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facilité du pardon qui nous endurcit dans le crime ? Le remède de la pénitence , qui de voit Tarracher jusqu'à la racine , ne seii; qu'à le rendre plus audacieux par Tespérance de Tinipunité. Les rebelles enfans d'Adam ont cru qu'on leur prolongeoit le temps de péclier , parce qu'on leur en donnoit pour se repentir ; et par une insolence inouie y nous sommet devenus plus médians parce que Dieu s'est montré meilleur. Et afin que vous voyiez^ chrétiens^ combien ce désordre est universel , permettez -moi d*ap* peler ici le témoignage de vos consciences. Je veux croire qu'il n'y a personne en cette assemblée, que la grâce du jubilé, que l'exemple de la dévotion publique, et la sainteté de ces derniers jours n'ait invité à la pénitence ^ et je vous considère aujourd'hui comme des hommes renouvelés par le Saint-EspriL Dans cet heureux état où vous êtes, si quelqu'un vous disoit de la part de Dieu avec une autorité infaillible, que si vous perdez une fois la grâce, en retombant dans les mêmes crimes que vous avez lavés par vos larmes, il n'y a plus pour vous aucune espérance , que le ciel vous sera fermé pour toujours , et que la miséricorde divine sera étemelle ment sourde à vos prières ; seriez*vous si ennemis de vous-mêmes que de vous précipiter volontairement dans une damnation assurée ? les plus déterminés ne trembleroient-ils pas voyant leur perte si inévitable ? Si donc nous retournons aux péchés que nous avons expiés par la pénitence, et qui n'y retournera pas? c'est que l'espérance du pardon nous aura flattés, et que nous aurons présumé, comme des enfans libertins , de l'indulgence de notre Père^
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3 nous avons tant de fois expérimentée : de sorte il n*est rien de plus véritable y que la cause la s générale de tous nos péchés , cest que nous vous jamais bien compris ce que je me propose ourd^hui de vous faire entendre , que rien au nde n'est tant à craindre que de ne point pro(i« delà pénitence y et de décboir par de nouveaux mes de la grâce qu'elle nous avoit obtenue. Pour prouver solidement cette vérité, je remarque is qualités dans la pénitence ; c'est une réconciion de Thomme avec Dieu, c'est un remède, st un sacrement. La pénitence nous réconcilie : là vient que l'apôtre dit : a Je vous conjure au lom de Jésus, réconciliez-vous avec Dieu (0 ». pénitence est un remède pour nos maladies : st ce qui fait dire au Sauveur des âmes : « Je rous ai rendu la santé , allez maintenant , et ne )échez plus W ». La pénitence est un sacrement, Jâus-Cbrist nous l'enseigne assez, lorsqu il parle si aux apôtres : « Recevez le Saint-Esprit , leur lit -il; ceux dont vous remettrez les péchés^ \s leur seront remis (^) » . Par où nous voyons iremcnt que l'EIsprit qui purge les péchés des mmes doit être communiqué aux fidèles par le nistère des saints apôtres^ et c'est ce que nous pelons sacrement, quand un ministère visible ère intérieurement le salut des âmes.
Mais pour mieux comprendre ces trois qualités, la connexion qu'elles ont entre elles , concevez emièrement trois désordres que le péché prcduit ns les hommes. Le premier de tous les désordres ,
0 //. Cbr. r.ao,^{AJoan.r. ii.^WIUd, zz. », 23.
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et qui est la source de tous les autres , c est de les séparer de leur Créateur , et de rompre le nœud sacré de la société bienheureuse que Dieu avoit voulu lier avec nous. « Ce sont, nous dit-il , vospé- » chés qui ont mis la division entre vous et moi (0 «. Et de là naît un second malheur : c'est que Famé étant séparée de Dieu y et ne buvant plus à cette fontaine de vie qui seule est capable de la souteniii aussitôt ses forces défaillent y elle est accablée de langueurs mortelles; et c'est ce que ressentoit le di- \in Psalmiste y lorsqu'il crioit à Dieu du fond de son cœur : « Mes forces , ô mon Dieu y m*ont abandonnéi » la lumière de mes yeux n'est plus avec moi W ; n guérissez-moi bientôt, ô Seigneur , parce que j'ai » péché contre vous (3) ». Mais le péché n'est pas seulement une maladie y c'est encore une profanation de nos âmes; et la raison en est évidente : car comme l'union avec Dieu les sanctifioit par une espèce de consécration y le péché au contraire les rend profanées. C'est une lèpre spirituelle , qui nonseulement ailoiblit les hommes par la maladie, mais les met au rang des choses immondes : et ce sont les trois maux que fait le péché. 11 sépare premièrement Famé davec Dieu, et par cette funeste séparation, de saine elle devient languissante, et de sainte elle devient profanée.
C'est pourciuoi il a fallu que la pénitence eût les trois qualités ciue je vous ai dites. Le péché nous séparant d'avec Dieu, il falloit que la pénitence nous y réunît; et c'est la première de ses qualités, c'est une réconciliation. Mais le péché en nous séparant
SUR LÀ PÉMITEIVCE. lOI
nous a fait malades : par conséquent il ne suffit pas que la pénitence nous réconcilie ^ il faut encore qu*çlle nous guérisse ; et de là vient qu'elle est un remède. Et enfin comme le péché ajoute la profanation et l'impureté aux infirmités qu'il apporte, une maladie de cette nature ne peut être déracinée que par un remède sacré, qui ait la force de sanctifier comme de guérir ; c'est pourquoi la pénitence est un sacrement. Vous voyez, fidèles, ces trois qualités d*où je tire trois raisons solides , pour montrer qu'il n'est rien de plus dangereux que d'abuser de la pénitence en la rendant inutile et infructueuse. Car s*il est vrai que la pénitence soit la réconciliation de l'homme avec Dieu, si c'est un remède qui nous rétablisse, et un sacrement qui nous sanctifie; on ne peut sans un insigne mépris rompre une amitié si saintement réconciliée, nirejeter sans un grand péril un remède si efficace, ni violer sans irrévérence un sacrement si saint et si salutaire. Ce sont les trois points : et de là nous conclurons , avec l'apôtre , que puisque nous sommes morts au péché, nous ne pouvons plus désormais y vivre. C'est ce que j'espère vous rendre sensible avec le secours de la grâce
PREHIEA POINT.
Pour entrer d'abord en matière, posons pour fondement de tout ce discours , que s'il y a quelque chose parmi les hommes qui demande une fidélité étemelle , c'est une amitié réconciliée. Je sais que le nom de l'amitié est saint par lui- yiéme , et que ses droits sont inviolables dans tous les sujets où elle se trouve ; néanmoins il faut confesser qu'il y a entre
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les amis reconciliés je ne sais quel engagement plus étroit y et que Tamitié y reçoit de nouvelles forces. La raison , chrétiens ^ en est évidente. Ce qne rhomme fait avec contention , il le fait aussi avec efficace; et les effets sont d*autant plus grands, que Famé est plus puissamment appliquée : de sorte qu'une amitié qui a pu se reprendre malgré les obstacles j qui a pu oublier toutes les injures^ qui a pu revivre même après sa mort ^ a sans doute quelque chose de plus vigoureux que celle qui n'a jamais fait de pareils efforts. Cette amitié autrefois éteinte, maintenant refleurie et rcssuscitée, se souvenant du premier malheur , jette de plus profondes racines, de crainte quelle ne puisse être encore une- fois abattue. Les cœurs se font eux-mêmes des nœuds plus serrés : et comme les os se rendent plus fermes dans les endroits des ruptures, à cause du secours extraordinaire que la nature donne aux parties blessées; de même les amis qui se réunissent, envoient, pour ainsi dire, tant d'affection pour renouer l'amitié rompue , qu elle en demeure à jamais mieux consolidée. Mais si Taffection y est plus ardente, la fidélité d'autre part se lie davantage. La réconciliation des amis a quelque chose de ces contrats qui interviennent sur les procès ; et nous apprenons des jurisconsultes que ce sont les plus assurés , parce que la bonne foi y est engagée dans des circonstances plus fortes : d'où il est aisé de conclure qu*eD tout sens il n'est rien plus inviolable que l'amitié réconciliée.
Cette vérité étant établie, je m'adresse maintenant à vous, chrétiens réconcilié s par la pénitence, pour
SVa LÀ PÉNITEJÎCE* loS
VOUS dire que .Dieu vous demande une fidélité plus exacte et une afiection plus sincère : pour quelle raison ? parce que vous êtes réconciliés. Il veut que vous l'aimies davantage ; et ce n'est pas moi qui le dis, c'est lui qui vous le déclare dans son Evangile, lorsque parlant à Simon le pharisien au sujet de la Madeleine y il dit : « Celui à qui on remet moins, j> aime moins ; celui à qui on remet plus , aime » plus (0 ». Peut-on parler plus expressément? Il vous a remis vos péchés, mais après cela il attend de vous que vous Taimerez avec plus d'ardeur; parce qu'ainsi que nous avons diC, c'est la loi nécessaire et indispensable de l'amitié réconciliée ; et lui-même , quoiqu'il soit au-dessus des lois , il ne laisse pas d'en donner l'exemple. Considérez ce que je veux dire : il n'y a page de l'Evangile où nous ne voyions que Jésus a une certaine tendresse pour les pécheurs ré» conciliés, plus que pour les justes qui persévèrent. Qui ne sait que Madeleine la pénitente a été sa fidèle et sa bien-aimée; que Pierre^ après l'avoir renié, est choisi pour confirmer la foi de ses frères; qu'il laisse tout le troupeau dans les bois pour courir après sa brebis perdue; et que celui de tous ses enfans qui ëmeut le plus sensiblement ses entrailles 9 "c'est le dissipateur qui retourne? Afin que nous entendions, chrétiens, qu'encore que l'innocence ait ses larmes, il estime plus précieuses celles que les péchés font répandre dans les saints gémissemens de la pénitence, et que la justice recouvrée a quelque chose de plus agréable à ses yeux, que la justice toujours conservée. Et d'où vient cela ? c'est que s'étant ré-
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concilié avec les' pécheurs , il veut soigneusement observer les lois de Tamitié réunie : et si Dieu les observe si exactement , nous^ fidèles, les voulonsnous mépriser ? quelle seroit notre perfidie 7 Dans la réconciliation de Thomme avec Dieu y ce n'est pas rhomme qui se relâche : Dieu n*a pas rompu le premier ; au contraire il nous combloit de ses biens ; c'est rhomme qui a été Tagresseur : quelle insolence! mais c'est Dieu qui remet , c'est Dieu qui ou-* blie. Que si celui qui pardonne et qui se relâche , se soumet volontairement aux lois de l'amitié réconciliée y s'il consent d'aimer davantage ; que ne doit pas faire celui qui reçoit la grâce, à qui l'on quitte toutes ses dettes, et duquel on oublie toutes les injures? C'est donc une vérité très-indubitable, que le pécheur réconcilié doit à Dieu une amitié plus ardente que le juste qui persévère. Tu le dois certainement , chrétien , tu le dois , et Jésus - Christ s'y attend, et il te Ta dit dans son Evangile; mais que son attente est frustrée ! O Sauveur , votre bonté nous fait tort, et les hommes abusent de votre indulgence, parce que votre miséricorde se rend trop facile. Cette facilité , je l'avoue , devroit exciter nos affections , mais notre ame basse et servile n'est pas capable de se gouverner par des considérations si honnêtes ; il nous faut de la crainte comme à des esclaves. Eveillons-nous donc du moins, chrétiens, au bruit de la vengeance qui nous menace, si nous manquons à une amitié qui a été si saintement réparée. [Tenons -nous en garde] contre la facilité que nous nous imaginons à recouvrer la grâce : on ne la recouvre pas avec cette facilité que nous nous
SUR LÀ PÉNITENCE. loS
ëtions figarée. Je vous prie y renouvelez vos attentions.
Nous apprenons dans les saintes Lettres , que dans la première intention de Dieu la grâce sanctifiante ne devoit être donnée qu'une seule fois, et que si les hommes venoient à la perdre , jamais elle ne pourroit leur être rendue. Cela paroit d*abord bien étrange; cependant il n'est rien de plus véritable, et c*est le fondement du christianisme. Mais d'où vient donc y direz-vous , que les hommes sont justifiés? Eh! fidèles y ne savez-vous pas ? c'est que Jésus- Christ est intervenu. Entendez ce que c'est que notre justice : la justice du christianisme n'est pas un bien qai nous appartienne ; ce n'est pas à nous qu'on le restitue , c'est un don que le Père a fait à son Fils , et ce Fils miséricordieux nous le cède; il veut que nous jouissions de son droit; nous l'avons de lui par transport , ou plutôt nous ne l'avons qu'en lui seul^ parce que le Saint-Esprit nous a fait ses membres : c'est l'espérance du chrétien. Donc la grâce de la justice y dans la première intention de Dieu , ne devoit point être rendue à ceux qui la perdent; et si Dieu s'est laissé fléchir en notre faveur à la considération de son Fils, il ne s'ensuit pas pour cela qu'il ait tout-à-fait oublié son premier dessein , ni qu'il se soit entièrement relâché de sa première rigueur. Il a fallu trouver un milieu , afin de nous retenir toujours dans la crainte : de sorte qu*il a posé cette loi éternellement immuable, qu autant de fois que nous perdrions la justice, s'il se résolvoit à nous pardonner « il se rendroit de plus en plus difficile. Par exemple , nous l'avons reçue au bap*
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que nous commencions à faire des fruits dignes de la pénitence. Après cette réunion solennelle de'Dieu avec nous, et ce grand renouvellement que le jubilé a fait en nos âmes , commençons à vivre , fidèles ^ avec notre Dieu comme des pécheurs réconcfliés^ comme des rebelles reçus en grâce ; respectons la miséricorde qui nous a sauvés ^ et la foi que nous lui avons engagée : car si nous continuons à lui être à charge , à la fin elle se défera tout-à-fait -de nous ; et retirant les remèdes dont nous abusons , elle nous laissera languir dans nos maladies. (Test la seconde considération que je vous propose , pour vous obliger y chrétiens y à éti*e fidèles à la pénitence , parce que ce remède est si nécessaire , qu'on se jette dans un grand péril , quand on se le rend inutile.
SECOND POINT
Une des qualités de TEglise , qui est autant celé* brée dans les Ecritures , c est sa perpétuelle jeunesse et sa nouveauté qui dure toujours. Et si peut-être vous vous étonnez qu au lieu que la nouveauté passe en un moment , je vous parle d*une nouveauté qui ne finit point; il m*est aisé, fidèles , de vous satisfaire. L'Eglise chrétienne est toujours nouvelle , parce que Tesprit qui lanime est toujours nouveau, selon ce que dit rapôtre saint Paul : <c Ne vivons » plus en Fantiquité de la lettre , mais en la nou- » veauté de Fesprit (0 » ; et parce que cet esprit est toujoui*s nouveau , il renouvelle de jour en jour les fidèles. Et pour pénétrer encore plus loin , comme dit le même saint Paul, <( il est renouvelé de jour
(0 Jtom. vu. 6.