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plevitj quia instrumento pœnitentiœ, id est, metu caruit (0. Ainsi la pénitence a deux regards : elle regarde la vie passée , et elle s'afflige et elle gémit d'avoir offensé un Dieu si bon : elle regarde les occasions où son intégrité a tant de fois fait naufrage , et elle est saisie de crainte et elle marche avec circonspection ; comme un homme qui voit dans une tempête lé ciel mêlé avec la terre, h qui mille objets terribles ont rendu en tant de façons la mort présente^ renonce pour jamais à la mer et*à la navigation : 6 mer, je ne te verrai plus, ni tes flots, ni tes abtmes , ni tes écueils contre lesquels j'ai été près d'édiouer ; je ne te verrai plus que sur le port , encore ne sera-ce pas sans frayeur ; tant l'image de mon péril aest demeurée présente à ma pensée : Exinde repudium et naui et mari dicunt (^}.
C'est ce que nous devons faire, mes Frères; mais c^est ce que nous ne faiscms pas. Hélas ! vaisseau fragile, battu et brisé par les vents et par les flots, et entr'ouvert de toutes parts, tu te jettes encore sur cette mer dont les eaux sont si souvent entrées au fond de ton ame. Tu sais bien ce que je veux dii*e : tu te rengages dans cette intrigue qui t'a emporté si loin hors du port; tu renoues ce commerce qui a soulevé en ton cœur toutes ces tempêtes , et tu ne te défies pas d'une foiblesse trop et trop souvent expérimentée. Quand la pénitence t'aurait guéri, ( et j'en doute avec raison , et tes rechutes contrnuelles me font trembler justement pour toi que toutes tes confessions ne soient sacrilèges;) mais quand elle t'auroit guéri , que te sert una santé si
(«) De Pçenit n. 6. — W Ilùd. n, 7.
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mal ccmseryëe? que te sert le remède de la pénitence, 4oDt tu mépriseriez précautions si nécessaires? Tes réduites abattent peu à peu tes forées; le mépris visU>le du remàde te fait tou^cluer de près à ta perte > et rendra enfii^ le mal* iucui^Me : l%ntf na^issima hçmi^is ilfim pejora ppÎQribus. , ]ja pénit^ce, mes Frères , u*est pas seulement nu remède, c*est.ufL remède si|cré q|i*on ne peut violer sans prfifaiBAtàQ» : ^ afin de le I;»ien enten<bre, xem^WA eu votf^e mémoire cette 4octrine sî constante des anciens' Itères , qui appe^^t \a^ pénit^çe TO S(^0b4; baptême. Le docte . TertuÛiep , d^ns le livre du Saptéme , n^s dopuie )une belle ouverture pour éckiircir cette vérité , et je vous prie de le bien entendre , il dit donc dans le livre du Baptême, « que nous autres chrétiens^ nous sommes » des poissons mystiques^ qui ne pouvons naître » que dans Teau , ni conserver notre vie qu'en y de- » meurant » : Nos piscicidi secundUm ^x^^ nostrum Jesum Chrislum in atfua nascimur : nec aliter çuàm in aqua permanendo salvi sumus (0. 1%^^ parole de mystère parmi les fidèles y lettres capitales du nom et des qualités de Jésus-Christ : mais laissant ces curiosités , quoiqu'elles soient saintes, expliquons le sens , prenons l'esprit de cette parole. Nous sommes donc comme des poissons qui ne naissons que dans l'eau, parce que nous ne naissons que dans le baptême, et ensuite nous ne vivons pas, si nous ne demenrons toujours dans cette eau sacrée. C'est ce que Tantiquité appeloit, « garder son bap- 5) tême j> : Custodire baptismum suum W ; c'est- à-
U) De Bd/it. n.i. — (»' S. Aug. de Synib. ad Cal. w. 1 4 > '• vi, col. 554-
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dire le garder saint et inviolable , et en observer les promesses : car si nous sortons de cette eau , nous^ perdons la netteté qu'elle nous donnoit^ c'est-à-dire notre innocence : non-seulement nous perdons la netteté , mais la nourriture et la vie ; parce que nous sommes des poissotis mystiques qui ne pouvons vivre que dans Feau : Nec aliter quàm in aqua perma-nendo,
M^is s'il est ainsi , chrétiens , quel salut y a-t-il pour nous? car qui de nous demeure en cette eau? qui a conservé soù innocence? qui de nous a encore son baptême entier? c'est encore une phrase ecclésiastique, bien commune dans les Pères et dans les conciles. Peut-être qu'étant sortis de Teau du baptême^ il nous sera permis d'y rentrer. Non, mes Frères y il est impossible : cette eau ne lave point de secondes taches , elle ne reçoit jamais ceux qui ont violé sa sainteté : mais de peur que nous ne périssions sans ressource , Dieu nous a ouvert une autre fontaine y Dieu nous a donné un autre bain où il nous est permis de nous plonger; c'est le bain de la pénitence y baptême de larmes et de sueurs; ce sont les eaux de la pénitence y eaux saintes et sacrées, aussi bien que celles du baptême, parce qu'elles dérivent de la même source , et qu'on ne peu t souiller sans profanation. In die ilta eritfons patèns domui Israël et habitantibus Jérusalem, ÎH abhuionem peecatoris (0 : ir En ce temps-là il y aura une fontaine ouverte k la » maison de David et aux hab))tan8 de Jérusalem , » pour y laver les souillures du pécheur n : païens,* toujours ouverte.
(■) Zack. xut. 1 .
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Voilk, mes Frères, notre seul reOiède et notre seconde espérance. IS'ous ne pouvons vivre que dans l'ean, parce que nous y sommes nés. Etnnt donc EOi'lis de noire eau natale , si je puis parler de la sorte, cest -à-dire de l'eau du baptême, rentrons dans l'eau de la pe'oitence, et respectons-en la sainteté'. Mais c'est ici notre grande infidélité ; c'est ici que l'indulgence multiplie les crimes , et que la •ource de misëricorde feit une source inHaie de profanations sacrilèges. Car du moins, ainsi que j'ai ié^ dit, r«au du baptême ne peut être souillée qu'une fois, parce qu'elle ne reçoit plus ceux qui la quittent : c'est le bain de la pénitence toujours ouvert aux pécheurs, toujours prêt à reprendre ceux qui retournent; c'est ce bain de miséricorde qui est exposé au mépris par sa facilité bienfaisante.
Que dirai-je ici , chrétiens? et avec quels termes assez énergiques déplorerai-|e tant de sacrilèges qui infectent les eaux de la pénitence ? n Eau du bap- » tême, qne tu es heureuse! c'est TertuUien qui » vous parle; que tu es heureijse, eau mystique, » qui ne laves qu'une seule fois » ! Félix aqua, quœ semel abluit! « qui ne sert point de jouet aux pé- > cheurs i> : Quœ ludiirjo peccatoribus non est: a qui n'étant point souillée de beaucoup d'ordures, » ne gâtes pas ceux que tu laves » : quœ non. assiduilate sordiurn infecta, rursus çuos diluit inçuinatU). Ce sont les eaux delà pénitence qui reçoivent toutes sortes d'ordijres; ce sont elles qui sont tons les jours souillées, parce qu'elles sont toujours ouvertes : non-seulement elles sont souvent infectées, (>} DtBapi.n. iS.
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mais elles servent contre leur nature à souiller les hommes : jRursus ^uos aJbluit inguinal: c'est notre malice qui en est cause : mais enfin il est véritable j elles servent à nous souiller y parce que la facilité de noui y laver fait que nous ne craignons pas les or-> dures. Qui ne se plaindroit, chrétiens /de voir cette eau si souvent violée y seulement à cause qu elle est bienfaisante !
Que dirai-je?oùme tournerai-je pour arrêter ces profanations? dirai -je que Dieu , pour punir les hommes de leurs sacrilèges , a résolu désormais de fermer cette fontaine à ceux qui retombent ? mais je parlerai contre l'Evangile, Il est bien écrit qu'il n'y a qu'un baptême , et Ton n'y retourne jamais : mais au contraire il est écrit de la pénitence : « Tout ce » que vous remettrez , sera remis ; tout ce que vous » délierez y sera délié (0». Jésus- Christ n'y apportant point de limitation, qui suis-jepour restreindre ses volontés ? Non , pécheurs , je ne puis vous dire que vous êtes exclus de cette eau : l'eussiez -vous profanée cent fois, mille fois; revenez, elle est prête à vous recevoir, et vous pouvez encore y laver vos crimes. Que dirai- je donc pour vous arrêter? Quoi? qu'encore qu'elle soit ouverte. Dieu ne vous permettra pas d'en aborder; qu'il vous fera mourir d'une mort soudaine , sans avoir le loisir de vous reconnoitre, ou bien qu'il retirera tout à coup ses grâces? Mais qui a pénétré les conseils de Dieu? qui sait le terme où il vous attend? Chrétiens, je n'entreprends pas de le définir.
Exhorterai-je vos confesseurs à vous refuser tou-
(«) Matt. XTi. 19.
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jours l'absolution dans vos rechutes continuelles, pour vous inspirer plus de crainte? Mais vos besoins particuliers n'iitant pas de ma connaissance, c'est i eux à user dans les occasions avec charité et discret tion de celte conduite médicinale .seulement pifis-je ' dire géne'ralement que comme il faut craindre dam ces rencontres de ne pas favoriser la présomption, i! faut prendre garde , et bic'n prendre garde de ne pas accabler la foiblesse. Mais si tous ces moyens me sontôtés pour vous faire appre'Uendcr tes rechutes, que dirat-je enfin h des hommes que la difficulté désespère, et que la facilita précipite 7 Voici, ma Frères, ce que Dieu m'inspire; qu'il le fasse profiter pour votre salut. Il est vrai, les eaux de la pénitence sont toujours ouvertes pour laver nos fautes : bonté de mon Dieu , est-il possible ! vous ne le savez que trop ; c'est ce qui nourrit votre impéuitence : mais sachez , pour vous retenu' , qu'il se rend toujours plus difficile.
Dans le premier dessein de Dîeu, la grâc^ ne de- ■voit être donnée qu'une fois. Les anges l'ont perdue; il n'y aura jamais de retour ; les hommes l'ont perdue ; elle leur étoît 6tée pour jamais. Mais , prédicateur, que nous dites-vous î d'où vient donc que nous l'avons recouvrée? D'où .vient? ne le saveE-vous pas? c'est que Jésu»-<]hnst est intervenu. Est-ce donc qae vous ignorez que la justice du christianisme n'est pas un bien qui nous appartienne 7 Ce n'est pas à nous qu'on la restitue : c'est un don que le Père a fait à son Fils, et ce Fils miséricordieux nous le cède; nous l'avons de lui par transport; ou plutôt nous ne l'avons qu'en lui seul , parce que le Saint- Esprit
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Esprit nous a faits ses membres. Il est vrai que Tayant une fois rendue aux mérites infinis de son Fils , it donne son Esprit sans mesure y il ne met point de bornes à ses dons ; autant de fois que vous la perdez, autant la pouvez «vous recouvrer. Mais quoiqu'il se soit si fort relâché de la première résolution de ne la donner qu'une fois, il n'oublie pas néanmoins toute sa rigueur ; et pour nous tenir danâ la crainte, il a trouvé ce tempérament, qu'il se rend toujours plus difficile.
Par exemple vous avez reçu la grâce au baptême, avec quelle facilité? nous le voyons tous les jours par expérience : nous n'y avons rien contribué du nôtre ; et Dieu s'est montré si facile , qu'il a même accepté pour nous les promesses de nos parens. Si nous péchons après le baptême , cette première facilité ne se trouve plus : il n'y a plus pour nous d'espérance que dans les larmes , dans les travaux de la pénitence, que l'antiquité chrétienne appelle à la vérité un baptême , mais un baptême laborieux. Ecoutez le concile de Trente. « Nous ne pouvons , ». nous dit-il, parvenir par le sacrement de péni- » tence à cette nouveauté et cette intégrité que le » péché nous a fait perdre, sans beaucoup de larmes SI et de grands travaux , la justice divine l'exigeant » ainsi; en sorte que c'est avec raiâon que la péni- » tence a été appelée par les saints Pères un bap- » téme laborieux » : ^d guam tamen nouitatem et integritatem per sacramentum pœnitentiœ sine ma- ' gnis nostris Jletibus et laboribus , div^ind id exigente jusiitid , pervenire non possumus : ut merith pœni*
BOSSUET. xu. 32
4gH SDR LES RECHUTES.
tenda tahoriosus quidam baptismus à sanctis Patritus dictus fuerit ('), D'où vient cette nouvelle dîffi- ' cnlté , sinon de la loi que nous avons dite ? Voos | avez perdu là justice ; ou jamais vous n'y rentrerez, ou ce sera toujours avec plus de peine. Kt si nom profaDoos le mystère , aon-seulemeot du baptême , mais encore de la pénitence , ne s'ensuit-U pas, par la même saile, que Dieu se rendra toujours [dut
I inexorable ? pourquoi ? parce qu'il veut bien oser de miséricorde , mais non l'abandonoer au mépris : pourquoi? parce que tous manquez à la foi donné^
. et à l'amitié rénniej parce que tous méprisez le remède ; parce que vous profanez le mystère. Enfia tout ce que j'ai dit conclut à ce point, que la difficulté ii'augmente toujours: et étant retombés mille et mille fois, jugez, pécheurs, où vous en êtes; quels obstacles, quels embarras, quel chaos étrange il y a entre vous et la grâce.
Et ne me dites pas : Je ne sens point cette peine, je me confesse toujours avec la même facilité, je dis mon Peccavi de même manière. C'est cette malbeureuse facilité qui me donne de ta défiance , qui me convainc que ta conversion est bien difficile. Je ne puis soulTrir un pécheur que la pénitence n'inquiète pas, qui va règlement à ses jours marqués sans peine, sans soin, sans travail aucun , décharger son fardeau à son confesseur, et s'en retourne dans sa maison sans songer davant.igeàchangersa vie. Je veux qu'un pécheur soit troublé ; je veux qu'il frémisse contre soi-mcme; je veux qu'il s'irrite contre ses foiblesses,