‹ Œuvres de boileau despreaux, nouvelle edition; augmentèe de notes ed de la vie de l'auteurChapitre 19 sur 70 · É.PITRE HT · texte numérisé non relu

É.PITRE HT

Dana un infâme gain mettant l'honnêteté , Pour toute honte alora compta la pauvreté ; L'honneur et la vertu n'osèrent plue paroltre ; .La pïc'tc' chercha Iea déserts et le. cloître. Depuis on n'a point vu île coeur si détaché ,

ui par linéique lien ne tînt à ce péché.

riste et funeste etfet du premier de nos crimes ! Moi - même , Arnaud, ici , qui te prêche en cas

Plus qu'aucun des mortels par la hqpte abattu. En vain j'arme contre elle une foible vertu.

Ainsi toujours douteux", chancelant et volage , A peine du limon où le vice, m'engage J'arrache un pied timide et sors eu m'agitant , Que l'autre m' y reporte et s'embourbe à l'instant» Carsi, comme aujourd'hui, quelque rayon de zèle Allume dans mon cœur une clarté nouvelle, * Soudain , aux yeux d'autrui s'il faut la conlirmer. D'un geste , d'un regard , je me sens alarmer ; Et même sur ces vers que je te viens d'écrire , Je tremble et» oe moment de ce que l'on va dire»

ÉPTTRE IV.

AU ROI

Le sujet de cette EpU're est la campagne de 167a; Parmi les évênemens qui la rendirent si glorieuse au roi , le poète choisit le passage du Rhin par l'armée de France , le 12 juin , comme la sujet le vins brillant , et par conséquent le plus susceptible des ornemens de la poésie. Celte pièce jut imprimée au mois d'août de celte même année.

E ?( vain pour te louer ma musc toujours prête Vingt fois de la Hollande a tenté la conquête ; Ce pays, où cent murs n'ont pu te résister, GitAtto rsoi , n'est pas en vprs si facile â dompter. Des villes que tu prends , les noms durs et barbares N'offrent de tontes parts que syllabes bizarres : Et , l'oreille offravéo , il faut depuis l'fsscl , Pour trouver un bon mot , courir jusqu'au Tessel. Oui , par-tout de son nom chaque place munie , Tient bon contre la vers , en détruit l'harmonie. Et qui peut sans frémir aborder Woerden ? Quel vers ne tomberoït au seul nom de Heusden î Quelle muse a rimer en tous lieux disposée O3croït approcher des bords du Zuidcrsée !

Comment en vers heureux attaquer Doësbonrg, Zutphea, Wageninghen , Harderwic, Knotzenbourg !

i3S ÊPITRE IV.

Il n'est fort , entre ceux; que tu prends par centaines , Qui ne puisse arrêter un rime or six semaines ; Et par-tout sur le Whal , ainsi que sur le. Lecfc , Le vers est en déroute , et le poète à sec.

Encor si tes exploits , moins grands et moins rapides ,

Laissoient prendre courage à nos muses timides , Peut-être avec le temps, à force d'y rêver , Par quelque coup de l'art nous pourrions nous sauver. Mais , dès qu'on veut tenter cette vaste carrière , Pégase s'effarouche et recule en arrière ; Mon Apollon s'étonne , et Nimègue est à toi ^ Que ma muse est encore au camp devant Orsoi.

Aujourd'hui toutefois mon zèle m'encourage :

Il faut au moins du Rhin tenter l'heureux passage. Un trop juste devoir veut que nous l'essayions. Muses, pour le tracer, cherchez tous vos crayons j Car, puisqu'en cet exploit tout paraît incroyable , Que la vérité* pure y ressemble à lafablé , De tous vos ornemens vous pouvez l'égayer.

Venez, donc , et sur-tout gardez bien d'ennuyer : Vous savez des grands vers les disgrâces tragiques t Et souvent on ennuie en termes magnifique 8 -

Au pied du mont Adule (i), entre mille roseaux» Le Rhin tranquille , et fier d u progrès de ses eaux , Appuyé d'une main sur son urne penchante , Dormoitau bruit flatteur de son onde naissante , Lorsqu'un cri Tout-à-coup , suivj de mille cris, Vient d'un calme si doux retirer ses esprits. . Il se trouble , il regarde , et par-tout sur ses rive» Il voit fuir à grands pas ses naïades craintives , Qui toutes accourant vers leur humide roi, Par un récit affreux redoublent son effroi.

(0 Montagne d'où le Sliiri preid sa tource.

ÉPITRE IV. . . ,139 H apprend qu'un héros, conduit par la victoire , A de ses bords fameux flétri l'antique gloire ; Que Rhinbcrg et Weael, terrasses on deux jours, . D'un joug déjà prochain menacent tout son cours. Nous l'avons vu , di t l'une , affronter la tempête De cent foudres d'airain tournes contre sa tète. IL marche vers Tholus , et tes ilôts ca courroux Au prix de sa fureur sont tranquilles et doux. Il a de Jupiter La taille et le visage ; Et , depuis ce Romain (1) dont l'insolent passage Sur un pont en deux jours trompa tous tes efforts , Jamais rien de si grand n'a paru sur tes bords.

. Le Rhin tremble et frémit à ces tristes nouvelles ; Le feu sort à travers ses humides prunelles.

C'est donc trop peu , dit-il, que l'Escaut en deuxruoia Ait appris à couler sous de nouvelles lois ; Et de mille remparts mon onde environnée De ces fleuves sans nom suÎYra ïa destinée ! ( Ah ! périssent mes eaux ! ou par d'illustres coups Montrons qui doit céder des mortels ou de nous.

Aces mots , essuyant sa barbe limoneuse, Il prend d'un vieux guerrier la figure poudreuse. San 'front cicatrisé rend son air furieux ; L Et l'ardeur du combat étincelle en ses yeux.

En ce* moment il part ; et , couvert d'une nue , Du fameux fort de Slrink prend la route connue. Là , contemplant son cours , il voit de toutes parts Ses piles défenseurs par la fraveur épars ; ; 11 voit cent bataillons qui , loin de se défendre , Attendent sur des murs l'ennemi pour se rendre. Confus , ïi le3 aborde ; et renforçant 31 vois Grands arbitres , dit-il , des querelles des rois ,

XO JulttCwt

i4o ÉPITRE IV.

Est-ce ainsi que votre amc , aux périls aglierrié , Soutient sur ces remparts , l'honneur et la patrie Votre ennemi superbe , en cet instant fameux , Du Rhin , près de Tholus , fend les flots écumeux î 1>u moins en vous montrant sur la rive opposée N'oseriez- vous saisir une victoire aisée î Allez , vils combattans , inutiles soldats , . Laissez-là ces mousquets trop pesans pour vos bras ï Et , la faux à la main , parmi vos marécages , Allez couper vos joncs et presser vos laitages ; Ou, gardant les seuls bords qui vous peuvent couvrir ,

Avec moi , de ce pas , venez vaincre ou mourir.

Ce discours d'un guerrier que la colère enflamme. Ressuscite l'honneur déjà mort en leur amc ; Et leur cœur a'allumant d'un reste de chaleut , La honte fait en eux l'effet de la valeur.

Ils marchent droit au fleuve , où Louis en personne , Déjà prêt à passer , instruit, dispose , ordonne. Par son ordre Grammont (a) le premier dans les ilôts , S'avance soutenu des regards du héros ; Sou coursier , écumant sons son maître intrépide , Nage tout orgueilleux de la main qui le guide. Revel le suit de près ; sous ce chef redouté

Marche des cuirassiers l'escadron indompté.

Mais déjà devant eux une chaleur guerrière Emporte loin du bord le bouillant Lesdiguière t^; ,

Vivonne, Nantouillet, et Coislin et Salart;

Chccua d'eux au péril veut la première part ;

Vendôme , que soutient l'orgueil de sa naissance ,

An même instant dans l'onde impatient s'ôlanec :

(î) Il y avoit sur \es drapeaux des Hollamloi» , pro honore et patria. ' (a) M. le comte de Guièhts, : (3; M. le comte de Saalx.

ÊPITRE IV. i4»

La Salle , Berînghcm . Nogent>, d'Ambre, Cavoîs , Fendent les flots tremblans sons un si noble poids. Louis, les animant du l'eu de son courage, Se plaint de sa grandeur qui l'attache au rivage. Par ses soius cependant trente logera vaisseaux, D'un tranchant aviron déjà coupent les eaux : Cent guerriers s'y jetant signalent leur audace. Le Rhin les voit li'un œil qui porte la menace ; Il s'avance en courroux. Le plomb vole k l'instant; Et pleut de toutes parts sur l'escadron flottant. Du salpêtre en fureur l'airs'e'chauffe et s'allume, F.t des coups redoubles tout le rivage fume.

De'jà du plomb morte] plus d'un brave est atteint : Sons les fougueux coursiers l'onde ecunie et se plaint. De tant de coups affreux la tempête orageuse Tient un temps sur les eaux la fortune douteuse. Nais Louis d'un regard sait bientôt la iïier : Le destin à ses yeux n'oseroit balancer.

Bientôt avec Grammont courent Mars et Bellone ; Le Uhin à leur aspect d'épouvante frissonne : Quand . pour nouvelle alarme à ces esprits glaces , Un bruit s'epand tju'Knghein et Coudé sont passes; Coude . dont le seul nom fait tomber 1ns murailles, Force les escadrons , et gagne les batailles; Enghein , de son hymen !e seul et digne fruit , Par lui des sou enfance à la victoire instruit. L'ennemi renverse fuit et gagne la plaine:

Le dieu lui-même cbA? au torrent nui l'entraîne , F.t seul, désespère, pleurant ses vains efforts, Abandonne à Louis la victoire et ses bords.

Du fleuve ainsi dompte' la déroute éclatante , A Wurta (i) jusqu'en son camp va porter l'eponvaute :

(i) Commandant de l'année ennemie.

ifa . ÉPÏTRE IV.

\V urrs , l'espoir du paya , et l'appui de ses mura ;

W arts..'. Ah l quel nom , GRAND itot , quel Hectoi*

que ce Wurts!

Sans ce terrible nom , mal né pour les oreilles, Que j'allois à tes yeux étaler de merveilles! Bientôt, on eût vu Skiait dans mes vers emporte* , De ses fameux remparts démentir la fierté' î Bientôt... Mais Wurts s'oppose à l'ardeur qui m'anime, finissons , il est temps : aussi bien si la rime Allait mal à propos m'engager dans Arnheim , Je ne sais pour sortir de porte qu'Hildesheim.

Oh ! que le ciel soigneux de notre poésie , Grand roi , ne nous lit-il plus voisins de l'Asie ! Bientôt victorieux de cent peuples alliera , Tu nous aurois fourni des rimes a milliers.

Il n'est plaine en ces lieux si sèche et si stérile , Qui ne soit en beaux mots par-tout riche et fertile. Là , plus d'un bourg fameux par son antique nom , Vient offrir à l'oreille un agréable son.

Quel plaisir de te suivre aux rives du Scamandrc; D'y trouver d'Hion la poétique cendre ; De juger si les Grecs, qui brisèrent s* s tours, Firent plus eu dix ans que Louis en dis jours ! Mais pourquoi sans raison désespérer ma veine! Est-il dans l'univers de plage si lointaine Où tu valeur, GRAND ROI , ne te puisse porter , Et ne m'offre bientôt des exploits à chanter! Kon , non , ne faisons plus de plaintes inutiles : Puisqn'ainsi dans deux mois tu prends quarante

villes ,

Assure des bons vers dont ton bras me repond , Je t'attends dans deux ans auxbo^sdc l'Hellespoat.

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