SUR LE CULTE DÛ A DIEU
Deux conditions ponr rendre notre culte agréable ■ Dïea. Idéa que noua devons concevoir de sa nature. Troia notions priacipsia ponr Douii porter A l'adorer. Iduli^s que j'homine abtué se forme d<f perfection* divines. Quel est le aeni lien où il loît adoré en Térité, Comment on connollpleinement son euence et te» nUribats. Troif qualités principales de radoration ipiriuielle : défauts qui la ctnlompent.
Verl adoratores adoraLuntPatrem in spïritu et veritate.
Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. Joan. iv. aS.
Lja. plus noble qualité de l'homine , c'est d'être l'humble sujet et le religieux adorateur de la nature divine. Nous sommes pressés de toutes parts de rendre nos hommages à ce premier Etre qui nous a produits par sa puissance , et nous rappelle à luimême par l'ordre de sa sagesse et de sa bûnté.
Toute ta nature veut honorer Dieu , et adorer son principe autant qu'elle en est capable. La créature privée de raison et de sentiment n'a point de
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cœur pour l'aîmer ni d'intelligence pour le comprendre; « ainsi ne pouvant connoître; tout ce » qu'elle peut^ dit saint Augustin ^ c'est de se pré- » senter elle-même à nous pour être du moins con- » nue y et pour nous faire connoître son divin au- » teur » : Quœ ciim cognoscere non possit, quasi innotescere velle vîdeturi^). C'est pour cela qu'elle étale à nos yeux avec tant de magnificence son ordre, ses diverses opérations et ses infinis ornemens. Elle ne peut voir, elle se montre; elle ne peut adorer, elle nous y porte; et ce Dieu qu'elle n'entend pas , elle ne nous permet pas de l'ignorer : c'est ainsi qu'imparfaitement et à sa manière , elle glorifie le Père céleste. Mais l'homme, animal divin ^ plein de raison et d'intelligence , et capable de connoître Dieu par lui-même et par toutes les créatures , est aussi pressé par lui-même et par toutes les créatures à lui rendre ses adorations. C'est pourquoi il est mis au milieu du monde, mystérieux abrégé du monde, afin que contemplant l'univers entier et le ramassant en soi-même, il rapporte uniquement à Dieu , et soi - même , et toutes choses ; si bien qu'il n'est le contemplateur de la nature visible, qu'afin d'être l'adorateur de la nature invisible qui a tout tiré du néant par sa souveraine puissance.
Mais , mes Frères , ce n'est pals assez que nous connoissions combien nous devons de culte à cette nature suprême, si nous ne sommes instruite de quelle manière il lui plaît d'être adorée. C'est pourquoi «le Fils unique, qui est dans le sein du Père,
(') De C(V. JPcif Uh, u , cap, zxyii , tom» vu , col, sqS.
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» est venu pour nous l'apprendre (0 u ; et nous en serons parraitcment informes , si nous entendons ce que c'est que cette sublime adoration en esprit et en vérité que Jesus-Christ nous prescrit.
Pour rendre à Dieu un culte agréable, il faut bLserver, Messieurs, deux conditions nécessaires; la première que nous connoissioos ce qu'il esli la seconde que nous disposions nos cœurs envei-s lui d'une façon qui lui plaise. 11 me semble que le Sauveur nous a enseigné ces deux conditions dans ces deux paroles de mon texte, « en esprit et en ve'- » rite 1). Le principe de notre culte, c'est que nous ayons de Dieu des sentimens ve'ritables , et que nous le croyions ce qu'il est. La suite de cette croyance, c'est que nous épurions devant lui nos intentions, et que nous nous disposions comme il le.demande. La première de ces deux choses nous est exprima par l'adoration en vérité , et la seconde est comprise par l'adoration en esprit. Je veux dire que l'adoration en vérité exclut les fausses irapressioas qui ravilissent Dieu dans nos esprits, et que l'adoration en esprit bannit les mauvaises dispositions qui l'éloignent de notre cœur. Si bien que l'adoration en vérité fait que nous voyons Dieu tel qu'il est, et l'adoration en esprit fait que Dieu nous voit tels qu'il nous veut. Le Fils de Dieu par les bonnes dispositions nous mène à la vérité : in spiritu , bien disposés; m verUate , Dieu bien conçu; il se fait connoltre aux bien disposés. Ainsi toute l'essence de ta reUgion est enfermée en ces deux paroles; et je prie mon Sauveur de me pardonner j, si, pour aider votre
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iatelltgence , j'en commence l'explication par celle qu'il lui a plu de prononcer la dernière. '
FHEHIE.R POINT.
L'apokation religieuse , c'est une reconnoissance en Dieu de la plus haute souveraineté, et en nous de la plus profoode de'pcndance. Je dis donc , encore une fois , et je pose pour fondement que le principe de bien adorer, c'est de bien connoître. L'oraison, dit saint Thomas iO , et il faut dire de même de l'adoration dont l'oraison est une partie , est un acte de la raison ; ear le propre de l'adoration , c'est de mettre la créature dans son ordre, c'est-à-dire de l'assujettir à Dieu. Or est-il qu'il appartient à la raison d'ordonner les choses : donc ta raison est le principe de l'adoration , laquelle par conséquent doit être conduite par la connoissance.
Mab l'elTet le plus nécessaire de la connoissance , dans cet acte de religion, c'est de démêler soigneusement de l'idée que nous nous formons de Dieu toutes. les imaginations humaines. Car notre foible entendement ne pouvant porter une idée si haute et si pure, attribue toujours, si l'on n'y prend garde, quelque chose du nôtre & ce premier Etre. Quelque»^uns plus grossiers lui donnent une forme humaine, mais peu s'empêchent de lui attribuer une manière d'agir conforme à la nôtre. Nous le faisons penser comme nous, nous l'assujettissons à nos règles, et chacun se le représente à sa façon particulière. Toutes ces idées , dit saint Augustin W , que chacun se forme
(0 s. a. Qutetl. uxxiit. art. t. — (>) Quait. in Jot. Lb. ti, tom. tu,part.i,tioL 5g3.
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de Dieu en particulier au gré de son imagination et de lies sens, sont autant d'idoles spirituelles que nous érigeons dans nos cœurs; si liien que nous pouvons dire qu'une grande partie des fidèles sont semblables aux Samaritains que Jésus-Cbrist reprend, dans notre Evangile, et desquels il est écrit , au quatrième livre des Rois; p qu'ils craignoient i la \énlé u le Seigneur , mais qu'ils ne laissoient pas toutefois n de servir en même temps leurs idoles n : Timentes ffuùlem Doininum., sed nihiiominus et idolis suis servicntesi'). Ainsi beaucoup de cbre'tlens qui sont bien instruits par l'Eglise , mais à qui leur imaginatioo \ reprësentemal ce que l'Eglise leur enseigne, adorent | le Di''u vcîritaLle que la foi leur fait connoître; el ' n^aamoins l'on peut dire qu'ils lui joignent les idoles qu'ils se sont forgées , c est - à - dire tes images grossières et matérielles qn'ils se sont eax-mémes formées de cette première essence.
Il faut donc conaoUre avant toutes choses que Dieu est incompréhensible et impénétrable, parce qu'il est parfait : el comme tout, nous, comme partie, ne pouvons par conséquent le comprendre; et c'est par-là que nous apprenons à séparer de toutes les idées communes la très-simple notion de ce premier Etre. Reddam tibi vota mea, çuw distinxerunt labia mea i"^) ; « Je vous rendrai mes » vœux, dit te roi prophète, que mes lèvres ont » distingués » ; c'est-à-dire , selon la pensée de saint Augustin (^) , qu'il faut adorer Dieu distinctement : et qu'est-oe que l'adorer distincUsmeot , sinon de le
(') ly. Reg.TTii. 4i.— Wi"». H-r. i3,l4 (J) Enar. in Ptalm.
LXT , n. 10, (Dm. rr,aiL 65i.
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difitinguer tout-à-&it de la créature, et ne lui rien attribuer du nôtre?
« Que ne peut-on dire de Dieu, dît saint Augus- M tin? mais que peut-on dire de Dieu dignement » ? Omnia possuat dici de Deo , etnihildignh diciturde Deo (0. Il est tout ce que nous pouvons penser de grand, et il n'est rien de ce que nous pouvons penser de plus grand ; parce qne sa perfection est si ém\nente que nos pensées n'y peuvent atteîndi-e , et que nous ne pouvons pas même dignement comprendre jusqnes à quel point )I est incompréhensible.
Ainsi , pour me servir des paroles de saint Augustin, « Si nous trouvons quelquefois dans les Ecrii> tures des choses qui nous paroïssent peu dignes » de [a grandeur de cet Etre Incompréhensible, rén pondons-nous à nous-mêmes , qu'il faudroit juger » ces expressions ou ces comparaisons indignes de a Dieu , si l'on pouvoit en trouver qui fussent d^nes a de lui 1» : Ego vero chm hoc de Deo dtcitur, indignum aliquid dici arbilrarer, sialiquid dignum in~ venireturqtiod de illo diCereturi^). " Par conséquent » puisque sa puitsaoce éternelle et sa divinité suru passent infiniment toutes les paroles qui formant V le langage humain ; tout ce qu'on dit de lui hu- » mainement , qui peut parottre méprisable aux » hommes , doit servir à avertir l'infirmité humaine, » que les choses mêmes qui lui semblent dans les n Ecritures saintes diteg de Dieu , d'une manière » convenable à son excellence , sont plus propor- M tionnées à notre capacité qu'à la sublimité de
{•)TnJoan. TracLum, n.5,lom. ui, pan. ii, co/. SgS.— [') De divm. i/ucM. ad Simplic. là. u,qitittt. il, n. i, tom. ri, col. i it.