‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 3)Chapitre 16 sur 76 · SUA LA CUAKITÉ FRATERNELLE · texte numérisé non relu

SUA LA CUAKITÉ FRATERNELLE

uolentiores erimus^ si recipere non quœramus : non 0iutetn potest esse vems charitatis impensor, nisi fuerit henignus exactori}). Et il en rend cette raison admirable y digne certainement de son grand génie , mais digfie de Jésus-Christ , et prise du fond même de son Evangile : c'est que l'argent que vous donnez ft profite à celui qui le reçoit , et périt pour celui • qui le donne » : Accedit oui datur, recedit à çuo dtUur : au lieu que la charité enrichit celui qui la rei|4 plutôt que celui qui la reçoit. Ainsi c'est faire du bien à nos frères, que d'exiger d'eux cette dette dont le paiement les sanctifie. Si vous les aimez , faites qu'ils vous aiment : vous ne pouvez pas les aimer que vous ne désiriez qu'ils soient bons ; et ils pç le seront pas s'ils n'arrachent de leurs cœurs le niai de l'inimitié. Vous voyez donc manifestement que l'amour charitable que vous leur devez , vous doit faire désirer les occasions qui peuvent les forcer à vous en rendre ; et cela ne se pouvant faire qu*en les servant dans leur besoin, reconnoissez que la loi de la charité vous oblige justement de leur bien faire : BenefacUe his qui oderunt vos.

Pour mettre en pratique ce commandement et tirer quelque utilité de cette doctrine, s'il arrive jamais que Dieu permette que vos ennemis aient besoin de votre secours , n'écoutez pas, mes Frères , les sentimens de vengeance ; mais croyez que cette occasion vous est donnée pour vaincre leur dureté, leur obstination. Enfin il a fallu passer par mes mains : voici le temps de lui rendre ce qu'il m'a

(0 Loco sup.cUat

l34 SUR LÀ CUÀRITé FRÀTERNKLLE.

pret<?. Non , ne parlez pas de la sorte : songez que su tombe entre vos mains , c*est par la permission divine; et Dieu ne l'ayant permis que pour vous donner le moyen de le gagner, vous ofTensez sa bonté si vous laissez passer cette occasion , et si vous vous prévalez de cette rencontre pour exercer votre vengeance. Je ne puis lire sans être touché la générosité de David au premier livre des Rois. Saiil le cherchoit pour le faire mourir : il avoit mis pour cela ^ toute son armée en campagne : « Allez partout , » disoit-il , soyez plus vigilans que jamais , curiosiiis » agite j remarquez tous ses pas, pénétrez toutes ses » retraites» , considerate locum ubi sit pes ejus ;,.,, *videte oninia latibula ejus : « fût -il dans les enu trailles de la terre , je l'y trouverai » , dit Saiil , cet ennemi de ma couronne ! Quod si etiam in terrant se abslruserit j perscrutabor eum in cunctis millibusJuda (0. Que la fureur des hommes est impuissante contre ceux que Dieu protège ! David fugitif et abandonné est délivré des mains de Saiil ; et Saiil avec toute sa puissance tombe deux fois coup sur coup entre les mains de ce fugitif. U le rencontre seul dans une caverne : il entre une autre fois dans sa tente pendant que tous ses gardes dormoient : le voilà maître de la vie de son ennemi; ses gens l'excitent à s'en défaire: « Voici, voici le jour , disent-ils , » que le Seigneur vous a promis, disant : Je livrerai » ton ennemi dans tes mains ». Ecce dies de quu locutus est Dominas ad te : Ego tradam tibi inimicum tuum : servez-vous de cette occasion. «Dieu me

(0 /. Reg. XXIII. aa, aS.

StTR LÀ CHAmiTÉ FRÀTERlfKLLX. ' l3S

m gardé de le faire » , dit David : Propitius sit mUii Dominus j ne faciam hanc rem (0. Le Seigneur^ dites - vous ^ me Ta livré; et c'est pour cela même que je veux le conserver soigneusement. «Le meurtre » d'un homme n est pas un doa de Dieu » : Hominis interemptio Domini donum non est: il ne met pas nos ennemis dans nos mains afin. qu'on les massacre , mais plutôt afin qu'on les sauve. C'est pourquoi «.je 1» veux répondre aux bienfaits de Dieu par des sen* » timens de douceur» : Bénéficia Dei mea lenitate reqfondebo : « Et au lieu d'une victime humaine ^ 9 j'offrirai à sa bonté qui me protège un sacrifice de » miséricorde » j qui sera une*hostie plus agréable : Pro humana victima clementiam offeram, « Je ne » veux pas que la bonté de mon Dieu coûte du sang » à mon ennemi » : Gratiam sanguine non cruen-tabo. C'est saint Basile de Séleucie C^) qui paraphrase ainsi les paroles de David. Non-seulement il ne veut pas le tuer \ mais il retient la main de ses gens. Si 'VOUS ne voulez pas le tuer vous-même , laissez-nous fiiire^lui disoient-ils; c'est moi-même ^ dit Âbisaï, qui vous en veux déliver , et vous mettre la couronne sur la tête par la mort de cet ennemi : « Je m'en 3» vais le percer de ma lance (3)». Non, non, dit David y je vous le défends; vive le Seigneur Dieu, il est le mattre de sa vie, il en disposera à sa volonté; mais je ne souffrirai pas qu'on mette la main sur lui. Non content de retenir ses soldats y il reproche à ceux de Saiil le peu de soin tju'ils ont eu de le garder. Est-ce ainsi , leur dit-il ^ que vous gardez le roi votre mattre? <c Vive Dieu y vous êtes tous des enfans

(0/./lc^.xxiv.5,7.— C») Orat.XYi. in Dayid. — v^) /. Rcg.\xyi, 8,9.

l36 SVt tA CKAVTTÉ PRÂTBRirELLE.

w de mort, qui dormez auprès de sa personne, et » qni avez si peu de soin de l'Oint du Seigneur » : yivît Dominus , ^uoniam JiUi mortis estis vos, çui non custodisUi Donànum vestrum, Cluistum Domini(i). Voilà un véritable enfant de la paix ^ qui rend le bien pour le mal, qui garde celui qui le persécute , qui défend celui qui le veut tuer; si tendre et si délicat sur ce point , qu'ayant coupé un bout de sa robe pour lui montrer qu'il pouvoit le faire mourir, craint d'en avoir trop tait : Percussit cor tuum David, eo qaod abscidisset oram cbUunydh Saûl (3) : confus en sa conscience d'avoir mis seulement la main^ et de s'être servi de l'épée contre la roue de son ennemi. Suives, mes Frères, un si grand exemple : lorsque votre ennemi a besoin de vous, lorsqu'il semble que Dieu le met à vos pieds par la nécessité où il est d'implorer votre secours, n'écoutée pas les conseils de vengeance. Ah ! voici le temps de lui rendre ce qu'il m'a prêté. Non, ne parlez pas de la sorte, croyes qu'il n'est en cet état que par la permission divine, que pour vous donner le moyen de le gagner.

C'est , Messieurs , en cette manière que Dieu nous permet de combattre nos ennemis. Nouveau geni'e de combat, où nous voyons aux mains, non point la fureur contre la fureur, ni la haine contre la haine ; c'est un combat de bêtes farouches : mais le vrai combat (jui nous est permis, c'est de combattre la haine par la douceur, les injures par les bienfaits, l'injustice par la charité : voilà le combat que Dieu aime à voir.: « un bon combattant conti-e un

(') J. ttg. MTI. l5, 16. — W tUd. SUT. 6.

êVn Zk CBAttlTÉ FaATERVBLLI. l37

9 mandais pour le gagner; et non pas deux mau« » Tais qui se décliirent Fun Tautre » : Ul sit bonus contra rnabim , non ut sint duo mali (0. C'est ainsi ^ dit saint Paul, qu il faut vous combattre : NoU vinci à malo : « Ne vous laissez point abattre par le mau- » vais y mais surmontez le mauvais par le bien » s sed vince in bono malwn ip). Vous vous laisses abattre lorsque vous vous abandonnez à la colère ^ lorsque vous vous toui*mentez par le ressentiment d*nne injure. Fructus lœdentis in dolore lœsiest (^} : c*est ce que prétend votre ennemi : il croit n*avoir rien fait jusqu à ce que vous témoigniez du ressentiment. Enfin il sent le mal que je lui ai fait. Il rit de votre douleur , et votre douleur fait sa joie. NoU ^inci à malo : ne lui donnez pas la victoire. Dites plutôt avec David : Exaltabo te. Domine, quoniam suscepisti me , nec delectasii immicos meos super me (4) : « Vous n*avez pas donné lieu à mes enne* 9 mis de se réjouir de mes peines ». NoU vinci à maio. Mais ce n*est pas assez : remportez la victoire sur votre ennemi en le comblant de bienfaits. Peuton voir une plus illustre supériorité?

Que prétends-tu y vengeance 7 me mettre au-desins de mon ennemi ? sans doute , c^est Ik son dessein : Uhionis Ubido , negoUum curons.,, gloriœ... supe^ riorem se in exeçuenda uUione- constituii (^). Mais si je le surmonte par mes bienfaits ^ puis- je me mettre au-dessus de lui d'une manière plus glorieuse ? C'est ainsi que David surmonte Saiil , c'est ainsi qu'il le

(0«y. jiug. in Ps. XXXVI, Semi, ii, ii. i , tom. iv, coL a65. — i*)liom. XII. ai. — [}) TertuL élePatU'n. n, 8. — l'O Ps. xxix. i. — (5) TcrtuU. dePatien. n. 9.

l38 SUR LÀ CHARITÉ FRATERNELLE*

met à bout y si je puis parler de la sorte. Saiil tout malin qu'il est^ tout plein d'envie et de fiel qu'il est, ne pouvant résister à tant de douceur ^ est contraint enfin d'avouer sa faute. « J'ai péché y )'ai péché : » retourne à moi, mon fils David » : Peccavi; rer vertere j fili mi David (0. Enfin la bonté est victorieuse, enfin l'miquité rend les armes : c'est à cette victoire, mes Frères, que Jésus-Christ nous ordonne de prétendre. Faites du bien , dit-il y à vos ennemis. C'est jeter des charbons de feu sur leur tête, pour fondre la glace qui serre leur cœur, et les attendrir enfin par la charité.

Et ne me dites pas. Il est trop dur. Savez-vous les conseils de Dieu, et désespérez- vous de sa grâce? Vous murmurez , votre cœur résiste : mais faitesvous cette violence. Voyez , mes Frères , qu'on entr'ouvre un arbre pour enter dessus une autre plante : ce rameau étranger ne tient au commencement que par Técorce ; mais l'arbre qui a souJQfcrt cette violence, en le recevant en son sein , en lui faisant part de sa nourriture, se l'unit enfin et se l'incorpore ; la séparation ne paroît plus , il n'y reste que la cicatrice ; et le tronc , qui l'a porté contre sa propre inclination, se réjouit, si je le puis dire, de voir naître de ce rameau et des feuilles et des fruits qui lui font honneur. Faites-vous violence , mes Frères ; ouvrez votre cœur à vos ennemis ; attirezles par vos bienfaits : Dieu permettra peut-être que l'union se rétablira ; et ainsi les ayant gagnés à la charité, les fruits de leur conversion feront votre gloire. C'est ce qui arrivera plus facilement si vous

(0/. Reg. xivi. ai.

8tJR LA CMARXTi FRATERNELLE. iSq

joignez la prière aux bienfaits ; et c'est la troisième obligation de la charité fraternelle.

TROISIÈME POINT

Priez pour ceux qui vous persécutent : si leur orgueil ne peut être vaincu par votre douceur , ni leur dureté fléchie par vos bienfaits , il est temps d'employer la force; ayez recours à l'autorité suprême, plaignez-vous au tribunal de Dieu qu'on vous refusela charité qui vous est due ; demandez-lui qu'il vous fasse faire justice, et qu'il vous venge enfin de vos ennemis. Est-il donc peimis, chrétiens, de demander à Dieu la vengeance? Oui, n'en doutez pas, chrétiens. Voici une vengeance qui vous est permise , et qui vous est même commandée : et afin de la bien entendre, apprenez de saint Augustin, qu'il faut se venger non point des hommes , mais du règne du péché qui est en eux , et qui est la cause de la haine injuste qu'ils ont contre vous. Il y a donc, mes Frères , un certain règne du péché qui s'oppose en nous au règne de Dieu et à sa justice* C'est ce règne dont parle l'apôtre saint Paul : Non regnet peccatum in mortali *vesiro corpore (0 : « Que le péché ne règne point dans votre corps » mortel ». Quand le péché règne en nous, il lâche la bride à nos passions : c'est ainsi qu^il règne en nous-mêmes. Non content de régner en nous-mêmes, il veut nous faire régner Sur les autres , il nous rend injustes et violens ; il nous fait opprimer les foibles et persécuter les innocens. Dieu le permet , mes Frères , pour éprouver ses serviteurs : il laisse triom-

(0 iZom. vj. la.

l4o SUR LA. CUÀRIÏÉ FR ATERIVELLE.

plier le péché et régner Tiniquité pour un temps. Durant ce règne , Messieurs , que les justes ont à souffrir ! que les serviteurs de Dieu sont tourmentés! on abuse de leur patience pour les affliger, de leur simplicité pour les surprendre , de leur humilité pour leur faire insulte. Voyez ce pécheur superbe dont parle David : ce II a oublié les jugemens » de Dieu » ; voilà le péché qui règne en lui : a II 31 domine tyranniquement sur tous ses ennemis » ', voilà qu il le veut faire régner sur les autres : ^u- Jeruntur judicia tua afacie ejus : omnium inimicomm suorum dominabitur : « Il se cache avec les » puissans dans des embûches , pour faire mourir » rinnocent » : sedet in insidiis : « ses yeux regar- » dent le pauvre comme sa proie ; il est comme un » lion rugissant qui déyore la substance du pau* u vre (0 ». Dieu se tait cependant , il laisse régner riniquité; et ses pauvres sierviteurs gémissent accablés soi^s la violence ou la calomnie. Mais se vengeront-ils contre les hommes? A Dieu ne plaise , mes Frères ! les hommes sont Touvrage du Dieu qu ils adorent ; ils sont ses images; ils sont nos frères et nos semblables : il faut aux enfans de Dieu une vengeance plus juste. Allons à la source du mal et à la source de Tinjure que j'ai reçue : si cet ennemi me hait et me persécute , c'est le règne du péché qui en est la cause : si ce frénétique me frappe et me mord , c'est « la fièvre qui l'agite et » qui le remue » : Febris animœ illius odit te j dit saint Augustin (^) : ce n'est pas lui, dit-il, c'est sa

(0 Ps. IX. ^7 , 3o, 3i.— C*) //i Epist, Joan, u-act. viii > «. ii, tom. m y part, ii , col. 883.

StJR LA CHARITL FRATERNELLE. l4l

fièvre y c^est sa maladie qui me persécute : c'est sur cette fièvre de l'ame que je veux exercer ma vengeance : c'est ce règne du péché que je veux détruire : c'est une telle vengeance que demandent à Dieu les martyrs, ce Seigneur, disent- ils , vengez » notre sang» : Vindica sanguinem nostrumW : sur quoi saint Augustin a dit ces beaux mots : Ipsa est sîncera et plena justitiœ et tnisericordice vindicta martyrum , ut esfertatur regnjum peccad : c( Cette » vengeance des martyr» est pleine de miséricorde » et de justice; car ils ne la demandent pas contre » les hommes , mais contre le règne du péché sous 3» lequel ils ont tant souffert » : Non enim contra ipsos Iiofnines j sed contra regnum peccati..., pC'- Uerunt ^ quo régnante tantaperpessisuntip). Cette vengeance n'est ni cruelle, ni violente; au contraire , dit saint Augustin , « elle est pleine de mi- » séricorde et de justice » : Plena justitiœ et mise^ ricordiœ : pleine de justice, parce qu'il n'est rien de plus juste que l'iniquité soit abattue ; pleine de miséricorde , parce que c^est sauver l'homme que de détruire en lui le péché.

Priez donc pour ceux qui vous persécutent, et demandez à Dieu une vengeance qui leur est si salutaire. Seigneur, vengez-moi de mon ennemi ; vengez-moi du péché qui me persécute, de cette dureté de cœur qui s'oppose à la charité fraternelle : renversez ce superbe, mais que ce soit par la pénitence : rompez le cœur de cet endurci, mais que ce soit par

{y)Apoc. VI. 10.— C») DeSerm* Dom. in monte, lib. i, n. 'j'j^tom. n\j part. Il fcol^l^.

l4s SUH L*' CHARITÉ FKAIBKIfKLI.B.

la contrition : abaissez la tête de ce rebelle, mais ^e ce soit par rhumililé. O Doble et glorieuse vengeance ! plût à Dieu que nous fussions tous vengés de la sorte! Saul avoit persécuté saint Etienne; il l'avoit lapidé, dit saint Augustin (0, par les mains de tous ses bourreaux : le sang de ce martyr n'avoit fait que l'exciter au cai'nage ; il alloît rugissant et frémissant contre l'innocent troupeau du Fils de Dieu. Vive Dieu , dit le Seigneur : je vengerai mes serviteurs , et une telle violence ne demeurera pas imponie. 11 arrête Saul dans son voyage; il le met à ses pieds tremblant et confus. Ne vous semble-t-il pas, chrétiens, que saint Etienne est bien veugé de cet ennemi? 11 est vengé comme il le vou^ loit : Domine, ne statuas ilUs hoc peccatum (^) : « Seigneur, ne leur imputez point ce péché m. C'est contre le péché qu'il veut se venger, et voilà le péché détruit et son règne renversé par teiTC. Saul devenu Paul ne songe plus qu'à achever cette vengeance; tous les jours il travaille à détruire en lui le péché et ses convoitises : c'est pour cela qu'il châtie son corps et le réduit dans la servitude , et il venge par ce moyen , c'est saint Augustin qui le dit , et saint Etienne et les chrétieus qu'il avoit injustement persécutés : Nonne tibi videtur in seipso Stephanum marijrcm vindicare? Il les venge, et de quelle sorte ? c'est qu'il combat , c'est qu'il aObiblit ^ c'est qu'il surmonte en lui-même ce péché régnant, cette tyrannie de ses convoitises qui l'avoit porté à ses violences : Ifajn Itoc in se utiçue prosterneèat , C<]$0«. ccczT, n. ^ ,tam.r ,coL\VE6.-^^*) jitLfm. 5g.

8U& LÀ CHimiTÉ FRATSRIVELLE. l43

et dehilitabat , et victum ordinabat , unde StepIiU" num cœterosque Christianos fuerat persécutas (0.

Chrétiens , prions persévéramment pour obtenir de Dieu cette vengeance ^ qui sera le salut de nos ennemis. Si nous faisons bien cette prière , jamais nous ne pourrons vouloii* du mal à ceux à qui nous désirons un si grand bien : car le règne du péché ne pouvant être détruit en eux y que le règne de Dieu ne leur advienne y pouvons-nous avoir de Finimitié ^ si nous demandons pour eux un tel bonheur 7 Quoi ! leur envierons-nous les biens de la terre çn leur souhaitant ceux du ciel ? Si nous ne voulons pas être avec eux , nous leur souhaitons plus de bonheur qu'à nous-mêmes, et si nous souhaitons d*en jouir en leur compagnie y pouvons-nous ^ avoir de la haine contre ceux que nous désirons 'avoir éternellement pour amis ? Vous ne pouvez donc pas prier pour eux sans les aimer sincèrement; ' et cependant Dieu vous oblige à prier pour eux. On ne considère pas )usqu*où va cette obhgation. Quand vous dites: Notre Père, déUvrez-nous du mal; vous demandez à Dieu qu'il détruise en nous ce règne du péché : vous ne parlez pas pour vous seul. Quoi ! excluez-vous votre ennemi ? voulez-vous qu'il soit damné ? Loin de la douceur chrétienne une vengeance si enragée, et digne d'un démon et non pas d'un homme. Si vous \y comprenez , le demandezvous sincèrement 7 C'est devant Dieu que vous parlez : donc en demandant que Dieu le délivre d'un 6i grand mal , pouvez-vous lui désirer aucun mal ?

(0 s. jiug. de Serm, Dont, hco $up. cilato^

l44 '^'P- 1-^ CHARITÉ FltATERHELLE.

Il n'y a que la charité qui prie : si vous n'avez la charité, votre intention dément vos paroles ; et quand la bouche les nomme , le coeur les exclut.

Qu'il n'en soit pas ainsi, dirétiens; re'pandons devant notre Dieu des vœux sincères pour nos ennemis, et qu'il n'y ait personne en qui nous ne souhaitions quclerègne du pécUése détruise : comprenonsy tous nos ennemis et tous les ennemis de l'Eglise. Si le péché n'eût régné en eux , ils ne se seroient pas séparés de notre unité. L'ambition , l'amour de soimême et de ses propres opinions , c'est ce qui a causé ce schisme , c'est ce qui a fait naître cette division scandaleuse. Seigneur, vengez-nous de ces ennemis, et vengez votre Eglise à qui ils ont arraché tant de ses enfans. Dieu l'a d^à fait , chrétiens : ils se sont divisés , et il les divise ; n Ils ont pris le glaive de » division u , et ils ont déchiré l'Eglise de Dieu ; Ipsi hahent gladiiwt divisionis. « Mais parce que le Fils » de Dieu a dît véritablement que celui qui frappe- » roit par le glaive , mourroît par le glaive , voyez » ceux qui se sont retranchés de l'unité, en combien » de morceaux ils sont partagés » : Sed quia verum dixerat Dommus , Qui gladio percuiit, gladio morietur, videte iîîos , Frab-es mei , qui se ah unitate prœciderunt, in quolfrusta prœcisi sunt\'). Luthériens , calvinistes , anabaptistes , sociniens , arminiens, et tant d'autres; autant d'opinions que de têtes en Angleterre. Dieu a vengé son Eglise; ils n'ont pas voulu l'unité, ils seront divisés même parmi eux. Seigneur, ce n'est pas là toute la vengeance : (■) De Agaiu Chritu n. 3i , lom. ri, «o/. aSg.

détruisez

SUR LA. CriARITÉ FRATEnifELLE. l4i>

dëtniisez le règne du péché en eux -, ramenez^Ies au règne de la charité : c*est ce que TEglise demande , c*est pourquoi elle gémit et elle soupire.

Vous voyez des fruits de ses prières en ces nouveaux enfanSy qui sont venus chercher en son sein la vie qui ne se peut trouver dans une autre source. Mes Frères, je les recommande à vos charités. Vous êtes las peut-éti^e de les entendre si souvent recommander aux prédicateurs ; et nous pouvons vous avouer, devant ces autels , que nous sommes las de le fisiire : non pas que nous nous lassions de dcmsuider du secours pour des misérables, car à quoi peu* vent être mieux employées nos voix? Nous ne rouginons pas de quêter pour elles ; nous ne nous lastons pas de parler pour elles : mais nous rougissons pour vous-mêmes de ce qu*il faut encore vous le demander, de ce qu'après quon a crié depuis tant d'années au secours pour ces pauvres filles qui sont venues à TEglise, et qui n'y peuvent trouver du pain ; qui ont couru à nous , et que notre lâcheté abandonne ; on crie , et Ton crie vainement : tant de prédicateurs vous Font dit , et le zèle ne s'échaufGi pas y etc.

BOSSUST. XII. lO

l46 SUK L*ÉGLISE.

SERMON

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