‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 2)Chapitre 9 sur 58 · RÉPONSE DE M. L'ABBÉ DE CLÉRAMBAULT · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE M. L'ABBÉ DE CLÉRAMBAULT

AU DISCOITRS DE H VABBÈ DE POUGITAG.

MONSIKUB*,

Qi}OiQUE la douce et charmante socîëtë qui nous unit , nous ait toujours fait regarder la mort dé tous nos confrères comme on regarde ses propres malheurs y nous avons ëtë si vivement atteints de celle du fameux académicien dont vous occupez'la place ^ que sans nos réflexions sur Tindispensahle nécessité de sortir de cette vie^ et la joie que nous ressentons de votre heureuse présence, nous n'aurions jamais pu trouver aucun soulagement & notre douleur.

Ce grand personnage étant un de ces hommes rares et supérieurs^ qui sont quelquefois montrés au monde, pour lui faire seulement sentir jusques où peut être porté le mérite sublime , sans laisser presque Tespérance de leur pouvoir trouver des successeurs : dès qu'il s'appliqua' aux, lettres sacrées^ il sut bien (klre connoître, par le prodi* gieux espace qu'il laissa entre lui et ceux qui couroient la même carrière , qu'il sembloit destiné à entrer un jour dans 'ce petit et glorieux nombre des grands génies qui font Tomement de leurs siècles* H soutint de si beaux commencemens par une application exacte^ à tous ses devoirs, et par cette ardeur infinie pour les sciences , dont il devoit faire un si noble usage; et comnfe l'utilité de l'Eglise fut toujours son tendre et principal objet , avec Tamonr de la beUe gloire que Dieu veut bien être insépa-

^o niêPoirsE AU Dtscoua»

rable de la dignç exposilion, et de la ferme défense des wntes yéri(és que la foi propose , il commença dès les prenuères années de sa jeunesse à faire valoir contre les vices les talens qu'il avoit reçus du ciel pour l'éloquence. Ce fut avec de si grands succès, qu'ayant en peu de temps obscurci la plupart de ses égaux , il s'acquit par ces importantes fonctions, et par ses savantes conférences , cette haute estime dans les esprits; et sut gagner par les charmes de son commerce , dans lequel il savoit tout rendre aimable , ce doux empire sur les cœurs , dont il a joui d'une manière si singulière jusqu'aux derniers momens de sa vie.

Tant de talens extraordinaires , égalés ou surpassés encore par son désintéressement et sa modestie ^ lui ayant donné autant de zélés partisans qu'il y avqitdans tous les états de personnes capables de juger du vrai méritç , le firent appeler au gouvernement d'une église considérable, par le grand Prince que sa pénétration et sa justice élèvent si fort au-dessus dç tous les autres, et qui est suffisamment désigné par ce noble caractère^ Mais l'éducation du successeur de sa puissance et de sa gloire, ce fils unique qui possède si dignement toute sa tendresse et son estime , lui paroissant trop importante pour n'en pas confier une grande partie à un homme si excellent, il le détermina k renoncer , pour ce glorieux emploi , aux fonctions de la haute dignité dont il venoit de l'honorer , auxquelles il se deslinoit tout entier. Alors se donnant çans réserve k ce nouveau devoir, il contribua si heureusement à fortifier dans cet excellent naturel toutes ces grandes et aimables qualités qui nous assurent la félicité publique ,, et méditant déjà des victoires contre les ennemis de l'Église , il laissa obtenir à ses rivaux le premier rang, qu'il pouvoit occuper dans l'éloquence sacrée j; comme autrefois ( si l'on ose comparer des hommes si différens } le premier des empereui's avoit fait si noblement, parmi les orateurs profanes, en préférant à cet honneur celui de subjuguer les ennemis de sa patrie.

SE M. DE POLIGHAC. 4^

Ce prêtât illustre commença peu de temps après à Satire sentir aux adversaires des vérités orthodoxes le poids de sa supériorité , par cette science sublime dans laqueUe il s'étoit déjà rendu si recommandable ; cette maltresse de toutes les autres, si élevée au-dessus d'elles, non-seulement par la dignité de son objet , mais encore par la profondeur et la méthode de le traiter ; c'est*à-dire la grande et vraie théologie , puisée dans les bonnes sources de IHEcoIe , que les partisans de Terreur ont toujours tâché de déoîer , et même de charger de mépris apparens , oonnoissant com* bien eUe leur étoit funeste. H se servit donc contre eux de ce grand art, qui, supposant les notions claires et les définitions justes , prises dans la nature même des choses, infère l'un de l'autre, par des raisonnemens solides, et con« dnans avec ordre et liaison; en un mot de cette parfaite scolastique, égakment éloignée de la fioiblesse embrouiU lée, et de la chicane barbare, affectée par quelques-uns qui se flattent avec si peu de fondement d'exceller par là au-dessus des autres, et de l'épaisse confusion d^autorités et de faits entassés et mal digérés , sans être rangés dans les questions différentes, pour y servir de fortes et vives preuves, que certains demi^savans , se fiant à ce qu'ils ont d'esprit naturel , osent honorer du nom de positive , leur peu de lumière ne leur permettant pas de connottre que oe sont deux soeurs inséparables, dont l'une est le guide et le soutien de l'autre , qui fait sa perfection et son ornement. 11 fit sentir toute sa force et sa méthode, en conservant toujours dans ses écrits la poHtesse et même les grâces , soit qu'il fiillùt justifier la doctrine de l'Eglise contre les re|^oches et les calomnies. de ses ennemis, soit qu'il fidlùt les convaincre des contradictions absurdes de la leur et des ebangemens essentids qu'elle a déjà soufferts malgré sa nouveauté. Ce grand homme se faisoit honneur de posséder une science si nécessaire , et de s'en servir si utilement ; bien diffiérentde ceux qui, n^étant pas seulement à portée de l'entendre , ni par conséquent d'en pou^ Toir jamais juger, croieut que c'est bien plus tôt CEult de la

4^ KEPOA'SË AU ÙISCOURS DE M. DE FOLIGNÀC.

rejeter en la traitant de subtilité sèche et inutUey pour excuser au moinapar là leur peu de pénétration et leur ignorance^

Tous ces grands et solides avantages , qui le mettoient si fortau^dessusdeceuxde son temps^ ni les travaux d'esprit continuels dans. lesquels il se troavoit engsgé, et qui souvent y laissent de la.Fudesse ^ ne le rendirent junais ni plus fier ni plus farouch». Il sut toujours parfaitement accorder ^affabilité , la^ douceur , et même la oondescendance, avec la fermeté de vigilant et intraitable défen* seup de la: pure et saino^ doctrine; il se. crut indispensa* Moment oUigé d'employier toutes les lumières de- soni esprit à réprinser leaetttneiprises de ceux qui vonloient y donner atteintes et-rvoyant qu'une nouvelle erreur, d'au^tant plus pemideuseiy qu'eUoaffectoit de se cadrer sous le prétexte d'une plus llautefierfecCioiiy et de raffinement' dan» les; sentimen^xle piété ^.menaçoit la tranquillité de llEglise; sans considérer s^ âge avancé, ni lesincommo* dites de sa per8<mtte^ atténuée par tant de travaux, il n-écoutft plnsqtie^on zèle, pour l'affermir pm; ces doctes ouvrages si dignes denotreadmiration. Enfin, quoique bien près de terminer sea jours , il ne put encore s'empêcher deranimer-ses fdrœs mourantes^ pour réfuter un traducteur et nouveau oommenuteur de l'Évangile, qui lui parut' trop hardi; ce qu'il fit avec tant de profeadenr eti de justesse, qu'on pourra douter un jourque ce fut loi dernier' efEort de son génie. Alors sentant en lui la nature entièrement épuisée et sansiaueune ressource > eti qu'ils lui failloit subirila)loi commune à. tous les hommes, il* acheva de s'y préparer avec une fermeté et une résigna*-* tion exemplaire , par tous lesi actes les pins édifiàns et Jcs) plus tendres^ et -vivement pénétré des vérités qu'il avoit. si constamment défenduea^ etpleindeoettesalntasreespé** rance qu'il avoit si bten comme, il aMa partager les ' ré- • compenses étemeHcs* avec ses glorieux prédécesseurs, les* fameux. Pères de l'Eglise, qui on t. si bien mérité d^eHe dans leurs siècles , comme il a fait dans le sien.

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