A M. L'ABBÉ LE VAYER
La Satire 1 V a été faite en l'année 1G64 jîmméi â-iatement après la seconde Satire , ei avant le discours au Roi, M. Despréaux en conçut l'idée dans une conversation qu'il eut avec l'abbé Le Payer et Molière , dans laquelle on prouva paf divers exemples tjue tous les hommes sont loua, et que chacun croit néanmoins être sage lout seul. Cette proposition fait le sujet de cette Satire.
'où vient, cher LE Vayeb , qtie l'homme lô ' ni"ius sage ■ Croit toujours seul avoir la sagesse en partage , Et qu'il n'est point de fou , qui par .belles raisons » Ne loge son voisin aux petites-maisons î
Un pédant, enivre de sa vaine science.
Tout hérisse île grec , tout boui'ii d'arrogance , Et qui de mille auteurs, retenus mot pour mot. Pans sa tête entassés , n'a souvent fait qu'un sot. Croit qu'un livre fait to:it , et que sans Aristote La raison ne voit goutte, et le bon sens radote.
D'autre part , un galant , de qui tout le métier. Est de courir le jour de quartier en quartier, Et-d'aller, à l'abri d'une perruque blonde, Pç tes froides douceurs fatiguer tout le monde,.
3o SATIRE IV.
Condamne Ja science , et Mimanl: tout écrit , Croit qu'en lui l'ignorance pat un tMre d'esprit. , Que c'eut des gens de cour le plus beau privilège , Et renvoi; un savant dans le fond d'un collège.
Un bigot orgueilleux , qui, dans sa vanité', Croit duper jusqu'à Pieu, par son zèle affecté , Couvrant tous ses défauts d'une sainte apparence, Damné tous les humains de sa pleine puissance. Un lihertïn d'ailleurs , qui , -sans ame et sans Foi , Se fait de son plaisir une suprême loi , Tient que ces vieux propos du démons et de flammes, Sont bons pour étonner des en fans et des femmes; Que c'est s'embarrasser de soucis superflus , Et qu'enfin tout dévot a le cerveau perclus.
En un mot , qui voudroit épuiser ces matures , Peignant de tant d'esprits les diverses manieras. Il compterait plutôt combien , dans un printemps , Guenund ot l'antimoine ont fait mourir de gens , Et combien la Neveu (il . devant son mariage , A de fois au public vendu son pucelage.
Mais, sans errer en vain dans ces vagues propos, -Et pour rimer ici ma pensée en deux mots .
N'en déplaise à ces fous nommé sages de Grèce , En ce monde il n'estpoint de parfaite sagesse: IToua les hommes sont fous , et malgré tous leurs soins,
Ne diffèrent entr'eus que du plus ou dil moins. ■ Comme on voit qu'en un bois , que cent routes séparent ,
Les voyageurs sans guide assez souvent s'égarent , L'un à droit, l'autre à gauche , et courant vainement , La même erreur les fait errer diversement:
Chacun snit dans le monde une route incertaine , Selon que son erreur le joue et le promène ;
(i)Jnfame débordée connue de toat lo monde. * "-
S \T.TRE TV. 3t Et tel y fait l'Habile, et nous traita do fous. Oui. sous le nom de sage, c-st le pltisfon ■[<*. tous. Mais quoi que sur ce point ta satire publie , Chacun veut pu sagesse e*rignr sa folie ; Et , se laissant régler à son esprit tortu , jOe ses propres défauts se fait une vertu.
Ainsi , eela soit dit pour qui veut se connnître : Le plus sage est eelul qui ne pense point l'être ; Qui toujours pour un autre enclin vers la douceur , Se regarde soi-même eh sévère censeur , Rend à tous ses défauts une exacte justice , F,t Fait, sans se flatter . le procès à son viee. Mais chacun pour soi-même est toujours indulgent.
Un avare, idolâtre et fou de son argent;, Rencontrant la disette au sein de l'abondance , .Appelle sa folie une rare prudence ■ F.t met toute sa 'gloire et son souverain bien , A grossir un trésor qui ne lui sert de rien.
Plus il le voit accru , moins il en fait usage. - Sans mentir . l'avarice est une étrange rage , Dira cet autre fou , non moins prive' de sens j Ouï iette. furieux, son bien à tous venans , Èt dont l'ame inquiète, à soi-même importune,' Se fait un embarras de sa bonne fortune.
Qui des deux , en effet , est le plus aveiiRlo
L'un et l'autre , à mon sens . ont le cerveau trouble. Répondra chez Frc'doc ce marquis s'nge et prude , Et qui sans cesse au jeu . dont il fait son e'tude, Attendant son destin d'un quatorze ou d'un sept, Voit sa. vie ou-8a mort sortir de son cornet, Que si d'un sort fâcheux la maligne inconstance "Vient par un conn fatal faire tourner fci chance , Vous le verrez bientôt , les cheveux hérisses, P,t les yeux vers le eiel de fureur élancés i " Ainsi qu'un possédé qne le prêtre exorcise , Féteir dansas senneus tons les saints de ^église.
Sa SATIRE IV.
Qu'on le lie ; ou je crains , à son a ; r f ri Que ce nouveau Titan n'escala Je le ci,"™
Il est fuites erreurs dont l'aimable poison f'Sriî dZ c'"" "' US î°** ■
Chapelain veut rimer (i) , et Ce., Il , , ,„r' ■ Ma» bn ,„ e aea dur. vers , d'iltheto e ï «A
Que feroit-il , hélas ! ai ,„ e lSdï c eu? °' AUoa. pour son malheur , lui dessiller le, Lui taisant voir ses vers et F ' 8 -' p ux, Montes .„r deux «randl Z,. ' "° S 5r ", ces '
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Ses terme, sans raison [>„„ de l'autre ëcârtis
le gne-ri, par adresse, oinlutStsa^Wn
S A TIRE IV. 33 -V oua , dont l'art infernal , gar t'es secrets maudits En me tirant d'erreur , hi'ote du Paradis"!
J'approuve son courroux. Car, puisqu'il faut le dire, * Souvent de tous nos maux la raison est le pire. C'est elle (fui , farouche, au milieu des plaisirs , D'un remords importun vi-nt brider nos désirs. La fâcheuse a pour nous des rigueurs s-jns pareilles ; C'est mi pédant qu'on a sans cesse à ses oreilles ,' ■ Qui toujours nous gourmande , et- loin de noua toucher'.
Souvent, comme Joli (i), perd son temps à prêcher.
En vain certains rêveurs nous l'habille ni' en reine ,
Veulent sur tous nos sens la rendre souveraine ,
Et s'en formant en terre une divinité*
Pensent aller par elle à la félicite'.
C'est elle , disent-ils, qui nous montre à bien vivre.
Ces discours , il est vrai , sont fort beaux dans ua