‹ Œuvres de boileau despreaux, nouvelle edition; augmentèe de notes ed de la vie de l'auteurChapitre 9 sur 70 · A MONSIEUR M · texte numérisé non relu

A MONSIEUR M

DOCTEUR DE SonBONNEi

Cette Satira, quel' Auteur nommait la Satire As l'homme ,fut composée en 1G67. Elle est tout-àfait dans le goiif de Perse , et marque un philosophe chagrin qui ne peut souffrir les vices des hommes. Elle est adressée à M. .llorcl , docteur de Sorbonne , qui était de Chatons en Champagne , dr'une bonne famille de robe. H mourut à Paris le 3o avril ifyfif , étant doyen de la Faculté de théologie t et chanoine 'théologal de Paris.

V. tous les animaux qui s'élèvent dans l'air , Qui marchent sur la terre , et nagent dans la nrer , fie l'aria au Pérou , du Japon jusqu'à Rome , Le plus sot animal , à mon avis , c'est l'homme.

Quoi , dira-t-on d'abord , un ver , une fournit t Va insecte rampant qui ne vit qu'à demi , Un tanreau qui rumine, une chèvre qui broute , Ont l'esprit mieux tourne 'que n'a l'homme ! Oui , sans doute.

Ce discours t<; surprend , Docteur , je l'aperçoi. L'homme de la naturo est le chef et le roi :

Bois , pre's , champs , animaux , tout est pour son

usage (

Et lui seul a , dis-tu , la raison en partage.

SATIRE VII ï. 4a II est Trai , do tout temps la raison fut son lotf Maisdc-Ià je conclus que l'homme est le plus sot.

Ces propos , diras-tu , sout boos dans ia satire ( Pour égayer d'abord un lecteur qui veut rire: Mais il faut les prouver- En forme. J'y consens. Reponda-moi donc, Docteur, et mets- toi sur les bancs*

Qu'est-ce.que la sagesse \ Une égalité d'aine Que rien ne peut troubler, qu'aucun désir n'enflamme, Qui marche en ses conseils à pas plus mesure^ , On'un doyen au palais ne monte les degrés.

Pr cettç égalité' dontse forme lo sage , Qui jamais moins que l'homme en a connu l'usage f La fourmi tous les ans traversant l es g ue,et ^> Grossit-ses magasinées trésors de Ce'rès ; Et dès flue VAquiioflt ramenant la froidure , Vient de ses noirs frimas attrister la nature , Cet animal , tapi dans son obscurité , Jouit l'hiver des biens conquis durant l'etc. Mais on ne la voir point d'une humeur inconstante, Paresseuse au printemps , en hiver diligente , Affronter en plein champ les fureurs de janvier, Ou demeurer oisive au retour du bélier. Mais l'homme, sans arrêt , dans sa course insensée, Voltige incessamment de pensde en peusee ; Son cœor , toujours flottant entre mille embarras , Ne sait ni ce qu'il veut , ni ce.qu'il ne veut pas. Ce qu'un jour il abhorre , en l'autre il le souhaite. Moi! j'irois épouser une femme coquette ? J'irais par ma constance , aux affronts endurci , Me mettre au rang des saints qu'a cde'bré's Bussi (1) 3 Assez de sots sans moi feront parler la ville , Diaoit le mois passe* ce marquis indocile ,

i")Bu8ïi, dan? son histoire gaîaue , raconte beaucoup (la galanteries trèa crijrtiuelles des daines mariées de la cour-

Qui , depuis quinze jours dan3 le piège arrêté, 1 Entre les bous maris pour exemple cite' , Croit que Dieu tout exprès , d'une cote nouvelle A rire" -pour lui seul une femme lidetle.

Voilà l'nomuie eu effet. Il va du blanc au noir ; It condamne au matin ses sentimeus du soir :

Importun à tout autre , à soi-même incommode , Il change à tous momeits d'esprit comme de mode : Il tourne au moindre vent, il tombeau moindre choc, Aujourd'hui dans un casque , et demain dans un froc.

Cependant a le voir , plein de vapeurs légères , Soi-même se bercer de ses propres chimères, Lui seul de la uature est la base et l'appui , Et le dixième ciel ne tourne qiutpour lui.

De tous les animaux ', if-est , dlPil , le maître. Qui pourrait le nier, poursuis-tu ï Moi, peut-être; Nais , sans examiner si vers les antres sourds , L'ours a peur du passant , ou le passant de l'ours ; Et bÏ, sur un édii des patres de Nubie , 'Les lions de" Barca videroient la Lybie; Ce maître prétendu qui leur donne des lois, Ce roi des animaux , combien a-t-il de rois î L'ambition, l'amour, l'avarice, la haine , Tienne ut comme un forçat son esprit à la chaîne.

Le sommeil nurses yeux commence à s'épancher % Debout , dit i'avariee , il est temps de marcher. Hé ! laissez-moi. Deb.out ! Un moment, i'u répliques! A peine le soleil fait ouvrir les boutiques.

N'importe, lève-toi. Pourquoi faire, après toutî. Pour courir l'Océan de l'un à l'autre bout , • Chercher jusqu'au Japon la porcelaine et l'ambre , Rapporter de Goa (i ) le poivre et le" gingembre. Mais j'ai des biens en foule , et je puis m'en passer.: On n'en peut trop avoir ; et pour en amasser ,

£0 Ville dei Portugais d?na le» Indes vueiiLulej,. 1

SATIRE VII h 5f

Iï ne faut épargner ni crime ni parjure :

11 faut souffrir la faim et coucher sur la dure ; Eût-on plus de trésors- que n'en perdit Gatet (i) , N'avoir eu sa maison ni meubles ni valet ; Parmi les tas de blé , vivre de seigle et d'orge ; De peur de perdre un lïard , souffrir qu'on vouS égorge.

Et pourquoi cette épargne enfin î L'îgnores-tu I ' Afin qu'un héritier bien nourri , bien vêtu , Profitant d'un trésor eu tes mains inutile, De son train quelque jour embarrasse la ville. Que faire ! II faut partir ; les matelots sont prêts.

Ou, sï pour l'entraîner l'argent manque d'attraits , Bientôt l'ambition et toute son escorte , Dans le sein du repos, vient le prendre à main forte L'envoie en furieux au milieu des hasards , Se faire estropier sur les pas des Césars , Et cherchant sur la brèche une mort iudiscrète , De sa folle valeur embellir la gazette. »

Tout beau , dira quelqu'un, raillez plus 'a propos ; Ce vice fut toujours la vertu des héros..

Quoi donc! à votre avis fut-ce un fou qu'Alexandre î Qui î cet;écervelé qui mit l'Asie en cendre î Ce fougueus l'Angeli (a), qui de sang altéré , Maître du monde entier , s'y trou voit trop serré! L'enragé qu'il étoit , né roi d'une province Qu'il pouvoit gouverner en bon et sage prince , S'en alla follement, et pensant être dieu , Courir comme un bandit qui n'a ni feu- ni lieu ; * Et traînant avec soi les horreurs dé la guerre', De sa vaste folie emplir toute la terre ; '

(0 Fameux j oneur dont il est fait mention dans Régnier, (a) Il en est parlé dans la première satire, ""-

Heureux , si de son temps ,

lionnes raisons ,

La BJaÉe*doine eut on des petites maisons («) ) F.t qu'un sage tuteur l'eût en cette demeure , Par avis de parens enfermé lie lionne lieure.

.Mais, sans nous égarer" dans ces digressions , Traiter , comme Se.naut , toutes les j dissions, Et les distribuant par classes et par litres, m

Dogmatiser en vers ,* et rimer par chapitres ; Laissons-en discourir la Chambre e* Cotfrteau [a) ; Et voyons l'homme enfin par I'«ndroil le plus beau.

Luisenl vivant, dit-on, dans Penccmtfl des villes*, Pair voir d'honnêtes mceurs , des «outumes civiles. Sa fait des gouverneurs , des magistrats , des rois , Observe une police , obéit à des loin.

Il est vrai. Mais pourtant, sans lois et sans police , Sans craindre archers, prévôt, ui suppôt de justice', Voit-on les loups brigands . comme nous inhumains, Pour détrouss -r les; loups courir le* grands chemins E i Jamais pour s'agrandir , vît-on dans sa manie , ÏJo tigre en faction partager l'IIvrcanie (3) l. L'ours a- t-il- dans les bois la guerre avec les ours ! he vautour dans les airs fond- il sur les vautours ! A-t-on vu quelquefois dans les plaines d'Afrique , Déchirant à Penvi leur propre république , « Lions contre liens, parens centre parens , >>. Combattre follement pour le choix des tyrans (/() f

> Ci) C'est un' hôpital de Paris où l'on enferme les fous.

(2) Sanaut , la Chambre et ÇofFcteau , ont tous trois fait chacun un traité d estassions. '" "

(S),Proviiice de Perst» sur los bords de lamcr Caspienne.

Xb). Parodie. Il y a dans Ciruia :

Romains contre Romains j etc.

SATIRE V III. - L'animal le plus fier qu'enfante la nature , 1 , i * Dans un autre animai respecte sa ligure ; De sa rage avec lui modère les accès ; Vit sans bruit , sans débats, sans noise, sans procès. Un aigje, sur un champ prétendant droit d'aubaine ( i ) , Ne fait point appeler un aigle à la huitaine ; Jamais cout™un renard chicanant un poulet, Un renard de son sac n'alla charger Rolet ; Jamais la biche en rut n'a , pour fait d'impui&sance , Traîne 1 du fond du bois un cerf a l'audience ; < Et jamais juge , ent^eux ordonnant le congrès (2) > De ce burlesque mot n'i. sali ses arrêta.

On ne connoît chez eux ni placets , ni requêtes ; Ni haut ni bas conseil , ni chambre des enquêtes. Chacun l'un avec l'autre en Joute aurete' , Vit aous les pures loi3 de la simple équité. ] L'homme seul , l'homme seul , en sa fureur extrême^ Met un brutal honneur à s'égorger soi-même.

C'etoitpeu que aa.main conduite par l'enter, : Eût pétri le salpêtre , eut aiguise le fer î Il falloit que sa rage à l'univers funeste , Allât encore des lois embrouiller un digeste ; Cherchât pour l'obscurcir des gloses , des docteurs , Accablât l'équité' sous des monceaux d'auteurs , Et pour comble de maux apportât dans la France Des harangueurs du temps l'ennuyeuse éloquence.

Doucement , diras-tu : que sert de s'emporter ! L'homme a ses passions , on n'en aauroit douter ;

(1) C'est nn droit qu'a voit le roi de succéder aux biens de( étrangers qui mouroîcat en France , et qui n'y étoieut point naturalisés.

(a) «et usafte fut aboli sur le plaidoyer de M. le plaident do Lamoignon , alo« avocit- général». ;

54 SATIRE VII ï.

Il a cqmme la mer ses flota et ses caprices : Maisses moindres vertus balancent tous ses vices» N'est ce pas l'homme enlin , dont l'art audacieux, Dans le tour d'un compas a mesure les Oie us ? Dont Ja vaste science , e m br assaut toutes choses, A f mille' la. nature, en a percé les r.jiiMS î < Les animaux ont-ils des universités l w Voit-on 'fleurir chez eux des quatre facultés ! Y voit-on des savans eu droit , en médecine , ■Endosser l'écarlate', et se fourrer d'hermine (i) î Nonsansduute , et jamais chez eux un médccia ' N'empoisonna les bois de sou art assassin.

Jamais docteur armé d'un argument frivole , Ne s'enroua chez eux sur les bancs d'uue école. Mais ,-sans chercher au fond ,si notre esprit deçà Sait rien de ce qu'il sait, s'il a jamais rien su , Toi-même , réponds moi : dans le siècle où nous sommes' ,

Est-ce au pied du savoir qu'on mesure les hommes (

Vpux-iu voir tous les grands à ta porte comir î Dit un père à son fils dont le poil va fleurir ; Prends-moi le bon parti , làisse-là tous les livres. Cent francs au denier cinq , combien font - ils t

— Vingt livres. — ' C'est bien dît. Va , tu sais tout ce qu'il faut savoir. Que de biens , que d'honneurs sur toi s'en vonc-

pleuvoir ! ■ ■*

Exerce-toi , mon fils, dans ces hautes sciences ; Prends, au lieu d'un Platon, le guidon des hnances(a) ;

(0 L'université est composée de quatre facultés , qui sont les arts , la-théologie , le droit , et ia médecine. Les docteus ppi tent . dans les jours de cérémonie , des roaos lOugea fourrées a' hermine.

(a) Livra qui traite des nuances.

SATIRE Vllt. 55 '

Sache quelle province enrichit les traitans; Combien le sel au roi peut fournir tous les ans. Endurcis-toi le ectur : sois arabe , corsaire , Injuste , violent , sans foi , double, faussaire ; No vas point sottement faire le généreux :

En graisse- toi , mon lits , du suc des malheureux ; Et trompant de Colbert la prudence importune , Va par ta- cruauté' mériter" la. fortune.

Aussitôt tu verras poètes , orateurs.

Rhéteurs , grammairiens , astronomes , docteurs Dégrader les héros , pour te mettre en leurs places , De tes titres pompeux enfler lcars dédicaces , , Te prouver à toi-même en grec , hébreux , latin , Que tu sais de leur art et le fort elle fin.

Quiconque est riche, est tout : sans sagesse il est sage; , j

I) a, sans rien savoir, 'la science en partage -

II a l'esprit , le cœur , le mérite , le rang ,

La vertu , la valeur, la dignité, le sang ;.

11 est aimé des grands , il est chéri des belles i

Jamais surintendant ne trouva de cruelles.

L'or même à la laideur donne un teint de beauté ; '

Mais .tout devient affreux avec la pauvreté.

C'est ainsi qu'à son fils un usurier habile

Trace vers la richesse uce route facile:

Et souvent tel y vient , qui sait pour tout secret, 'Ciuqict quatre font neuf, ôtez deux, reste sept. Apres cela , Docteur , va pâlir sur la bibh3 ,

Va marquer les écueils de cette nier terrible i

Perce la sainte horreur de ce livre divin j ,

Confonds dans un ouvrage et Luther et Calvin : ',

■Débrouille des vieux temps les querelles célèbres j

Eclaircis ijes rabins les savantes ténèbres; '

Afin qu'en ta vieillesse , un livre en marrbqnln ,

Aille offrir ton travail à quelque heureux faquin, ui, pour digue Ioy er de la bible éclaircie , e paie , en l'acceptant , d'un je voua remercie.

Ou , si Ion cœur aspire à des honneurs plus grands.,,

Quitte là le bonnet , la Sorbouuc et les, bancs ; "

Et prenant désormais uu emploi salutaire, - 1

MeN-tçi chez un banquier, ou bien chez un notaire i

Laisse là saint Thomas' s'accorder avec Scot ;

Et conclus avec mol qu'un docteur n'est qu'un sot»

Un docteur,' diras-tu ? Parlez de vous, poète; C'est pousser un peu loin votre nuise indiscrète- Mais sans perdre eu discours le temps hors de saison, L lia mine , venez au fait , n'a-t-il pas la raison ! N'est- ce pas son flambeau , son pilote fidelle I Oui , mais de quoi lui sert que sa voix le rapelle , Si sur la foi des venta tout prêt à s'embarquer , 11 ne voit point d'ecucil qu'il ne' l'aille choquer I Et que sprt à Cotin (i) la raison qui lui crie : ÎJ'tîcris plus , guérïs T toi d une vaine furie , Si tous ces vains conseils , loin de la réprimer , Ne font qu'accroître en lui la fureur de rimer t t Tons les jours de ses vers, qu'à grand bruit il récite i Il met chez lui voisins , parens , amis en fuite. Car lorsque son démon cummence à l'agiter , Tout , jusqu'à sa servante , est prêt à déserter. - Un âne , pour le moins , instruit par la pâture , A l'instinct qui le guida obéit sans murmure s Ne va point follement , de sa bizarre voix , Défier aux cbanson3 les oiseaux dans des bois:. Sans avoir la raison il marche sur sa roule-, ■: L'homme seul , qu'elle éclaire , en plein jour ne voÏF

■goutte , „ Réglé par ses avis , fait tout a contre-temps ; Et dans tout ce qu'il fait, n'a nijaison ni sens,

(1) Il avoit écrit contre moi et contre Molière ; co qti donna occasion à Molière de faire les t'e-nmes savantes , et d'y tourner Cotin en ridicule. . '. ,

Tout lui plaît et déplaît , tout le choque et J'oblige j Sans raison il est gai , sans raison il s'afllige ; Son esprit au hasard aime , e'vite , poursuit, Défait, refait, augmente , ôte . élève , détruit. Et voit- on, comme lui, les ours, ni les panthères S'effrayer sottement de leurs propres chimères t Plus de douze attroiipe's craindre le nombre impair; Ou coire qu'un corbeau (1) les menace dansl'air î Jamais l'homme, disrinoi , vit-il la bête folle Sacrifier à l'homme , adorer son idole, Lui venir , comme au Dieu des saisons et des vents, Demander à genoux la pluie oii ULbean temps ! Non ; mais cent fois la bête a vu Tnwinie hvpocoudre Adorer le. mc'tal que lui-même il fit fondre j -;> . ,-, ^ ( A Vu cl uns un pays les timides mortels .

Trembler aux pieds (l'un singe assis sur leurs autels; Et sur les bords du Nil les peuples inibc'cilles, L'encensoir à la main ,. chercher les crocodiles.

Mais pourquoi , diras-tu , cet exemple odieux î . Que peut -servir ici l'Egypte et ses faux dieux ï Quoi i me prouvcre/.-vous par ce dï sjco a rSj profanes Que l'homme .qu'un docteur est au-dessous d'un ilneï Un ane , le jouet de tousles animaux , .-. r

Un stupide animal , sujet à mille maux; , ., l Dont le nom seul en soi comprend • une satire? — Oui, d'unâag.f et qu'a-t-il qni.nous excite à rire! Nous nous moquons de lui ; mais s'il pou voit un jour , Docteur , sur nos défauts s'exprimer à son toùr.j. Si , pour nous réformer , le ciel prudent et sage De la parole enfin lui permettoit l'usage ;

(0 Bien des gens ont la superstition de croire que, lorsqu'on se trouve treize à table, il y a foujnura dans} 'année un de*- treize qui meurt , et qu'un corbeau aperçu, dans 'l'ait présage quelque chose do siniilre. ■ .

sa satire vru.

Qu'il pût dire tout haut ce qu'il se dit toat*as ; \ Ah ! Docteur . entre-nous , que ne diroit-il pas I Et que peut-il penser lorsque dans une rue Au milieu de Paris il promène sa vue ; Qu'il voit de tous côtés les hommes bigarre's , Les uns gris , les uns noirs , les autres chamarrés !

? ne dit-il quand il voit , avec la mort en trousse , ourir chez, un malade- un assassin en hausse; Qu'il trouve de pédans un escadron fourré, Suivi par un recteur de bedeaux entouré ; Ou qu'il voit la justice , en grosse compagnie , Mener tuer un homme avec cérémonie ! ,

Sue pense-t-il ne nous 1 , lorsque sur le midi n haSard au palais U conduit un jeudi (i) ; Lorsqu'il entend de loin , d'une gueule infernale , La chicane en fureur mugir dans la grand'salle î Que dit-il quand il voit les juges, les huissiers, ' Les clercs , les procureurs , les sergens . les greffiers ! Oh ! que. si l'une alors , à hon droit misanthrope, Pouvoit trouver la voix qu'il eut au tfjmps d'Çsope ; De tous cotes , Docteur , voyant les hommes fous , Qu'il diroit de bon cœur , sans en être jaloux , Content de ses chardons , et secouant la tête , Ma foi , non plus que nous, l'homme n'est qu'une bête !''',.

(î) Cestle jour des grandes audiences.

DlïtiZOd t>y Cl

Cette Salira est entièrement dans le goât d'Horace. - Despréaux , sous prétexte de censurer ses propres défauts , y tourne adroitement en ridicule une foule d'auteurs fui s' étaient servis des expressions les plus grossières , en critiquant la liberté qu'il s'étoit donnée de nommer dans, ses premières Satires des .auteurs encore ■vivant. Tl la composa en 1667 ; mais il ne la fit imprimer que l'année suivante. ■

C*iîST à tous , mon esprit , à qui je veux parler.' Vous avp7. des défauts que je ne puis ce'lcr : Assez et trop lon^-temps ma lâche complaisance De vos jeux criminels a nourri l'insolence ; Mais, puisque vous poussez ma patience à bout , Une Fois en nia vir; il faut vous dire tout.

Oricroiroit, à vous voir dans vos libres caprices Discourir en Caton des vertus et des vices , ^Décider du mérite et du pris des auteurs , Et faire impuuéuieut la leçon aux docteurs , u r étant seul à couvert des traita de la satire , ous avez tout pouvoir de parler et d'écrire.

Mais moi, qui dans le fond sais bien ce que j'en proîs," Qui compte tous les jours vos défauts par nins doigts. Je ris quand je vous vois, 81 foible et si-Stérile, «a prendre aux vous*!* soin de réformer la ville ;

Gc SATIRE IX.

Dana vos discours chagrins pl us aigre et plus mordant

Qà*0(ttTft(hftW e« tarie", ou Gautier ff) rnplaMarft;

Mais répondes un peu. Quelle verve indiscrète Sans l'aveu des' neuf sœurs vnus a rendu poète f Sentieai-Vous , dites-moi , ces violens transports Qiii d'un esprit divin font mouvoir 1 G 3 ressorts 1 Qui vous a pu souiller une si folle audace î Phe'bus a-t-il pour voua aplani ie Parnasse î Et ne saVëz-voiispas .jne , sur ce mont sacre ,

- Oui ne vole au sommet tourne au plus lias degré ! Et qu'à moins d'Atre a'tt rang*d'Hôrn'ce où de Voiture ,

' On rampe dans l'a fange avee l'abhe de Pure î

(Jne si tous mes efforts ne peuvent reprimer Cet ascendant malin qui vous force a rimer , Sans perdre en vains discours tout le fruit de vos

veilles', ■ Osez chanter du roi les ailffustes mêrveiUes'; Là , mettant à profit 'vos caprices divérs , Vous verriez tous les ans fructifier vos vers ; Et par l'espoir .du gain. votre nms,c an'unce,., , Yehdroît'aù poids de l'or une. once de fume'c. " Nais en vain', direz-vous , je pense vous tenter Paf l'éclat d'un fardeau trop pesant à porter : Tout chantre ne peut pan , sur le ton d'un Orphée, Entonner en' grands vers' la Discorde e'toiiffe'é ; Peindre Bellone en feu tonnant de toutes parts , E* le Belge effraye fuyant sur ses remparts (2). ■ Sur un ton si hardi' , 'sans être téméraire , Racan ponrroit chanter au défaut d'un Homère; .' Nais pour Cotin' et moi , qui rimons au hasard, Qttc'l'amonr M Manier fit poètes par' art',

Avocat célèbre et tri g -mord an t. ■■>•..•

(a) Cette satire a été faite dans !ë tém-fs qno' le roi p Ht Lille. enl.ï'laGdre et plusieurs aucrei!vîUW. ■ ' ■

Quoiqu'un

Quoiqu'un tas de grimauds vante notre éloquence, * Le plus sûr est pour nous de garder le silence. Un poeme insipide et sottement flatteur Déshonore' à la fois le he'ros et l'auteur:

Enfin de tels projets passent notre foihjesse.

.Ainsi parle un esprit languissant de mollesse / Qui , sous l'humble dehors d'un respect utfeeté,' Cache le noir venin de sa malignité'.

Mais dussiez- vous en l'air voir vos ailes fondues ,' Ne valoit-il pas mieux vous perdre dans les nues , Que d'aller sans raison , d'un style peu chrétien , Faire inBuUe en rimant à qui ne vous dit rien , Et du bruit dangereux d'un livre téméraire , A vos propres périls enrichir le libraire ! ^

Vous vous ilatrez pe.ut-ètre , en votre vanité, D'aller comme un Horace à l'immortalité ; Et déjà vous croyey, , dans vos rimes obscures ,' Aux Saiimaises ( l) futurs préparer des tortures. Mais combien d'écrivains , d'abord si bien reçus Sont de ce toi espoir honteusement déçus !

Combien , polir quelques mois , ont vu fleurir leiw

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