SUR LA PROVIDENCE
Sagesse cachée qae la foi nous découvre daos le gouTernement du monde. Hystére du conseil de Dieu dans les désordres qu^il permet Sage économie de cet univers. Pourquoi Dieu ne précipite pas Texécntion de ses desseins. Différence des biens et des maux : raisons de la conduite que Dieu tientà Fégard des bons et des médians. Sentîmens que la foi de la Providence doit nous inspirer.
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Filiy recordare quia recepisti bona in vita tua, Lazarui similiter mala; nunc autem hic consolatur , tu vero cruciaris.
JUon FUs g souvenez 'VOUS que vous avez reçu vos biens dans votre vie, et que Lazare n'y a eu que des maux ; c'est pourquoi il est maintenant dans la consolation , et vous dans" les tourmens. Luc xvi. aS.
JN ous Usons dans l'Histoire sainte (0 que le roi de Samarie ayant voulu bâtir une place forte , qui te-
^O SUE I^A PJlOyiDElICE*
noit en crainte et en alarmes toutes les places du roi de Jndëef ce prince assembla son peaple , et fit ira tel eflfort contre Tennemi^que non - seulement il ruina cette forteresse; m$M qu'il en fit ^lervir les matériaux y pour construire deux grands châteaux par lesquels il fortifia sa*frontière*
Je médite aujourd'hui , Messieurs, de faire quelque chose de semblable; et dans oet exercice pacifique , je me propose l'exemple de cette entreprise militaire. Les libertins dédarent la guerre à la Providence divine ^ et ils nç trouvent rien de plus fort contre elle que la distribution des biens et des maux, qui paroît injuste^ irrégulière , saps aucune distinction entre les bons et les méchans. C'est là que les knpies se retranchent comme dans leui^ forteresse imprenable, c'est de là qu'ils jettent hardiment des traits contre la sagesse qui- régit le monde , se persuadant faussement que le désordre apparent des choses humaines rend témoignage contre elle. Assemblons-nous , chrétiens , pour combattre les ennemis du Dieu vivant ; renversons les remparts superbes de ces nouveaux Samaritains. Non contens de leur faire voir que cette inégale dispensation des biens et des maux du monde ne nuit en rien à la Providence, montrons au contraire qu'elle l'établit. Prouvons, par le désordre même , qu'il y a un ordre supérieur qui rappelle tout à soi par une loi immuable ; et bâtissons les forteresses de Juda des débris et des ruines de celle de Samarie. C'est le dessein de ce discours que j'expliquerai plus à fond , après que nous aurons imploré , etc.
Le
lili tbtfologkn d*Orîent, gaiiit ijftéfsmtmdé STak Ifianfle <0 ^ contemplant la bcfmtédin monde'doni la stFacture duquel Dîeii s^est mon tré»; sage ietai magnifique , rappelle ëlëgamment «m aa4angne> le pbâsir et les dëli^BS de «on Créateur. li ovott apprisi^e Moïse que ce divin architèote, à^meswre qii^^t)ât^soit ce grané édifioe^ en adaûmtlwi-mêiBe cloutes les parties; f^idit Deus lucem fuod estet^b^naA^ «c Dieu vit que la Inmi^.étoitlMMUièa ::qà*enfll^ant oompo^ ie tonfti^ ë *ayoh «tioore. anéif éri, .et âit^t trouTëvparfiutaiitfentbeaii b ^£i«rwartta^6oiia^ : enfin qi^il avôit fiant toutiMon Ide fQie:^df le ape$tade de son propreoinrlrage. Où tt ve faut pas s'imaginer que Dieu ressenbfe aux lou^fiera moMels ^ lesquels/ comme as peinent beaifce»afi. danfs feuraieaitreprâes^ ^t ^araB^eâit toaîoitfiiS'qimir »L*évtfaèiAent ^ aont ravis quePexëetrtion ieaiMdbaosgpidutfenivailtt les assure du sucobSi Mais MMtoa; règanbmt ies ebtses dans une {Mttinîe pltissùbllmè /* et prtSv^ant en esprit q^'un jour tes 'bommea ingrats nieroient ia Prévîdenoe <^t^git le - monde j>il «ans rmeotre dès Torigine tentlMn Dilh «est satisfait de ce cbeM'oiifvré de se^ ttAifia>) 41^ i^^le^âUr de le former Bous^fent'Unigitga^efiataidvaoèniqttHi dèfokjpimdre à 4e (èM^lriM^ ë Mf fti faufais ^misde doMer qu^ftià^fthat l^^tnt^mfk ^;^4javifll iBnesftméJà 'M^y %t «oë ^^H at^4ti-)ii<mè jÉgK)ti ^digUe de sa
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(0 OraL xxxiT, lom. i ,p. 557* *-C*) Genêt, j. 4-**-'(^' ^àid. 3i.
BossuET. xu. a6
ijoa SDR «.A PROVIDEMce.
loù ïmn^aables} et nous nous appliquerons aujotir- •i'bai à méditer les secrets de cette céleste politique qai régît toute la nature, et qui, enfermant dau wb' ordre l'instabilité des choses humaines, ne dis- «OK pas avec moins d'égards les acctdeus in^;aux -qui mêlent kt vie des particuliers , que ces grands et "Biémorables événemens qui décident de la fortune -.Aea empires.
'^-' Grand et admirable sujet, et digne de l'attentioD :dela<CourlaplnBaugastedu monde! Prêtez l'oreille, 6 mortels, et Apprenez de votre Dieu même les secrets par lesquelsil vous gouverne. Car c'est lui qui ToasenseignCraidanscettechaire; et je n'entreprends -aujourd'hui d'expliquer ses conseils profonds , qu'autant que je serai éclairé par ses oracles infaillibles.
Mais il nous importe peu , chrétiens, deconnoltre par quelle sagesse nous sommes régis, si nous n'apprenons aussi à nous conformer à l'ordre de ses 'Conseils. S'il y a de l'art à bien gouverner, il y en « aussi à bien obéii-. Dieu donne son esprit de sagesse aux princes (0 pour savoir conduire les peuples, et il donne aux peu]R«e l'intelligence pour £tre capables d'étt:e dirigés par ordre; c'est-à-dire qu'outre la science maîtresse par laquelle le prince cMnmande, il y a une autre science subalterne qui .enseigne aussi aux sujets à se rendre dignes înstru- Biens de la conduite supérieure : et c'est le rapport de ces deux sciences qui entretient le corps d'un état par la correspondance du chef et des membres. Pour établir ce rapport dans l'empire de notre Dieu , tâchons de faire aujourd'hui deux choses.
(0 Dtut. xuiT. g.
tum X.A PHOTIDEUGB. 4^3
Pratûèremeiit, dirétîena^ quelque étrange oonfaisioiiy ^{ttdque désordre même , oo quelque in ji^ice qui paroûse dans les affaires humaines, quoique tout y semble emporté par Taveug^e rapidité de la fortune ; mettons bien avant dans notre esprit que ' tout s'y conduit par ordre , que tout s'y gouverne par maximes, et qu'un copseil étemel et immuable se cache parmi tous èes évéuemens que le temps semble déployer avec une si prodigieuse incertitude: Secondement venons à nous-mêmes, et après avoir bien compris qûeUe puissance nous meut et quelle sagesse nous gouverne, voyons quels sont les senti«mens qui nous rendent dignes d'une conduite si relevée. Ainsi nous découvrirons , suivant la médior crité de l'esprit humain , en premier lieu les ressorts et les mouvemens^ et ensuite l'usage et l'application de cette sublime.politique qui régit k monde ; et c'est tout le sujet de ce discours,;
PREMIER POINT
QuAjm je considère en moi-même la disposition des choses humaines confuse, inégale, irrégulière,' je la compare souvent à certains tableaux , que l'oii montre assez ordinairement dms les bibliothèques des curieux comme un jeu de la perspective. La pre* mière vue ne vous montre quedes traU^ informes et un mélange confus de couleurs , qui , semble être j ou l'essfti de quelque, apprenti , ou le jeu de quelquq^ enfant, plutôt que l'ouvrage d'une main savante^ Mais aussitôt que celui qui sait le secret vous les fiiit regarder par un certain endroit , aussitôt toutes les lignes inégales venant à se ramasser d'une certaine
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façon dans votre vue, toute la confusion se démêle, et vous voyez paroître un visage avec ses linéamens et ses proportions , où il n'y avoit auparavant aucune apparence de forme humaine. C'est, ce me semble, Messieurs, tiéelmtl^ asstz natureHe du monde, de sa vonfosion ap^rente et de sa justesse cachée , que nous ne f>oBVons jamais ^«marquer qu'en lé regardant pat- nu cerlKib point que la foi en Jésos^hrist nous découvre;
J'aivii,ditrËcclésiaste, un désordre étrange sous lé soleil : *■ J'ai VA qilft l'on ne comAiet pas ordinai- » rement, ni ta CàHriè aWt phis vtUs, ni les afiàires M aux plus Bàg;es, 'ni la guerre aux plus courageux; r> mais que c'est le hasard et l'occasion qui donne » tous les emplois, qui règle tous les prétendans» : iVec velocium esse carsum, nec -Jortium bellum;... sed tempus casumque in omnibus (0. J'ai vu , dit le même Ecclésiaste, que « toutes choses arrivent égau lement à l'homme de bien et au méchant, à ce- M lui qui sacrifie et à celui qui blasphème ». Quod UTiit^rsa œtpiè eveniantjusto et impio ,... immoîanti victimas et sacrijîcia contemnenti... eadem cimcUs éventant (^). Presque tous les siècles se Sont plaints d'avoir vu l'iniquité triomphante et l'innocence affligée; mais de peur dpllh'y ait rien d'assuré, quelquefois on voit au contraire l'innocence dans le trône et l'iniquité dans le snpptice. Quelle est la confusion de ce tableau , et ne seiiible-t-il pas que ces couleurs aient été jetées au hasaVd, seulement pour brouiller la toile ou le papier, si je puis parler de la sorte?
C')Ecc/e».ii. ii.-^W/î<y. 3,3. ' "
SUE LA PROVIDEirCB, ^oS
Le libertin inconsidéré y écrie aussitôt qu il n'y a point d'ordre : « il dit en son cœur : Il n'y a po^i^ » de Dieu », ou ce Dieu ^aji4onne la vie humaine aux caprices de la fortune : Dixift insipiem in cord^ suo : Non est Deus (^), Mais^rréte^, p^al^eureiuiy et ne précipitez pas votre jugenju^nt daAS» W^ ^tQ^i^e si importante. Feu,t*être qv)e yoj^s tirouyerfiz que ce qui semble confusion est un art caph^ î ^t sj. vous savez rencontrer le poiat par où illauA regairder les choses, toutes les in^alités se rectiÇ^pnt, çt voj^a ne verrez que sagesse où vou& n'ipc^gii^iez que dd^ sordre.
Oui y oui ce tablçaiji a son ppint^ n'çn do^^çz p^/s; et le même EcdésiMe, quinqii^ % ^époqv^l^t ]f^ cour fusion, nous m^ijiera a^^si k Teipyi^oit pj|r 9Ù qous contemplerons Tof dre du ofàopde. « J'ai \^ , dit-i) ^ » sous le soleil l'iiiipijét^ en )a pl^oç du pigçment p » et riniquité dan$!je raiig que d^voit ^AÎf* la jus- » tice » : f^idi su6 sçle in loço j^i^i^ii impietatenij et in loco justitifp inù/uiUff^n^W. C'ç^t-à-^îi'Ç.f H nous Fen tendon^ , Vi|)iqnM4 sw Iç tr^;ii^n)4 , oif même l'iniquité, d^i^s Iç ti;ône 9^ la SfS^le jpstiçç doit êtrç p^acée^,Ettç nç pwyoit paf ^in^nter plus haut i^ Qcçiqpea^ ui^e pl^tçe qi4 lff£(^t moins due. Qw pow^y^t pense?: ^Ipw oi) (an çoQs^4érant un si grai^d désordre ? Q^ffif q^e Diç^ ;ib^iido|inoit les çhos^ hn^aip^ saçf ç^sydiiite et sf^n^ Î^Sfi" loent? Au ço^airf jt 4^V ^ MS^ pn^Ç^» ®P voyait çft reqyfijçsemieAt : fi Aussi^ô^ j'^i ^ ea çupp.OjMir : » Dieu jugera le juste et Timpie, et alors ce s^ra ]e » tompft:^ VHrt« p[iq»es i^,,Ef #ri mçqi^mo •