‹ Œuvres de boileau despreaux, nouvelle edition; augmentèe de notes ed de la vie de l'auteurChapitre 20 sur 70 · A M. DE GUILLERAGUES, SECRÉTAIRE DU C ABIME T · texte numérisé non relu

A M. DE GUILLERAGUES, SECRÉTAIRE DU C ABIME T

L' JWTEVR fait voir dans cette Epitre quêta véritable félicité consiste dans la connoîssance de soi-même , et qu'on se trompe quand oh chercha son bonheur autre part que chez soi- Celte pièce fut composée en \6j.\ , cl publiée l'année suivante.

Esprit né pour la cour, et maîtreen l'art de plaire , Guïlleragues, qui sais et parler et Uï taire , Apprends-moi si je dois ou nie taire ou parler. Faut-il dans la satire encor me signaler , .

Et dans ce champ fécond en plaisantes malices. Faire encore aux auteurs redouter mes caprices I Jadis , non sans tumulte, on m'y vit éclater; Quand mon esprit plus jeune , et prompt à s'irriter , Aspiroit moins au nom de discret et de sage ; Que mes cheveux plus noirs ombrageoient mon

< visage.

Maintenant que !e temps a mûri mes désirs , Quewion âge amoureux de plus sages plaisirs , Bientôt s'en va frapper à son neuvième lustre (t) , J'aime mieux mon repos qu'un embarras illustre.

(i) A la quarante et unième année.

l44 Ê PITRE V.

Que d'une éfçale ardeur mille auteurs animes Aiguisent contre moi leurs traits envenimés ; Que tout , jusqu'à Pinchêne (i) , et m'insulte et m'accable :

Aujourd'hui vieux lion je suis doux et traitable ; Je n'armé' point contre eux mes ongles émoussea- Ainsi que mes chagrins mes beaux jours sont passés ; Je ne sens plus l'aigreur de ma bile première , Et laisse aux froids rimeurs une libre carrière.

Ainsi donc, philosophe à la raison soumis, Mes défauts seulement sont mes seuls ennemis : C'est l'erreur que je fuis ; c'est la vertu que j'aime : Je sonoe à me connaître; et me cherche en moimême ;

C'est là l'unique étude où je veux m'attacher. Que , l'astrolabe on main, un autre aille chercher Si le soleil est lixe ou tourne sur son axe , Si Saturne à nos veux peut faire' un parallaxe ; Que Rohaut (2) vainement sèche pour concevoir Comment , tout étant plein , tout a pu se mouvoir: Ou que Herbier (1) compose et le sec et l'humide Des corps ronds et crochus errant parmi le vide : Pour moi j sur cette mer qu'ici-bas nous courons , Je songe à me pourvoir d'esquifs et d'avirons , A régler mes désirs , à prévenir l'orage , A sauver , s'il se peut , ma raison du naufrage.

C'est au repos d'esprit que nous aspirons tous ; Mais ce repos d'esprit doit se chercher eu nous. Un fou rempli d'erreurs , que le trouble accompagna , Et malade à la ville ainsi qu'à la campagne ,

(1) finch£neétoir neveu de Voiture. - .

(2) Fameux cartésien.

(3) Gélèbt* voyageur , qui a composé un abrège de la philosophie de Gasseudi. .

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