‹ Œuvres de boileau despreaux, nouvelle edition; augmentèe de notes ed de la vie de l'auteurChapitre 11 sur 70 · SATIRE VA G · texte numérisé non relu

SATIRE VA G

1/ Académie pu corps a beau le censurer* Le publie révolté s'obstine à lîadnurer, J\fuis lorsque Chapelain met une ceùyrfl en lumière; Chaque lecteur d'abord lui devient un Liniere (i). En vain il a reçu l'encens de mille auteurs , Non livre en paraissant dément tous ses lii'tpnrs. Ainsi , sans m'accuser , quand tout Paris 1 ■ joue , Qu'il s'en prenne, h ses Vers qae Ph^bus désavoue; Qjûl s'en prenne à sa nuise allemande « huiçois. Mais laissons Chapelain pour la dernière fois.

La satire, dit-on, cat un métier funeste , Qui plaît à quelques cens , et choque' Mut le reste. La suite en est 'a craindre.; en ce hardi métier ; La peur plus d'une fois fit repentir Régnier. Quitte/, ces vains plaisirs dont l'appât vous abuse i A de plus doux emplois occupez votre musa ; Et laissez à Feuillet (^,) reformer l'univers.

ïr,t sur quoi donc faut-il quo s'eseie^ut nie 1 "- vers! Iraî-je dans une ode , en phrase? de Malherbe, Troubler dans ses roseaux le Danube superbe ; Délivrer de Sion le peuple garnissant ; Faire trembler Memphis, ou pa-lir le croissant; Kt , passant du Jourdain les ondes alarmées . 'Cueillir, mal-à-prnpns , 1rs palmes. idomiÎPsI Viftndrai-jc en une c'glogue . entoure de troupeau»,' An milieu de Paris enfler mes chalumeaux .

Kt . dans mon cabinet assis nu pied des hêtres , Faire dire aux échos des sottises champêtres ? Fanrlia-t-il de sanp; froid, et sans être amoureux, Pour quelque Fris en l'air faire le langoureux , Lui prodiguer les noms de Soleil e i d'Aurore . Et toujours bien mangeant mourir parmeEjpfi îffl ï

;i) Auteur qui □ écrit contra Chapelain.

(s) Famoux pro-J'icaliiur forlsL vOra '.'ans sespreaisatioi^

3e laisse aux doucereux ce langage affe'te' ,

Où s'endort un esprit de mollesse hé'be'te'.'

La satire, en leçons*, en nouveautés fertile , ! Sait seule assaisonner le plaisant et l'utile , Et, d'un vers qu'elle épure aux rayons du bon sens, Détromper les esprits des erreurs "de leur temps. Elle seule , bravant l'orgueil et l'injustice, ' "Va jusque sous le dais. faite pSIir le vice ; Et souvent sans rien craindre , à l'aide d'un bon mot .. Va venger la raiaon'dea attentats d'un sot.

C'est ainsi que Lucihi (i). appuyé' de Ldlie (s), Fit justice en son temps des Cotlns, d'Italie , Et qu'Horace , jetant le sel à pleines mains, Se jouoit aux dépens des Pelletiers romains.

C'est elle qui , m'ouvrait! le ehenùn qu'il fautsuïvre, M'inspira dès quinze ans la haine d'un sot livre : ; Et sur ce mont fameux où j'osai la chercher*, Fortifia mes pas et ju 'apprit à marcher.

C'cstpourelle, en un mot , que j'ai fait vreu d'écrire,

Toutefois , s'il le faut, je veux bien m'en de'dire , Et, pour calmer enfin tous ces flots d'ennemis, ■Réparer en mes vers les maux qu'ils ont commis. Puisque vous le voulez , je vais changer de style. Je le de'dire donc : Ouiuaiit est un Virgile , Pradon comme nn soleil en nos an» a paru ; SPellctier écrit mieux qu'Ablancourt ni Pat ru ; Cotin , à. ses sermons traînant toute la terre , Fend les flots d'auditeurs pour aller à sa chaire ; Sofal (3) est le phéhîs des esprits relevés ; Perrm (3).... Bon , mon esprit , courage , poursuivez. Mais oe voyez-vous pas que leur "troupe en furie Va prendre" encore ces vers pour une raillerie ?

(1) PoÈte iatio satirique.

(2) Consul romain.

(8) Autem» médiocres.

SATIRE IX. 69 Et Dicti sait aussitôt que d'auteurs en courroux , Qui' de rîmcùrs blesses s'en vont fondre sur vous { Vous les verrez bienfôt , féconds en impostures, Amasser contre vous des volumes (["injures, Traiter eu vos écrits chaqrfc vers d'attéutat , Et d'un mot innocent faim un crime d'état (i). Vou3 aurez beau vanter le roi dans vos ouvrages , Et de son nom sacre" sanctifier vus pages ; . Qui méprise Cotin n'estime point son roi.

Et n'a , selon Cotin , ni liiçu , ni fui , m loi. Riais quoi ! répondrez- vous , Cotin nous peut-il

Et par ses cris enfin que sauroit-il produire !

■ Interdire à mes vers dont peut-être il fait cas, L 'entrée aux pensions où je ne prétends pas ? Non, pour louer nu rot que tout l'univers loue, ,

■Ma langue n'attend point que l'ari;eut la de'uoue ;. Et, sans espérer rien de mes faibles écrits'. L'honneur de le louer m'est un trop digue prix. On 111e verra toujours , sa^e d;ms mes caprices , De ce même pinceau dont j'ai noirci les vices , Et peint du nom d'auteur tant de sots rev&us , Lui marquer mon respect , et tracer ses vertus. Je vous crois ; mais pourtant on cric , on vous menace.

Je crains peu, dîrez-vous , les braves du Parnasse. Hé ! mon Dieu ! craignez tout d'un auteur en courroux,

Qui peut.... Quoi? Je m'entends. Mais encor î Taises, vous.

Çl) Cottin , dans on di) ses écrits . m'accusoit d'être cri- , minel de lêse-majesté divine et humaine.

' 7 r y-- Ku I(tt .c «cj purtraics.

Le poète conduit son lecteur de l'un à l'autre par des transitions ménagées avec tout l'art possible; c'est ainsi qu'il caracter-se successivement ta. Coquette, la Joueuse, l'avare, la Bizarre,la Savante, la Préc-euse , la Bourgeoise de qualité , la fausse Dévote . la Pédante, la Plaideuse. Celte Satire fut achevée an iGg3 ; mais elle ne' fut publiée que l'année suivante.

EnfiïV, bornant le cours de tes galanteries , Alcippe , il est donc vrai , dans peu tu te maries : Sur l'argent, c'est tout dire, on est déjà d'accord; Ton l>eau.-pfere futur ride, son coffre-fort ; Et déjà le notaire a, d'un stvle énergique , Griffonné de ton joug l'instrument authentique (i). C'est bien fait : il est temps de iixer les désirs. Ainsi que ses chagrins l'hymen a ses plaisirs. DueUejcfie, eoeifet, quelle donceur extrême, , De se voir caresse' d'une épouse qu'on aime I De s'entendre appeler petit, cœur , ou mon bon ! w De voir autour de soi croître daus sa maison,

Cl) Instrument, eu style de pratiqua , veut dire touUÊ «ortes de contrats.

S'A TFRE X. 7t .Sous les paisibles lois «l'une agréable mère De petits citoyens dont on croit être père !

Quel charme , au moindre mal qui « 0 us vient menacer,

De la voir aussitôt accourir, s'empresser, S'eifrayer d'un pérjl qui n'a point d'apparence, Et souvent de douleur se pilmcr par avance !

Car tu ne seras point de ces jaloux affreux , Habiles à se rendre itiquiets, malheureux , Qui, tandis qu'une dpoase à leurs veux se désole , Pensent toujours qu'un autre en secret la console.

Mais quoi ! je vois djjù que C e discours t'aigrit. Charme de Juvcnal (i) , et plein de son esprit, Venez-vous , diras-tu , dans une pièce outrée , Comme lui nous chanter que, dès le temps de Rhec. La chasteté' déjà, la rongeur sur le front , A voit chez les humains reçu plus d'un affront; Qu'on vit avec Je fer naître les injustices , L'impiété ,. l'orgueil , et tous les autres vices : Mais cfue-la h. mue fui dans l'amour conjugal N'alla point jusqu'au temps du troisième métal (a) î Colinots ont dans sa bouche une emphase admirable! Mais je vous dirai , moi , 3 nns alléguer lu fable Que si sous Adam même , et loin avant No fi Le vice audacieux t de3 hommes avoue', A la triste innocence en tous lieux lit la guerre , Il demeura pourtant de l'honneur sur la terre : Qu'aux temps les plus féconds en Phrynéa (3) , en.

1 Laïs (3) , J * '

Plus d'une Pénélope honora son pays,; ■

(0 Juvénal a fait une satire contre les femmes , qui tsr SOn plus bel ouvrage.

fo? ?,? Tole f àa commencement do la satire de Jn vénal. ISJ 1 Hryae , courtisane d'Athé ues . LÏU , courtisane de

Èt que, même aujourd'hui, sur ce fameux modèle,

On peut eneor trouver quelque femme lidèle.

Suris doute ; et dans Paris, si je sais bien compter, 11 en est jusqu'à trois (t) que je pou rrois citer. Ton épouse dans peu sera la quatrième :

Je le veux croire ainsi. Mais , la chasteté' même Sous ce beau nom d'e'pouse cutrat-elle chez toi , De retour d'un voyage, en arrivant, crois-moi, Fais toniours du logis avertir la maîtresse.

Tel partit tout baigné - des pleurs de sa Lucrèce,

?uï , faute d'avoir pris ce soin judicieux , rouva.,.. tu ^ais.... Je sais que d'un conte odieus ■Vous avez comme moi sati votre me'moire.

Mais laissons là , dis-tu , Jocondé et soA histoire i Du projet d'un hymen déjà fort avance' , Devaut vous aujourd'hui criminel de'noncé, Et mis sur la sellette aux pieds de la critique, Je vois bien tout de bon qu'il faut que je m'explique. . Jeune autrefois par vous dans le monde conduit, J'ai trop bien profite' pour n'être pas instruit A quels discours malins le mariage expose :

Je sais que c'est un texte où chacun fait sa glose; Que des maris trompes tout rit dans l'univers , ■ Epigranimes , chansons, rondeaux, fables envers, Satire , coiuc'die ; et sur cette matière , ' J'ai vu tout ce qu'ont fait La Fontaine et Molière ; J'ai lu tout ce qu'ont dit Villon et Saint-Gelais , Arioste , Marot, Bocace, Rabelais, .

Et' tous ces vieux recueils de satires naïves (2) t Des malices du sexe immortelles archives. ' S JVlais tout bien balancé , j'ai pourtant reconnu Que de ces contes vains le monde entretenu ,

XOCed est dit figurérnent.

i») L.ss Contes de la reine ia Navarre , etc.

SATIRE X: ?r N'en a pas de l'hymen moins vu fleurir l'usage , Que sous ce joug moqué tout à la lin s'engage'; Qu'à ce commun filet lea railleurs mflmcs pris Ont été très-souvent du commodes maris-; Et que ,' pour être heureux sous ce> joug salutaire , Tout dépend en un mot du bon choix qu'on sait fairo.

Enfin, il faut ici parler de honne foi , Je vieillis , et ne puis regarder sans effroi Ces neveux affamés dont t'jmportun visage De mon bien à mes yeux fait déjà le partage.

Je croîs déjà 1ns voir, au moment annoncé Qu'à la fin sans retour leur cher oncle est passe", Sur quelques pleurs forcés , qu'ils auront soin qu'on voie ,

8e. faire consoler du sujet de leur joie.

( Je me fais un plaisir, a ne vous riencéW, De pouvoir, moi vivant, dans peu les désoler. Et , trompant un espoir pour eiixsi plein do charmes,' Arracher de leurs yeux de véritables larmes.

Vou3 diraî-jo encor plus î Soit foihlesse ou raison, Je suis las de me voir le soir en ma maison Seul avec des valets , souvent voleurs et traîtres, ■ Et toujours, à coup sur , ennemis de leurs maîtres. Je ne me côtiehe point , qu'aussitôt dans mon lit Un souvenir fâcheux n'apporte à mon esprit ' . Ces histoires de morts, lamentahles , tragiques ft) , Dont Paris tous les ans peut grossir ses chroniques. Dépouil!nns~nous aussi d'une vaine fierté:

Nous naissons . nous vivons pour la société.

, A nous mêmes livrés dans une- solitude , Notre bonheur bientôt fait notre inquiétude ; Et si . durant, un iour , notre premier aïeul , Elus riche d'une côte , avoit vécu tout seul ,

(i) Blandm et du Rouet «nt coniposé ces IiWtoirss.

7 / f SATIRE Je doute, crt sa demeure alors si forfntie'e, 6'U n'eût point prit? Dieu d'abréger la journée? ^N'allons donc point ici reformer l'univers , I^i , par de vains discours et de frivoles vers, Etalaar au public notre misanthropie , Censurer le lien le plus doux de la vie. 1 laissons là, croyez-moi , le 'monde tel qu'il est* I/hyinc'ne'e est nu joug , et c'est ce qui m'en plaît : X'homme en ses passions toujours errant sans guide j A besoin qu'on lui mette et le inors et la bride : Son pouvoir malheureux ne sert qu'à le gêner; Et, pour le rendre libre , il le faut enchaîner. C'est ainsi qUfl souvent la main de Dieu l'assiste^

Haï bon ! voilà- pailer en docte janséniste', 'Alcippe ; et, sur ce, point si savamment touché* , Desnifires{i )daus Saint-Roch (a)n'auroitpasnùeux

prêche*. ' ,' . t JMais c'est frop t'insnlter ; quittons Ta raillerie; Parlons, sans hyperbole et sans plaisanterie. Tu viens de mettre iei l'hymen en son beau Jourf Intends donc, et permets que je prêche à mon tour.

I/epouse que tn prends, sans tache en sa conduite. Aux vertus . m'a-t-on dit , dans Port- ftoval instruite , Aux lois de son devoir règle tous ses de'sirs -, Mais qui pent t'assurer qu'invincible aux plaisirs, Chez toi , dans une vie ouverte à la licence , Elle conservera sa première innocence !

Par toi- même bientôt conduite à l'Opéra , De 'quel air penses-tu que ta sainte verra D'un spectacle enchanteur la pompe harmonieuse; Ces danses , ces héros à voix luxurieuse î .

(i) Le-P. Desmaras , oratorïen s cilSbre jrédicate,ujc, (a) Patoiwa d« Paru» ' ) **,

Entendra ces discours sur l'amour seul ro,,lans , Ces doucereux Renan.ls , ces insensés noianus . Saura d'eux qu'à l'amour , comme au , seul <heu

suprême , , On doit immoler tout , jusqu'à la «erra même ; Qu'on ne sauroit trop tôt se laisser enflammer , (Von n'a reçu du ciel un cœur que pour aimer (.) :. Et lous ces lieux communs de morale lubrique Due Lulli réchauffa des sons de sa musique !

Biais de quels mouvemeus , dans son cun.r excites , Sentira. t-elle alors tous ses sens agites .

je ne le réponds pas qu'au retour , moins «mil le , Eigoo écoliére enfin d'Angélique et J'Arm.de (,) , >'lle n'aille à l'instant , pleine de ces doux sons , Avec quelque Mcdor pratiquer ces leçons.

Supposons toutefois qu'eneor lidèlc et pure f Sa vertu de ce choc revienne sans blessure, liirntot dans ce grand monde où tu vas l'entraîner , Au milieu des écueils qui vont l'environner.

Oois-m que , toujours ferme an bord du précipice , Elle pourra marcher sans que le pied lui glisse I <)„e toujours insensible aux discours enchanteurs É'un idolâtre amas de jeunes séducteurs, Sa sagesse jamais ne deviendra '»"» ' ,..

D'abord tu la verras , ainsi que dans L. euc. Recevant ses amans sous le doux nom d amis , S'en tenir avec eux aux petits soins permis i Puis bientôt en grande eau sur le neuve de 1 enilre (3J Naviguer à souhait, tout dire et tout entendre. Et ne présume pas que Vénus , ou tiatati , Souffre qu'elle en demeure aux termes du .roman :

(1) Maximes fort ordinaire, d.n. Ici opéra de Quinaat, .(a) Voy. le. opéra de Qai.is.it intiUMW»* " A ' m1 '- (3) Roman de Cléiie , et ...mes mania m5nlc »«»"!•

Dans le crime H suffit qu'unefois on débnte ; Vue chute toujours attira une autre chute.

L'honneur est comme une île escarpée et sans borda , On n'v peut plus rentrer dès qu'on en est dehors. Peut-être avant deux ans , ardente à te déplaire , Eprise d'un cadet , ivre d'un mousquetaire , . Nous la verrons hanter les plus honteux brelans , Donner chez la Cornu ( i } rendez-vous aux galans ; De Phèdre dédaignant la pudeur enfantine, Suivre à front découvert Z.... et Messaline ; Compter pour grands exploits vingt hommes ruines, Blessés, battus pour elle, et quatre assassin e's : Trop heureux si, toujours femme désordonnée, Sans mesure et sans règle au vice abandonnée , Par cent traits d'impudence aisés à ramasser , Elle t'acquiert au moins un droit pour la chasser.

Mais que deviendras-tu si, folle en son caprice, N'aimant que le scandale et l'éclat dans le vice , Bien moins pour son plaisir que pour l'inquiéter, Au fond peu vicieuse . «Ile aime à coqueter l Entre nous ; verras-tu d'un esprit Bren tranquille Chez ta femme aborder et la cour et la ville ? ' Hormis toi , tout chez toi rencontre un doux accueil^. L'un est payé d'un mot, et l'autre d'un coup d'œil. Ce n'est que pour toi seul qu'elle est fîcre et chagrine ; Aux autres elle est douce , agréable , badine ; . C'est pour eux qu'elle étale et l'or et le brocard , Que chez toi se prodigue et le rougi et le fard, Et qu'une main savante , avec tant d'arlilice, Bâtit de ses cheveux le galant édilicc.

Dans sa chambre, crois-moi, n'entre poîm tout le jour. Si tu veux posséder ta Lucrèce à ton tour ,

(t) Une infâme dont le nom étoit alors connu de tout Is monde.-

Attends , discret mari , que la belle en cornette Le Hoir ait é-talé son teint sur la toilette, Et dans quatre mouchoirs de sa beauté salis , Envoie au blanchisseur ses roses et ses lis.

Alors tu peux entrer : niais , sage en sa présence, Ne va pas murmurer de sa folle dépense; D'abord, l'argent en main , paie et vite et comptant. Mais non , fais mine un peu d'en être mécontent , Pour la voir aussitôt , de douleur oppressée , / Déplorer sa vertu si mal récompensée.

Un mari ne veut pas fournir à ses besoins !

Jamais femme , après tout, a-t-elle coûté moins? A cinq cents louis d'or , tout au (dus , chaque année, Sa dépense en habits n'est- elle pas bornée ! Que répoudre ! Je vois <[u'à <ie si justes cris Toi-même eonvaineu déjà tu t'attendris , Tout prêta la laisser , pourvu qu'elle s'apaise , Dans ton coffre à pleins sacs puiser tout à son aise.

A quoi bon en cjïet t'alarmcr de si peu ï Hé ! que se.roit-ce done , si le démon du jeu Versant dans son esprit sa ruineuse rage , Tous les jours , mis par elle à deux doigts du naufrage, Tu vojois tous tes biens , au sort abandonnes , Devenir le butin d'un pique (i) ou d'un sonnez (a) I Le dutix charme pour toi! de voir chaque journée E>c nobles champions ta femme environnée , Sur une table longue , et façonnée exprès , D'un tournois de bassette ordonner les apprêts : Ou , si par un arrêt la grossière police D'un jeu si nécessaire interdit l'exercice , Ouvrir sur cette table un champ au lansquenet, Ou promener trois dés chassés de son cornet!

(i) Terme du jeu de piquet, (a) Terme du jeu de trictrac.

7& SATIRE t

Pui3 fltir une autre table , avec un air plus sombre, S'en aller méditer une vole au jeu d'hombre ; . S écrier sur un as mal à propos jeté 1 , Se plaindre d'un gatto (O qu'on n'a point écouté; Ou , querellant tout bas le ciel qu'elle regarde , A la bâte gémir d'un roi venu sans garde.

'Chez elle , en ces emplois , l'aube du lendemain Souvent la trouve encor les cartes à la main : Alors , pour se coucher, les quittant Don sans peine. Elle plaint le malheur de la nature humaine,

?ui veut qu'en un sommeil où tout s'ensevelit, ant d'heures sans jouer se consument au Ht, Toutefois en partant la troupe la console. , Et d'un prochain retour chacun donne parole*. C'est ainsi qu'une femme en doux amusemena Sait du temps qui s'envole employer les momens ; C'est ainsi que souvent par Une forcenée , Une tiiste famille à l'hôpital traînée ,■ Voit ses hicife en décret sur tous les murs écrits. De sa déroute illustre effrayer tout Paris, , Mais'que plutôt son jeu mille fois te ruine , Que si , la famélique et bonteuse lésine Venant mal à propos la saisir au collet, Elle te réduisoit à vivre sans valet; Comme ce magistrat (2) de hideuse mémoire , Dont je veux bien ici te crayonner l'histoire.

Dans la robe on van toit Bon illustre maison ; II étoit plein d'esprit, de sens et de raison,; Seulement pour l'argent un peu trop de foiblesse De ses vertus en lui ravaloit la noblesse.

Sa table toutefois, sans sùperlluité , IN'avoit rien que d'honnête en sa frugalité-

(0 Ttrme du jeu d'hombre.

(3) Le lieutenant criminel Tardiou.

SATIRE X. 79 Chez luî deux tons chevaux de pareille encolure , Trouvoient dans l'écurie une pleine pâture ; Et, du foin que leur bouche au râtelier bissoit, De surcroît une mule encor se nourrissoit.

Mais cette soif de l'or qui le bfuioit duos l'ame , Le lit enfin songer à choisir une femme ; Et l'honneur dans ce choix ne fut point regarde. .Vers son triste penchant son naturel guidé , Le fit , dans une avare et sordide famille".

Chercher un monstre affreux sous l'habit d'une fille \ Et, sans trop s'enquérir d'où la laide vctio'it , It sut , ce fut assez , l'argent qu'on lui donnoit. Rien ne le rebuta, ni sa vue érailléc , <■..■>. NI sa niasse de chair bizarrement taillée « Et trois cent mille francs avec elle obtenus La tirent à ses yeux pins belle i|ue Ve'nus.

Il l'épouse ; ei bientôt sort hôtesse nouvelle Le prêchant lui lit' voir qu'il étoit , au pris d'ell* , Un vrai dissipateur, un- partait ddbaurfM». ""^ Lui-même le sentit , recoanut so*i péché , Se confessa prodigue ,' et, plein dé repeatance, Offrit sur ses avis de régler sa dépense. •'- >» / -v. Aussitôt de chez eux tout rôti dispartit ; Le pain bis , renferme' , d'une moitié décrut: Les deux chevaux , la mule, au marche' s'envolèrent, Deux grands laquais, à jeun, Burie soir s'en allèrent ; De ces coquins déjà l'on se trou voit lasse', Et polir n'en plus revoir le reste fut chassé. Deux servantes déjà , largement souffletées , 'Avoicnt à coups de pied descendu les montées. Et se-vovant enîin hors de ce triste iieù " Dans la rue en avoient rendu grâces à Dieu.

Un vieux valet restoit, seul chéri do son maître, Que toujours il servit, et qu'il avoit vu naître, Et qui de quelque somme , amasSe'é au bon temps, YiïOit eacnr «4c a mut partie à ses dépens.-

8o SATIRE X.

Sa vue «mbarrassoit , il fallut s'en défaire ; Ji tut de la maison chassé comme un corsaire. Voila nos deux époux sans valets , sans enfens. iout seuls dans leur logis, libres et triomphans. Alors on ne mit plus de borne à la Usine ; On condamna la cave , on ferma la cuisine ; lour ne s'en point servir aux plus rigoureux mois, Xlana le fond d'un grenier ou séquestra le bois, i un et l'autre dès-lors vécut à l'aventure i>es presens qu'à l'abri de la magistrature i^e mari quelquefois des plaideurs extorquoit, m ' CS "™ e '° ^ emme Blut voisins escroquoit. Mais , pour bien mettre ici leur crasse en tout son . lustre ,

Il faut voir du logis sortir ce couple illustre ; 11 iaut voir le mari tout poudreux , tout souille* , ^Couvert d'un vieux chapeau de cordon dépouille*

à ■ j 8 j r ° be ' en vaia de P iecea t , A pied dans les ruisseaux traînant l'ignominie. Mais qui pourrait compter le nombre de haillons, Xfs pièces , de lambeaux, de sales gnenillons , iJe chiffons ramassés dans la plus noire ordure, AJont ia femme aux bons jours composait sa parure î l>dcnrai je ses bas en trente endroits percés , &es souliers grimaçans vingt fois rapetassés , fc.es coiffes , d'où pendoit au bout d'une ficelle Un vieux masque pelé (i) presque aussi hideux ' qu'elle !

Peindrai-jfsson jupon bigarré de latin, Vu ensemble composoient trois thèses de satin . Présent qu'en un procès sur certain privilège , tirent a son mari les régens d'ua collège;

0) La plupart dos femmes portoient alors un masqua de Mlome noir loraqu'elles îortoient. '««que ua

SATIRÏ X. ' 81

Et qui sur cette juppe à maint riear encor Derrière elle faisoit lire ABGUMEWTABOa î

Mais peut-être j'invente une fable frivole.

Démens dont tout Paria , qui, prenant la parole , Sur ce sujet encor de bons te'moins pourvu , Tout prêt à le prouver , te dira je l'ai vu.

Vingt ans j'ai vu ce couple , uni d'un même vice, A tous mes babitans montrer que l'avarice Peut faire dans les biens trouver la pauvreté, Et nous re'duire à pis que la mendicité*.

Des voleurs, qui chez eux plein» • d'espérance en- . trerent ,

De. cette triste vie enfin les délivrèrent :

Dipne et funeste fruit du nœud le plus affreuse Dont l'bvmen ait jamais uni deux malheureux*

Oo récit passe un peu l'ordinaire mesure i Maïs un exemple enfin si digne de censure Peut-il dans la satire occuper motns.de mots I Chacun sait son métier. Suivons" notre propos. Nouveau prédicateur aujourd'hui , je l'avoue , Ecolier ou plutôt singe de Bourdaloue (ij , Je me plais à remplir mes sermons de portraits. En voilà déjà trois peints d'assez heureux traits ! La femme sans honneur , la coquette et 1 avare. Il faut y joindra ericor la revêehe bizarre . Qui sans cesse , d'un ton par la colère aigri Gronde . choque , dément , contredit son mari. Il n'est point de repos ni de paix avec elle : Son mariaçe n'est qu'une longue querelle.

Laisse-t-elle un moment respirer son époux !

Se* valets «ont d'abord l'objet de son courroux r Et sur le In grondeur lorsqu'elle les harangue , Il faut voir de quels mots elle enrichit la langue )

(0 Célèbre jésuite.

S A T I R fi X. ,81 -T'offrir non pas d'jfsjs la tranquille Ëuménîda (i) , Mais la vtjùs Alecto peinte dans l'hjne'iuc , Un tison à !a nraîn , cnfafi le roi Latinus , Soufflant la rage au sein d' À ma te ci du l'urnus.

Mais quoi ! je chausse iri le cothurne tragique. Reprenons au plutôt le brodequin comique , Et d'objets moins affreux songeons ù le palier. Dis-moi doue , laissons là cette folle hurler ; T'accommodes-tu mieux de c!>s douces Me'nadcs (3) Qui , dan3 leurs vain3 chagrins , saus mal toujours malades ,

Se font des 1 mois entiers, sur un lit effronté', Traiter d'une visible et parfaite santé' ; Et douze fois par jour , dans leur molle indolence , Aux jeux de leurs maris tombent en défaillance? Quel sujet , ilira l'un , peut donc si Fréquemment Mettre ainsi cette belle aux bords du monument 1 La Parque, ravissant ou son lïls ou sa tille, A-t-clle moissonne l'espoir de sa famille !

Kou : il est question de réduire un tnarï A chasser un valet. dans la maison che'ri , ■Et qui , parce qu'il plaît , a îrop su lui déplaire - f Ou de rompre un voyage utile et nécessaire , Mais qui la priveroit huit jours dé ses plaisirs, 'Et qui , loin d'un galant objet de ses désirs..,. • Oh ! que pour la punir de cette comeMie. , Ps'e lui Vois -je uni 1 vraie et triste maladie ! Mais an nous lâchons point. Peut-être avant dent jours ,

Courtois et Deniau (\), mandes à son secours ,

(1) Furie daus l'opiKa d'Isia , qui demeure preîijue toujours à no rien luire, (i) U«e.d«s Furies. VQyex Vaaéiiaj livf* vW

(3) Bacchantes.

(4) Kçdeèuw du Fjiij.

Reste de ces esprits jadis si renommés , Que d'un coup de son art Molière a diffamés (l) ; De tous leurs sentimens cette noble héritière Maintient encore ici leur secte façonnière. . C'est chez elle toujours que les fades auteurs S'en vont se consoler du mépris des lecteurs. ■Elle y reçoit leur plainte; et sa docte demeure Aux Perrins , aux Coras est ouverte à toute heure. La du faux bel esprit se tiennent les boréaux : ta tous les vers sont boas pourvu qu'Us soient nouveaux.

Au mauvais goût public la belle y fait la guerrei Plaint Pradon opprime" des sifflets du parterre; Rit des vains amateurs du grec et du latin ; Dana la balance met Aristote et Cotin ; £uis , d'une main encorplus fine et plus habile, £ese sans passion Chapelain et Virgile ; Remarque en ce dernier beaucoup de pauvretés , Mais .pourtant confessant qu'il a quelques beautés ; £ïe trouve eu Chapelain , quoi qu'ait dît la satire. Autre défaut , sinon qu'on ne le sauroit lire » * Et , pour faire goûter son livre à l'univers , Croit qu'il faudroit en prose v mettre tous les vers;

A quoi bon m'étaler cette bizarre école Du mauvais sens , dis-tu , prêché par one folle ï De livres et d'écrits bourgeois admirateur, f Vais-je épouser ici quelque apprentie auteur? Savez-vous que l'épouse avec qui je me lie Compte entre ses parens des princes d'Italie ; Sort d'aïeux dont les noms.,.! Je t'entends, et je voï D'où vient que tu t'es fait secrétaire du roi: Il falloit de ce titre appuyer ta naissance.

Cependant , ( t'avoûrai-jc ici mon insolence f )

{0 Yoyea la comédie des PréemMÏ,

Si quelque objet pareil chez moi , deçà les monts , Pour m'epouser entroit^vec tous ces grands noms, Le sourcil rehaussée d'orgueilleuses chimères . Je lui dïrois bientôt : Je commis tdus vos pères ; Je suis qu'ils out brille 1 dans ce fumeux combat (i) Où sous l'un des Valois Enghien sauva l'état. D'Hozier n'en convient pas ; niais , quoi qu'il en puisse être ,

Je ne suis point si sot que d'épouser mon maître. Ainsi donc ,. au plutôt délogeant de ces lieux , Allez, princesse, allez , avec tous vos aïeux , Sur le pompeux débris des lances espagnoles , Coucher si vous voulez aux champs de Oerisolesî Ma maison ni mon Lit ne sont point faits pour vous.

J'admire , poursuis-tu , votre noble courroux. Souvenez-vou3 pourtant que ma famille illustre De l'assistance au sceau ne tire point sou lustre, Et que , né dans Paris de magistrats connus , Jeane suis point ici de ces nouveaux venus,

, De ces. nobles sans nom, que, pur plus d'une voie, La province souvent en guêtres nous envoie.

Mais eusse'-je comme eux des meuniers pourparens, M' m épouse vint-elle encor d'aïeux plus grands, On ne la verroitpoint , vantant son origine, A son triste mari reprocher la farine. ' Son cœur , toujours nourri dans la dévotion.

De trop bonne heure apprit l'humiliation :

Et, pour vous détromper de la pensée étrange Que l'hymen aujourd'hui la corrompe et la change , .Sache/, qu'en notre accord elle a ,pourpremier point,

' Exige'. qu'un époux ne la contralndroit point' A traîner après elle un pompeux équipage , JNi sur-tout de souffrir , par un profane usage ,

0) Combat de Cstijiftle», gagaf sufjp duc. d'Eugbie* en|-

"SATIRE X. 87 Qu'à l'église jamais devant le Dieu jalons Un fastueux carreau soie vu sous ses genoux. Telle est l'humble vertu qui , dans son ame empreinte,'...

Je le vois bien, tu vas épouser une sainte ;

Et dans tout ce grand zèle il n'est rien d'affecté.

Sais-tu bien cependant , sous cette humilité ,

L'orgueil que quelquefois nous cache une bigote ,

Alcippe , et connois-tu la nation dévote ï

Il te faut de ce pas en tracer quelques traits ,

Et par ce grand portrait Unir tous mes portraits.

A Paris , à la cour , on trouve , je l'avoue , Des femmes dont le zèle et digne qu'on le loue, Qui s'occupent dn bien en tout temps , en tout lieu» - J'en sais une , chérie et du monde et de Dieu , Humble dans les grandeurs , sage dans la. fortune , Qui gémit, comme Esther , de sa gloire Importune, Que le vice lui-même est contraint d'estimer , Et que sur ce tableau d'abord tu vas nommer (1). Mais pour quelques vertus si pures , ai sincères ,| Combien y trouve-t-on d'impudentes faussaires, Qui , sous nnvain dehors d'austère piété , De leurs crimes secrets cherchent l'impunité , Et couvrent de Dieu même , empreint sur lénr visage, De leurs honteux plaisirs l'affreux libertinage ! K'attends pas qu'à tes yeux j'aille ici l'étaler ; Il vaut mieux le souffrir que de le dévoiler. De leurs galans exploits les Bussi, les Brantomea, ' Pourraient avec plaisir te compiler des tomes : Mais pour moi » dout le front trop aisément rougit, 3VU bouche a déjà peur de t'en avoir trop dit. ; ftten n'égale en fureur, en monstrueux caprices , Une fausse vertu qui s'abandonne aux vices.

£«)M*d»ne d e Maintcnou., Française d'Attbisné.

De ces femmes pourtant l'hypocrite noirceur Au moins pour un mari garde quelque douceur.

Je les aime encor mieux qu'une bigote altiere , Qui , dans son fol orçueil , aveugle et sans lumière , A peine sur le seuil de la dévotion , Pense atteindre au sommet de la perlect.on , Qui du soin qu'elle prend de me gêner sans cesse. Va quatre foi» par moi» se vanter a confesse , Et, les veut vers le ciel, pour t. île &'« omjm. Offre à Dieu les tourmens qu'elle me fait souffrir. Sur cent pieux devoirs aux saints elle est égale ; Elle lit Rodriguea , fait l'oraison mentale , ■ Va pour les malheureux quêter dans les maisons . Hante les hôpitaux, visite les prisons..

Tous les jours à l'église entend jusqu'à su ™» > Mais de combattre en elle et dompter ses foiblesses, Sur le fard, sur le jeu , vaincre sa passion. Mettre un frein à son luxe , à son ambition , Efsoumetfre l'orgueil de son esprit rebelle , C'est ce qu'en vain le ciel voudrait exiger délie. Et peut-il , dira-t-elle , en- effet l'exiger . Elle a son directeur c'est à lui d'en ]Uger i H faut sans différer savoir ce qu'il en pense.... Bon ! vers nous à propos je le vois qui.s avança I Qu'il parolt bien nourri ! Quel vermillon ! quel teint £e printemps dans sa fleur Sur son visage est peint. Cependant; à l'entendre . il se soutient a peine i Jl eut encore hier la fièvre et la migraine ; Et, sanslespromptssecours qu'on pntsoind apporter, Il serait sur son lit peut-être a trembloter. Mais de tous les mortels . grâce aux «vote» ames Nul n'est si bien soigné qu'un directeur de femmes . Quelque léger dégoût vient-il le travailler 1. Cne froide vapeur le fait-elle bailler I Un escadron coiffé d'abord court à son aide : l'une chauffe un bouillon, Vautre apprête un remède ;

Confitures sir-tout . ™'™' j tc 0 „ ficpidcs,

Carde tous mets su"», , ^'j ™J t ^ : 1 Les estomacs devols t »»l°» r ' ■ is 3C fit , Le premier massepain pour eu, f , Et le premier euro» » Roue t ^ ^ ^ .

Notre cSoctr-ur bientôt Du paradis pour jMf"£?H mortifier ,

Maisa-t-ou, dira-t-il, M|« c0 „damncr !

einet'uâe» «a. de vos ru^ Dieu «La qu'on "fJ^Xmne.

Oui , lorsqu'à 1 laie »»«» « t ^ ,, aulmlser 1

|eSEE15œr nti0 "-

Sans cesse vous brûles MJ °". . rf „„ p .

En-loutir à la cour charges , " n ^ i* -ii e . Votre bon naturel on cela pou ux br, e .

Dieu ne nous défend poin 1 « „ lnM i bailleurs tous vos pare» son. saj ^ Il est bon d'empeener ces emp

- W tait«rt citrons coniiti, i= M • »**

9 o SATIRE X.

D'être donnas peut-être à des amea mondaines Eprises du néant des vanités humaines.' Laissez La , croyez-moi, gronder les indévots, Et sur votre salut demeurez en repos.

Sur fous ces points douteux , c'est ainsi qu'il "prononce :

Alors , cro\aut d'ùn ange entendre la réponse, Sa de'vote s'incline, et, calmant sou esprit , A cet ordre d'en-haut sans réplique souscrit. Ainsi , pleine d'erreurs qu'elle croit légitimes , Sa tranquille vertu conserve tous ses crimes ; Dans un cteur tous les jours nourri du sacrement Maintient la vanité' , l'orgueil , l'entêtement , ■ Et croit que devant Dieu ses fréqueus sacrilège» Sont pour entrer au ciel d'assurés privilèges. Voilà le digne fruit des soins de son doeteiu-. " Encore est-ce beaucoup , si ce guide imposteur , Par les clicmins fleuris d'un charmant quiétisme, Tout a coup l'amenant au vrai molinosisme , Il ne lui fait bientôt , aidé de Lucifer , <ioûter en paradis les plaisirs de l'enfer.

Mais, dans ce doux état, molle, délicieuse, La haîs-tu plus f dis-moi, que cette bilieuse Qui , follement Cutrée en sa sévérité , * Baptisant sou chagrin du nom 4e pieté, Daris sa charité fausse , où l'amour-propre abonde , Croit que c'est aihier Dieu que haïr tout le monde ( Il n'est rien où d'abord son soupçon attaché fia présume du crime et ue trouve un péché.

Pour une litle honnête et pleine d'innocence Crbit-clle en ses valets voir quelque complaisance , ' , Réputés criminels , les voilà tous chassés.

Et chez elle à l'instant par d'autres remplacés. ■ Son mari , qu'une affaire appelle dans la ville , ■lù qui chez lui, sortant , a tout laisse tranquille.

SATIRE X. t,,

Se trouve assez surpris , rentrant dans sa maison De voir qui; le portier lui demande son nom ; ' Et qui; parait ses gens , changes en son absence , Il cherche vainement quelqu'un de couiioissunr.e. Fort bien : le trait est boa. 0ans les lemmea dis-tu ,

Enfin , vous n'approuvez ni vice ni vertu.

Voilà le sexe peint d'une noble manière : »

Et Théo punis te même , aide de La Bruyère ,

Ne m'en pourroitpas faire un plus riche ,ablcau (i).

C'est assez : il est temps de quitte! le pinceau ;

Vous avez désormais épuise la satire.

Epuise' , cher Alcippe ! Ah ! tu nie terois rire !

Sur oc vaste sujet si j'allois tout tracer,

Tu verrois sous ma main des tomes s'emasser.

Dans le sexe , j'ai peint la pieté caustique :

Et que seroit. ce doucsi , censeur plus tragique ,

J'allois t'y l'aire voir l'athéisme établi.

Et ,noii moins que l'honneur , le ciel mis en oubli ï

Si j'allois t'y montrer plus d'une Capane'e (a)

Pour souveraine loi mettant la destinée ,

Du tonnerre dans l'air bravant les vains carreau* ,

Et nous parlant de Dieu du ton de Des Barreaux (3) t

Mais, sans aller chercher cette femme infernale , T'ai-je encor peint , dis-moi , la fantasque inégale , Qui m'aimant le matin , souvent me hait le soir ? T'ai-je peint la maligne aux yeux faux, au cœur noirî

(0 La Bruyère a traduit les Caraitères de The op h ras te, et a fuit ceux de son siècle.

(a) Capanée était un des sept chefs de l'armée qui mit le siège devant Tlifbes. Les poètes ont dit que Jupiter la foudroya à cause de son impiété.

^<J) Oa dit qu'il se «oavertit avant ou* da meurir.

T'ai-ie encore exprimé la brusque impertinente t T'ai-ie tracé la vieille à morgue dominante , ' Qui veut, vingt ans encore après le sacrement r Exiger d'un mari les respects d'un amailt î T'ai-ie fait voir de joie une belle animée , Qui souvent d'un repas sortant toute enfumée. Fait , même à ses amans , trop folble» d'estomac , RcAmter ses baisers pleins d'ail et de tabac t T'ai-je encore décrit la dame brclandièrc Qui des joueurs chez soi se fuit cabarellère (1) , Et souffre des affronts que ne sooffnroit pas L'hôtesse d'une auberge à dix sous par repas ! Ai-je offert à tes yeux ces tristes Tisiphones , Ces monstres pleins d'un fiel que n'ont point lea lionnes ,

lionnes , , , , „

Qui , prenant en dégoût les fruits nés de leur flanc , S'irritent aans raison contre leur propre sang ; Toujours en des fureurs que les plaintes aigrissent , Battent dans leurs enfans l'époux qu'elles naissent , Et fout de leur maison , digne de Phalans (a) , Un séjour de douleurs „de larmes et de cris £ Enfin t'ai-je dépeint la superstitieuse , La pédante au ton fier , la bourgeoise ennuyeuse ; Celle qui de son chat fait son seul entretien , Celle qui toujours parle , et ne dit jamais nen I Il en est des milliers ; mais ma boiicbe enfin lasse Des trois quarts pour le moins veut bien te faire grâce.

J'entends : c'est pousser loin la modération. Ah ! finissez , dis-tu , la déclamation.

Pensez-vous qu'ébloui de vos vaines paroles, J'ignore qu'en effet tous ces discours frivoles

( i ) 1 1 y a des femmes qui dorment à souper aux \o\i eu» , de peur do ne les plus revoir s'ils aortoieat de leur maison. (S) Tyran en Sicile , tres-cruel. .

Ne sont qu'un badinage , un* simple jeu d'esprit D'un censeur dans le fond qui folâtre et qui rit , Plein du même projet qui vous vint dans la tête , Quand vous plaçâtes l'homme au-dessous de la bête î Mais pnfÎD vous et moi c'est assez badiner.* Il est temps de conclure ; er , pour tout terminer , Je ne dirai qu'un mot. La fille qui m'enchante , Noble , sage , modeste , humble, honnête, touchante ,

N'a pas un des défauts que vous m'avez fait voir. Si par un sort pourtant qu'on ne peut concevoir , La belle , to:it à coup rendue insociable , D'ange , ce sont vos mots , se transfomioit en diable , Vous me verriez bientôt , sans me désespérer , Lui dire : Hé bien, Madame , il faut nous séparer: Nous ne sommes pas faits, je le vois, l'un pour l'autre* Mon bien se monte à tant : tenez , voilà le vôtre. Partez : délivrons-nous d'un mutuel souci.

Alcippe , tu crois donc qu'on se sépare ainsi s Pour sortir de chc?. toi sur cette offre offensante , As-tu donc oublié qu'il faut qu'elle y consente ï Et crois-tu qu'aisément file puisse quitter Le savoureux plaisir de t'y persécuter !

Bientôt son procureur , pour elle usant sa plume 3 De ses prétentions va l'offrir un volume :

Car ,'grace au droit reçu chez les Parisiens , Gens de douce nature , et maris bons chrétiens , Dans ses prétentions une femme est sans borne. Alcippe, a ce discours je te trouve un peu morne. Des arbitres , dis-tu , pourront nons accorder. Des arbitres!.- Tu croîs l'empêcher de plaider! Sur ton chagrin déjà contente d'elle-même , Ce ne sontpoint ses droits, c'est le procès qn'ellô aime.

Pour elle un bout d'arpent qu'il faudra disputer Vaut mieux qu'un fief entier acquis sans contester.

lJ9 4 SATIRE X.

Avec elle il n'est point de droit qui s'éclaircissa , Point Je procès srvieux qui ne se rajeunisse; Et sur l'art de former Un nouvel embarras , Devant plie Rolet mettroit pavillon bas.

Crois-moi. pour la fléchir trouve enfin quelqut voie:

Ou je n a réponds pas dans peu qu'on ne te voie Sous le fais des procès abattu , consterné , ' TristP , à pied ,-sans laquais, maigre , sec, ruine', Vînpt fois dans ton malheur résolu de te pendre % Et, pour comble de maux, réduit à la reprendre.

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