RÉPONSE DE BOSSUET A UNE CONSULTATION DE JACQUES II
XOl D^ÂNGLETEBRE*
Or vient de publier cette Réponse en Angleterre; elle a été trouvée dans les papiers d'un ancien secrétaire de lord Melfort, qui remplissoit, à ce qu'il paroit, les fonctions d'ambassadeur de Jacques II à Rome. Elle a rap-> port à nne discussion importante que nous exposerons le pins brièvement possible.
Jacques II, dépouillé de sa couronne par la révolution de 1688 y avoit conservé beaucoup de partisans en Angleterre, non-seulement parmi les Catholiques , mais encore parmi les Protestans. Un grand nombre des Anglicans les plus zélés n'avoient point voulu reconnoitre Guillaume , et plusieurs évéques avoient refusé de lui prêter serment. Ils furent dépossédés , ainsi que les ecdésias* tiques qui suivirent leur exemple. Parmi ces derniers étoient des hommes très- capables , et connus par leurs écrits, tels que Dodwell, HicLes, Collier , Leslej, etc« Bickes et Lesley vinrent secrètement en France s'aboucher avec Jacques. Ce prince avoit aussi été suivi par plusieurs seigneurs protestans. Il entretenoit une correspondance assidue avec l'Angleterre, et plusieurs projets foi'ent formés pour ménager son retour. Mais les Anglicans demandoient avant tout qu'il donnât des garanties de sa fidélité à maintenir l'Eglise établie. Jacques avoit cherché plusieurs fois,^ rassurer les esprits à cet égard. Peu après son arrivée a Saint-Germain , il avoit adressé
8 RÉPOKfiE DE BOSSVET
aux lords et autres membres du conseil privé , une lettre où il protestoit de son intention de respecter les dsoits de l'Eglise éublie (^). Le 3 février 1689 , il écrivit aux psiirs et aux membres des Communes une lettre dans ce sens; et il tint le même langage dans une Déclaration datée de Dublin le 18 mai 1689.
Les Protestans Jucobites lui ayant demandé en 1693^ de renouveler ces assurîinçes , quelques Catholiques attaches au Roi, élevèrent la question s'il pouvoit en conscience promettre de maintenir une religion qu'il croyoit fausse. Des ecclésiastiques de la suite de Jacques blâmoient une telle promesse y et des seigneurs même s'y montroient contraires. Dodd, dans son Histoire de rSglise (F Angleterre y nous a conservé la relation d'un entre lien à ce sujet entre le Roi et sir Edouard Haies. Ce-^ lui -ci étoit un de ses plus fidèles partisans , et il avoit quitté l'Angleterre en 1690 , pour rejoindre le prince. On voit 9 par sa relation^ que Dodd possédoit écrite de sa main , qu'il fit quelques objections au Roi contre la Déclaration; et ce fut alors que Jacques lui dît qu'il s'étoit appuyé sur Tavis de quelques évéques français et de quelques docteurs de Sorbonne, et que les théologiens ^nglais^ quoiqu'ils ne partageassent pas la même opinion , avoient reconnu qu'il pouvoit en conscience la suivre C*)*
La Déclaration, telle qu'elle fut publiée le 17 avril 1693 V. s. étoit conçue en ces termes, pour ce qui regarde la religion : « Nous déclarons, sur notre parole » royale, que nous prot^erons et défendrons l'Eglise an- » glicane, telle qu'elle est établie par les lois, et que nous » assurerons à ses membres toutes les églises, universités I» et écoles qu'ils possèdent aujourd'hui ; ainsi que leurs » dignités, droits et privilèges. Nous déclarons aussi que
(*) Kennet, Histoire complète éPAngleUrre, tom. m, paç. S^i. t**) The Churçh History of Enghmd, (par Dodd) toni. in^
A UKE COHSVLTÀTIOir DE JACQUES II. 9
9 nous recommanderons sérieusement au Parlement Téta* 9 lotissement d'une liberté de conscience impartiale, et telle » qu'elle conviendra au bonheur de la nation. Nous déda- » rons de plus que nous ne violerons pas le Test^ que nous • ne dispenserons pas de son observation, et que nous lais- 9 serons au Parlement le soin d'expliquer et de limiter y notre pouvoir de dispenser en d'autres matières ».
On avoit dressé d'abord deux différons projets de Déclaration y qui furent soumis l'un et l'autre au jugement des évéques et des docteurs français. Nous trouvons deux des réponses qui furent faites, dans le journal anglais thc (UahoUc Gentlcman's Magazine y tom. i, n" x, novem-^ bre 1818 y pag. 716. La première de ces réponses, est signée de Bossuet^ et la seconde de six docteurs de Sorbonne :
Les deux formules et promesses dans le fond sont de même force. Le Roi de la Grande-Bretagne peut également accepter et signer, sans blesser sa conscience, et donner la préférence à celle que Sa Majesté croira la plus avantageuse pour le bien de son service.
Fait à Versailles, ce la de février 1693^
t h BÉNIGNE, £v. de Meaux.
Les docteurs en tb^ologie de la Faculté de Paris ^ soussignés y après avoir examiné les deux projets de promesse que les Anglais proposent au Roi de la Grande-Bretagne, pour qu*il puisse (*) Fun ou
(*} n manque ici un mot qui apparemment ëtoit effacé on nul «pri( dans le manuscrii. Le jounùd anglais a mis entre deux parenihéseSy adopUr ou signer.
lO IlLÉPOKSE DE BOSSUET
TautrCy sont d'avis qu'il n'y a rien en pas un des deux, à quoi Sa Majesté Britannique ne puisse s!engager en conscience, dans Fétat où sont les affaires d'Angleterre. A Paris, le i3 février 1693.
Le journal qui nous fournit ces pièces^ ne donne point les noms des docteurs qui ont signé cette dernière réponse^ ii ne nomme point non plus les autres évéques qui paroi troient avoir été consultés, suivant le récit de sir Edouard Haies. Il présente ensuite l'extrait d'une lettre du même, adressée à lord Melfort, à Rome, sous la date du 17 février 169 1. Cette lettre n'a pas un rapport direct à notre objet, et ne contient que des détails sur des négociations entre Jacques et plusieurs de ses partisans pro-r testans en Angleterre.
Yoici actuellement les deux pièces trouvées dans les papiers du secrétaire de lord Melfort, avec le titre qui les précède dans le manuscrit , et la note en anglais qui les termine :
Sentimens de feu M. VEs^êgue de Meaux sur ces deux questions :
I .* Si le roi d'Angleterre peut, sans blesser sa conscience, promettre à ses sujets protestans, pour les faire rentrer dans son obéissance , de protéger et de défendre l'Eglise anglicane , comme elle est maintenant établie par les lois-, et assurer aux membres de cette Eglise, tontes leurs* églises, universités, collèges et écoles, avec leurs immunités et privilèges 5 a.* Si le même Roi peut promettre aussi de ne point violer le serment du Test, et de n'en point dispenser ; as^cc l^ motifs sur lesquels ce prélat fondoil ses senXimens, qui éloient pour l'affirmative. Ensemble dis^rses dépéclies relatives à cette consultation. Mai 1693.
A UNE COirSULTATlOir DE JACQUES II. II
Lettre de M. VEvêque de Meaux à S. Em. le -Cardinal de Janson^ du 22 mai 1693.
Il a plu au Roi d'Angleterre de me faire communiquer certains éclaircissemens qu*on demandoit à SaMajestéy touchant la religion, en faveur de ses sujets protestans , lorsqu'ils se ranger oient à leur de^ voir; et il me fit témoigner en même temps qu^il Yculoit savoir de moi si je croyois qu'ils pussent blesser sa conscience. Je crus qu'il les poûvoit accorder sans aucune difficulté , et je lui déclarai mon sentiment^ tant de vive voix que par écrit.
Le même Roi m'ordonne présentement. Monseigneur, de dire à Votre Eminence, les raisons dont î*ai appuyé mon avis, afin qu'elle puisse en rendre compte à Sa Sainteté (^), à qui je soumets de tout mon cœur toutes mes pensées et toutes mes vues. J*obéis, et Votre Eminence verra en peu de mots, dans récrit inclus, les raisons qui me déterminent à approuver la Déclaration de ce Prince.
Le Roi, notre maître, a su la consultation et la réponse, et il a approuvé mes sentimens, qui se sont trouvés conformes à celui des principaux docteurs delaSorbonne,sans que nous ayons communiqué ensemble.
Il s'agit à présent, Monseigneur, de faire entendre nos raisons à un Pape dont la prudence et la piété éclatent par toute l'Eglise ; et j*ose espérer de la bonté
(*) Le Cardinal de Jansôii ëtoit ambassadear de France à Romes II occupa ce poste jusqu'en 1697. {Edit. de Vtr*. )
Ift AÉPOVSE DE BOS&UET
dont VOUS m*avez toujours honore, que vous voudrez bien vous servir de cette occasion, pour assurer ce saint Pontife de mes profondes soumissions , et de rinviolable respect qijie \e ressens, comme je le dois, non-seulement pour sa place si auguste et si sainte, mais encore pour sa personne, dont les vertus remplissent le monde d^édification et de joie.
Conservez-moi^ Monseigneur, l'honneur de votre amitié, et croyez que je suis toujours avec le trèshumble respect que vous connoissez^ Monseigneur , votre, etc.
t J. BÉNIGNE, £v. de Meauz.
PnEUFES du sentiment de M. TEvêqwe de Meaux sur la Déclaration du Roi d'Angleterre.
La Déclaration qu*on demande au Roi d* Angleterre en faveur de ses sujets protestans, consiste principa-* lement en deux points : le premier est que Sa Majesté promette de protéger et défendre TEglise anglicane, comme elle est présentement établie par les lois, et qu'elle assure aux membres d'icelle toutes leurs églises, universités, collèges et écoles, avec leui*s immunités et privilèges. Le second, que Sa dite Majesté promette aussi qu'elle ne violera point le ser-* ment du Test, ni n'en dispensera point. '^
Tai répondu et Je réponds, que Sa Majesté peut accorder sans difficulté ces deux articles; et pour entendre la raison de cette réponse, il ne faut que fixer le sens des deux articles.
Le premier a deux parties ; l'une de protéger et de défendre l'Eglise anglicane, comme elle est présente-
k UNE CONSULTATION DE JACQUES II. l3
ment établie par les lois ; ce qui n'emporte autre chose que de laisser ces lois dans leur vigueur , et comme roi y les exécuter selon leur forme et teneur.
La conscience du Roi n'est point blessée par cette partie de la Déclaration , puisque la protection et la défense qu'il promet à l'Eglise anglicane protestante, ne regarde que Textérieur, et n'oblige Sa Majesté à autre chose qu'à laisser cette prétendue Eglise dans l'état extérieur oil il la trouve, sans l'y troubler, ni permettre qu'on la trouble.
Pour décider cette question par principes, il faut faire grande différence entre la protection qu'on donneroit à une fausse Eglise par adhérence aux mauvais sentimens qu'elle professe, et à celle qu'on lui donne pour conserver, à l'extérieur, la tranqnil* lité. La première protection est mauvaise, parce qu'elle a pour principe l'adhérence à la fausseté; mais là seconde est très-bonne, parce qu'elle a pour principe l'amour de la paix, et pour objet, une chose bonne et nécessaire, qui est le repos public.
Ceux qui traitent avec le Roi d'Angleterre, dans cette occasion , ne lui demandent pas l'approbation de l'Eglise anglicane, parce qu'au contraire ils le supposent catholique, et traitent avec lui comme l'étant. Ils ne lui demandent donc qu'une protection légale, c'est-à-dire, une protection à Textérieur, telle qu'elle convient à un Roi qui ne peut rien sur les consciences ; et tout le monde demeure d'accord que cette sorte de protection est légitime et licite.
Les rois de France ont bien donné, par Fédit de Nantes, une espèce de protection aux Protestans ré-
l4 BÉPONSE DE BOSStTET
formés^ en les assurant contre les insultes de ceux qui les voudroient troubler dans leurs exercices, et en leur accordant des espèces de privilèges, oh ils ordonnaient à leurs officiers de les maintenir. On n'a pas cru que leur conscience fût intéressée dans ces concessions, tant qu elles ont été jngées nécessaires pour le repos public, parce que c*étoit ce repos, et non pas la religion prétendue réformée, qui en étolt le motif. On peut dire à proportion la même chose du Roi d'A^ngleterre; et s'il accorde de plus grands avantages à ses sujets protestans, c'est que l'état oili ils sont dans le royaume, et le motif du repos public l'exigent ainsi. Aussi ceux qui trouvent à redire à cet endroit de Farticle'ne mettent-ils la difficulté qu'en ce qu'il renferme une tacite promesse d'exécuter les lois pénales qui sont décernées par le Parlement contre les Catholiques, parce que, disent-ils, les Protestans mettent dans ces lois pénales une partie de la protection qu ils demandent pour FEglise anglicane protestante.
Mais les paroles dont se sert le Hoi n'emportent rien de semblable ; et il importe de bien comprendre comme parle la Déclaration. « Nous protégerons, » dit-elle, et défendrons l'Eglise anglicane» comme » elle est présentement établie par les lois ». Il ne s'agit que des principes constitutifs de cette préten-^ due Eglise en elle-même, et non pas des lois pénales par lesquelles elle prétendroit pouvoir repousser les religions qui lui sont opposées.
Les principes constitutifs de la religion anglicane, ;selon les lois du pays, sont premièrement les préten-
A UlfE COSSULTATlOlf DE JACQUES 11. l5
dos articles de foi réglés sous la reine Elisabeth ; se* coadement, la litargie approuvée par les Parle* mens; troisièmement, les homélies en instructions , que les mêmes Parlemens ont autorisées.
On ne demande point au Roi quil se rende le protecteur de ces trois choses , mais seulement qu'à Textérieur il leur laisse un libre cours pour le repos de ses sujets : ce qui suffit d'un côté pour maintenir ce qui constitue à Textérieur l'Eglise anglicane protestante, et d'autre part ne blesse point la conscience du Roi. Voilà donc à quoi il s'oblige par cette première partie de l'article, oh il promet d'assurer à TEglise protestante et à ses membres, leurs églises , etc. La seconde a encore moins de difficulté, et même elle tempère la première, en réduisant manifestement la protection et la défense de TEgUse anglicane protestante aux choses extérieures dont elle est en possession, et dans lesquelles le Roi promet seidement de ne point souffrir qu'on la trouble.
Le Roi est bien loin d'approuver par là l'usurpation des églises et des bénéfices; mais il promet seulement de ne point permettre que ceux qui les ont usurpés soient troublés par des voies de fait, parce que cela ne se pourroit faire sans ruiner la tranquillité de ses Etats.
A r^ard du Test^ qui fait le second article de la Déclaration du Roi, il n'oblige Sa Majesté à autre chose, sinon à exclure des charges publiques ceux qui refuseroient de faire un certain serment : en quoi il n'y a point de di$culté, puisqu'on peut vivre humainement et chrétiennement sans avoir des charges.
l6 KÉPOM^ DB B08SUET
Que s'il parott rude aux Catholiques d*en être exclus, ils doivent considérer Fétat où ils sont, et la petite portion qu ils composent du royaume d'Angleterre; ce qui les oblige à ne pas exiger de leur Roi des conditions impossibles, et au contraire à sacrifier tous les avantages dont ils se pourroient flatter , à Tavancement, au bien rëel et solide d*avoir un roi de leur religion , et d'affermir sur le ti^ône sa famille, quoique catholique; ce qui peut faire raisonnablement espérer , sinon d'abord y du moins dans la suite, l'entier rétablissement de l'Eglise et de la foi. Que si on s'attache, au contraire , à vouloir faire la loi aux Protestans, qui sont les maîtres, on perdra avec Toccasion de rétablir le Roi , non-seulement tous les avantages qui sont attachés au rétablissement, mais encore tous les autres, quels qu'ils soient, et on s'exposera à toutes sortes de maux ; étant bien certain que si les rebelles viennent à bout, selon leurs désirs, d'exclure tout à la fois le Roi, ils ne garderont aucune mesure envers les Catholiques, et ne songeront qu*à assouvir la haine qu'ils leur portent.
Par ces raisons, je conclus, non-seulement que le Roi a pu en conscience faire la Déclaration dont il s'agit, mais encore qu'il y étoit obligé; parce qu'il doit faire tout ce qu'il est possible pour l'avantage de l'Eglise et de ses sujets catholiques, auxquels rien ne peut être meilleur, dans la conjoncture présente, que son rétablissement. On doit même regarder déjà cc^mme un grand avantage, la déclaration que fait Sa Majesté, de recommander fortement à son Parlement une impartiale liberté de conscience; ce qui
montre
▲ UNE CONSITLTATIOiy DE JACQUES II. 1^
montre le zèle de ce Prince pour le repos de ses sujets catholiques, et tout ensemble une favorable disposition pour eux, dans ses sujets protestans qui acceptent sa Déclaration. Je dirai donc volontiers aux Catholiques, s'il y en a qui n approuvent pas la Déclaration dont il s*agit : Noli esse justus multiim, neque plus sapias quàm necesse estj ne obstupescas. (Ecci.Es. vu, 17.)
Je ne doute pas que notre saint Père le Pape n'appuie le Roi d'Angleterre dans l'exécution d'une Déclaration qui étoit si nécessaire , et île pense bien des intentions d'un Prince qui a sacrifié trois royaumes, toute sa famille, et sa propre vie, à la religion catholique. Je me soumets de tout mon cœur à la suprême décision de Sa Sainteté.
Fait à Meaux, ce as mai 1693*
t J. BÉNIGNE, Ev. de Meaux.
c The foregoing were found with several other cri- » gînals , in the library , among the papers of an old » secreu&ry of the late lord Melfort. They are foUowed » by other letters conceming the Déclaration of iôqS , » from lord Melfort, cardinal de Forbin , a5 may; car- » dînai Howard, i june; cardinal d'Esté, 3 june; car- 1» dînai Howard , 8 juin : al! in tbe portfolio of lA. Lan- » celot and also contain along letter firom lord Perth to > the Âbbort of la Trappe , on the King's iliness , and 9 a short disconrse of Pope Qément on bis death , with 9 snndry remarks on the gênerai subjects of the catholic » religion in England^ together with a summary reci* 9 prodty of law between Scodand, France, etc. »
lie docteur J. S. OarLe a parlé de ces pièces dans la
BOSSUET. XLIII. a
l8 ftéPOKSE DS BOSSUET
Vie de Jacques //, qu'il vieat de publier sur les papiers originaux de la finnille des Stuarts } papiers qui éloient à Rome , et que le souverain Pontife a envoyés an prince régent d'Angleterre. Le docteur entre dans quelgués détails sur cette controverse ^ et expose les raisons des Catholiques anglais y qui blâmoient la Déclaration. Le Roi y dit-il ^ s'étant adressé à quatre ecclésiastiques de sa nation , ils déclarèrent unanimement qu'il ne pouvoit pas promettre de prot^er et de défendre une religion qu'il croyoit erronée ; mais que rien n'empédioit qu'il ne promit de protéger et de maintenir ses sujets de l'Eglise d'Angleterre dans le libre exercice de leur religion , et dans la tranquille possession et jouissance de leurs bénéfices , comme aussi de conférer ces bénéfices ; vu que c'étoit deux choses très-différentes de promettre de maintenir une religion , ou seulement de maintenir ceux qui la professoient dans la possession de leurs bénéfices. Le Roi ayant consulté les mêmes théologiens , pour savoir s'il pouvoit promettre de consentir aux lois qu'on lui proposeroit pour la sûreté de l'Eglise établie , ils firent encore une réponse négative; car, disoient-ils , après une pareille promesse, le Roi se trouveroit obligé d'accéder à la proposition qu'on lui feroit par exemple d'élever le prince de Galles dans la religion anglicane , ou d'exclure tout catholique de la succession*
C'étoit là aussi à peu près le raisonnement de sir Edouard Haies , dans sa rdation de la conférence du a juin 1693 avec Jacques , et dans ses remarques sur cet entretien, Si le Roi, disoit-il , remontoit sur son trine, en vertu de la Déclaration du 1 7 avril , il se trouveroit livré aux ProtestanSy et obligé d'accéder à toutes leurs demandes; son armée et sa Cour seroient toutes composées de Protestans ; le prince de Galles seroit entouré de Protestans, et élevé par eux. Les Anglicans , disoit sir Edouard , pounoient-ils croire qu'un prince qui a perdu trois
A UWE COVSULTJlTIOir DB JACQUES lU 10
Tojaanie» , plutôt que de maoqiier k sa religion , est sio« cère ea leur Csùsani des promesses qui tendent si maoi« festement à la ruine de cette méine religion ? Enfin , ajotttoit-il y les Catholiques d'Angleterre et d'Irlande 9er roient dans une situation pire sous Jacques rétabfi à de telles conditions 9 qu'ils ne sont actuellement sous le prince d'Orange ; car celui - ci peut leur accorder des faveurs , s'ils veulent lui prêter serment (*).
En rapportant ainsi les raisons des adversaires de la Déclaration , nous sonunes loin de chercher à combattre le sentiment de Bossuet sur cette controverse , et nous n'avons voulu que montrer ce qu'on disoit de part et d'autre. Le docteur Clarke prétend que les docteurs français revinrent sur l'avis qu'ils avoient donné. Us s'é-* toient trop hâtés, selon lui, d'approuver la Déclaration; et après avoir pris connoissance des lois anglaises et de l'acte du Test, ils donnèrent une réponse toute contraire à la première. Bossuet lui-même reconnut , quoique plus tard y qu'il s'étoit trompé , et Jacques abandonna aussi son premier sentiment. L'historien ne cite rien de Bos* snet, ni des docteurs de Sorbonne, à l'appui de ce <ihangement ; et la lettre du Roi l l'abbé de la Trappe n'est pas asses précise pour confirmer ce qu'il avance. Dodd au contraire rapporte que sir Edouard Haies et quelques-uns de ses amis tombèrent peu après dans une sorte de disgrâce pour ce sujet , ou pour quelque autre semblable , et il est probable qu'il n'eût pas manqué de faire mention du changement d'avis du Roi, si ce changement avoit en lieu. Enfin dans l'artide du Caiholic Gentle* mah's Magazine , que nons avons dté , on remarque que le fils et le petit -fib de Jacques H ont toujours parlé dans le sens de la Déclaration du 17 avril 1693; et on Iç prouve par des extraiu du manifeste du prince Charles ,
(*) Church His^o^ ofEn^land^ tom. iu> psg. 4a3.
20 RÉPONSE DE BOSSUET A UlfE CONSULTATION, OtC.
signé à Paris le 16 mai 1715, d'une Dédaration datée de Rome le a3 décembre 1743 , et du manifeste donné à Edimbourg le 10 octobre 1745. Dans toutes ces pièces les Stuarts promettent de maintenir FEglise établie (^).
C*) CaihoUc Gtndcman's MagamCf tom. i, pag. 7 iS et 719.
LETTRE
DE BOSSUET A M. BRUETS (♦).
Je vous envoie y Monsieur , une lettre pour monseigneur de Montpellier, comme vous l'avez souhaité. M. de Noailles sait bien la part que je prends k ce qui vous touche, puisque je lui ai parle très -souvent de vous; et je puis dire aussi que j'e Tai trouvé très-
(*} David-AagusUn Bncys, né à Aiz en 1640, ta élevé dani la religion protestante. Il a?oit éU destiné an barreau , et même reça avocat : mais entraîné par son goût pour la théologie, il se livra a rétude de celte science, et devint membre du consistoire de Montpellier. Ce fat alors qu'il publia une Réponse au livre de VExposi" tion de Bossuet; et ensuite des Entretiens sur F Eucharistie ^ où il attaque la présence réelle. Bossnei, au lien de lui répliquer, entreprît de le convertir, et y réussit. Après la mort de sa femme, Brueys entra dans Fétat ecclésiastique , et composa plusieurs ouvrages pour défendre FEglise catholique contre les Protestans. Le premier, pui>lié peu de temps après son abjuration, et dont Bostnet parle dans celte lettre, a pour titre : Examen des raisons qui ont donné lieu à la séparation des Protestans, i683. Jurieu et plusieurs autres ministres écrivirent contre cet ouvrage. Brue js les réfuta dans sa Défenst du eulu extérieur de FEglise catholique , qu*il fît paroitra en i685. Il a encore donné : Réponse aux plaintes des Proies^ tans contre les moyens que Pon emploie en France pour les réunir à V Eglise f où, Pan réfute les calomnies qui sont contenues dans le livre intitulé: La Politique du Clergé dé France, ( par Jurieu.) i686. Traité de P Eucharistie ^ oit y sans entrer dans la controverse^ on prouve la réalité par des vérités avouées de part et ^f autre, .1686. Traité de PEgUse, oii Von montre que les principes des Calvinistes se contredisent : 1687. Histoire du Fanatisme de notre temps, et le dessein que Pon avoit de soulever en France les Calvinistes: 169^; avec une suite de cette Histoire, 1709 et 171 3. Traité de la sainte Messe : 1 700. Traité de Paihéissance des Chrétiens aux puissances temporelles : 1709. Brueys a composé d^autres ouvrages d'un genre différent. Il mourut à Montpellier le a5 novembre 17^3. {^EdiL de
Fers.)
A a LETTftV DE B0S8UET À M. BRVETS.
disposé à VOUS rendre service. Il est ici depuis hier au soir; niais je ne Tai pas encore vu. Je suis ravi du nouvel ouvrage auquel vous travaillez y et fespère qu*il fera du bien. Je ne sais si vous savez que la Gazette dHoUande a parle de vous d*une manière bizarre y et a dit que vous aviez trouvé le moyen de traiter la controverse en catholique, sans vous dédire de rien de ce que vous aviez dit en écrivant contre moi y étant Huguenot. Tai reçu une lettre sans nom y qui vous accuse de laisser pour indifi^rentes toutes les choses que vous traitez dans votre ouvrage. Ils n*ont pas entendu votre dessein , et ils ont cru qu^en.efièt vous trouviez peu considérables les articles qui y selon vous, ne devroient point arrêter les Huguenots. Un mot ajouté, pour faire voir que votre argument est iid hominem, consolera, à ce queîevoiS} les amesinCrmes et ignorantes, Au reste, ce petit ouvrage est fort estimé, et (ait de grands fruits. Il a paru, il y a près de deux mois, une réponse de M. Claude à ma Conférence : elle m'obli-* géra à quelque réplique; mais je voudrois bien sans tant éciîre, qu'on pOt pousser les adversaires à confél*er avec nous. Je^uis certain qu'avecla grâce de Dieu, je les confondrois sur cette matière , et qu'en peu d'heures je ferois paroi tre le défaut inévitable de leur cause. Continuez, Monsieur, à les instruire, et soyez au reste persuadé que je suis avec toute l'estime et la sincérité possible, Monsieuf*, votre, etc,
+ J. BÉNIGNE, Ev. de Mcaux.
V(r88Îlle«, le a décembre iG83.
DISCOURS
yRORONCE
Par m. BOSSUET, ÉVÊQUE DE CONDOM,
lorsqu'il fut reçu a L* académie FRAKÇAISE) A LA PLACE DE K. DU CMÀTEhlJ ,
Le 8 jam 1671.
DISCOURS