AU DISCOURS DE BOSSUET
Monsieur,
Après avoir remporté des applaudissemens de toute la France par vos célèbres prédications, après avoir été élevé à la première dignité de TEglise par le concours de la puissance royale et de l'autorité du saint Si^e, après avoir mérité le choix de notre auguste monarque pour l'éducation du premier prince de toute la terre, après, dis-je, tant d'événemens édatans qui vous comblent de gloire de tous côtés ^ aviez-vous encore quelque chose à souhaiter ?
Cependant, Monsieur, votre arrivée en ce lieu-cî, qui apporte un si grand ornement à la Compagnie; ces paroles obligeantes qu'elle a ouïes de votre bouche , cet agréable épanouissement de coeur et de visage que vous lui faites paroitre , marquent bien que vous avez regardé l'occasion présente comme la matière d'une nouvelle joie qui vous étoit offerte, et que vous avez voulu ajouter le nom d'aca* démiden aux titres sublimes d'orateur chrétien , d'évéque^ et de précepteur de monseigneur le Dauphin.
Vous
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Vous ne nous surprends point , Monsieur , par cette pensée, qui ne fidt que confirmer ce que la voix de la re^ nommée avoit déjà publié de votre mérite. Vous justifiez par là votre bonne fortune; et cet amour déclaré des bonnes lettres , fiiit connoitre évidemment une des causes de votre prospérité auprès d'un Roi si éclairé , et qui se plaît à distribuer les plus grandes récompenses aux plus vertueux. 11 n'est pas malaisé de croire qu'un bomme qui a paru avec autant d'éclat que vous avez iait^ Monsieur^ ait de la doctrine et de l'éloquence; il n'est pas malaisé de croire qu'avec ces talens, il s'élève aux premières places. Mais qu'après avoir acquis tan t de réputation et de dignité ^ il se Gftsse encore un bonneur d'entrer dans nos exercices académiques, c'est ce qu'il n'est pas aisé de croire , parce qne peu de. gens sont capables de ces généreux sentimens et de cette noblesse d'ame*
Il en faut assurément beaucoup; il faut beaucoup d^élé^ vation d'esprit, et en même temps un grand discernement ^ pour envisager la beauté de l'étude sous le dais et dans les balustres. Il règne , parmi le grand monde , je ne sais quelle contagion de faste et d'orgueil qui combat éuangement la simplicité de la philosophie; et quiconque peut conserver dans son cœur l'estime qu'on en doit faire, parmi tant d'olh* }ets qui semblent en inspirer le mépris, peut s'assurer qu'il est au-dessus des opinions vulgaires, et que sa raison est victorieuse de l'erreuré
C'est sans doute la connoissance de la vérité et l'amour du bien qui mettent de la distinction entre les hommes^ Là Cour a son peuple aussi bien que la ville ; la pourpre couvre quelquefois des âmes basses ou médiocres; et ce n'est point la splendeur de la naissance , ni la grandeur des emplois, ni l'abondance des richesses qui font les hommes extraordinaires. Tous œs avantages véritablement ne sont pas inutiles; mais ce ne sont pas ceux sur qui roule la féli« cité f ni d'où se tire la véritable louange. Le mérite personnel, ce mérite qui troiive-en soi-méme.sa récompense ,
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et qui n'en voit point au dehors de si élevée oii il n'ait droit ifi prétendre , est quelque càose de plus exeelleut que les gnuideurs et que les richesses ; mais c'est un bien qui se trouve rarement , et si rarement qu'il semble que le ciel soit prodigue de tous les antres biens , en comparai* •on de oelui-^d , don& il est très*avare. Cela veut dire qu'il 0st plus aisé de faire une grande fortune que d'être un parfaitement honnête homme; parce que la fortune se peut présenter par nuile voies différentes , au lieu que ce mérite personne qui fisit l'honnête hommie , ne se peut acquérir ni se conserver qu'en cultivant son ame par les plus belles connoissances , et ^en faisant «ne ptofession continuelle de la vertu; de aorte que cehn qui prend ce soin de lui-même , qui au milieu des grandeurs en estime moins la possession que ce qui l'en rend digne , qui en tout temps , en tout âge , en tout état s'efforce de se conserver, par l'exercâce , ces excellentes habitudes qui s'évanouirvîeot peui^tre par la négligence, de même que les arts s'oablient, laute de les pratiquer, doit être considéré comnpe un koasme que le ciel a iibéraitemeat €C pleinement pourvu de cette qualité précieuse, de ce mérite si estimé et si «rare. Je n*pserois , Monsieur , en votre présence, faire l'application de cette vérîtë sur v^tre personne ; mais je suis très-assuré que l'action que vous ven«e de faire n# sera point opbliée parmi vos éloges.
L'Eglise a toujours eu des prélats qui n'ont pas moins attiré de vénération sur eux par f éminencede leur «avoir, que par la majesté Ae leur sacerdoce. Le grand saint Basile, saint Orégoire de Naeianee, saint Augustin, saint Ambroise, Synesius évêque de Gyrène, le patriarche Photius, Eusèbe l'ami de Pamphile, et mille autres ont été l'admiration de leur siècle; «tl'^>bltgaifoa immortelle que les studieux ont «ûx ouvrages de ee dernier, fait que niNis avons presque e«Mié son hérésie , «« que nous nu nous en souvenons que pour déplorer son malheur. Vous marches , Mctasieur , sur les pas de cesiVustres éviques d#
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rantîquitë; et pour vous trouver des vestiges plus frais, vous marchez sur les pas de rhacomparable cardinal de Ridieliep , notre premier protecteur , qui nous a assemblés, qui nous a obtenu les premières grâces royales, et qui nous auroit laissé un regret éternel de sa perte, s'il n'avoit eu pour successeur monseigneur le chancelier , qui , par sa constante affection envers l'Académie, Ta maintenue, Ta agrandie , Ta honorée. Vous marchez sur les pas du cardinal du Perron, des Bemhes, des Sadolets, des Ben tivoles, et des autres omemens du sacré G>Hége, qui ont cru qu'il ne leur étoit pas moins glorieux de se parer de l'immortelle verdure des lauriers du Parnasse^ que de se distinguer par l'éclat éblouissant de la pourpre romaine.
Que n'attend point de vous la France? Que n'attend* elle point de ces nobles mouvemens de votre ame, dans l'emploi où vous êtes auprès de ce jeune Prince^ qui fait aujourd'hui l'espérance de l'Etat , et qui doit un jour en &ire la félicité? Tandis que son père, tout brillant de Fédat de ses victoires et de ses vertus , visite ses frontières, assure ses conquêtes, affermit ses alliés et dissipe les nuages que l'envie ou l'injuste frayeur peuvent élever contre sa juste prospérité ; c'est sur vous qu'il se repose de Finstruction de ce cher fils , et à qui il confie le soin de Fintroduire dans les mystères des Muses , sans le secours desquelles on trouve quelque chose à dire dans la fortune des plus grands princes. Une fonction si importante, et qui vous rend si nécessaire auprès de sa personne sacrée , ne nous permet pas de croire que nous puissions souvent jouir de votre présence ; mais elle ne nous défend pas d'espérer que nous serons souvent présens à votre mémoire, et quelquefois même k vos entretiens, et que vous inspirerez ^ ce jeune héros les bons sentimens qu'il doit avoir pour une Compagnie qui ne souhaite que sa gloire , et qui va bientôt s'employer à la répandre par toute la terre. J'oserois répondre , Monsieur, que vous en userez de la sorte. Bf onseigneur le Dauphin n'apprendra point que son illus-
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tre préce|iteur ait voulu entrer dans cette Compagnie, sans en concevoir en même temps une haute idée; et vous ne rencontrerez point une si favorable disposition dans son esprit , sans en même temps Tappuyer et la fortifier. Le bonheur de l'Académie nous a donné votre estime; c'est à vous. Monsieur ^ à nous donner celle de monseigneur le Dauphin : et ainsi il se trouvera que cette heureuse journée , en nous procurant un confrère aussi illustre que vous j nous aura procuré l'appui d'un Prince aussi puissant que votre royal disciple.
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