‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 3)Chapitre 13 sur 76 · APRÈS LES CENDRES · texte numérisé non relu

APRÈS LES CENDRES

Opposilion dePhomme à la concorde. Dette de la charité fraternelle , ses obllgatioiis , ses caractères : jusqu'oii doit s*étendre Tamour des ennemis : comment on doit conibaitre leur haine : Ten§eance qui nous est permise contre enz.

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Diligite inimicos vestros , benefacite his qui odenint vos , et orate pro persequentibus et calumniantibus vos.

Aimez vos ennemis; faites du bien à ceux qui vous haissentf priez pour ceux qui vous persécutant et vous calomnient, Matth. V. 44*

Ij'homme est celui des animaux qui est le plus né pour la concorde , et Thomme est celui des animaux où Imimitié et la haine font de plus sanglantes tragédies. Nous ne pouvons vivre sans société , et nous ne pouvons aussi y durer long-temps : Nihil est homini amicum sine homine arnica (<). La douceur de la conversation et la nécessité du commerce nous font désirer d*étre ensemble ; et nous n'y pouvons demeurer en paix : nous nous cherchons ^ nous nous déchirons; et dans une telle contrariété de nos dé-

(>) J. AHg.EpUL laâProb. n. 4, tom. ii, col. 334.

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sirs y nous sommes contraints de reconnoltre avec le grand saint Augustin , qu'il nest rien de plus sociable ni de plus discordant que Thomme : le premier, par la condition de nob^ nature; le second , par le dérèglement de nos convoitises : Nihil est çuàm hoc genus Uun discordiosumvitio^ tam sociale naturd (0. Le Fils -de Dieu voulant s'opposer à cette humeur discordante , et ramener les hommes à cette unité que la nature leur demande , vient aujourd'hui lier les esprits par les nœuds d'une charité îhdissoluble ; et il ordonne que l'alliance, par laquelle il nous unit en lui-même, soit si sainte, si ferme, si inviolable, qu'elle ne puisse être ébranlée par au* cune injure. « Aimez, dit-il, vos ennemis, faites du » bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux » qui vous persécutent et vous calomnient ». Une vérité si importante mérite bien. Messieurs, d'être méditée ; [ et pour le faire avec fruit , invoquons } l'Esprit de paix [ par l'intercession de Marie, ] qui a porté en ses entrailles [ celui ] qui a terminé toutes les querelles, et tué toutes les inimitiés eu sa personne W* Ave^

La charité fraternelle est une dette par laquelle» nous nous sommes redevables les uns aux autres ; et non-seulement c'est une dette, mais je ne craina point de vous assurer que c'est la seule dette des, chrétiens, selon ce que dit l'apôtre saint Paul : Ne-, mini quidquam deheaiis, nisi ut invicem diligatis (^). . « Ne devez rien à personne, sinon de vous aimer»

C») s. Aug. de Ci%f. Deif lih. xii , cap. xxvii . ». i , tom. vu , co/. 335. — » Epkcs. II. f 4i i5> i6. •«- C^) jftom. xiii. 8«

êUn LÀ CHARITÉ FRATERNELLE. 12^

» mutuellement*»* Gomme TEvangUe que je dois xaitër m*oblige à vous parler de cette dette , pour le point perdre le temps inutilement , dans une natière si importante , je remarquerai d'abord trois »>nditions admirables de cette dette sacrée, que je jTOuve distinctement dans les paroles de mon texte , ît qui feront le partage de ce discours. Premièrenent. Messieurs, cette dette a cela de propre, que [uelque soin que nous prenions de la bien payer^ lous ne pouvons jamais en être quittes. Et cette obligation va si loin, que celui-là même à qui nous levons ne peut pas nous en décharger, tant elle st piivilégiée et indispensable. Secondement, Mesieurs, ce n'est pas assez de payer. Gdèlement cette lette aux autres ; mais il y a encore obligation d'en xiger autant d'eux. Vous devez la charité, et on ous la doit : et telle est la nature de cette dette, ue vous devez non-seulement la recevoir quand on ous la paie , mais .encore l'exiger quand on la re« ise : et c'est la seconde condition de cette dette lystérieuse. Enfin la troisième et la dernière , c'est u'il ne suffit pas de l'exiger simplement : si l'on ne eut pas la donner de bonne grâce , il faut en quelue sorte l'extorquer par force, et pour cela delander main forte à la puissance supérieure.

Retenez, s'il vous plaît, Messieurs, les trois obliations de cette dette de charité, et remarquez-les lairement dans les paroles de mon texte.

Je vous ai dit avant toutes choses que nous ne onvons jamais en être quittes, quand même ceux qui nous devons voudroient bien nous la remettre, oyez- le dans notre Evangile. A.h ! vos ennemis

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VOUS en quittent ; ils n'ont que faire , disent- ils, de votre amitié : et néanmoins ^ dit le Fils de Dieu, )e veux que vous les aimiez : Diligite inimicos 'vestras: « Aimez vos ennemis ». Secondement j*ai dit que non content de payer toujours cette dette^ vous la deviez encore exiger des autres , et qu*il y a obligation de le faire. Ah ! vos ennemis vous la refusent, exigez-la par vos bienfaits, vos services , vos bons offices ; pressez-les en leur faisant du bien : Benefit cite his qui odenint vos : « Faites du bien à ceux » qui vous haïssent ». Enfin j'ai dit en troisième lieu, Messieurs, que s'ils persistent toujours dans cet injuste refus, il faut, pour ainsi dire, les y contraindre par les formes, c'est-à-dire avoir recours à h puissance supérieure. Ah ! vos ennemis opiniâtres sont insensibles à vos bienfaits , ils résistent à toutes ces douces contraintes que vous tâchez d'exercer sur eux pour les obliger à vous aimer ; allez à la pois* sance suprême, donnez votre requête à celui qui seul est capable de fléchir les cœurs, qu'il vous fkss9 faire justice : Orate pro persequentibus vos : « Priez » pour ceux qui vous persécutent ». Voilà les trois obligations de la charité fraternelle , que je me propose de vous expliquer avec le secours de la gi*âce.

PREMIER POINT

Dans l'obligation de payer cette dette mystérieuse de la charité fraternelle , je trouve deux erreurs très- considérables, qu'il est nécessaire que nous combattions par la doctrine de TEvangile. La première est celle des Juifs, qui vouloient bien avouer qu ils dévoient de l'amour à leurs prochains ^ mais

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