‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 3)Chapitre 49 sur 76 · t.'AMOUR DES PLAISIRS · texte numérisé non relu

t.'AMOUR DES PLAISIRS

Il nous a apporté de ce lieu de paix et de bonbeur éternel , un comraencenifînt de la gloire dans le bieulaiL de la grâce, un essai de la vue de Dieu dans la foi, un gage et une partie de la félicite dans l'espérance; enlln une volupté toute chaste et toute céleste qui se forme, dit Tertullien ('), du mépris des voluptés sensuelles. Qui nous donnera; chrétiens, que nous sachions goûter ce plaisir sublime, plaisir toujours égal, toujours uniforme, <pii nait, non du trouble de l'ame, mais de sa paix; non dfl sa maladie > mais de sa santé; non de set passions , mais de son devoir ; non de la ferveur inquiète et toujours changeante de ses dédrs, mais de la droiture immuable de sa conscience ; plaisir par conséquent véritable, qui n'agite pas la volonté, mais qui la calme; qui ne surprend pas la raison, mais qui l'éclairé; qui ne chatouille pas les sens dans la surface, mais qui tue le coeur à Dieu par son centi-e.

Il n'y a que la pénitence qui puisse ouvrir le cœur à ces joies divines. Nul n'est digne d'être reçu à goûter ces chastes et véritables plaisirs , qu'il n'ait auparavant déploré le temps qu'il a donné aux plaisirs trompeurs ; et notre prodigue ne goùteroit pas lesravissantes douceurs de la bonté de son père, ni l'abondance de sa maison, ni les délices de sa table, s'iln'avoit pleuré avec amertume ses débauches , ses égaremens, fies joies dissolues. Regrettons donc nos erreurs passées : car qu'avons-nous à i^gretter davantage que les fautes que nous avons faites 7 Examinons attentivement pourquoi Dieu et ta nature ont mis dans

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108 cœnrs cette 8oui*ce amère de regret et de dé^ )laisir : c'est sans doute pour nous afflige!*, non ant de nos malheurs que de nos fautes. Les maux }ui nous arrivent par nécessite portent toujours ivec eux quelque espèce de 'consolation. Cest une lécessité, il faut se résoudre; mais il n*y a rien qui jgrisse tant les regrets d*un homme , que lorsque on malheur lui vient par sa faute. Jamais il né fau- Iroit se consoler des fautes que Ton a commises y i*étoit qu'en les déplorant on les répare et on les ifiace. Vous avez perdu une personne chère , pieuez jusqu'à la fin du monde y vous ne la ferez pas: ortir du tombeau , et vos douleurs ne ranimeront las ces cendres éteintes. [Mais si nous nous affli- ;eons saintement sur la perte de notre ame, nous i tirerons de ce tombeau infect où ses iniquités ont réduite].

Par conséquent, chrétiens, abandonnons notre œur à cette douleur salutaire, et si nous nous sen* ons tant soit peu touchés et attristés de nos dé-' ordres, réjouissons-nous de ces regrets, en disant vec le Psalmiste : Tribulationem et dolorem in^eni^ t nomen Domini ini^oca\^i (') : « J*ai trouvé la douleur et Taffliction , et j'ai invoqué le nom de Dieu ». Remarquez cette façon de parier : j'ai trouvé Tafflic* ion et la douleur ; enfin je Fai trouvée , cette afflicion fructueuse, cette douleur médicinale de la ^nitence. Le même Psalmiste a dit en un autre nanme , que « les peines et les angoisses Font bien »'ia trouver » : TVibaJoUo et angustia ins^enerunt M W. En effet mille douleurs, mille afflictions nous

(*) Jy. CSIT. 4-*— M P** CXTin. \lfl.

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persécutent sans cesse ) et comme dit le même Psalmiste, les angoisses nous trouvent toujoui'S trop facilement : Adjutor in tribtdationibus quœ inveneruai nos nimis (0. Mais maintenant, dit ce saint pro< phète, i'ai enfin trouvé une douleur, qui méntoît bien que je la cherchasse ; c'est la douleur d'un cœur contrit el d'une ame affligée de ses pèches ; je lai trouve'e, cette douleur, et j'ai invoqué le nom de Dieu. Je lae suis affligé de mes crimes et je me suis converti à celui qui les efface; mes regrets ont fait mon bonheur , et les remords de ma conscience m'ont donné la paix : Tribuîationem et dolorem intfenij el nomen Domini invocavi-

Mais le temps oil l'homme de bien goûtera plus utilement les fruits de cette douleur salutaire, ce sera celui de la mort; et il faut qu'en finissant ce discours, je tâche d'imprimer cette vérité dans vos cœurs. Pour cela considérons un moment les dispositions d'un homme qui meurt après avoir vécu parmi les plaisirs. Alors s'il lui reste quelque sentiment^ il ne peut éviter des regrets extrêmes; car ou il regrettera de s'y être abandonné, ou il déplorera la nécessité de les perdre et de les quitter pour toujours. O douleur et douleur ! l'une est le fondement de la pénitence , et l'autre est le renouvellement de tous les crimes. On ne peut éviter, mes Frères, l'une ou l'autre de ces deux douleurs ; laquelle l'emportera dans ce dernier jour ? c'est ce que l'on ne peut savoir ; et pour vous dire mou sentiment, ce sera plutôt la seconde.

Vous pensez peut-être, mes Frères, que pendant

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