‹ Œuvres de boileau despreaux, nouvelle edition; augmentèe de notes ed de la vie de l'auteurChapitre 18 sur 70 · DOCTEUR DE S O R BONNE · texte numérisé non relu

DOCTEUR DE S O R BONNE

Es sujet de cette Epltre est la manvaise honte tjui empêche le retour vers le bien , lorsqu'on s'en est une fois écarté. Elle fut composée en i6j5.

KJlXX y sans peine , au travers des sophismes de

Claude (i) , Arnaud, des novateurs tu dc*couvrrs la fraude , Et romps de leurs erreurs les filets captieux. Mais que sert que ta main leur dessille les yeux , ■ Si toujours dans leur ame une pudeur rebelle Près d'embrasser l'église , au prêche les rappelle ? Non, ne crois pas que Claude , habile à se tromper, Sou insensible aux traits dont tu sais le frapper ; Mais un dation l'arrête , et , quand ta voix l'attire , Lui dit : Si tu te rends , sais-tu ce qu'on va dire ? Dans son heureux catour lui montre un Faux mal-,

heur , ~ Lui peint de Charcnton (a) l'he're'tiqne douleur;

(]) Il éioit alorï occupé ,1 écrire contre le sieur Claude ministre de Ciiaremon.

(a) Lien pris de Paris , où Us prote»tans avo'ient un leiiijple. .. . ., ....

,3/, ÉPITRE 11 t.

Ëï , balançant Dieu même en son ame flottante ,

Fait mourir dana- son cœitr la vérité naissante.

Des superbes mortels le plus affreux lien , U'en doutons point , Arnaud , c'est la honte du bien. Des plus nobles vertus cette adroite ennemie l^eint l'honneur à nos yeux des traita de l'infamie ; Asservit nos esprits" sons un 70.1g rigoureux ( Et nousTend l'un de l'autre esclaves malheureux. Par elle la vertu devient 19che et (im'ide.

Vois-tu ce libertin en public intrépide , Qui prêche contre un Dieu que dans soû ame il

croit î ■ H iroit embrasser la vérité qu'il voit % Mais- de ses faux amis il craint la raillerie , ■' Et ne brave ainsi Dieu que par poh'onneric.

C'est là de tous nos maux le fatal fondement. Des jufccmens d'autr.iii nous tremblons follement ; Et , chacun l'un de l'autre adorant les eaprices , !Nous cherchons hors de nous nos vertus et nos vice*. MSsérables jouets 4e notre vanité* , , . ( Faisons au moins l'aveu de notre infirmité.

A quoi bon , quand la fièvre en nus artères brûle , Faire de mitre mal un secret ridicule.'. Le feu sort de vos veux pétillans et troubles , - Votre, pouls inégal marche à pas redouble's ; Ouelle fausse pudeur à feindre vous oblige î Qu'avea-vous ! Je n'ai, rien. Mais.... Je n'ai rien ,

vous dis-je , , .. 1»

Répondra ce malade à se taire .cflstiné..

Mais cepeudant voilà tout son corps gangrené ; Et la lièvre , demain se rendant la plus forte , U'aliemVicr aux pieds, va l'étendre à "la porte. Prévenons sagement un si juste malheur.

L> jonr fatal est proche et vient comme un voleur. Avant qu'à nos errems le. ciel nous abandonne , Proiitonfrde l'instant que de grâce il nous donne.

ÉPITRE lïl. ' i35

Hâtons-nous ; le temps fuit (i) , et nous traîne avec soi :

Le moment où je parle est déjà loin de moi.

Mais quoi ! toujours la bonté en esclaves nous lie ! Oui, c'est toi qui nous perds , ridicule folie ; C'est toi qui fis tomber le premier malheureux , Le jour que , d'un faux bien sottement amoureux , Et n'osant sdupçonuer sa femme d'imposture f' An démon , par pudeur , il vendit la nature. . Hélas ! avancée jour qui perdit ses neveux , Tous les plaisirs couroient au-devant de ses vœux ; La faim aux animaux ne faisoit point la guerre; Le blé pour se donuer , sans peine ouvrant la terre , Wattendoit point qu'un bœuf , presse' de l'aiguillon, Traçât à pa3 tardifs an pénible sillon ; La vigne offepit par - tout des grappes toujours pleines ,

Et des ruisseaux de lait serpentoient dans les plaines;

Ma'13 des ce jour Adam , déchu d? son état.

D'un tribut de douleurs paya son attentat.

Il fallut qu'au travail son corps rendit docile,

Forçat la terre avare à devenir fertile :

Le chardon importun hérissa les guère ts ;

Le serpent venimeux rampa dans les forêts ;

La canicule en feu désola les campagnes ;

L'aquilon en fureur, gronda sur Ire montagnes".

Alors , pour se couvrir durant l'âpre saison ,

Il fallut aux brebis dérober leur toison.

La peste en même temps . la guerre et la famine ,

Des malheureux humains jurèrent la ruine.

Mais aucun de ce* maux n'égula les rigueurs Que la mauvaise bonté exerça dans les coeurs. De ce nid à l'instant sortirent tous les vices. L'avare , des premiers en proie à ses caprices ,

(ij Pt-rse j satira V.

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