A M. LE MARQUIS DE DANGEAU
Cette Satire a été faite en Vannée t665. L'auteur fait voir que lavéritable Noblesse consiste dans^ la vertu, indépendamment de la naissance. Ju vénal a traité lu même matière dans sa Satire VI IL
8ïï
. noblesse , DàHGEM) , n'est pas une chimère , na , sous l'étroite toi d'une vertu sévère , i homme, issu d'un sang fécond en demi-dieux , n.î ' < ¥" nme toi ■ !a ,ra(;e où marchaient ses aïeux. Mais je ne puis souffrir qu'un fat, dont la mollesse W a rien pour s'appuyer qu'une vaine noblesse , .Se pare insolemment du mérite d'auirtiï, Et me vante un honneur qui ne vient p:^s de lui. Je veux que la valeur de ses aïeux antiques , Ait fourni de matière aux plus vieilles chroniques-^ Et que l'un des Capets , pour honorer leur nom , Ait de trois Heurs de lia dote leur e'cussoti. Que sert ce vain amas d'une inutile gloire !
Si de tant de héros célèbres dans l'histoire , Il ne peut rien offrir**!» veux'de l'univers , Que de vieux parchemins qu'ont épargné les vert ; Si tout sorti qu'il est d'une source divine , Son cœur dément en lui sa superbe origine , Et n'ayant rien de grand qu'une sotte fierté , 5'e»dort dans une lâche et molle oisiveté î
SATIRE'Y. Cependant 'a le voir avec tant d'arroeance Vanter ,c faux ecla, de.,, haute naiSe ' un diroit que le ciel est soumis a sa loi Et ,„ç D.çu l'a petri d'autre limon ( ,„e 'moi. Enivre de lui-même, il croit dans sa folie , Wu il faut que devant lui d'abord tout s'humilie Au,o„rd'hi„ toutefois , sans trop | e menacer Snr ce ,„„ „„ peu haut je val, l'interroger.
Û.tes-nio. grand héros , esprit rare et sublime Entre tant d animau* , qui sont ceux qu'on ,£
F4h «IX. "" C0Ur " er q "h « P' ei » ^ e«<" »ait paroitrc en courant sa bouillante vigueur
SW'coTerrnnïl f" ' '" 1 da "»
o est couvert mille fois d'une noble poussière ■
|. va porter la ^fX'^^' Pourquot donc voule 8 .»„„, ,„ c r „ sot abus Chacun respecte en vous un Uonn'énr qui n'est plus! On ne ni'ehlomt „„,„, d .„ n0 apparence vain" V La vertu d un ccciir noble est la marque certaine S. vous «tes sorti deces he'ro, fameui , Montre a -„„„ s cette ardeur qu'on vit bril èr en oui Ce «de pour l'honneur, cette horreur ponr leS' Respccte z -v„„s les lois ! fuyez-von, l'injustice ™ Sa,B-vo„s pour „ gloire oublier le repos' '
Alors sove, issues ffî^
Venea de mille aïeu,; et , si ce n'e,t as,„
Feuilletez à loisir tous Ics'sièclcs passas! '
0) Chev.l du roi Bradas.,, J,« l'Ariosto.
(a) Chpval des quatre fil» Ayuion.'
Ybvei de quel guerrier il vous plaît de descendre i
Choisissez de César, d'Acbille on d'Alexandre :
En vain un faux censeur vou droit vous démentir;
Et si vous n'en sortes, vous on devez sortir.
Mn'13 frissiCz-voua issu d'Hercule en droite ligne,
Si vous ne faites voit qu'une, bassesse indigne.
Ce hmgainas d'aïeux que, vous ditliiinez tous ,
Sont autant de témoins «fui parlent contre vous ;
Et tout ce grand éclat de leur gloire ternie ,
Ne sert plus que de jour a votre ignominie.
En ra'm , tout fier d'un sang que vous déshonorez
Vous dormez à l'abri de ces noms révérés;
En va'm vous vous couvres! des vertus de vos pères;
Ce un sont à riies yeus que dé vaines chimères.
Je ne vois rien en vous qu'un lâche , un imposteur,
Un traître, un scélérat , un perfide , un menteur ,
L'ri fou , dont les açeè3 vont jusqu'à la furie, ■ ' ^
Et d'un- troue fort illustre une branche pourrie.
Je m'emporte peut-être. , et ma muse en fureur Verse dans srs discours trop de lie! et d'aigreur. Il faut avec les grands un peu de retenue. „ Hé bien ! je m'adoucis. Votre race est connue. Di-puis quand ï répondez. Depuis mille ans entiers ;
Et vous pouvez fournir deux fois seize quartiers
C'est beaucoup.?] aïs enfin le? preuves en sont claires; Tous les livres sont pleins des titres de vos pères : Leurs noms sont échappés du naufrage des -temps. Mais qui m'assurera qu'en ce long cercle d'ans , A leurs fameux époux vos aïeules fidelles , Aaxilouceurs de3 galans furent toujours rebelles E Et comment savezïvous si quelque audacieux ]N"a point interrompu le cours de vos aïeux ; Et si leur sang tout pur , ainii que leur noblesse ? Esf passé jusqu'à vous de Lucrèce en Lucrèceî
Que maudit soit le jour où cette vanité Vint ici de nos mœurs souiller la pureté !
lïana
S À T I R E V. $ 7 Paria l'es temps bienheureux du monde e» son enfance,
Chacun mèttoit sa gloire en sa seule innocence.
Chacun vi Voit conte ht' , et sons d'epalés lois ,
Le mérite y fàlsolt la noblesse et les rois ;
Et , sanS chercher l'appui .d'une, naissance iïlitstrd ,
Un hc'ros, de soi-même empruntait tout son lustre",
Fais enlin par le temps lo mtîritfl avili ,
Yit l'honneur en roture et le vice ennobli !
Ktî'orRin'i] , d'unTàux titre apptivant sa faiblesse,."
Maîtrisa les humains sous le nom de noblesse.
Dr; lj vinrent en foule, et marquis et barons :
Chacun pour ses vertus n'offrit plus que des nom 3 f
Aussitôt maint esprit , fécond en rêveries , :
Inventa le blason avec, les armoiries ;
De ses termes obscurs fit un langage à part ,
Composa tons ces mots de Cimier et A' Ecart ,
3> Pal , de Contre,>al , de Lamtel , et de Fn«'" .
fctloutce que t>ego,ng(0 dans son mercure eiitassÇ;
Une vatnc folie enivrant la raison ,
L'honneur triste et honteux ne fut plus de saison. >
Alors , pour soutenir son ranç et sa naissance,
IL fallut étaler ]<■ \ UXP Pt )., ddpenfio ;
Il fallut habiter un superbe palais
Faire par les couleurs distinguer ses rotors-; .
Et traînant en tous lieu* de pompeux "Àfuïpagpg f
Le duc et le niorriuis (V- se. reconnut aux pages.
Bientôt pour subsister , ] a noblesse sans bien , , Trouva l'art il'onmnmter et d" ne rendre rien ; • Vx bravant des scr-ens i là timide cojiorte , . ,± Laissa le créancier se. morfondre ;'i sa porte.
. fi) Auteur qui a. Tait le fifercure armoriai.-, i;
(2) Tons Ica^enli^hnmnipsçgûsid^iaLla»,'?!] ca tempj ïa , avoieut des pages.
38 S ATIRE V.
Mais , poor comble , à la. tin le marquis en prison J Sous le faix des procès vit tomber sa maison. Alors le noble altier , presse de l'indigence, Humblement du faquin, rechercha l'alliance ; Avec lui trafiquant d'ulî noms! precjeux , Par un lâche contrat vendit tous ses aïeux , Et, corrigeant ainsi la fortune ennemie , Rétablit son honneur à force d'infamie.
Car, si l'éclat de l'or ne relève le sang, En vain, l'on fait briller la splendeur de son rang ; L'amour de vos aïeux passe en voutr pour manie , Et chacun pour pan-ut vous Fuit et vous rerùei Mais quand u'n homuievest lîclie il vaut toujours • -7' sou £rix :" -,. ■ ... 1
Et l'eut on vu porter re niandille . ( i ) à Paris j' Is'iùi-ii île son vrai noii'i ni titré ni mémoire , , D'Ho?,ier;-ij lui trouvera cciit aïeux dans l'histoire
I oï donc . qui de mérite et d'honneurs revêtu , . JDes c'cueils de la cour as sauve la vertu, JÎArvGlîAu', quittais le rang où notre roi t'appelle,, Le vois , toniuiirs orne d'une gloire nouvelle , Et plus hrillant par soi que par l'éclat des. lis » . Dedaigne.v'tous ces rois dans la pou rpre^ amollis ; . fuir d'un honteux lnisîf lii uoii'peur importune,; .A ses sages conseils asservir là, fortune Et. de tout son' honheur'nè devant rien qu'à soi,. Montrer à l'univers ce g ne c'est qu'être roi : &\ tu vcux'te. couvrir d'un lîelat légitime ,. ; Va par mille beaux faits mériter son estime : Sers un si noble maître ; et fais voir qu'aujourd'hui ïon prince a dës'sujets qui sont dignes ile lui.
\i) Petite casaque qu'en ce temps-là portoient les UquaiJi - (a) Autour lits- savant dans les gérôalpgies.' ."' . ; ,
Cette Satire contient la description fîes embarras te Paris. Elle a été composée dans le même temps que la Satire première dont elle faisait partie. C'est une imitation de la Satire Ilf de Juvenalî
0 u 1 frappe l'air, bon Dieu ! de ces lugubres cris ? Est-ce donc pour veillfr qu'on se conclu; à Paris ! Et quel Oclieux démon, durant les nuits entières, Rassemble ici les chat* de toutes le* gouttières f J'ai beau sauter du Ht plein de trouble, et d'eflroi Je pense qu'avec eux tout l'enfer est chez moi. L'un miaule en grondant comme un tigre en furie ; L'autre roule sa'voix ronune' un enfant qui crie. Ce n'est pas tout encor. Les souris et les rats . . Semblent, pourm'e'veiller , s'entendre avec las chats; Plus importuns pour moi, durant la nuit obscure, Que jamais , en plein jour, ne fut l'abbe* de Pure(i}.
Tout conspire à la fois à troubler mon repos, Et je me plains ici du moindre de mes maux.
Car à peine les coqs . commençant leur ramage, Auront de cris aigus frappe le voisinage , Qu'un affreux serrurier , laborieux Vulcaia , Qu'éveillera bientôt l'ardente soif du gain, Avec un fer maudit, qu'à grand bruit il apprête ; ■ De cent coups de marteaux me va fendre la, tête.'
(0 Ennuyer célèbre.
Jto S A TIR.E VI.
J'eiitcndô^îja par-tout Ica dharrettea courir, Les maçons travailler, les boutiques «'ouvrir:. Tandis que daus les airs mille cloches e'inues , , D'un funeste concerpfont retentir les nues, Et se mêlant au bruit de la grêle et des vcuts. Pour honorer les morts , font-mourir les vivana.
Encor je be'nirois la bon te' "souveraine Si le ciel à cc*s maux avoit borne ma peine.
ÏVlaïs si seul en mon lit je peste avec raison ^ -C'est 'encore pis Vingt fois en quittant Ja maison. En quelque endroit que j'aille . il faulfendre la pressé. D'un pc uple d'importuns (jni fourmillent sans cesse : L'un me heurte d'un aïs, dont je suis -tout froissé - ; Je vois d'un autre coup mon chapeau renverse. Là , d'un enterrement la funèbre ordonnance, D'un pas lugubre et lent \ers l'e'ulisc s'uvaace. : Et plus loin , des laquais l'un l'autre s'ajiaçans, ■ Font abover les chiens, et jurer les paasans. Des paveurs en ce lieu me bouchent le passage. La , je trouve une croix [i) de funonte pre'sagct Et des couvreurs grimpes aii toit d'une maison, En font pleuvoir l'ardoise et la, tuile à foîsonï < Là , sur une charretie une poutre branlante , Vient menaçant de loin la foule qu'elle augmente.' Six chevaux attelés à ce fardeau pesant , Ont peine à le mouvoir sur le pave* glissant : D'un carrosse en tournant il accroche une roue , Et du choc le renverse en un grand tas de boue- Qnand un autre à l'instant , s'efforrantdc passer , Dana le' même embarras se vient embarrasser.
(0 On faisoit pendre alors du toit de toutes les maisons <rae Von cmrïroir ,~ une ci*rix de lattes pour averrirles pas<!ms de s'éloigner. On n'y pend plu» main t en aut qu'a ne tïmgle latte. , » ,
Vin^t carrosses bientôt arrivant a la file , Y août en moins de rien suivis de plus de mille: Et pour surcroît de maux, un sort malencontreux' Conduit en cet endroit un grand troupeau ddlboiufs. ' Chacun prétend passer : l'un mugit , l'autre jure. Des mulets en sonnant augmentent .'le murmure. Aussitôt cent chevaux dan* ta foule appelés , De l'embarras qui croit ferment les ie'filéa. Et par tout des passans enchaînant les brigades, Au milieu de la paix font voir les barricades. On n'entend que des cris poussés confusément j Dieu , pour s'y faire ouïr , tonneroit vainement. Moi donc, qui dois sauvent en certain lieu me rendre, Le jour déjà baissant , et qui suis las d'attendre. , Ne sachant plus'tantût à quel saint me vouer , Je me mets au hasard de me faire rouer.
Je saute vingt ruisseaux , j'esquive , je me pousse J Guenaud(i) sur son cheval en passant m'éclabouese ; lit n'osant plus paraître en l'état où je suis , Sans songer où je vais , ieme sauve où je puis.
Tandis que ddns un coin en grondant je m'essuie , Souvent pour m'achever il survient une pluie : On dirait' que le ciel , qui se fond tout en eau , Veuille inonder ces lieux d'un déluge nouveau. - Pour traverser la rue au milieu de l'orage , Un aïs sur deux pavés forme un étroit passage ; I> plus hardi laquais n'y marche qu'en tremblant ! Il faut pourtant passer sur ce pout chancelant ; Et li*3 nombreux torrens qui tombent des gouttières Grossissant les ruisseaux , en ont fait des rivières. J'y passe en trébuchant , mais njttlgré l'embarras , L'a frayeur de la nuit précipite^nes pas. *
(i) G'éioit la plus céiibia médecia dj Paiïj, et çui al- Ioii toujours à cheval.
Satire vi.
Car, sitôt que du soir tes ombres pacifiques , D'un double cadenas font Fermer les boutiques , Que, r^irc chez lui', le paisible marchand Va revoir ses billets et compter son aident.; . Que dans lé Marché-iieui' tout est calme et tranquille, Les voleurs à l'instant s'emparent de la ville (t).. IiC bois le plus funeste, et le moins fréquente - , Est, an prix de Paris , tin ILuii de sûreté.. Malheur donc à celui qu'une affaire imprévue * Engage nu peu trop tard au détour d'une rue !'. . bientôt quatre bandits lui serrant les côtes, La bourse ! ...Il faut se rendre, ou bien non , résistez, Alin que votre mort . de tragique mémoire , Des massacres fameux aille grossir l'histoire (2). Pour moi , fermant ma porte , et cédant au sommeil Tons les jours je me couche aveéqae le soleil. Mais en ma chambre à peine ai-je éteint la lumière , Qu'il ne m'est plus permis de fermer la paupière. Des filous effrontés , d'un coup de pistolet , Ebranlent mu fenêtre , et percent mon volet.
* J'entends crierpar-tout : Au meurtrniOn m'assassine! Ou , le feu vient de prendra à la maison voisine 1 Tremblant et demi-mort , je me lève à ce bruit ■ Et souvent sans pourpoint (3) je cours toute la nuit.
» Car le feu, dont ia flamme en ondes se déploie , "Fait de notre quartier une seconde Troye ; Où maint Grec affamé, maint avide Ar'gien, Au travers des charbons va piller le Troyen.
Enfin sous mille crocs, la maison abîmée , Entraîne aussi le faa qui se perd en fumée.
(t )On voloit beaucoup en ce tKinps-là dans !es nies de Paris, (a) Il y a une histoire intitulée Histoire dus larrons. (3) Tout le monde, on ce temps-là, porroit des pourpoints.
SATIRE VI.. 45 Je me retire donc encor pâle d'pIFroi ï t Mais le jour est venu quand je rentre chez mol. Je fais pour reposer mi elforl inutile , Cenîest qu'à prix d'argent qu'on dort en cette ville< Il faudroit dans l'enclos d'un va'ste logement , Avoir loin de ta rue un autre appartement.
Paris est pour un riche un pava d« cocagne, Sans sortit de îa ville, il troffVe ja campàgnft. Il peut dans s<m jardin . tout peuple d'arbres Verts , Receler le printemps au milieu des hivers , Et foulant le parfum de S"S plantes fleuries ,' Aller entretenir 'ses doueva rêveries. .
Mais niui , grâce, au destin iiiii n'ai ni feu ni lien^ Je me toga où je puis , et comme il plaît à Dm*,
CeTTF. Satire a été faite immédiatement après la Satire première et lu sixième , à la Ji ■<■ de l'année i(i(53. V Auteur ■ délibère avec sa muse , s'il doit continuer à composer des Satires; mais comme ton génie l'entra ne de ce cotê-là, il se détermine enfin à suivre son inclination. Horace lui afoUfhiçeaeidéé dans la SaHre I du iiVre a.
changeons de style , et quittons la satire, C'est un méchant métier que 'celui île médire : A l'auteur qui l'embrasse il est toujours fatal. Le mal qu'on dit d'« awai , i m - f r o i i tiit que du mal* Maint poète , aveuglé d'une telle manie , En courant !t l'honneur , trouve L'ignominie ; Et tel mot , pour avoir réjoui le lecteur , A coûte' bien souvent des larmes à l'auteur.
■Un éloge ennuyeux, un froid panégyrique , ïeut pourrir à son aise au fond d'une boutique ; Ne craint point du public le3 jugemens divers , Et n'a pour ennemis que la poudre ef Jcs vers. Mais un auteur malin , qui rit , et qui fait rire , Qu'on blâme en le lisant , et pourtaut qu'on veut lire, - Dans ses piaisans accès qui se croit tout permis , Do ses propres rieurs se fait des ennemis.
Un discours trop sincère aisément nous outrage s Chacun dans ce miroir pense voir son visage ;
SATIRE VI (i j$, F.t tel , en vons lisant, admire chaque trait, Qui, dans le fond de l'âme, et vous craint et voua haït..
Muse, c'est donc en vain que la main nous démange; S'il faut rimer ici , rimons quelque louange , Et cherchons un héros , parmi cet univers , Digne de notre encens, et digne de nos vers. . Nais à ce grand effort en vain je voua anime s Je ne puis pour louer rencontrer une rime.
Dès que j'v *eux rêver , ma veine est aux abois. J'ai beau frotter mon front , j'ai beau mordre mes doigts ,
.Te rre puis arracher du creux de ma cervelle, Qne des vers plus forces que ceux de la Pucefle (i). Je pense être à la gêne , et pour un tel dessein , La plume et le papier résistent à ma main.
Mais quand il faut railler , j'aî ce que je souhaite ; Alors , certes, alors je meconnoïs poète :
Phebus , des que je parle , est prêt à m'exanoer : Mes mots viennent sans peine , et courent se placer. Faiit.il peindre un fripon , famenx dans cette ville ï IVla main , sans que j'y rêve , écrira Raumayille. Faut-il d'un sot parfait montrer l'original!
Ma plume an bout du vers d'abord trouve SofaI : Je sens que mon esprit travaille de génie. Faut-il d'un froid rimeur dc'peindre la manie Mes vers, comme un torrent, coulent sur le papier ; Je rencontre à la fois Pcrrin eï Pelletier , Borinccorso , Pradon , Colletet ; Titrevitle (a). F.t pour un que je veux , Ven trouve plus de mille- ' Aussitôt je triomphé , et rA muse en secret S'estime et s'applaudit du beau coup qu'elle a fait.
(i) ?oëm'! héroïque de Chapelain , dont presque t'oo» les >.lT3 stmldtnt faits en dépit do Minerve.
(fil.Coètea déciles. ,
48 SATittEVIT.
C'est en vaîn qu'au milieu île ma fureur extrême , Je me fais quelquefois ues leçons a moi-même. En vain je veux au moins faire gracia quelqu'un , Ma plume auroit regret d'en épargner aucun ; Et. sitôt qu'une fois nia verve me domine, 1 Tout Ce qui s'offre à moi passe par l'c'tamine. Le mérite pourtant m'est toujours précieux ; Mais tout fat me déplaît et me blesse les yeux ; Je le poursuis par-tout , comme un chien fait sa proie ;
Et ne le sens jamais , qu'aussitôt je n'aboie. En lin , sans perdre temps eu de si vains propos , Je sais coudre une rime au bout de quelques mots: Souvent j'habille en vers une maligne prose.
C'est par là que je vaux , si je-vaux quelque chose. Ainsi i soit que bientôt , par nue dure loi , La mort , d'un vol affreux vienne fondre sur moi ; Soït que le ciel me garde un cours long et tranquille, A Rome , ou dans Paris , aux champs ou dans la ville ,
Dut. ma muse par là choquer tout l'univers , Riche, gueux , triste ou gai ,, je veux faire des vers.
Pauvre esprit , dira-t-ou , que je plains ta folie! Modère ces bouillons de ta mélancolie , Et garde qu'un de ceux qiu; tu penses blâmer , iN'eteign; dans ton sang cette ardeur de rimer.
Hc quoi ! lorsqu'à a t refois Horace , aprùs Lùcile , Exhaloit en bous mots les vapeurs de sa bile , Et vengeant la vertu par des traits e'clatans , Àlloit Oter le masque aux vices de son temps, Ou bien quand Juve'nal , de sa mordante plume, Faisant couler des Ilots de fiel et d'amertume , Gourmandoit eu courroux tout le peuple latin, L 'un ou l'autre lit-il une trag'que fin !
Et que craindre, après tout, d'une fureur si vaine î personne ne connoît ni mon nom ni ma veine.
Digitizcd a,
SATIRE VIT. 4; Oa no voit point mes vers, à l'envi de Montreutt (1) , Grossir inipiine'niPiU les feuillets d'un recueil. A peine quelquefois je me force à les lire , Pour plaire à- quel que ami , que charme la satire f Qui me flatte peut-être , et d'un air imposteur , Rit tout haut de l'ouvrage , et tout bas de l'auteur. Enfin , c'est mon plaisir : je me veux satisfaire ; Je ne puis bien parler , et ne sauroie me taire ; Etdès qu'un mot plaisant vient luire à mon esprit, Je n'ai point de repos qu'il ne soit en écrit; Je ne résiste point au torrent qui m'entraîne.
Mais, c'est assez. parie 1 . Prenons un peu d'haleine; Ma main pour cette fois commence à se lasser. Finissons : mais demain, Mnse , à recommencer.
(i) Le nom de Montreuil Jominoit itans tous les fré* ■tiens recueils de poésies choisies qu'on, faisait alors.
SATIRE VIIÏ.