‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 3)Chapitre 47 sur 76 · CO /#. T · texte numérisé non relu

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SiTe I.*IXPiHITEHOX FIHÂLX^ 43]

latie est dans Faciion. Comme donc les mondaina^ toujours dissipa y ne connoissent pas Tefficace de cette action paisible et intérieure qui occupe Famé en elle-même, il& ne croient pas 8*exercer s*ils ne s^agitenty ni se mouvoir s'ils ne font du bruit; de sorte qu'ils mettent la vie dans cette action empres- 9ée et tumultueuse ; ils s'abtment dans un commerce éternel d'intrigues et de visites , qui ne leur laisse pas un moment à eux. Ils se sentent eux-mêmes quelquefois pressés, et se plaignent de cette contrainte : mais, chrétiens, ne les croyez pas; ils se moquent, ils ne savent ce qu'ils veulent. Celui-là qui se plaint qu'il travaille trop , s'il étoit délivré de cet embarras, . ne pourroit souffrir son repos : maintenant les journées lui semblent trop courtes, et alors son grand loisir lui serait à charge : il aime sa servitude; et ce qui lui pèse lui platt; et ce mouvement perpétuel, qui l'engage en mille contraintes, ne laisse pas de le sad^ire , par l'image d'une liberté errante. Comme un arbre , dit saint Augustin , que le vent semble caresser en se jouant avec ses feuilles et avec ses branches , bien que ce vent ne le flatte qu'en l'agitant, et le jette tantôt d'un côté, tantôt d'un autre avec une grande inconstance ; vous diriez toutefois que l'arbre s'égaie par la liberté de son mouvement : ainsi, dit ce grand évéque , encore' qu(S les hommes du monde n'aient pas de liberté véritable, étant presque toujours contraints de céder aux divers emplois qui les poussent comme un vent ; toutefois ils s'imaginent jouir d'up certain air de liberté et de paix, en promenant deçà et deilà; leurs dé$ii*s vagues et incertains : Tamjuam oVvœ pendentes in

f»ji.'.^* ■

438 svn L^ixpÉiritfiircB tiIkéÊè.

arbore j Juèentiius ventiâ^ quasi quâimn liberiaie

aurœ perfruuntur vago quodam ilesideriosuo <.>).

Yoilà^ si je iie itt^ trôttpe, une peintttB asttx natnrelle de la vie diî monde et de k vîe de la Cour. Que faites «▼6us cependant , grand hotame d*afiairesy homme qui êtes de tous les secrets , et sans lequel cette glande comëcËe du monde mânqûeroit d'tin personnage nécessaire ; que faite»^iK>us pour la grande affaire, pour l'affaire de Tëtemitë? Cest à l'affaire de rétemité que doivent céder tous les emplois; c'est à l'affaire dé l'éternité que doivent servir tous les tempe. Dites^moi, en quel état est donc cette affaire? Ah! pensons*y/ dires -vous? Vous êtes donc averti que vous êtes malade dangereusement, puisque vous songez enfin à votre salut. Mais, hélas! que le temps est court pour démêler une affaire si enveloppée, que celle de vos comptes et de votre vie ! Je ne parle point en ce lieu , ni de votre famille qui vous distrait,, ni de la maladie qui vous accable, ni de la crainte qui vous étonne, ni des vapeurs qui vous offusquent, ni des douleurs qui vous pressent : je ne regarde que Fempressement. Ecoutez de quelle force on frappe à la porte; on la rompra bientôt si l'on n'ouvre. Sentence sur sentence, ajournement sur ajournement pour vous appeler devant Dieu et devant sa chambre de justice. Ecoutez avec quelle presse il vous parle par son prophète. « La fin est venue : la fin est venue; » maintenant la fin est sur toi » : Finis venit : venit finis ; nunc finis super te ; « et j'enverrai ma fureur 3) contre toi, et je te jugerai selon tes voies; et tu

(>) S, Aug, in Ps, cxsxTi, n.^, tonè. jy 9 coL 1 5i8.

SUR L IMPÉUriTENCE 1IKA.Î.11. 4^9

» sauras que je suis le Seigneur » : Et immittam J'urorem meumin te, et scietis quia ego Dominus (0. O Seigneur y que tous me presses ! encore une noa*^ Telle recharge : « La fin est Tenue, la fin est Tenue; » la justice/ que tu croyois endormie , s'est ëTeillée » contre toi ; laToilà qu'elle est à la porte ^ : Finis n^enit, venit finis; evigilauit oihersiunia: eocn oio» nie (3). <c Le jour de Tengeance est proche )># Toutes les terreurs te sembloient Taines , et toutes les me* naces trop éloignées; et « maintenant , dit le Sei^ s> gneur , je te frapperai de près , et je mettrai tous » tes crimes sur ta tête , et tu sauras que je suis le nè Seigneur qui frappe » : yenit tempus; prope est dies ocoisionis : nunc de propinquo effundam irani meam super te : et imponotn tiii omnia scèlera tua,' et scietis quia ego sum Dominus pereuiiens (3). Tels sont ^Messieui^/leisajourMmens par lesquds Dîea nous appelle à son tribunal et à sa chambra de jo^ tice. Mais enfifr Toicî le jour qu'il 6nt comparottre : JEece dies, eeee -^mut y egrêssa est eontrùio (4). L'ange qui préside à la mort recule d'un moment à l'autre pour étendre le temps de la pénitence;mais enfin il Tient un ordre d'en-haut : Fœ co'mch^ sionem (^ : Pressez , conclues ; l'audience est our ▼erte, le Juge est assis : crimmel, Tenez plaider Totre cause. Mais que tous aTez peu de temps pour TOUS préparer ! O Dieu y que le temps est court , pour démêler une afiaîre si euTeloppée que celle de Tos comptes et de TOtre Tie I ah ! que tous jetterez de cris superflus! ah! que tous soupirerez amèrement

44P S^^ l/lX>tol*mCB FXSÀI.S<

Après tant d*années perdues! YaitteniMt ^ mlit3e>» aient : ' il n^y a plas de temps pour vous ; vous enttvi «a s^ur de rétcfmitë. YoyeK qa*ii n*y m plus dt aoleâl TÎsible qui commence et qui finisse les fbia% léif saisons y ksannëesk Rien n^ finit en cette cen* tirée; c'est le Seignenr lui-même qni va oonunencfer de mesnret* tontes choses par sa propse infinité. Je vous Tois étonné et éperdn en présence de votre Juge : mais regardez encore vos accusateurs; ce sont les «pauvres qui vont s'élever contre votre dureté ineiorable.

TROISIÈME PO INT

Tai remarqué y chrétiens , que le grand apôtre saint Paul y parlant de ceux qui s*aiment eux-mêmes et leurs plaisirs, les appelle ce des hommes cruels, » sans affection , sans miséricorde » : Sine affectione , immites , sine benignitale , *voluptatuïïn €unar tores (0; et je me suis souvent étonné d*une si étrange contexture. En effet cette aveugle attache aux plaisirs semble d'abord n'être que flatteuse, et ne paroît ni cruelle ni malfaisante; mais il est aisé de se détromper, et de voir dans cette douceur apparente une force maligne et pernicieuse. Saint Augustin nous l'explique par cette comparaison : Voyez, dit-il (^), les buissons hérissés d'épines, qui font horreur à la vue; la racine en est douce et ne pique pas ; mais c'est elle qui pousse ces pointes perçantes qui piquent, qui déchirent les mains, et qui les ensanglantent si violemment : ainsi l'amour

(0 //. Tim. III. 3,4*** W In Pi, czxxix,n. 4> tom. iv, coL i553.

des plaisirs. Quand fëcoute parler les vahiptueux dans le livre de la Sapience , \e ne- vois rien de plus agréable ni de plus riant : ils ne parlent que de fleurs^ que de festins , que de danses, que de passe-temps^ Coronenuts nos rosis (0 : « Couronnons nos têtes de » fleurs avant qu*elles soient flétries i». Us invitent tout le monde à leur bonne chère, et ils veulent leur faire part de leurs plaisirs : Nemo nostrûm exors sii iuxuriœ nostrœ (^}. Que leurs paroles sont douces! 'que leur humeur est enjouée! que leur compagnie est désirable ! Mais si vous laissez pousser cette racine , les épines sortiront bientôt : car écoutez la suite de leurs discours : « Opprimons , ajou- » tent-ils, le juste et le pauvre » : Opprimamus pompèrent justum (3). ce Ne pardonnons point ni à » la veuve », ni à Forphelin. Quel est, Messieurs , ce changement, et qui auroit jamais attendu d'une douceur si plaisante une cruauté si impitoyable 7 Cest le génie de la volupté; elle se platt à opprimer le juste et le pauvre, le juste qui kii est contraire, le pauvre qui doit être sa proie : c'est-à-dire on la contredit, elle s'eff(|rouche : elle s'épuise elle-même, il faut bien qu'elle se remplisse par des pilleries; et voilà cette volupté si commode, si aisée et si indulgente , devenue cruelle et insupportable»

Vous direz sans doute. Messieurs, que vous êtes bien éloignés de ces excès ; et je crois facilement ^'en cette assemblée, et à la vue d'un roi si juste , Je telles inhumanités n*oseroient paroitre : mais sa- :hez que l'oppression des foibles et des innocens

CO Sap, II. 8. — W lUd. 9. — 0) lUd. 10 .

44^ "^K l'iMI-ÉMITEKCE PIRILE.

n'est pas tout le crime de la cruauté. Le mauvais licbe-DOtuJaifrbiairceaiiolire 4u'oatre cette ardeur iorieme qat <t»Dcl lea lOams aux violences , elle a encore u dKtwté qui ferme les oreiUet aux plaintes , laf.entraiUeskiacompuBtoQ et les mains «tt secours. Ceat, UeuieuTB, cette dareté qoi &ît des volenn •am. d^ober, et des meurtriers sans verser de sang. Tun lus «ainta Pères disent d'un cdmoiun accord que œ riche inhumain de notre Evangile a dépouillé lepaovreLasare^paroeqa'ilnel'a pasTevAu; qu'Q l'a é{[orgé craellement , parce qu'il ne l'a pa» nonrri : 'Quùa MB pavùti, oceidùtii'). Et cette dareté meortrière «et née de ton abondance et de ses dâices. O Dieu clément et juste, œ n'est pas pour cette raison que. vous avez comtnuniqué aux grands de la terre un rayon de votre puissance; vous les avez faits grands pour servir de pères à vos pauvres : votre providence a pris soin de de'tourner les maux de dessus leur tête, aCn qu'ils pensassent à ceux du prochain : vous les avez mis à leur aise et en liberté , afin qu'ils fissent leur affaire du soulagement de vos enfans : et leur grandeur au coptraire les rend dédaigneux, leur abondance secs, leur félicité insensibles; encore qu'ils voient tous les jours non tant des pauvres et des misérables , que la misère ellemime et la pauvreté en personne pleurante et gémissante à leur porte. D'où vient [ une dureté si étonnante]?

Je ne m'en étonne pas, chrétiens; d'autres pau^ vres plus pressans et plus atTamés ont gagné les ave-

{}) Lacîant. Divin. Intùt. lit. Tl, eap. ai.

SUJL I.*IXVÉRirUICB TIIIÂLB. 44^

noat les plus proches, et épuisé les libéralités à un passage plus secret. Eiq>Iiqiiojifr4U)ns nettement : je parle de ces pauvres intérieurs qui ne cessent de munouj^er, quelque soin qu*on prenne de les B»tièr iaice, toujours avides, toujours afiamés dans la profusion et dans Tezoès même ; je veux dire vos pas* fiions et vos convoitises. C'est en vain, 6 pauvre La«» xare, ^«e tu gémis à la porte , ceux-ci sont déjà au cœur; ils ne /% présentent pas; mais ils Tassi^ent ; fls ne demandent pas, mais ils arrachent* O Dieu^ quelle violence ! B«présentez*vouSy chrétiens , dans «ne sédition, une populace furieuse, qui demande arrogamment, toute prête à arracher si on la refuse ; ainsi dans Famé de. ce mauvais riche ; et ne Talions pas chercher dans la parabole , plusieurs le trouve^ ront dans leur conscience. Donc dans Famé de ce mauvais ridie et de ses cruels imitateurs, où la raî^ son a perdu l'empire, où les lois n'ont plus de vigueur^ l'ambition, l'avarice, la délicatesse, toutes les autres passions, troupe mutine et emportée, font retentir de toutes parts un cri séditieux , où l'on n'entend que ces mots : « Apporte , apporte y : Dicenies; Affer, affer (0 : apporte toujours de ralimeAt à Tavarioe , du bois à cette flamme dévorante; apporte une somptuosité* plus raffinée à ce luxe curieux et délicat ; apporte des plaisirs plus exquis à cet appétit dégoûté par son abondancei Parmi les cris furieux de ces pauvres impudens et insatiables , se peut*il faire que vous entendiez la iroix languissante des pauvres , qui tremblent de-

444 *^^ LIMPÊfllTEItCE FIHALC.

vaot TOUS, <{ui, accoutumes à surmonter leur pauvreté p«* l«ir traTail et par leurs soeurs , se laisMol BBoaiir de &im plutôt que de décourrir leur misère. C'est pourquoi Us meurent de &im ; oui , MçssieuFBy fls meurent de faim dans vos terres , dans vos dift-, teaux , dans les villes, dans lescampagnes , à la porte, et aux eaviroDS de vos autels; nul ne coivt à leui . ftide,: bêlas I ils ne vous demandent que le superflu, quelques miettes de votre table, quelklueSTestcs d« votre grande cbère. Mais ces pauvres que vous nourrisses trop bien au dedans épuisent tout votre fonds. I«a profusion, c'est leur besoin; noo-seulement le superflu, mais l'excès mâme leur est nécessaire; et A n'y a plus aucune espérance pour les pauvras de Jésus-Cbrist , si vous n'appaisez ce tumulte et cette séditi<H) intérieure : et cependant ils subsisteroient, si vous leur donniez quelque chose de ce que votre prodigalité répand , ou de ce que votre avarice ménage.

Mais sans être possédé de toutes ces passions vior lentes , la félicité toute seule , et je prie que l'ou entende i^tte vérité, oui, la félicité toute seule est capable d'tfndurcir le cœur de l'homme. L'aise , la joie, l'abondance remplissent l'ame de telle sorbe, qu'elles en éloignent tout le sentiment de la misère des autres, et mettent à sec, si l'on n'y prend garde, la source de la compassion. C'est ici la malédiction des grandes fortunes ; c'est ici que l'esprit du monde paroit le plus opposé à l'esprit du christianisme : car qu'est-ce que l'esprit du christianisme ? esprit de fraternité, esprit de tendresse et de compassion ^

svm i/ivP'iiriTSveB vtvkti. 44$

qm nonU fait sentir les maux de nos frères , entrer dans leurs intérêts^ sonfirir^^e tous leurs besoins» An contraire y Tesprit du monde, c'est-à-dire l'eaprit de grandeur, c*est un excès d*amour-propre , qui bien loin de penser aux autres, s'imagine qu'il n'y a que lui. Ecoutez son langage dans le prophète Isaîe. ce Tû as dit en ton cœur : Je suis , et il n'jr » a que moi sur la terre» : Dixisti in corde tuo r-^ JSgo sum , et prœter me non est aker (0. Je suis , il se fait un Dieu , et il semble vouloir imiter celui qui a dit : « Je suis , celui qui est W ». Je suis, il n'y à que moi : toute cette multitude , ce sont des têtes de nul prix , et comme on parle, des gens de néant. Ainsi chacun ne compte que soi, et tenant tout le reste dans l'indiffërence , on tàdie de vivre à soik aise, dans une souveraine tranquillité des fléaux qui affligent le genre humain*

Ah ! Dieu est juste et équitable. Vous y viendreà vous-même, riche impitoyable, aux jours de besoin et d'angoisse. Ne croyez pas que je vous menace du cjiangement de votre fortune : Févénement en est casuel ; mais ce que je veux dire n'est pas douteux. Elle viendra au jour destiné, cette dernière maladif où , parmi un nombre infini d'amis, de médecins et de serviteurs , vous demeurerez sans secours , plus délaissé, plus abandonné* que ce pauvre qui meurt sur la paille , et qui n'a pas un drap pour sa sépulture : car en cette fatale maladie , que serviront ces amis, qu'à vous affliger par leur présence; ces méâecins, qu'à vous tourmenter, ces serviteurs, qu'à

eeorir ddçà et delà dans votre maiisoD Avec an àft< pmwmeBt'iDutile 7 l^oas &at .d'autres amis j d'ùi< ^petaerviteun : ces {>aiiTTes'qaé vont avez mtfprisÀ,

sont les seuls qui seroient capables de tous aecàiirir. Que n'avez-vous pensé de bunue heure à ^vaàfaSan de tels amis , qui maintenant vous teadroient iéi bras, afin de vous recevoir dans les tabernacles rfl«* nelg? Ah 1 si vous avi^z soulagé leursmaux, si voos aviez eu pitié de leur désespoir, si vous aviei seulement écouté leurs plaintes , vos misénconles prieroîent Dieu pour vous : les Lénédictions ^'ils Vôns auroient données, lorsque vous les auries omsolés dans leur amertume, feroient mamteoaiit distUer larvoot une rOaée rafratchissantei ieurs cd£& revAtns, dit le saint prophète, leurs entrailles ralraîdiies, leur faim rassasiée vous auraient béni; leon saints anges veilleroient autour de votre lit comme des amis offîdeax ; et ces médecins spirituels consultereient entre eux nuit et jour pour vous troaver des' remèdes. Mais vous avez aliéné leur esprit, et le prophète Jérémie me les représente vous condamnant eux-mêmes sans miséricorde.

Voici, Messieurs, on grand spectacle; venez coo- Hidérer les saints an^es dans la chambre d'un mauvais ricbe mourant. Oui, pendant que les médecins consultent l'état de sa maladie, et que sa famUle tremblante attend le résultat de la confétence, oe« médecins invisibles consultent d'un mal bien plus dangereux : Otrmfimus Bafylanem , et non est sanais (0 : <c Nous avons soigné cette Babylooe, et

CO Jtrem. ti. a.

8U& L^IMfÉMITSMGS KISAI.^ • 44^

â elle île s*e$t point guérie ». Noos avons traité di« ligemment ce riche cruel; que d'huiles ramoUisr santés , que de douces fomentations nous avons mises, sur ce cœur ! et il ne s'est pas amolli , et sa dureté ne fi*est pas flécMe; tout a réussi contre nos pensées^ et le malade s'est empiré parmi nos remèdes. «Lais- » sons-lelày disent-ils; retournons à notre patrie ^ » d'où nous étions descendus pour son secours » : Derelinçuamus eum^ et eamus unusipùsque m ter^ ram suam (0. Ne voyes-vons pas sur son front le caractère d'un réprouvé? La dureté de son cœur a endurci contre lui le cœur de Dieu : les pauvres l'ont déféré à son tribunal ; son procès lui est &it au ciel; et quoiqu'il ait fait largesse en mourant des biens qu'il ne pouvoit plus retenir y le ciel est de fer à ses prières y et il n'y a plus pour lui de miséricorde : Pervenit judiciwn ejus usque ad cœlos W^ Considérez, chrétiens, si vous voulez mourir dans cet abandon ; et si cet état vous fait horreur , pour éviter les cris de reproche que feront contre vous les pauvres, écoutez les cris de la misère.

Ah ! le ciel n'est pas encore fléchi sur nos crimes. Dieu sembloit s'être appaisé en donnant la paix à son peuple ; mais nos péchés continuels ont rallumé sa juste fureur : il nous a donné la paix , et lui-même nous &it la guerre : il « envoyé contre nous pour punir notre ingratitude, la maladie, la mortalité, la disette extrême, une intempérie étonnante, je ne sais quoi de déréglé dans toute la nature qui semblé nous menacer de quelques suites

{})Jerem. u. 9. — C»; lUd,

446 ■ soiL l'imféiiitekcr FinllB.

funestes, si nous n'appaùoDs sa colère. Et dans les provinces éloignées, et même dans cette ville, au milieu de tant de plaisirs et de tant d'excès, une infinité de familles meurent de faim et de désespoir: vérité constante, pnblique, assurée. t!) calamité de nos jours! quelle joie pouvons-nous avoir? faut-il que nous voyions de si grands mallieurs ? et ne noiu semble-t-il pas qu'à chaque moment tant de cruelles extrémités que nous savons, que nous entendons de toutes parts, nous reprochent devant Dieu et devant les hommes ce que nous donnons à nos sens^ à notre curiosité, à notre luse? Qu'on ne demande plus maintenant jusqu'où va l'obligation d'assister les pauvres : la faim a tranché le doute, le désespoir a terminé la question ; et nous sommes réduits à ces cas extrêmes où tous les pères et tous les théologiens nous enseignent , d'un commun accord, que si l'on n'aide le prochain selon son pouvoir on est coupable de sa mort , on rendra compte à Dieu de son laog, de son ame , de tous les excès où la fureur de la faim et du désespoir le précipite. Qui nous donnera que nous entendions te plaisir de donner la vie? qui nous donnera, chrétiens, que nos cœurs soient comblés de l'onction du Saint-Espnt , pour goûter ce plaisir sublime de soulager les misérables, de consoler Jésus-Christ qui souffre eu eux , de faii-e reposer, dit le saint apôtre , leurs entrailles affamées : Viscera sanctorum requieverunt per te, f rater (>). Ah , que ce plaisir est saint ! ah, que c'est un plaisir vraiment royal !

f) PhiUm. 7.

sus L IMFtiriTKnCR VlfrALE 449

Sire, votre Majesté aime ce plaisir; elle en a donné des marques sensibles, qui seront suivies âe plus grands effets. C'est aux sujets à attendre , et c'est aax roii ii agir; eux-mêmes ne peuvent pas tout ce qu'ils veulent, mais ils rendront compte à Dieu de ce qu'ils peuvent. Sire , c'est tout ce qu'un sujet peutdireavotreMajeste.il faut dire le reste à Dieu, et le prier hnmblement de découvrir à an si grand roi les moyens de contenter bientôt l'amour qu'il a pour ses peuples ^ de satisfaire à l'obligation de sa conscience, de mettre le comble à sa gloire, et de poser l'appui le plus nécessaire de son salut éternel.

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