O/'J.ILY
80A L^AXOVA DES FLAISIftS. 47^
qae la' mort BOUS enlève tout, on se résont assez aisément à tont quitter, et qu'il n^est pas difficile de g# détacher de ce qu'on Va perdre.- Mais si vous en*>> trez dans le fond des cœurs, vous verrez qu'il faut craindre un effet contraire. En effet il est naturel à l'homme de redoubler ses efforts pour retenir le bien qu'on lui ôte. Oui , mes Frères , quand on nous arrache ce que nous aimons, on ressent tous les jours que cette violence irrite nos désirs; et l'ame faisant alors un dernier effort , pour courir après son bien qu'on lui ravit , produit en elle-même cette passion que nous appelons le regret et le déplaisir. C'est ce qui fait qu'A gag, ce roi d'Âmalec, qui nous est représenté dans les Ecritures comme un homme de plaisir et de bonne chère , ^gag pinguissimus , au moment de perdre la vie qu'il avoit trouvée si déli-» eieuse , pousse cette plainte du fond de son cceur r Siccine séparât amara mors Ml « Est-ce ainsi que » la mort amère sépare de tout » ? Vous voyez comme à la vue de la mort, qui lui arrache de vive force ce qu'il aime , tous ses désirs se réveiUent par ses regrets mêmes ; et qu'ainsi la séparation effective augmente dans ce moment l'attache de la volonté.
Qui ne craindra donc, chrétiens, que notre ame fugitive ne se retourne tout à coup en ce dernier )our à ce qui lui a plu dans le monde désordonnément; que notre dernier soupir ne soit un gémissement secret de perdre tant de plaisir; et que ce regret amer d'abandonner tout, ne confirme, pour ainsi dire , par un dernier acte tout ce qui s'est passé dans la vie? O regret funeste et déplorable, qui
<0 /. Reg. XT. 32.
474 svn ii*i]trouR des plaisirs*
renouvelle en un moment tous les crimes^ qui e&ce tous les regrets de la pénitence ^ et qui livre notre ame malheureuse et capjtive à une suite éternelle de regrets furieux et désespérans, qui Heineœvront jamais d'adoucissement ni de remède! Au contraire, un homme de I>ien y que les douleurs de la pénitence ont détaché de bonne foi des joies sensuelles , n'aura rien à perdre en ce jour; le détachement des plaisirs le désaccoutume du corps; et ayant depuis fort long-temps, ou dénoué, ou rompu ces liens délicats qui no^s y attachent, il aura peu de peine à s'en séparer. Un tel homme dégagé di^ siècle , qui a mis toute son espérance en la vie future, voyant approcher la mort, ne la nomme ni cruelle ni inexorable; au contraire , il lui tend les bras , il lui montre luimême l'endroit où elle doit frapper son dernier coup. O mort, lui dit- il d'un visage ferme, tu ne me feras aucun mal, lu ne m'ôteras rien de ce qui m'est cher. Tu me sépareras de ce corps mortel ; ô mort, je t'en remercie : j'ai travaillé toute ma vie à m'en détacher. J'ai tâché durant tout son cours de mortifier mes appétits sensuels ; ton secours , ô mort, m'étoit nécessaire pour en arracher jusqu'à la racine : ainsi bien loin d'interrompre le cours de mes desseins, tu ne fais que mettre la dernière main à l'ouvrage que j*ai commencé. Tu ne détruis pas ce que je prétends ; mais tu l'achèves. Achève donc, 6 mort favorable, et rends -moi bientôt à celui que j'aime.