JACQUES-BÉNIGNE BOSSUET
ÉViQUE DE MEÂUX.
Opentiu cBt boanniy et rectum, et vernm, m iimyenà ciiltnr& ministère domûi Domini;.... et prosperatas est.
il fit ce qui hoit bon ei droà^ et vraij dans tout ce qui regaràoit le ministère de la maison du Seigneur : et tout lui réussit heureuse» ment Cent oe qui est dit d'Exéchias, an lifre u des Pai alipo* rnènef» cli.3i.
Messbigneubs {*),
SViL fut glorieux à cet aticien foi de Juda , d'avoir mé* Eitë des louanges si singulières dans un siècle malheurejax, où Pimpiété des souverains , l'ignorance du peuple et la négligence des grands prêtres , avoient presque aboli le service du Seigneur : quelle gloire au grand homme que nous pleurons, de s'être rendu digne de lui être comparé, dans un siède aussi florissant que le nôtre, entre tant dé prélats zélés pour la religion , sons les yeux d'un Souverain qui lait de la piété le plus fort appui de son trône ! Luire dans les ténèbres d'une nation dépravée, c'est à quoi saint Paul sembloit borner la vertu des premiers X^hrétiens (■)• Mais luire au milieu des lumières , et y sou-
(*) MAI. Farcheyéqne de Narbonne , les évéqaef de Condom, de TiiUe, de Trojee^ d'Autan.
(■) In medio nationis prat» Ucetû, aient Inmiiuria ia mnado. Philipp. II. 1$^
46 OftAlSOir FUIIÈBRE
tenir son éclat, c'est ce qui n'appartient qu'aux premiers astres dm motiâe.
n est éteint celui qui répandoit dans la maison du Seigneur une si vive dafrté , par sa bonté , par sa droiture , par son zèle pour la vérité. Le reconnoissez-vous. Messieurs, à ces trois nobles caractères? Ne sufflsent-Us pas pour vous le rendre encore présent? tel que vous l'avez vu confirmer par ses exemples, les feçons de vertu qu'il avoit soin de vous donner ; tel que la Cour l'a i^u soutenir les grands emplois que ^ phu sage des Rois confioit à sa conduite; tel que l'Eglise enfin l'a' vu combattre pour elle, contre tous ses ennemis.
Vous aimiez sa bonté, la Cour respectoit sa droiture , l'Eglise applaudissoit k son zèle pour la vérité. La bonté dans ses uoemrs , la droiture dakis ses emplois , la vérité dans sa -doctrikife : Opêrùms est hoimfn , •et tectam , et venun^ et prosperabis est.
Heureux de s'être attiré par ces trois rares, qualités'^ l'affection du troupeau qu'il a conduit , la confiance du Prince qu'il a élevé, l'admiration de l'Eglise qu'il e défendue ! Plus heureux d'avoir fait un usage assez fidèle des talens précieux qu'il avoit reçus de Dieu, pour piouvoir kia mort se présenter à ses yeux chargé du fruk de ses travaux, et en attendre la récompense! Heureux nous-mêmes enfin , qui le regrettons, d'avoir dans notre douleur une consolation aussi douce que l'idée de son bonhem: ! Ne rougissons point de nos larmes ; elles n'ont rien de l'amertume que l'on ressent à pleurer tant d'illustres morts, dont on ne loue les vertus qn^en dissimulant les vices , et pour lesquels on n'espère qu'en ^remblant. Nos louanges n'ont pas besoin des couleurs de 4a flatterie , ni de celles du déguisement , pour être applaudies ; et si l'espéraâce que ttous osons ooucevôir de son salut, a la miséricorde pour fondement, elle a pour appui U fostice (0.
Avec ctos lentitaens que l'apd^e siiint Pàtd t&choit
(«) //. Tint, iT. 8.
DB SOSSVET* 49
d'inspirer aux fidèlei (0 , dms les pleurs qu'ils vesseient sur les cendres de leurs morts-y f entmpMDds sans sera* pule^ àlafaoB des seîuu autels , 1-dloge aès Meoseîgneur rninstrissime et &év4rendissîiDe 'fève «u Dieu, jA«QinKs« BsniGifE Boa&vrr^ évéque de Meaux^ «oaseiUer d'£tat ordinaire, précepteur de IMonseigiieur le Dauphin, premier aumânier de madame la Danphiae , et de «uadMue la dudiesse de Bourgogne , oonservaieur des priinlëges de rUniversitë, supérieur du collège royal deNa¥aTre.Toutes ces qualitës sont mortes pour M devant les hommes* Celles dont nous allons parier sont ttnanortelles , et le ren* dront immortel.
PBEMIÈRE PABTIE.
Dieu, par h perfection de son être étant essentiellement ioiU bien (>) ; et par la plénitude de son <étre y étant le bien de toutes cheses i}) ; toute la bonté répandue dans les créatures n'est qu'une image de cet Être souverainement parfinit, un écoulement de cet Être souverainement hâenfaisant. Le fidèle, par oonséquent, aUacM consumiDent au soin de sa peiCectioo, plein d'une indinalioii bienfaisante pour les autres, a dans son cosiv et dans son oftiurel les phis vives impressions de cette suprême beaté.
Salomon s'en reeonnoissoit jw évcnu , quand il se ren* doit à lui-m.4me oe témoignage avantageux : qu'il étoit né fiem d'esprit , et pourvu d'une honne ame ; Puer eram ingeniosus^ et sortitus tmimam bonam (4)»
A qui pouvoii mieux convenir cet avou sincère des dons du ciel, qu'à ce d%ne instrument, que Dieu a fermé de nos jours pour la gloire de son nom , et pour le mlttt des peuples? 11 naquit k Dijon ^ d'une &miUe dksinguée par des chargea l^onorables, et par des em-
(*) K«n tsDtttnsteliriiii, sicut et eaiteri, qui sp^oi non bâkent /. T%eÊ3mL iv. la. — (•) Owê» bonum. Sttod. xaaiti. t^. -^ 1»> 1 . DionfS. d€ àiv. Nom, c. 4- — ^^>> Sap. viii.i^.
4ft oukisov ruirÈBftE
plois importais. Ceux de son sang, établis depuis long<^ temps dans le Parlemeut y y occupoient tant de diverses places y que son père fut obligé par les lois de s'en exclure lui-même , et d'aller prendre à Metz , dans le nouveau Parlement y où son onde maternel étoit premier prési* dent, la pourpre que sa patrie lui refusoit à regret. Aussi fut-ce à regret qu'il s'éloignoit d'elle : et pour marque de sa tendresse y il y laissa ses enfans en^épât, sous les soins de son firère aine.
Ce fut auprès de cet oncle vertueux que le jeune Bénigne y appelé de Dieu k de grands desseins , prit le premier goût des belles-lettres , et de la vraie piété. Souffrez y Messieurs , que je vous dise que ce fut au collège de notre Compagnie qu'il en reçut l^s premièriss leçons. La complaisance est pardonnable à se souvenir d'un honneur que l'on ne peut oublier sans être ingrat. Mais bientôt il n'eut plus besoin d'aucun maître que du Seigneur même des sciences (0 : Dieu lui parla. Ce même Dieu, qui voulant tirer Augustin des désordres de sa jeunesse, des irrésolutions de son cceur, le forçoit, pour ainsi dire, k la lecture des saints livres, et lui crioit avec empife : Prends y et Us ; ToUcy lege ip) : ce même Dieu voulant entrer dans le cœur d'un jeune enfant , tout rempli des idées fleuries des poètes et des orateurs , qu'il goÂtoit avec plaisir, disposa , conuue par basiA*d , dans te cabinet de son oncle , une Bible sous ses yeux , et l'attacha d'abord à cette sainte lecture, avec un charme si doux; lui fit sentir si vivement l'élévation de cette divine parole au« dessus de tous les discours humains, que ce moment lumineux frappa dès-lors son esprit .pour tout le reste de sa vie. Il demanda le saint livre , et ne cessa point de Fétudier : s'appliquant personnellement à lui-même cet ordre général du Seigneur au peuple Hébreu : /ludi Israël : EcotOe Israël. Ces paroles que je t'adresse seront gravées dans ton cœur,. Tu les auras toujours en vue y soit que tu
(«) /. Reg. H. 3. — W Confess, Ub. vui, g, la.
sois
D£ BOSSTJETj 49!
tu sois assis dans ta maison, soii que tu tnarches par les chemins, soit que tu t'endormes ou te réveilles («) ; ordre qu'il accomplit depuis littéralement. Quel fruit eo tira-t-» il ? Nous le verrons dans la 8uite«
Plein de ces saintes impressions y il vient à Ptfis puiser les hautes sciences dans les pures sources de cette ancienne et fameuse Université. Aveo quelles dispositions ? Un esprit solide et brillant , un génie sublime et aisé , un assemblage peu commun de douceur et de fermeté , de franchise et de discrétion ; un visage où la modestie et l'innocence ëtoient pentes, un air respectable et engageant^ une grâce infinie à s'expliquer. Ce fut avec ces qualités que le jeune abbé parut dans le monde. En falloit-il plus pour s'y per-* dre avec la foule des jeunes gens? Il y trouva de quoi se distinguer 9 s'élever , se sanctifier; parce qu'il se. rendit docile aux conseils de la sagesse; et que, se dérobant aux amusemens de son âge, il chercha son salut , en* core plus que sa fortune , aux pieds et sous les yeux des plus sages de son temps.
Un Nicolas G>rnet, grand maître du collège de Navarre ^ mn Vincent de Paul , instituteur des prêtres de la Mission^ furent ses maîtres et ses modèles dans la science de l'Ecole, et dans celle du salut. Ce fut à ces hommes choisis qu'il dévoua ses plus belles années : ce fut de leur fonds qu'il tira l'amour de l'ancienne doctrine , et l'horreur de k nouveauté : ce fut dans leur cœur qu'il puisa la simpli-» cité de la vertu ^ sans faste et sans hypocrisie.
Son activité pour les bonnes œuvres , et sa docte facilité k exercer le ministère de la parole de Dieu , le firent désirer pour les deux plus importantes et plus grandes cures de Paris. Mais attaché dès sa tendre jeunesse au chapitre de Metz , d'abord par un canbnicat , ensuite par les dignités d*archidiacre et de doyen : il crut devoir à
(>) Meditaberis in eis sedens in domo tuà, et amhalaus in itinere, domieni atque consorgens. Deuter. VJ. 7.
BoSStJET. XUII. 4
5o OKÀISON FUNkBKE
cette Eglise y qui sembloit prendre plaisir à l'ëlerer , le principal fruit de ses études. Il forma donc le dessein de s'y établir.
Fut-ce pour s*j borner k la fonction des Lévites , occupiê^ autour de tarche à chanter^ les louanges du Sei-gneur (0 ? Il s'en acquittoit ayec un soin religieux , il s'y sentoit même porté par un attrait particulier : mais c*étoit trop peu pour son zèle. Il se crut encore établi sur les murs de Jérusalem comme un de ces gardes surveit" tans y k qui le prophète Isaïe recommande de la part de Dieu de ne se taire nijourninuii{^). H se disposa donc aux travaux apostoliques par de fréquentes missions , par la lecture des saints pères , et par la méditation des livres divins , plus en esprit de prière que d*étude. Il regarda cOBune un ld>us et conmie une profsination y d'oser fouOler dans ces trésors sacrés , pour enrichir son esprit , plutôt que pour cultiver son ame ; pour se mettre en état d'enseiguer la religion^ plutôt que pour la pratiquer. Savans ! c'est là l'écueil ordinaire de vos études. H fut assez fidèle à la grâce de sa vocation pour éviter cet écueii , et pour se proposer son salut et sa perfection , comme le premier objet de son zèle. Envoyé de Dieu^ pour être en ce siècle d'illusion ce qu'Esdras avoit ét^ dans un siècle d'ignorance , l'interprète et le zélateur d« la loi ; sur ce modèle , il prépara sou cœur , non-seulement à pénétrer, comme Esdras, tous les mystères de la loi , mais à l'accomplir comme lui y avant que d'en instruire le peuple : Paravit cor su^im ut investigaret legem Dominif etjaceret, et doceret (^).
Tous les avis qu'il y trouva si souvent donnés aux fidèles, sur la pureté de la vie, sur le mépris des^biens^
(*) Coram arca Domiai de Levitis, qui ministrarent, et récordarentur operum ejas. /. Pond. xyi. 4*
(s) Sttper muroB Jérusalem custodes totà die et Vatk nocte in perpetaum non tacebunt. l$ai, uui. 6.
(S)/. £jifr.vii. 10.
DE BOSSVET» Si
sut' l'effusion de la charité , sur Tesprit de paix et d^ douceur, lui parurent dès-lors , et dans la suite de sa vie , autant de lois aussi personnelles , que si la loi de Dieu n'eàt parle que pour lui seul. Plus il croissait «n âge et en honneurs , plus il redoubloît sa vigilance à cultiver ces illustres vertus , si nécessaires aux ministres de l'autel. L'innocence de sa vie éclata d'autant plus, qu'il toucha de plus près aux écueils et aux pièges de la Cour, Son mépris pour les biens augmente par l'augmentation des biens marnes. Sa charité s'enflamma par la foule des misérables, et par l'accroissement des difficultés du temps. Sa douceur redoubla par tous les événemens les plus capables de l'altérer.
Irréprochable dans sa vie, jusqu'à £ure rougir la plus hardie médisance, il porta le détachement et le désintéressement, jusqu'à s'attirer la censure de ceux qui mettent la prudence à ne rien négliger de leurs propres intérêts; et qui se croient élevés dans la maison du Seigneur , plutôt pour en recueillir les fruits , que pour en remplir les charges.
Si c'étoit en lui un défaut que ce noble mépris des avantages temporels, c'étoit le même défaut dont le sage Néhémias se vantoit au peuple de Dieu, de l'avoir gouverné sans intérêt , sans empressement à rechercher tes revenus attachés à son ministère (>) : dnnonas ducaiûs meinon quœsivi, 1\ mettoit, aussi bien que ce sage chef des Hébreux, le bon ordre de ses affaires, non pas à faire retentir le Palais et les tribunaux du bruit de ses contestations, pour conserver les droits utiles de son siège, Annonas ducatis mei non qutesm} mais plutôt k les sacrifier au zèle de la discipline et de la régularité; non pas à se ménager des fonds toujours suffisans aux dépenses d'un train pompeux, d'une abondance délicieuse et d'un luxe Scandaleux, Loin de moi cet indigne abus,
5a ORAISON FURÈBRE
s'^crioit Néhëmias : Ego autem non ita. Que ceux qni uû craignent point Dieu , à qui le maniement des biens sacrés ne paroît point redoutable, en fassent un emploi si honteux , une épargne encore plus criante : Ego aiUem non ita y propter tùnorem Domini (')•
Pour lui , son économie étoit de bannir de sa maison la débauche et l'oisiveté , d'y établir la concorde et la piété y d'accoutumer ses domestiques au travail^ de les assembler k la prière, de les bénir tous les soirs de sa main. Omnes pueri mei congregaiî ad opus erant C^). C'étoit d'avoir toujours de quoi fournir aux frais de la charité, de l'honneur, de la religion^ jamais rien pour le jeu , ni pour la délicatesse ; encore moins pour la volupté, pour l'intrigue, ou pour l'ambition. Sa suite étoit la pudeur et la modestie ; les ornemens de sa maison , l'ordre et la simplicité ; la magnificence de sa table, une noble frugalité. Les honnêtes gens y étoient reçus avec joie, les savans avec estime, les vertueux avec respect» Les grands mêmes s'y trouvoient quelquefois avec plaisir. Les étrangers y venoient, de toutes les nations polies, goûter les charmes de sa compagnie, les délices de sa conversation. Qui veniebani ad nos de genlibus in mensat mea erant (3). Souvenez- vous-en, 6 mon Dieu, poui^lui faire miséricorde. Il vous la demande avec le fidèle Néhémias , selon le bien quil a fait à votre peuple. Mementa met y Deus meus y in bonum, secundùjn omm'a quœ feci: populo huic (4).|
Telle étoit la bonté de son coeur et de ses mœurs, aussi Ubérale à se répandre an dehors, qu'attentive à se perfectipnner elle-même. On eût dit qu'il eût toujours son propre nom devant les yeux pour en remplir la mesure, et ne point démentir le caractère de douceur qui sembloit y être attaché. Il portoit ses yeux bien plus haut. U se proposoit les noms que Salomon .donne à l'esprit
DC BOSSTJET. 53
de sagesse : Esprit doux y bienfaisant; plein d*affection pour le bien; plein d'humanité, de bénignité'; Suavis, €wuins bonum; bene/adens , humanus , benignus, (') Cette variëtë d'idëes, pour exprimer la même perfection, la lui reprësentoit plus nécessaire aux disciples de la sagesse, que la subtilité y la force y la fermeté , Tamaa •nfin des autres perfections que l'Ecriture lui attribue (>)»
Ressembloit-il à ceux cpii ne sont doux que par foi«blesse y obligeans que par intérêt , prévenans que par dépendance; et qui , poussés par la fortune y abandonnent aussitôt ces vertus feintes ^ qu'ils n'avoient empruntées que pour s'élever? La vraie bénignité , semblable à celle de Dieu , ne vient point y dit saint Augustin y (3) de l'indigence; elle vient de l'abondance et de la profiisioA du coeur : BenignUas sununa y non ex indigentidy sed ex beneficentid. Bénigne établi à la G>ury dégénéra* t-il de lui-même? igDora*t*il ses amis? mit-t-il sa politique à se rendre seul important, à ne souffrir auprès des grands aucune lumière que la sienne? Au contraire^ il s'y fit toujours un plaisir d'y donner accès anx peEsonnes distinguées par leurs talens : il les répandoit partout dans les plus illustres familles : il se les attacboit par mille soins officieux , et par une confiance qui rendoit son amitié aurai agréable que précieuse.
Que de lumières placées maintenant sur le chandelier ! que de personnes élevées dans les dignités de If^ise et sur les trônes sacsés y pleurent aujourd'hui avec nous Torgane dont Dieu s'est servi pour donner le prix à leur mérite et l'édat à leur vertu M Cétoit - là l'homme généreux^ toujours seconrable à la vertu, qui savoît les temps et les momens de la' tirer des ténèbres, et de la faire connoitre à ceux qui la pouvoient couronner. Qu'un tel homme est rare à la Cour ! et combien n'y
(0 Sap^\^, as. — (•) Subtîlitf, acntiv, stabilu, certus, etc. Ibid* ^ 0) AuguêU quœst, TUi ad Dulcis. /i. a.
54 ORAISON FUWÈBRE
.rougissent point d'être tout-poissans à noire, et sans crédit pour obliger ?
Serez-vous donc surpris du crédit qu'il s'y fit luimême , de l'ouverture qu'il trouva dans les esprits et dans les cœurs? a Rien de si utile que d-étre aimé, » disoit saint Ambroise (0> et rien de si aimable que » ,1a bonté qui se fait sentir à tout le monde »• Cette vertu devoit-^Ue avoir en lui de. moindres effets , accompagnée et soutenue de tant d'autres?
Quand nous n'y remarquerions pas ni le dépouillement absolu d'un Borromée, ni l'austère sévérité d'un:Chry$o» st6me et d'un' Ambroise , ni les mortifications rigoureuses d'un Basile; aussi ne voy oit-on pas dans Jésus-Christ , non phiB que dans ses disciples , les jeunes continuels de Jean-Baptiste. Il nous suffit de voir dans ce disciple nouveau les saintes dispositions que saint Paul souhaitoit à Tite et à Timothée; et dont il composoit l'idée de l'épiscopat ; t innocence de la vie , la sobriété y la -prudence y la jusiice ^ l'hospitalité , la bénignité, sans nulle tache d'intérêt ^ de cupidité, de colère, ni d^orgueU (*)«
Si ce ne sont pas là ces vertus extraordinaires , ou l'on ne peut atteindre que par de sjtériles désirs ; ce sont du moins ces charmantes vertus , qui excitent nos efforts, sans rebuter notre courage. Un modèle trop ékré fournit par son élévation un prétexte à noire foiblesse» 11 nous faut un modèle k notre portée^ que nous ne puissions admirer sans nous sentir en même temps obligés de l'imiter. Tel celui que la Providence avoit mis devant nos yeux« Nous ne serons pas condamnés pour n'avoir pas été des Chrysostômes, des Borromées^t
(0 Nihil tam utile qu&m dfligi.... Popularis et grata est omnibus bonitau. Qffic. Ub. iiy cap. vu, n. i^
(*) Oporlet epûoopum eine crimine ease^ non saperbam, non iracandQiDy non torpis In cri cupidum ^ sed hospîialem , benignum , iobriam, jaslnni, continentcm. Tu. i. 7,' il. Timoth, xii. 3.
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mais pour n'avoir pas ressemblé k ce Pasteur choisi de la main de Dieu, pour être le modèle ei la forme de sor^ troupeau (0* Nous serons condamnés pour nous être contentés d'aimer en lui la bonté de ses moeurs et de son coeur, sans nous aimer nous-mêmes assez pour nous iaLre mie loi de son exemple. Estait moina digne de nos res»* pects et de notre imitation , par la droiture dans ses em^ plois, que par la bonté dans sa vie particulière 7 Noop le Terronr dans le second point t Operaiuê est bonum, et rectum;,... et prosperaius est.