift que des dépouilles d'Jiorace , de Juréual t t de Bçgaia^
Il cherche à se couvrir de ces noms glorieux.
3'ai peu ln ces auteurs ; mais tout u 'irait que mieux,
Quand de ces médisons l'engeance toute entière
Irait la tête en bas rimer dans la rivière. (
Voilà comme on vous traite ; et le monde effrayé Vous regarde déjà comme un homme noyé.
En vain quelque rieur prenant votre défense , Veut faire au moins de grâce adoucir ià sentence ; i Rien n'apaise Un lecteur toujours tremblant d'effroi , 1 <Jui voit peindre en autrui ce qu'il remarque en soi. Vous ferez-voua toujours des affaires nouvelle» î 1 Et faudra-t.il sans cfsse essuyer des querelles ? . JJ'cnrendrai-je qu'auteurs se plaindre et murmurer! Jusqu'à quand vos fureurs doivent-elles durer? Répondez, mon esprit; ce n'est plus raillerie ;
Dites Mais direx-vous -, pourquoi cette furie?
<Juoi ! pour un maigre auteur que ji; glose en passant , Est-ce un crime , après tout , et si noir et si grand î Et qui, voyant un fat s'applaudir d'un ouvrage, Où la droite raison trébuche à chaque page , Ue s'ecrits aussitôt : l'impertinent auteur k Xj 'ennuyeux écrivain ! Le maudit traducteur ! A quoi bon mettre au jour tous ces discours frivoles , Et ces riens enfermes dans de grandes paroles ?
Est-ce donc là médire , ou parler franchement I T^on , non , la médisance y va plus doucement. Si l'on vient à chercher pour quel secret mystèr» Alïdor a ses frais bâtit un monastère :
Sfliàor ! dit un fourbe , il est de met amis ; Je l'ai connu laquai* avant qu'il fût commis; C'est un homme d'honneur , de piété profonde , ■Et qui veut rendre à Dieu ce qu'il a pris au monde-
Voilà jouer d'adresse , et médire avec art; Et c'est avec respect enfoncer le poignard.
/ TJn esprit né sans fard , sans basse complaisance, I Fuit ce ton radouci que prend la médisance. ■
SATIRE ÎX.
Iangiiiasans ,
t lie choquer un auteur qui choque le bon simis , De raïllcr d'un plaisant qui ne sait pas noua plaire , C'est ce que tout lecteur eut toujours droit fie Faire,
Tout lea-jours à la cour un sot dequalite Peut juger tic travers avee impunité ; A Malherbe , à Racan , - préférer Théophile ; lût- le clinquant du Tasse à tout l'or de Virgile (i).
Un clerc , pour quin/.e flous, sans craindre le hola, Peut aller an parterre attaquer Attila ; El", si le roi des Huns ne lui charme l'oreille , Traiter de visïgots tous les vers de Corneille.
Il n'est valet d'auteur , ni copiste a Paris , Oui , la balance eu main, ne pèse les écrits, liés que l'impression lait éelorc un poète, II est esclave ne' de quiconque l'achète; Il se soumet lui-même ans. caprices d'autrui, Fit ses écrits tout seuls doivent parler pour lui. Un auteur a genoux , d'ans une humble préface , jiti lecteur qu'il ennuie a beau .demander grâce; .11 ne gagnera rien sur ee juge irrité j Qui lui fait sou procès de pleine autorité.
Et je serai le seul qui ne pourrai rien dire î On sera ridicule , et je n'oserai rire ?
Et qu'ont produit mes vers de ai pernicieux, Pour armer contre moi tant d'auteurs furieux î a-* Loin de les décrier , je les ai fait paraîtra ; I Et souvent , sans ces vers qui les ont fait conuoltre, t Leur talent dans l'oubli demeureroit cache. Et qui saurait sans moi que Cotin a prêché t La satire ne sert qu'à rendre un fat illustre j C'est une ombre au tableau qui lui donne du lustre. -
(i) Un Homme de quaiitc lit un jour ce beau jugement eu ma piÛBence.
En les blâmant enlin j'ai dit ce que j'en croi ;
Et tel qui m'en reprend en pense autant que moi.
Il a tort , dira l'un , pourquoi faut-il qu'il nomme! Attaquer Chapelain ! ah ! c'est un si bon homme ! lialzac en fait l'éloge en cent endioits divers. . Il est vrai ., s'il m'eût cru , qu'il n'eût point fait de vers* *«* Il se tue à rimer ; que n'écris-t-il en prose !
Voilà ce que l'on dit. Et que dis-jc autre cboscî En blâmant ses e'crits', a'i-]C d'un style affreux Distille' sur sa vie un venin dangereux î Ma muse en l'attaquant , charitable et discrète * *■ Sait de l'homme d'honneur distinguer le poète. On'on vante en lui la foi, l'honneur, la probité' ; Qu'on prise sa candeur et sa civilité' ; Qu'il soit doux , complaisant, officieux , sincère ;
- On le veut, j'y souscris , et suis prêta me taire. Nais que pour un modèle on montre ses écrits ; -Q u'ilsoitlc mieux rente* (i) de tous les beaux esprits ;
•w Comme roi des anteurs qu'on l'élève à l'empire i Ma bile alors s'échauffe , et je brûle d'écrire ; Et s'il ne m'est permis de le dire au papier, J'irai creuser la terre , et , comme ce barbier. Faire dire aux roseaux par un nouvel organe; Widas, le roi Midas a des oreilles d'ane.
Q»el tort lui fais-jc enfin? Ai je par im écrit Pétrifie" sa veine et glacé son esprit î Quana un livre an. palais se vend et se débite , Que chacun par ses yeux juge de son mérite , Que Bilaine (n) l'étalé au deuxième pilier , . Le dégoût d'un censeur peut-il le décrier !
| En vain contre Te Cid un ministre se ligne (3) :
* Tout Raris pour Chimène a les yeux de Rodrigue. ,
{ i ) Chapelaiu avait de divers endroits Ùoo6 liv. de pension, (a) Libraire du palais-
"(3) Voyez l'Minoire de VAea àèmic , par Pélissoni