‹ Œuvres de boileau despreaux, nouvelle edition; augmentèe de notes ed de la vie de l'auteurChapitre 6 sur 70 · A M. DE MOLIÈRE · texte numérisé non relu

A M. DE MOLIÈRE

T. ^îstde cette Satire est la difficulté' de trouver la Ruhr t . c t de 1* 'aire accorder avec la liaison. Mais l'Auteur .< appliqua à les concilier toutes deux en n'employant dans celle pièce que des rimes exlriSmcmcnt exactes. , ■ '

Cette Satire n'a été composé," 1"' 'après ta ■sep' lième; ainsi elle est la quatrième dan» Perdre dit temps. Il lie fut faite en ifiÔ/f.

XI ARE et fameux esprit , dont Ja fertile veine Ignore en écrivant 1 R travail et la «fci.«« ; ' Four quotient Apollon tous ses" trésors oui'!"'» .

,it qui sais à quel min se marquait les bons Vt*."2 : .Dans les combats d'esprit savant maître d'escrime " i^isei^e-moi . Molière , où tu trouves la rime ! Un diroit, quand tu veux , qu'elle te vient chercher. Jamais au bout du rfta on ne te voit broncher ; ' Ktsans tfU'unlonR d&oiir t'arrête ou t'embarrasse Apemp as-tu parle', qu'elle-même s'y place, JMaisiiioi, qu'un vain capt-iep, une bigarre humeur, Four mes r.écMa , ,e crois, Çt devenir ri me tir. ; LJana ce rude Métier, où mon esprit se tue .

■ £ti vain . pour la trouver, ie travaille et je sue. ftouvent ,',->, beau rêver du matin jusqu'au soir ; yoattdja-veux dira blanc, 1a quiuicusu dit noir.

Sï je veus d'un galant dépeindre la figure , Ma plu nie pour rimer trouve l'abbe 1 de Pure : Si je pense exprimer un auteur sans défaut , La raison dit Virgile , et la rime Quinaut.

Enfin , quoi que je fasse ou. que je veuille faire, La bizarre toujours vient m "offrir le contraire. De rage quelquefois , ne pouvant la trouver , Triste , las et confus , je cesse d'y rêver : En maudissant vingt fois le de'mon qui m'inspire , Je fais mille sermens de ne jamais écrira ; Mais quand j'ai bien maudit et Muses ef Fhebus , Je la vois qui paraît , quandje n'v pense plus j Aussitôt , maigre' moi , tout mon feu se rallume ; Je reprends sur le champ le papier et la plume , Et de mes vains sermens perdant le souvenir, J'attends de vers en vers qu'elle daigne 1 venir. Encor, si pour rimer , dans sa verve indiscrète ', Ma mise au moins souffrait une froide épitheto , Je ferais comme un autre , ét sans chercher si loin ,' J'aurais toujours des mots pour les coudre au besoin. Si jeJoaois Philis , en miracles féconde, ■ Je troaverois bientôt, à nulle autre seconde. Si je voulo'is vapter un objet noinpareil , '" Je mettrais à l'instant , plus beau que le soleil. JSnliu parlant toujours d'astres et: de merveilles f De chefs-d'œuvre des cieux ,de beautés sans pareilles ; ■"<■ .

Avee tous ces beaux mots , souvent mis au hasard , Je pourrois aisément , sans génie et sans ai t , Et transposant crut fois et le nom et le verbe , ' ' -, \: Dans mes vers recousus mettre en pièces Malherbe. Maïs mon esprit , tremblant sur le choix d<- Si s mots , " N'en dira jamais un , s'il ne tombe à propos , Et ne saurait souffrir qu'une phrase insipide Vienne à Ja lin d'un vers remplir- la place vide.

Ainsi recommençant un .ouvrage vingt J'ois , -

Si j'écris quatre mots, j'en effacerai trois.

i5 SATIRE II.

Maudit soit le premier dont la verve insensée Dans les bornes d'un vers renferma sa pensée ; Et , donnant à ses mots une triste prison , Voulut avec la rime enchaîner la raison!

Sans ce métier fatal au repos de nia yie , Mes jours pleins de loisir couicroient sans envie; Je n'uuruis qu'à chanter , rire , hoirc d'autant , El comme un gras chanoine , à mon aise, et content, Passe» tranquillement , sans souci , sans affaire t La nuit à bien dormir , et le jour à rien :ajre ; Mon cœur exempt de soin , Jiore de passion , fiait donner une borne à son ambition ; Et fuyant des grandeurs la présence importune , Je ne vais point au Louvre adorer fa fortune ; Et je scroii heureux si , pour me consumer, Un destin envieux ne in'avoît fait rimer.

Mais depuis le moment que cette frénésie.

De ses noires vapeurs troubla ma fantaisie , Et qu'un démon jaloux de mon contentement, M'inspira le dessein d'écrire poliment; " Tous les jours malgré moi , cloué sur un ouvrage , Retouchant un endroit, effaçant une pagei Enfin passant ma vie en ce triste métier , J'envie en écrivant lé sort de Pelletier (i).

Bienheureux Scuderi ^a) , dont la fertile plume Peut tous les mois sans peine enfanter uu volume ! Tes écrits , il est vrai , sans art et lungilissans , Semblent être formés en dépit du bon Sens j IVJaisiis trouvent pourtant , quoiqu'on en puisse dire, Un marchand pour les vendre, et des sots pour les lire;

"<0 Poète du dernier ordre, qui faisoit tous le* jours un sonnet. ' ( . ■ •

(i)Ce«Ia fameus Scuderi, auteur de beaucoup de romans j et frère de la fameuse mademoiselle du acuueri.

SATIRE II. i

Et quand la rime enfin se trouve au bont ries vers Qu'i,iu porte que le reste y soit mis de travers ! * Sïalheureux mil ta foi» celui dont la -manie Veut aux règles de l'art asservir son g(!nie ! Un sot en écrivant fait- tout avec plaisir :

Il n'a point en ses vers l'embarras de choisir ; Et toujours amoureux de ce qui! vient d'écrire, Ravi d'c'tonnenient en soi-même il. s'admire. Mais uu esprit sublime en vain veut s'e'lever A ce degré' parfait qu'il tâche de trouver ; Et , toujours mécontent de ce qu'il vient di: faire , Il plaît à tout le monde , et ne saurait se plaire. Et tel, dont en tous lieux chacun vante l'esprit, Voudrait pour son repos u'avoirjamaise'erit.

Toi donc , qui vois les maux où ma muse s'abîme De grâce , enseigne-moi l'art de trouver la rime-: ©n . puisqu'enlln tes soins y seraient superflus , Molière, enseigne-jooil'art de ne rimer plus.

Cette Satire a été faite en l'année 1667- Elle contient le, récit d'an festin donné par un homme, d'un goût faux et extravagant , qui. se'piquoit néanmoins de raffiner sur la bonne chère. Horace , dans, fa Satire Vlïl du livre ? , fait pareillement le récit d'un repas ridicule ; et Régnier , dans sa deuxième Satire, l'a autsi imité.

V^/ufi; sujet inconnu Voua trouble et vous altère î D'où vous vient aujourd'hui cet air sombre et sevère , Et ce visage enfin plus pâle- qu'un rentier , A l'aspect (l'un arrêt (t) qui retranche un quartier! Qu'est devenu ce teint , dont la couleur fleurie Semblnlc d'ortolans seuls etde bisques nourrie; Où la joje en son lustre attircit les regards , Et le vin en rubis b ri lloit da toutes parts ! Qui vous a pu plonger dans ceïte humeur chagrine! A-t-on par quelque e'dit reforme la cuisine 1 Ou quelque longue pluie inondant vos vallons, A-t-clle fa't rouler vos vins »t "os melons ! Répondez- do 11c entin . ou bien je me retire.

Ah ! de grâce, un moment, aouffrez que je respire:

(0 Le roi , en ce te-mps-là, avoit supprimé un de9 rentes.

SATIRE II I. ?.t

Je sors de chez un fat , qui , pour m'empoisonner , Je pense , exprès rhi-/. luim'a forcé de dîner. Jr> i'avois bien prévu. Depuis près d'une année, J'e'ludois tous les jours ait poursuite obstinée. IVIais hier il m'aborde , et me serrant la main : Ah ! monsieur . m'a- 1- il dit , je vous attends demain. Wy manquez pas au moins. J'ai quatorze houieilles

D'un vin vieux Boucingo (i) n'en a point de

pareilles ;

Et je f;agerois hien que chez le commandeur , Villandri (2) priseroit sa sève et sa.vefdeur. Molière avec Tartuffe (3) y doit jouer son rû]e > Et Lambert (4) , qui plus est , m'a donne' sa parole. Cest tout dire en un mot, et vous le connoissez. Quoi, Lambert! — Oui, Lambert. — A demain, — C'est assez.

Ce matin donc, séduit par sa vaine promesse , J'y cours , midi sonnant, au sortir de la messe : A peine ^tois-je entre , que ravi de me voir , JVlon homme, en m'embrassant , m'est venu recevoir; Et montrant à mes yeux une allégresse entière.: Nous n'avons , m'a-t-il dit, ni Lambert , ni Molière; Mais .puisque je. vous Vois , je me tiens trop content; Vous êtes un brave homme t'entrez, on vous attend.

(1) Fameux marchand de vin.

(3) Homme de qualité qui alloit fréquemment dîner chez le commandeur de Souvré.

(3) Le Tartuffe, en ce temps-là , avoit été défendu : et tout Je monde vouluït avoir Molière pour le lui entendis réciter.

- (.'1) Michel Lambert , fameux musicien , que l'on regardoiï comme l'inventeur du beau chant. Il mourut i Paris , au mois de juin 1696 , âgé de 87 ans. C'étoit un fort bon homme , qui promettait a tout le monde de venir , maia ijni ne venoit jamais.

an SATIRE III.

A ces mots , mais trop tard, reconnoissant ma faute ,

Je le suis en tremblant dans une chambre haute. Où , maigre" les volets , le soleil irrite" Fdrmoitun poêle ardent au milieu de l'été'. Le couvert e'toit mis dans ce lieu de plaisance, Où j'ai trouve' d'abord .pour toute connoissance,. Deux nobles campagnards, grands lecteurs de

ro'mans , .

Qui m'ont dil tout Cyrus (i) dans leurs longs conv

plimens.

J'enrageois. Cependant on apporte nn potage ; Un coq y paroissoit en ponipeux-équipage , Qui changeant sur ce plat et d'état et de nom, Par tous lr-s convies s'est appelé' chapon : * Deux assiettes suivoient , dont l'une e'toit ornée D'une langue en ragoût de persil couronnée ; L'autre d'un godiveau tout brûlé par dehors , Dont un beurre gluant inondoit tous les borda, On s'assied ; mais d'abord , notre troupe serrée Tenoit à peine, autour d'une table carrée , Où chacun malgré soi l'un sur l'autre porté, Faisoit un tour à gauche , et maiigeojt décote** Jugez en cet état si je pouvois me plaire , . Moi qui ne compte rien ni le vin ni la chère , Si l'on n'est plus au large assis en un festin , Qu'aux sermons de Cassagnc , ou de l'abbé Cottîn.

Notre hôte, cependant, Vâdressant à la troupe : Que vous semble, a-t-ildit, du çout de cettesoupe I. Sentez-vous le citron dont on a mis le jus , v Avec des jaunes d'oeufs mêlés dans "du vcrjns I Ha foi , vive Miguot , et tout ce qu'il apprête ! Les cheveux cependant me dressoient à la tête ;

CO Roman d* dix tome* d« mademoitoll* d« Scodori.

SATIRE III. 23 CarMîgnot, c'est tout dire, et dans le monde entier, Jamais empoisonneur ne sut mieux son métier { J'approuvois tout pourtant de la mine et du geste , Pensant qu'au moins le vin dût réparer le reste. Pour m'en ëclaircïr donc , j'en demande : et d'abord Un laquais effronté m'apporte un rouge-bord D'un Auveruat fumeux, qui , mêlé de Lignage (i), Se vendoit cheaCrenct (a) rjourvin de l'tfertnitage ; Et qui, rouge et vermeil, mais fade et doucereux , N'avoitrien qu'un goût plat, et qu'un déboire affreux. A peine ai-je senti cette liqueur traîtresse ,

?ue de ces vins mêlés j'ai reconnu l'adresse, ontefois avec l'eau que j'y mets à foison, J'espérois adoucir la" force du poison.

îVlais , qui l'auroit pensé ? pourcombfe de disgrâce, Par le chaud qu'il fuisoit, nousVavions" point de glace.

Point de glace, bon Dieu! dans le fort de l'été ! Au mois de juin ! Pour moi , j'étois si transporté, Que donnant de fureur tout le festin au diable , Je me suis vu vingt l'ois pr£t a quitter la table ; Et dût-on ni'âppclcr et fantasque et bourru , J'allois sortir enfin , qu and le rôt a paru. ■ Sur nn lièvre flanqué de six poulets étiques . S'élevoient trois .lapins , animaux domestiques, Qui dès leur tendre enfance élevés dans Paris, Sentaient encor le chou dont ils furent nourris. Autour de cet amas de viandes entassées , Régnoït un long cordon d'alouettes pressées , Et sur les bords du plat , six pigeons étalés . présentaient pour renfort leurs squelettes brûlés;

(1) Deux fameux vins du territoire d'Orléans.

(a) Fameux marchand de vitïj logé à la pomme de pin*

ajj SATIRE Ht , *

A c&té de c plat paroi s s oient deux salades. L'une, de pourpier jaune , et L'antre d'herbes fades, Dont l'huile de fort loin saisissait l'odorat , Et nageoit dans des flots de vinaigre >osat.

Tous mes sots à l'instant changeant de contenance t Ont loue du festin la superbe ordonnance :

Tandis que mon faquin , qui se vovoit priser , Avec un ris moqueur les priott d'excuser. Sur-tout certain hâbleur, à la gueule affamée , Qui vint à ce festin conduit par la fumée , Et qui s'est dit profès dan* l'ordre des Côteaux (i) f A fait, en, bien mangeant, l'éloge des morceaux. Je riûis de le voir , avec sa mine étique , Son rabat jadis blanc , et sa perruque antique , En lapina il* 1 - garenne ériger nos clapiers , Et nos pigeons cauchois en snperbes ramiers; Et pour flatter notre hflte , observant son visage, Composer sur ses yeux son geste et son langage ; Quand notre hôte charme*, m'avisant sur ce point, Qu'avez-vous donc , dit-il* , que vous ne mangea - point? ■ - '

Je vous trouve aujourd'hui l'ame toute inquiète , Et les morceaux entiers restent sur votre assiette, Aimez-vou3 la muscade i Ou en a mis par-tout. Ah ! Monsieur , ces poulets sont d'un merveilleux goût.

Ces pigeons sont do dû S ; mangez sur ma parole.' J'aime à voir aux lapins cette chair blanche et molle. Ma foi , tout est passable , il le fant confesser , Et Mignot aujourd'hui s'est voulu surpasser.

(i) Ce nom fut donné à trois grand* seigneurs tenant table, i]ui éloient partagés sur l'estime qu'on devoit fairo «M vins. des rôteaux des environs dè fieiim : ils avuient cliacuu leurs partisans.

Quand

SATIRE UT. a5 Quand on parle de sauce , il faut qn'on y raffine ■ Pour mai j'aime sur-coût quand le poivre y domine; J en suis fourni, Dieu sa* ! et j'ai tout Pelletier Houle dans mon oflice en cornets de papier.

A tous ces beaux discours, j'etois comme une pierre*' Ou comme la statue est au festin de Pierre ; Et sans dire nn seul mot, j'avaloîs au hasard Quelque aile de poulet dont j'arrachois le lard

Cependant mon hâbleur, avec, une vois haJte Forfe a mes campagnards la santé de notre hûte - Qui tous deux pleins de joie , en jetant un grand crû- Avec un rouge bord acceptent son défi. * Ln si galant exploit réveillant tout le monde On apporte par-tout des Verres à la ronde ' Où 1ns doigts des laquais, dans la crasse traces** rcmoi H noient par cent qu'on les avoit rinces , ' ' Quand un des convies , d'un ton mélancolique. .Lamentant tristement une chanson bachique Tous mes sots à-la-fots , ravis de l'écouter Détonnant de concert , se mettent a chanter.

La musique sans doute e'toit rare et charmante - L'un traîne en longs fredoris une voix glapissante Et l'autre l'appuyant de son aigre fausset.

Semble un violon faux qui jure sous l'archet.

Sur ce point un jambon d'assez maigre apparence Arrive sous le nom de jambon de Mayencc.

Un valet le portoit , marchant à pas comptes , ' Comme un recteur suivi des quatre facultés.

Deux marmitons crasseux , revêtus dé serviettes Lui serment de maasiers (0 > <* portoient d eH V assiettes , . . -, . ™

L'une de champignons , avec des ris de vean, Et l'autre de pois verts qui se noyoient dans l'eau,

accompagne de deux massiers. / *

a6 ■ SATIRE I IL

Un spectacle si beau surprenant l'assemblée ,

Chez tous les conviés la joie est redoublée :

Et la troupe, à l'instant cessant tic fredonner ,

D'un ton gravement fou s'est mise à raisonner.

Le vin an plus muet fournissant des paroles ,

Chacun a débité ses maximes frivoles ,

Réglé les intérêts de chaque potentat ,

Corrigé la police , et réformé l'état :

Puis de là s'embarquant dans la nouvelle guerre ,

A vaincu la Hollande ( 1) ou battu l'Angleterre,

Knltn , laissant en paix tous ces peuples divers , De propos en propos on a parlé de vers.

Là tous mes sots enflés d'une nouvelle audace, Ont jugé des auteurs en maîtres du Parnasse.

Biais notre hôte sur-tout , pour la justesse et l'art, Elevoit jusqu'au ciel Téophile et Ronsard :

Quand un des campagnards , relevantsa moustache. Et son feutre à grands poils ombragé d'un panache , Impose à tous silence, et d'un ton de docteur, Morblçu ! dit-il , la Sevré (t) est un'charniant auteur ! Ses vers sont d'un beau Style, et sa prose est coulante ; La Pucellc est encore une œuvre bien galante, Et je ne sais pourquoi je baille en la lisant. Le Pays (3) , sans mentir , est un bouffon plaisant : Mais je ne trouve rien de beau dans ce Voilure, Ma toi, le jugemsnt sert bien dans la lecture. A. mon gre 1 , le Corneille est joli quelquefois. En vérité, pour moi, j'aime le beau françois.

(t) L'Angleterre et la Hollande ctoient alors en guerre , et le roi av oit envoyé dn secours aux Hollandais.

(3) Ecrivain célibre pour sou gaiimathia».

(3) trrivain estime chez tes provinciaux, à cause d'uu livre qu'il a frit , 'intitulé Amitiés , Amours tt Amourettes.

V S ATI RE III.' 2 7 Je ne sais pas pourquoi l'on vante l'Alexandre Ce n'est qu'un glorieux qui ne die nantie rendre. Les he'ros , ehea Quinaut, parlent bien autrement, Et jusqu'à je vous hais , tout s'y dit tendrement. ■ On dit qu'on l'a drape dans certaine' satire , Qu'un jeune homme ..... Ah ! je sais ce que vous voulez dire ,

A répondu notre hôte : « Un auteur sans défaut, » La raison dit Virgile , et !a rime Quinaut. » Justement. A mon gre* , la pièce est assez plate. Et puis blâmer Quinaut!..., Avez-vous vu l'Astrate î C'est là ce qu'on appelle un ouvrage achevé.

Sur-tout Y Anne nu royal me semble bien trouve': Son sujet est conduit d'une belle manière , Et chaque acte eu sa pièce est une pièce enuère. "3e ne puis plus souffrir ce que les antres font.

Il est vrai que Quinaut est un esprit profond, A repris certain fat, qu'à sa mine discrète' Et son maintien jaloux, j'ai reconnu poète ; - •- ' - Nais il en est pourtant qui le pouiroiem valoir.' Ma foi , ce- n'est pas vous qui nous le ferez voir, A dit mou campagnard avec une voix claire , Et de'jà tout bouillant de vin et de colère.

Peut-être , a dit l'auteur , palissant de courroux î Mais vous , pour en parler , vous y connoisse;- -vouai Mieux que vous mille fois, dit le noble en furie. Vous? mon Dieu! mêlez- vous de boire, je vous prie, A l'auteur sur le Ci'iamp aigrement reparti.

Je suis donc un sot , mot ï vous ci) ave* menti , Reprend le campagnard ; et sans plus de langage , Lui jette , pour deh , son assiette au visage ; L'autre esquive le coup ; et l'assiette volant S'en va frapper le mur , et revieut en roulant. A cet affrout , l'auteur se levant de la table , Lance à mon campagnard un regard effroyable ;

08 SA.TÎRE III. ' -

Et , chacun vainement se ruant entre deux , Tios braves s'ancrochant , se prennent aux cheveux, .Aussitôt sous leurs pieds les tables renversées Font voir un long débris de bouteilles easse'es : En vain à lever tout les valets sont fort prompts , Et les ruisseaux de vin coulent aux environs.

Enfin , pour arrêter cette lutle barbare , De nouveau l'on s'efforce , on cric , on les sépare ; 1 Et leur première ardeur passant eu un moment, On a pari é de paix et d'aecominodemeut.

3Wais , tandis tju'à l'envi tout le inonde y conspire , J'ai giignd doucement la porte sans rien dire , J\vee. un bon serment , tjue si pour l'avenir , En pareille cohue on me peut retenir , Je consens de bon cœur pour punir ma folie , <2'ie tous les vins pour 1 moi deviennent vins de Brie , <^u'à Paris le gibier manque tous les hivers , Èt qu'à p<ùue au mois dueût l'on mange des pois

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