VI. I
a56 SUR LÀ yÉlflTENCE.
» exhortons que vous ne receviez pas en vain cette » grâce ». Mais quel en doit être FeiTet? il faut que le Saint-Esprit nous rapprenne. Dieu envoie ses prédicateurs : « Allez , dit-il à son prophète, et 3» criez vers Taquilon : Revenez , rebelle Israël , dit » le Seigneur, et je ne détournerai point mon visage » de vous, parce que je suis saint, dit le Seigneur, » et que ma colère ne durera pas éternellement. » Après cela, on a entendu des voix confuses dans » les chemins , des pleurs et des hurlemens des en- » fans d'Israël , parce qu'ils ont rendu leurs voies » criminelles , et qu'ils ont oublié leur Seigneur et » leur Dieu (0. Ecartez loin de vous toutes les pré- » varications dont vous vous êtes rendu coupable , s> dit Dieu dans un autre prophète, et faites-vous » un cœur nouveau. Pourquoi mourrez- vous, mai- » son d'Israël? Je ne veux point la mort de celui » qui meurt, dit le Seigneur Dieu ; retournez à mai » et vivez » : Projicite à vobis omnes prœt^arica" tiones vestras , facile vobis cor noi^um et spiritutn novum. Etijuare moriemini, domiis Israël? Quia nolo mortem morientis , dicit Dominus Deus; rei^ertimini et vii^ite (^). Pourquoi voulez - vous périr ? pourquoi vous obstinez -vous à votre iniine? Dieu veut vous pardonner , vous seul ne vous pardonnez pas. Deus meus , misericordia mea (5) : « O Dieu qui )> êtes pour moi un Dieu de miséricorde o ! « O nom , » dit saint Augustin, sous lequel personne ne doit » désespérer» ! Onomen, sub quo nemini desperandum est (4) ! O prodigue , retournez donc à votre
(O/rnem. m. la , 2i.^(»J^x«cA.xviii. 3i, Sa. — (5) Ps.tYuu ii. —(4) In Ps. Lfiii, /i. II, tom. lY , coi. SjS.
père y
BVB. LA PÉNITENCE. fà^'J
pèi'e; débauchée^ retournez à votre mari; mais retournez en confessant votre crime ; dites : Tai péché, Peccai^i (0 ; et reconnoissez votre iniquité i.Kerum^ iamen scito imguiiatem tuam ip) : Ne songez pas à vous excuser; n^accusez pas les étoiles , le tempérament; ne dites pas, c'est la fortune ^ la rencontre m'a emporté ; n'accusez pas même le diable : Neminem quœras accusare, ne accusaiorem im^enias^à 4fuo non possis te dejèndere. Ipse diabohis gaudet ciim accusatur , vult omnino ut accuses illum, vult ut à teferat crimiAaUonem, citm tuperdas confessianem^). « Ne cherchez à accuser pei^onne, de » peur que vous ne trouviez un accusateur dont j» vous ne puissiez vous défendre. Le diable se réj» jouit lorsqu'il est accusé, il veut très-fort que vous » l'accusiez, il désire que vous rejetiez sur lui tous » vos torts, afin que vous perdiez tout le fruit d'une » humble confession ». Ne cherchez donc pas des excuses.
Autre chose d'agir av«c un père , autre chose de répondre devant un juge : ici l'on se défend , et là on confesse : un juge veut le châtiment , et un père la conversion. Mais ce'changement est-il bien possible? cet Ethiopien pourra-t-il bien dépouiller sa peau? ce pécheur endurci pourra-t-il bien se priver de ses dangereuses pratiques? C'est ce que nous aurons a examiner dans la seconde partie.
SECOND POINT
. Quand on parle devant un juge , on dit : Je ne
(■) //. Hêf^, XII. 1 3. — (») Jerem. m. ï 3. — (3) S, Aug, Scrm. xx , /i. a , fom. T. col. io8.
BossuET. xn. 1^
«58 stm LÀ péiriTENCE.
Tai pas fait, ou bien. J'ai été surpris , on m'a en^ gagé contre mon dessein , j*ai été plus loin que je ne pensois. Mes Frères, ne nous défendons pas de la sorte , ne cherchons pas de vaines excuses pour couvrir notre ingratitude , qui n*est toujours que trop criminelle. Devant un juge, on cherche des fuites ; songez que vous parlez à un père , oîi la principale défense c'est d'avouer simplement sa faute. J'ai failli, j'ai mal fait, je m'en repens, j'ai recours h, votre bonté, je demande pardon de ma faute. Si personne ne l'a encore obtenu de vous , je suis téméraire d'oser le prétendre : si votre bonté au con* traiire a déjà fait tant de grâces, vous-même accordez-moi le pardon, qui m'avez commandé l'espérance.
Le prophète représente la synagogue comme une désespérée qui s'est abandonnée à des étrangers, et qui, craignant le courroux de son mari, ne veut plus retourner à sa compagnie. Desperavi , nequa" çuam faciam ^ adamavi quippe aliénas , et post eos ambuUibo (0 : « Il n'y a plus de retour, je ne le » ferai pas a.
Nous n'avons rien fait, chrétiens, de persuader aux pécheurs , que s'ils retournent à Dieu , ils peuvent facilement obtenir leur grâce : car cette œuvre de la rémission dépendant purement de lui, il est aisé d'en attendre une bonne issue. Mais l'ouvrage de leur conversion , le changement de leur cœur où nous leur demandons leur propre travail , c'est celui-là qui les désespère : car encore que tout nous tombe des mains, que notre extrême foiblesse ne
(0 Jercm. ii. a5.
StTR LÀ PÉNlTEirCE. !àSg
puisse plus dispo^r d'aucunes choses , il' n'y a rien toutefois dont nous puissions moins disposer que de nous-mêmes. Etrange maladie de notre nature! il n'y a rien qui soit moins en notre pouvoir que l'usage de notre volonté ; en un mot y rien que nous puissions moins faire que ce que nous faisons quand nous le voulons : de sorte qu'il est plus aisé à l'homme d'obtenir de Dieu ce qu'il voudra , qu'il né lui est aisé de le vouloir. Prouvons manifestement cette vérité.
Deux obstacles presque invincibles nous empêchent d'être les maîtres de nos volontés ^ rinclination et l'habitude. L'inclination rend le vice aima-^ ble, l'habitude le rend nécessaire. Nous n'avons pas en notre pouvoir ni le commencement de l'inclination , ni la fin de l'habitude. L'inclination nous enchaîne , et nous jette dans une prison ; l'habitude nous y enferme, et mure la porte sur nous pour ne nous laisser plus aucune sortie : Inclusum se sentit difficultate vitiorum, et quasi muro impossibilitatis erecto portisque clausis , quà eyadat non inx^enit (0^ De sorte que le misérable pécheur, qui ne fait que de vains efforts , et retombe toujours dans l'abîme, désespérant d'en sortir, s'abandonne enfin à ses passions, et ne prend plus aucun soin de les retenir : Desperantes , semetipsos tradiderunt impudicitiœ ^ in operaiionem immunditiœ omnisj in ayaritiam (^)«
Ce que peut désirer un homme que son naturel tyrannise, c'est qu'on le change, qu'on le renouvelle, qu'on fasse de lui un autre homme. C'est ce
(>) S. August in Ps. CTi, n. 5, tom. iv, coL jao6. — • (>) Ephes^