IL
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Justmn et itnpium judicabil Deus, et tempus omnis rei tune erit (').
Yoiçi f Messieurs , un raisonnement digne du plus sage des hommes : il découvre dans le genre humain une extrême confusion , il voit dans le reste da monde un ordre qui le ravit : il voit bien qu'il n*est pas possible que notre nature qui est la seule que Dieu a faite à sa ressemblance , soit la seule qu il abandonne au hasard ; ainsi , convaincu par raison qu il doit y avoir de Tordre parmi les hommes , et voyant par expérience qu'il n'est pas encore établi, il conclut nécessairement que l'homme a quelque chose à attendre. Et c'est ici, chrétiens , tout le mystère du conseil de Dieu; c'est la grande maxime d*état de la politique du ciel. Dieu veut que nous vivions au milieu du temps dans une attente perpétuelle de Tétemité; il nous introduit dans le monde, où il nous fait paroitre un ordre admirable pour montrer que son ouvrage est conduit avec sagesse; où il laisse de dessein formé quelque désordre apparent pour montrer qu'il n'y a pas mis encore la dernière main. Pourquoi? pour nous tenir toujours en attente du grand jour de l'éternité , où toutes choses seront démêlées par une décision dernière et irrévocable, où Dieu séparant encore une fois la lumière d'avec les ténèbres, mettra par un dernier jugement la justice et l'impiété dans les places qui leur sont dues, « et alors, dit Salomon, ce sera le » temps de chaque chose » : Et tempus omnis rei Umc erit.
Ouvrez donc les yeux, ô mortels; c'est Jésus-
(*) Eccles, III. 17.
ChrisI qin Toos j cihorte dans cet adniraUe £scoius quil a £ût en sunt Matlliîm, dnpttre sixièmey et en saint Ldc, cLapilie doozièBiey dont je Tais TOUS donner nne paraphrase. Contemples le ckl et la terre, et la sage économie de cet nnireis. Est-il rien de mieux entendu que cet édifice? est-il rien de mieux pourra que cette fiffluUe? est-il rien de mieux gouTerné que cet onpke? Cette puissance suprême 9 qui a construit le monde^ et qui n*y a rien Eût qui ne soit ftès-bon, a Eût nânmoins des créatures meilleures les unes que les autres. Elle a fait les corps célestes qui sont immortds ; elle a (ait les terrestres qui sont périssables; éDe a £ût des animaux admirables par leur grandeur; elle a fait les insectes et les oiseaux qui semblent méprisables par leur petitesse ; elle a fait ces grands arbres des forêts qui subsistent des siècles entiers ; eUe a ^t les fleurs des champs qui se passent du matin au soir. Il y a de l'inégalité dans ses créatures , parce que cette même bonté, qui a donné Têtre aux plus nobles, ne Va pas voulu envier aux momdres. Mais depuis les plus grandes jusqu aux plus petites, sa providence se répand partout. EUe nourrit les petits oiseaux qui Tinvoquent dès le matin par la mélodie de leurs chants; et ces fleurs dont la beauté est si tôt flétrie , eUe les habille si superbement durant ce petit moment de leur être , que Salomon dans toute sa gloire n'a rien de comparable à cet ornement. Vous , hommes , qu'il a faits à son image , qu'il a éclaicés de sa connoissance , qu'il a appelés à son royaume, pouvez- vous croire quil vous oublie, et que vous soyez les seules de ses créatures sur les-
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quelles les yeux toujours vigilans de sa Provideiice paternelle ne soient pas ouverts? iVon/ie vas magù pluris estùt if lis (0? a ^'étes^vous pas beaucoup plos » qM*euz » ? Que s'il vous parott quelque désordre, s'il voi^ ^oi^e que la récompense court trop lentement à Is^ vertu , et que la peine ne poursuive pas 4'asse2 près ie vice ; sQugeK à Téternitë de ce premier Etre : ^^ desseins , formés et conçus dans le ^in inpw^i^e de c^tite immiiabJlcf éternité ^ ne dépendent ni de& années ni des siècles qpjil vgit passer devant lui qomnie des moyens; et il &«t la durée enl^ière duntofide^ pour développer tout-à-fait les ordres, duae S9ges^ si profonde» Elt nous ^ mortels misérables y nous voudrions, en nos jours qui passent si vite , voir toutes les œuvres de Dieu accomplies ! Parce que nous et nos conseils sommes limités dans un tenfps si court, nous voudrions que Tinfini se renfermât aussi dans les qiémes bornes, et qu'il déployât en si peu d'espace tout ce que sa miséricorde prépare aux bons, et tout ce qne sa justice destine aux méchans. ^àitent^ dies tuos paucos, et diebus tuis p€uiois vis impleri omnia, ut damnerOar omnes impii et, coronen^ur on^nes boni (3)« Il ne seroit pas raisonnable; laissons agir FEteroel suivant les lois de son éternité^ et bien loin de la réduire à notre mesure, tâchons d'entrer plutôt dans son étendue: Jungere œtermtatd Dei, et cum illo œtemus istoi^).
Si nous entrons , chi^tiens, dans cette bienheureuse liberté d'esprit, si nous mesurons les conseils de Dieu aelQn la règle de Téternité, nous regarde-
< (»^ I^ait. VI. a6. — . (») 1$". Aug. in Ps. xci , n. 8 , tom. ly ," coi 986.
8IIB LA PAO.yiiasjrcE. 4^g
ronsfi^ns impatience ce mélange coofiis des choses humaines. Il est vrai. Dieu ne Eût. pas encore de discernement. entre les bonsr et les fnëchans; mais c*est qu'il a choisi son jour arrêté ^ oh il le fera pa^ rottre tout entier à la face de tout F^nivers , quand le nombre des uns et des autres sera complet. Cest ce qui a fait dire à Tertul^en ce$ excellentes paroles : ce Dieu, dit«il , ay^nt ^eçHS le jugement à la » un des siècles y il ne p^ç^ilepas le disceme*- » ment qui ea^t une coi^îtîon nécessaire » : Qui enifff^semel mtemwn JufUcium destina^^ii post sœcuK finem ^ non prœcipiUtf discretionem : « Il se montre » presque égal sur toute la nature» humaine , et les » biens ^t les mwx qu'il envoie en attendant, sur » la terre, swt communs à ses ennemis-, el à s(ss en- » fans » : ^quflU$ estinJterim super omné hominwn genus^ ei indulgens^ et increptms ^ communia vo" butesseeiicommodaprofium^ élineammodasuisil^h Oui y c'est la vérité eUe-méme qui kii a dicté cette pensée» Car n'ave9-TOUS« pas remarqué cette parole admirable : Dieu me précipite pas le discernement? Précipiter les affaires y c'est le propre de lafoiblesse^ qui est contrainte de. s'empresser dans l'exécuition de ses desseins , parce qu'elle dépend des. occasions , et que ces occasions so^nt certains momens dont la fuite soudaine cause une, nécessaire f^récipitalion à ceux qui 9ont obligés de s'y attacher. &(ai« Dieu» qui est l'arbitre de tow les temps, qui du centre de son éternité développe tout l'ordi^e des siècles, qui conr nott sa toute-puissance y el qui sait que rien ne peut
échappa $es n^ains aoti^eraiues 9 ^* ^^ précipite
(0 Apolog, n. 4i*
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pas ses conseils. Il sait que la sagesse ne consiste pas à faire toujours les choses promptement , mais à les faire dans le temps qu*il &nt. Il laisse censurer ses desseins aux fous et aux téméraires, mais il ne trouve pas à propos d'en avancer Fexécution pour les murmures des hommes. Ce lui est assez , chrétiens , que ses amis et ses serviteurs regardent de loin venir son four avec humilité et tremblement; pour les auftes, il sait où il les attend , et le jour est marqué pour les punir; il ne s'émeut pas de leurs reproches: Quoniam prospicit çuod venietdies ejus (') : «parce » qu'il voit que son jour doit venir bientôt ».
Mais cependant , direz-vous , Dieu fait souvent du bien aux méchans y il laisse souATrir de grands maux aux justes : et quand un tel désordre ne dureroit qu'un moment , c'est toujours quelque chose contre la justice. Désabusons- nous , chrétiens , et entendons aujourd'hui la différence des biens et des maux : il y en a de deux sortes : il y a les biens et les maux mêlés y qui dépendent de l'usage que nous en foisons. Par exemple la maladie est un mal ; mais qu'elle sera un grand bien, si vous la sanctifiez par la patience ! la santé est un bien ; mais qu'elle deviendra un mal dangereux en favorisant la débauche! Voilà les biens et les maux mêlés , qui participent de la nature du bien et du mal, et qui touchent à l'un ou à l'autre y suivant l'usage où on les applique.
Mais entendez , chrétiens y qu'un Dieu tout-puissant a dans les trésors de sa bonté un souverain bien qui ne peut jamais être mal, c'est la félicité éternelle ; et qu'il a dans les trésors de sa justice certains
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maux extrêmes qui ne peuvent tourner en bien à ceux qui les souffrent , tels que sont les supplices âfs réprouvés. La règle de sa justice ne permet pas que les méchans goûtent jamais ce bien souverain , ni que les bons soient tourmentés par ces maux extrêmes ; c'est pourquoi il fera un jour le discerne^ ment : mais pour ce qui regarde fcs biens et les maux mêlés , il les donne indifféremment aux uns et aux autres.
Cette distinction étant supposée, il est bien aisé de comprendre que ces biens et ces maux suprêmes appartiennent au temps du discernement général , oik les bons seront séparés pour jamais de la société des impies y et que ces biens et ces maux mêlés sont distribués avec équité dans le mélange oh nous sommes. Car il falloit certainement ^ dit saint Augustin (Oy que la justice divine prédestinât certains biens aux justes auxquels les méchans n'eussent po\nt de part , et de même qu'elle préparât aux méchans des peines dont les bons ne fussent jamais touimen-» tés : c'est ce qui fera dans le dernier jour un discernement éternel. Mais en attendant ce temps limité, dans ce siècle de confusion oti les bons et les méchans sont mêlés ensemble , il falloit que les biens et les maux fussent communs aux uns et aux autres, afin que le désordre même tint les hommes toujours suspetidus dans l'attente de la décision dernière et irrévocable.
Que le saint et divin Psalmiste a célébré divinement cette belle distinction de biens et de maux! J'ai vu j dit-il , dans la main de Dieu une coupe
(■) In Ps. Ly,n. i6, tom. iv , ool^ $26.