‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 3)Chapitre 14 sur 76 · UR.LÀ CHARITÉ FRATERNELLE · texte numérisé non relu

UR.LÀ CHARITÉ FRATERNELLE

qui ne pouvoient demeurer d accord qu*ils dussent rien à leurs ennemis, au contraire qui se croyoient bien autorisés à leur rendre le mal pour le mal et la haine pour la haine : Diction est : Diltges proximum tuum, et odio habebis inimicum tuum (0 : « Il a été » dit : Vous aimerez votre prochain , et vous haïrez » votre ennemi ». La seconde est celle de quelques chrétiens, qui, ayant appris de.FEvangile Tobliga-» tion indispensable d'avoir de Tamour pour leui^ ennemis, croient s*étre acquittés de ce devoir quand ils leur ont donné une fois ou deux quelques marques de charité, et se lassent après de continuer ce devoir si saint et si généreux et nécessaire de la fraternité chrétienne. Contre ces deux erreurs différentes )*entreprends de prouver en premier lieu^ Messieurs, que nous devons de Famour àvuos ennemis, encore qa ils en manquent pour nou$ : secondement, que ce n'est pas assez de leur ^n donner une fois, mais que nous sommes obligés, dans toutes les occasions qui se rencontrent , de leur réitérer des marques d*une dilection persévérante.

Pour ce qui regarde Tobligatioji de la charité fraternelle, je dis, ou plutôt c'est Jésus-Christ, Messieurs, c*est TEvangile qui le dit, qu'aucun des chrétiens n'en est excepté, non pas même nos ennemis ; parce qu ils sont tous nos prochains. Et pour établir solidement cette vérité évangélique, proposons en peu de paroles les raisons que Ton y pourroit opposer. Voici donc ce que pensent les hommes charnels qui se flattent dans leurs passions et dans leurs haines injustes. Nous confessons, Vlisent- ils,

(") MatL V. 43.

1^6 8UK L\ CHÀniTÉ PRÀTElUfELLS.

que nous devons de Famour à nos prochains qui en usent bien avec nous : mais moi que je doive mon afiection à cet homme qui la rejette , à x:et homme qui a rompu le preoiier tous les liens qui nous unissoient; c*est ce qu'il m'est impossible d'entendre; ni que la charité lui soit due, puisqu'il en méprise toutes lesloisi Vous ne pouvez pas le comprendre? Et moi je vous dis qu'il le faut croire, et que la charité lui est due par cette obligation si étroite quil n*y a aucun homme vivant qui puisse jamais vous en dispenser, parce que cette dette est fondée sur un titre qui ne dépend pas de la puissance des hommes. Quel est ce titre? Le voici, Messieurs, écrit de la main de Fapôtre en la divine épitre aux Romains: Multi unum corpus sumus in Christo, singuli autem aller alleriits membra (0: «Quoique nous soyons D plusieurs, nous sommes tous un même corps en » Jésus - Christ , et nous sommes en particulier les » membres les uns des autres ». De ce titre si bien écrit je tire , Messieurs , cette conséquence. La liaison qui est entre nous vient de Jésus et de son Esprit: ce principe de notre union est divin et surnaturel : donc toute la nature jointe ensemble ne doit pas être capable de la dissoudre. Si votre ennemi la rompt le premier, il entreprend contre Jésus-Christ: vous ne devez pas suivre ce mauvais exemple. Quoiqu'il rejette votre afiection , vous ne laissez pas de la lui devoir , parce que celte dette n'est pas pour lui seul , et dépend d'un plus haut principe. Mais il m'a fait déclarer qu'il m'en tenoit quitte. Mais il n'est pas en* son pouvoir d'y renoncer , parce que

(0 Rom. XII. 5.

SUE LÀ CHÀKITÉ FRATERNELLE. lHk*]

L8 lui devez cette affection cordiale, sincère et branlable, comme membre de Jésus- Christ. Or le peut pas renoncer à ce qui lui convient comme mbre, parce que cette qualité regarde Thonneur Jésus-Christ même. Il est dans Tusage des choses maines que je ne puis renoncer à un droit au prélice d'un tiers. Jésus comme chef intéressé à cette cère charité que nous devons à ses membres. Il nous est pas permis d'y renoncer , parce que Tin- 'e en retomberoit sur tout le corps ; elle retourroit même contre le chef. Si la dette de la charité >it simplement des hommes à Fégard des hommes , and nos frères manqueroient à leur devoir, nous ions quittes envers eux. Mais cette dette regarde eu parce qu'ils sont ses images, et Jésus -Christ rce qu'ils sont ses membres. Il n'y a que Satan et \ damnés qu'il nous soit permis de haïr, parce i*ils ne sont plus du corps de l'Eglise dont Jésus > a retranchés éternellement. Exercez votre haine Qt qu'il vous plaira contre ces ennemis irréconiables. Mais si nous sommes à Jésus-Christ , nous mmes toujours obligés d'aimer tout ce qui est ou lut être à lui.

Chrétiens , ne disputons pas une vérité si consnte j prononcée si souvent par le Fils de Dieu , xite si clairement dans son Evangile. Que si vous >ulez savoir combien cette dette est nécessaire^ gez-en par ces paroles de notre Sauveur. Si offers umus tuum ^ ... vade priùs reconciUari fratrituo (0 : Si vous présentez votre don à l'autel, ... allez auparavant vous réconcilier avec votre frère ». Il

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