‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 3)Chapitre 67 sur 76 · DES NÉCESSITÉS DE LA VIE · texte numérisé non relu

DES NÉCESSITÉS DE LA VIE

notre Père cc'lcsle voyant dans les conseils de sa providence ce qui est utile au salut de \Ame , il est de sa bonté paternelle de nous donner ou de nous ôterles Liens temporels par ordre à cette Gn principale, avec la même conduite qu'un médecin sage et cliaritable dispense la nourriture à son malade, la donnant ou la refusant selon que la santé' le demande. Ah 1 si nous avions bien compris cette vérit^, que nos esprits seroient en repos, et que noud auriona' peu d'empressemei\t pour ce qui nous semble le plus nécessaire !

Pour n'être point avare il ne suffit pas de n'avoir point d'ambition pour le superflu , il ne faut point d'empressement pour le nécessaire : autrement la superflu même prend le visage du nécessaire, à cause de l'instabilité des choses humaines, qui fait qu'il nous paroU qu'on ne peut jamais avoir assex d'appui. C'est pourquoi l'avarice amafse de tous c6< tés, [semblable à] cette statue de Nabuchodonosor qui étoit d'argile, de fer, d'airain, d'or; ex Usta . ferro j œrf, auro (') : tout lui est bon , depuis la matière la plus précieuse jusqu'à la plus vile et la plus abjecte. Pour ne point adorer cette statue, il faut s'exposer à la fournaise : pour ne point sacrifier à l'avarice, U faut se résoudre UQe fois à ne pas craindre la pauvreté, à n'avoir point d'empressement pour le nécessaire.

Ouvreï les yeux , ô enfans d'Adam ; c'est Jésus- Christ quinous exhorte par cet admirable discourt qne nous lisons en saint Matthieu, chapiti-e sixième,

Sg8 8UA HOS DI8POS1TI03I3 à L'iOlED

et en saint Luc y chapitre douzième, dont je vous Tais donner une paraphrase : ouvres donc les jeux, 6 mortels, contemplez le ciel et la terre, et la âge économie de cet univers; est-il rien de mieux entendu que cet édifice? est-il rien de mieux pôorva que cette famille 7 est-il rien de mieux gouverné que cet empire? Ce grand Dieu qui a construit le mond^ et qui n*y a rien fait qui ne soit très-bon, a fiût néanmoins des créatures meilleures les unes que les autres. lia &itles corps célestes qui sont immorteh; il a fait les terrestres qui sont périssables. H a bSX des animaux admirables par leur grandeur; il a ùàt les insectes et les oiseaux qui paroisse nt méprisables par leur petitesse. Il a fait ces grands arbres des forets qui subsistent des siècles entiers; il a fait les fleurs des champs qui se passent du matin au soir. Il y a de Tinëgalité dans ses créatures , parce que cett^ même bonté qui a donné Tétre aux plus nobles , ne Ta pas voulu envier aux moindres. Mais depuis les plus grandes jusqu'aux plus petites , sa providence se répand partout; elle nourrit les petits oiseaux qui Tinvoquent dès le matin par la mélodie de leur chant; et ces fleurs dont la beauté est sitôt flétrie, elle les pare si superbement durant ce petit moment de leur vie, que Salomon dans toute sa gloire n*a rien de comparable k cet ornement. Si ses soins s'étendent si loin, vous hommes qu'il a faits à son image, qu'il a éclairés de sa connoissance, qu'il a appelés à son royaume, pouvez -vous croire qu'il vous oublie? Est-ce que sa puissance n'y suffira pas? mais son fonds est infini et inépuisable : cinq pains

DES kéccssitAs se la vie. 5i)g

et deux poissons pour cinq mille hommes. Est-ce , que sa bonté n'y pense pas? mais les moindres créatures seutent ses effets.

Que si TOUS les voulez connottre en vous-mêmes, regardez le corps qu'il vous a formé et la vie qu'il, TOUS a donnée. Combien d'organes a-l-il fabriqués, combien de machines a-t-il inventées , combien de veines et d'artères a-t-il disposées, pour porter et distribuer la nourriture aux parties du corps les plus éloignées? Et croires-vous après cela qu'il vous la refuse? Apprenez de l'anatomie combien de défenses il a mises au-devant du cœur , et combien autour du cerveau; de combien de tuniques et de pellicules il a revêtu les neris et les muscles ; avec quel art et quelle industrie il vous a formé cette peau qui couTre si bien le dedans du corps , et qui lui sert comme d'un rempart ou comme d'un étui ' pour le conserver. Et après une t^le libéralité, vous croirez qu'il vous épargnera quatre aunes d'élo0e pour vous mettre à couvert du froid et des înjur^ de l'air ! Ne voyez-vous pas manifestement que ne tnanquaut ni de bonté ni de puissance , s'il vous laisse quelquefois souOiir, c'est pour quelque raison plus baute ? C'est un père qui châtie ses enfans, nn capitaine qui exerce ses soUats, ua sage médecin qui ménage les forces de son malade.

Cherchez donc sa vérité et sa justice, cherchez le royaume qu'il vous prépare, et soyez assurés sur ■a parole que tout le reste vous sera donné, s'il est nécessaire; ets'il ne vous est pas donné, donc il n'étott {lu nécessaire. O consolation des fidèles ! pai'mi tanX

ik.

6oo strn nos dij5P051TIO!»s i l égard de bcsoinsdela vieliiimaine, parmi tant de misère* qui nous accablent, dussent toutes les villes «tro ruintîes et tous les états renvcrse's, mon étah]ts«e- Bient est certain -, el je suis assuré sur la foi d'im Dieu, ou que jamais je ne souiTrirai de nécessité, ou que je ne ferai jamais aucune perte qu'un plus grand bien ne la récompense. Ainsi je puis avoir do la prévoyance, je puis avoir de féconamic , pourvu qu'elle soit juste et modérrfe ; mais du trouble, de l'inquiétude , si j'en al, je suis inlidèle.

Admirez , ô enfans de Dieu , la conduite de vuti-e père, je ne me Iaësc point de vous en parler, et cette vérité est trop l>e!lc pour croire que vous vous lassiex de l'entendie. Voyez les degrés mervetUenx par lesquels il vous conduit inseasiblement à. cette haute tranquillité d'ame que nul accident delà fortune ne puisse ébranler. Il voit nos désirs épaitcliés dans le soin des biens superflus , il les restreint premièrement dans le nécessaire. Ah que de. soins retranchés, que d'inquiétudes calmées! Qu'il est aisé de se contenter lorsqu'on se réduit simplement à ce que la nature demande ! elle est si sobre et si tempérée. Etant réduit, à ce nécessaire, il nous montre quelque chose de plus nécessaire , ton royaume, sa vie, sa félicité; il détourne par ce moyen notre esprit de cette forte application qui nous inquiète pour la conservation de cette vie. N'en foitee pas, dit- il , un soin capital, regardet-la comme un accessoire, et aspirez au bien immuable ^ue je vous destine : Quœrite primitm regnum DeL £nlln , nous ayant menés à ce point, nous ayant ou-

DBS RtcSaSIXÉS DE LA TIE. GoT

vort le chemin à ce royaitme d« félicilé, il rompt en ■in momeot toute& nQS chaioe;, il termine toutes nos. craintes. « Ne craigne^ pas» ne craignez pas, petit » troupeau , pai-ce qu'il a plu à votre Père c^ste. « de TOUS drtnner le royaume (0 ». Vendez tçut, ne; vous laissez rien, persuadez-vouf fortement qu'il n'y a qu'une chose qui soit nëcessvirc : Porrb urmid ett necessarium (>). Commencez à compter cette vie mortelle parmi les biens superflus. Méprises tout, abandonnez tout , et n'aimez plus que 1« Lien qui ne se peut perdre. C'est ainsi qu'il nous avance à la perfection , c'est ainsi qu'il noua ouvre peu à peu les yeux pour décçuvrir clairement cette vérité importante que je viens de dire, et que j'ai apprise (le saint Augustin , qui qous enseigne « que cette » vie même tonte entière doit être comptée parmi » les choses luperHues par ceux qui pensent qu'il » y a pour eux une autre vie n, fdqin ùl^ vita, cogitantibus aîiam vitam , isla, inçtutnj, vitainter lupcifiua depuUmda eti (^).

Je vous ai appris, amei fidèles, à me'priser les biens superflus; méprise^ donc aussi votre vie; car elle TOUS est superflue, puisque vous en attendez une meilleure. Je n'avois qu'un héritage, on me l'a brûlé; ah! l'on m'ôte le pain des mains. Mais l'en ai un autre aussi riche , vous nç perdez rien que de superflu. Donc si nous pensons k l'éternité, toutes choses seront superflues. Mon logement est tombé par terre ; j'ai une autre maison dans le ciel

'0)-XM.xn. Sa.— (•)/«></. s. 4a. — WJir.». Liii.n. 14, ton*, t, i «>i.3C3.

6o2 svu iros Biâ^osiYiovft i L*iGÂmD qui ii*e8t pas bâtid de maind^hommes, dont la durée est éternelle : AËdificatiofwtn ex Dèo koBèmm, domum non manufactam, astemam in cobUs (i). La perte de ce procès ôte le pain à vous et à toi en&ns : ooorage, mon Frère , il toqs reste encore cette nourriture immortelle qui est prokniae dans FEvangileà ceux qui ont faim de la jnsïicè^ ah! fls seront rassasiés éternellement. Lâdie' et incrédale/ pourquoi tiites-TOUs que tous avez perda tous vos bienspar la violence de ce médiant homme ou par Tinfidélité de ce faux ami ? Vous dites que vous n*avez plus de ressource, que votre fortune est ruinée de fond en comble , vous à qui il reste encore un royaume floriss ant , * riche , glorieux, abondant en toutes sortes- de biens, qu'il a plu à votre père de vous donner ^ Complacuil Patri vesiro darevobis regnum. Mes Frères , entendez- vons ces promesses? Entendrai-je encore ces lâches paroles? ah ! si je quitte ce métier infâme , ces affaires dan* gereuses dont vous me parlez , je n aurai plus de quoi vivre. Ecoutez Tertullien qui vous répond : « Eh quoi donc , mon ami , est-il nécessaire que » tu vives? Qu as-tu affaire de Dieu, si tu ne te » règles que sur tes propres lois » ? Non habeo aliuà çuo vii^am? Vivere ergo habes? qidd tibi cum Deo est à tuis legibus W. Sachez aujourd'hui, chrétiens, que c'est un article de notre foi , ou que Dieu y pourvoira par une autre voie, ou que s'il vous laisse manquer de biens temporels il -vous récom-» pensera par de plus grands dons. Après cela quel

C«) //. Cor. V. I. — » De IdohL it. 5.

DES KiCKSSIT^S OE LA VIE. fioS

aveuglement de s'empresser pour le nécessaire! Mais passons à l'autre partie et parlons de l'usage du superflu.

SECOND POINT

K Recueillez les restes , dît le Fils de Dieu , et ne » souffrez pas qu'ils se perdent » , c'est-à-dire recueillez votre superflu , ne le dissipez pas en le prodiguant à vos convoitises; inais soyez soigneux de le conserver en le distribuant par vos aumônes. Il m'est bien aisé de montrer que vous dissipez vainement tout ce que vous donnez à la convoitise. Pour cela je pourrai vous représenter, mes Fi-ères, que « la iigure de ce monde passe , et sa convoiu tise (<) a. Donc tout ce que vous lui donnez se passe avec elle; et donc tout ce grand appareil, toutes ces dépenses prodigieuses, tout cela est perdu inutilement. « Celui qui dans le temps est si opu- » lent, viendra pauvre et vide à l'éternité »: Quem temporalUas hahuU divitem, mendicutn sempiternitas possidéhit ('). Je pourroîs encore ajouter que, sans sortir de l'ordre de la nature , il est clair que ce qu'on lui donne au-delà des bornes qui lui sont prescrites , non-seulement ne lui sert de rien , mais encore ordinairement lui est à charge. Un exemple de l'Ecriture : Dieu avoit marqué aux Israélites une certaine mesure pour prendre la manne; tout ce que l'avidité entassoit au-dessus se trouvoit le matin changé en vers (^). Pour nous apprendre, mes Frères, que de se vouloir remplir fuir^estiu Itf juste mesure , ce n'est pas amasser , (■) /. Joaa. u. I ;. — i>} S. Par. Crhyiot. Strm. cxxr , Je fMc. iaiq. — i^.' £j:dJ. XVI. |6, ig, 3o,

6o4 SVJl vos DTSFOStTIQHS À L^ÉGAm»

nais perdra et dissiper entièrement En vain Ves-to âoùlë à cette tab}e; tu as pris, dit saint ChrjiostAme (Oy plus de pourriture, et non pas plu di substance ni plus d^alimént : là nature connott sei bornes, et tout le reste la surcharge.. La simpliçitl de ce logis suffisoit pour te mettre à couvert; tonte cette pompe , que Tambition j a ajoutiée , ne sert plus de rien k la nature ; tout cela est perda pour çUe; ce n est plus qu*un amusement et un vain speo* tade des yeux. Je laisse, Messieurs^ toutes ces pen* sées, et voici à quoi je m*arréte.

n n*y a rien qui soit plus perdu que ce que tous employez à contenter un insatiable. Or telle est votre convoitise : c*est un gouffre toujours ouvert, <c qui ne dit jamais , c'est assez (^) » ; phis vous jetez dedans plus il se dilate; tout ce que vous lui donnez, ne fait qu'irriter ses désirs. }1 n^est donc rien qui soit plus perdu que ce que vous jetez dans cet abîme ; il n'est rien de plus perdu que ce que vous donnez pour 1^ contenter , puisque jamais elle ne se contente* C'est ce qu'il nous faut mëditer. Je vous prie. Messieurs, de me suivre pendant que je m*en vais vous représenter la prodigieuse dissipation que fait l'excès de nos convoitises.

La première chose qui nous fait çonnoître soi^ avidité infinie , c'est qu'elle compte poi^r rien tout le nécessaire. Cela est trop commun , et par consé* quent ne la touche pas. Il est venn dans le monde une certaine bienséance imaginaire, qui nous a im*posé de nouvelles lois, qui nous a fait de qouvellcs

CO In EpisL ad^Habr, HomiL xxa. Ion», zii, pag. 376, 377. -^ (')Prot'. Jixx. 16. "

DES HÉCESStTÉS UE LA VIE. 6o»

nécessités que la nature ne connoissoit pas. De là ^ Messieurs, il est arrivé, le croirei-vous, si je voua le db? ô (iéréglement des choses humaines! de là, dis-je, il est arrivé qu'on peut être pauvre sans man- (juer de rien. Je n'ai ni faim ni soif, je suis chaulTé et vêtu , et avec tout cela je puis être pauvre , parce que la prétendue bienséance a trouvé que la nature, qui d'elle-même est sobre et modeste, n'avoit pas le sentiment assez délicat; elle a raffiné par-dessus son goât; il lui a plu qu'on pût être pauvre sans que la nature souffrit , et que la pauvreté fût opposé^ non plus k la jouissance des biens nécessaires, mais à la délicatesse et au Inxe ; tant le droit usage de& choses est perverti parmi nous. Bien plus, elle méprise si fort la nature;, et ses sentimens la touchent si peu, qu'elle la force de s'incommoder afin que la curiosité soit satisfaite dans ces habits superbes, que vous faites faire si étroits, afin qu'on admire votre belle taille, que vous chargez de tant de richesses, pour étaler aux yenï toute votre poorpe. - Peut-on vous demander , Mesdames 7 Cooscîentiant tuant perrogabo ; » Oui je vous le demande, * w dit TertuUien, lequel est-ce que vous sentez le » premier, que vous soyez serréei ou vêtues, que n vous soyei chargées ou couvertes ». Conscientiam lUam pertogaio , 'çaid te prUis in loga Mntias iadututn, «mntf omatum {*) 1 Quelle ex travi^tmcé, dit le ' même auteur, de s'habiHerd'un fardeau! Homincm sarcind vesUre : et d'accabler le corps, le faire gémir soi» le poids que lui impose une propreté aQèctée, afin de contetiter la curiosité, te m'étoonerois WD»P^lM.ii.S.

6o6 SUE vos D19POSITIOHS k L*É04mD ,

de ces escèf , si ses emportemen» n^alloient bien pki

lotti«

Je yoiu ai dit^ BCessieurs^ que la coQTOitûe raSse sur la natare , cela n*est rien ponr elle ^ elle Va ton les jours se subtilisant elle-niéme> et raffinant sa sa propre délicatesse. Tout ce qu'elle voit de rare, elle la désire , et n'épargne rien pour Ta voir ; ausi t6t qu'elle le possède , elle le méprise et elle 8*abaadonne à d'autres désirs. Aussitôt que Ton voit ptrottre quelque rareté étrangère, tout le monde s'empresse, tout le inonde y court. Quand le scmb des mardiands ou l'adresse des ouvriers Ta rende commun , on n'en veut plus parce qu'A n*est pins rare; il n'est plus beau , parce qu'il n'est plus clier. C'est pourquoi , dit TertuUiea , voici une belle parole : la curiosité immodérée augmente sans mesure le prix des choses pour s'exciter elle-même : Preda rébus inflammavU ut se quoque accenderetW. C'està-dire , elle y met la cherté par l'empressement de les avoir , parce qu elle ne les estime que lorsqu'elles sont hors de prix, et commence à les mépriser * quand on les peut avoir facilement. O gouffre de la convoitise , jamais ne seras-tu rempli 7 jusques à quand ouvriras-tu tes vastes abîmes pour engloutir ' tout le bien des pauvres, qui est le superflu des riches ! Mes Frères , n'attendes pas qu'elle se contente ; tout ce qu'on lui donne ne fait que l'irriter davantage ; comme ceux qui aiment le vin excessi- ' vemenit se plaisent à exciter la soif en eux-mêmes par le sel , par le poivre et par le haut goût ; ainsi nous attisons volontairement le £;u toujours dévo-

CO De cukmfœm. lib, i^n. 8.

SES k£ces$it£s de la vis. 607

rant de la convoitise , pour faire nattre sans (in de nouveaux désirs. De cette sorte elle s'accroit sans . mesure , c'est on gouffre qui n'a point de fond ; et j'ai eu raison de vous dire que vous dissipez inutilement tout ce que vous employezji la satisfaire.

Tels sont les excès de la convoitise , qui dissipe non-seulemeut tout le superflu , mais qui est capable d'absorber tout le nécessaire. Pour arrêter ces excès, il uous faut considérer, cbrétiens , un beau mot de Tertullien : Castigando et castrando sœcido erudi~ mur à Domino (■) : Dieu nous a appelés au christianisme, pourquoi 7 pour modérer les excès du siècle et retrancher ses superfluités. C'est pourquoi dès le premier pas il nous fait renoncer aux pompes du inonde; il nous apprend que nous sonunes morts .et ensevelis avec Jésus-Christ. Donc loin de nous tout ce qui éclate ; Dieu veut que nous soyons revêtus comme d'un deuil spirituel par la mortification chrétienne. Bien loin de nous permettre de soupirer après les délices, il nous instruit, mesFrères, à ne demander que du pain , à nous réduire dans le nécessaire. C'est ainsi que les chrétiens devroient vivi-e; telle est. Messieurs, leur vocation: CasUgando sœctdo.

Mais, ô désordre de nos mœurs! â simplicité mal observée ! qui de nous fait à Dieu cette priire dans l'esprit du christianisme : Seigneur, donnez-moi du pain , accordez-moi le nécessaire? Les lèvres le demandent , mais cependant le cœur le dédaigne. Le . nécessaire , quelle pauvreté ! sommes-nous réduits à catte vàtktet Eh bienl met Frères, je donne les

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maitti; ae yMè ccmtentn {lat da ntfaeMwt^ jatgn«Z"^7 la Mnmiodîlitf et «iicon^U fcieoséaatoo» Mik ^aeUe faoate <{m vos vms toiiw^|TMilh<Mr<nftdgwiM cûbtenîrdaiisoesbormsï qllei*«xb^^l«Mt4ttil^^^ venu oéoemirt ; que rom e«limi^ |M««è. iMCm ^i ii*eirt pas somptaeiut , «t qm wnu Mier^^ jièla demmader du pMay «t 1< d«auwi«r> è Ulh .HiéiDe^ ^m sait tmntjîeB tous i|i4|iiEijMS « JNPtfmti )fiiè le» miUioDs ne mlMebt fn pav MaUMiItti^wMK 4iBixè! EtTO« M rovgissès pis C|il|!»AI^^ wiçatioft à la^ninte pnift«oa.^ «B«p(W« fiàli! .On e» Vongît si pe« , ipi^^oa fri^lH^ Àa flputt j» ^ae dsns rBgMto>Vst tpl^ 1^ lahM ^m Irisaffe •MX yèwx de Diea mâcde.

T«mple auguste , sacres «nbels.^ el^rMs hostie que Von y immole , mystères adorables i^e ï\iu y eélèbre, éievez-vous aujourd'koi contre in«i> sî jene -dis pas la vërité. On proËiwe taus les )omv votre sainteté , en faisant tiiomf^r la pompe du monde jusque dans la maison de Dien. Il est vrû , la ma- ^ificenc^ sied bien dans ies temples : Sandimonm et magnificontia in sanct^ficMionetf/ùs {*), Elle sied l)ien ^ur les autels ^ elle sied bien sur les vases cft sur les ornemens sacres ; elle sied bien datts la strttCïure de réditicè ; et cest honorer l>iea que de mêlever sa maison. Mais que vous veniez dans ce tempb ■dieux parée que le temple même ; Circumornaut 4U similiiudo iempli {?) ; que vous y venies la tête levéa orgueilleusement CofaoK l'idole qui y veit être adorée ; *que vous Votilsez paroître avec pompe dans un lieu où lësus-Christ se cache sous des e»-

(« Ps. xcT. 6. — (») Pt. cxLiir. 14.

pèces

SSS HËCBSSITÉS DE LA VIE. 609

pècesàvites; que tous 7 fendiez la presse avec grand bruit pour détourner sur vous et les yeux et les attentions que Jésus-Christ présent nous demande; que pendant que l'on y célèbre la terrible repr^seotation du sacrifice sanglant du Calvaire, vous vouliez que l'on songe non point combien son humanité a été indignement dépouillée, mais combien vous êtes richement vêtue, ni combien son sang a sauvé d'ames, mais combien vos regards en peuvent perdre: n'est-ce pas une indignité insupportable? n'est-ce pas insulter tout visiblement à la sainteté, à la pureté, & la simplicité de nos mystères ?

Donc , mes Frères , considérant attentivement aujourd'hui à queb débordemens nous emportent la curiosité et le luxe, résolvons avant que de sortir d'ici de retrancher désormais de notre vie ces superfluités prodigieuses: CoîUgiletjuœ superaveruntjragmenta, nepereant. L'ame n'a de capacité pour contenir qu'autant que Dieu lui en donne : Dieu lui en donne jusqu'à une certaine mesure ; ce qui est audelà, taperfluiij s'écoule par-dessus et se perd, comme dans un vaisseau [trop plein]. Mettez-le dans les mains des pauvres ; parce que c'est un lieu oit. tout se conserve. Manus pauperii est gazqpkjT' lacium Chrùti (0 ; n La main des pauvres > dit saint N Pierre- Chrysologue, c'est le coffre de Dieu», c^est où il reçoit son trésor ; ce que vous y mettez , Dieu le tient éternellement soug sa garde, et il ne se dissipe jamais. Ne laissez pas tout à vos héritiers; liérîtez Vous-mêmes de quelque partie de votre bien. Hon dé là bmt est perdu ; et plût à Dieu , mes Frè-

(•) 8. Pttr. Oi^toL Strm. yniidejcjun. a Ehtmot.

rïlO BVV. nos DISFOfilTlONB A l'ÉGABH

l'es , plût à Dieu qu'il ne fût que perdu ! Il faut en rendre compte : les pauvres s'éleveroDt contre voui pour vous demander compte de leur revenu dUsipé: vous avez aliène le fonds sur letjuel la Provideoce divine leur avoit assigné leur vie; ce fonds c'ëtoil votre superflu.

De quoi me parlez-vous de mon superflu ? j'ai e'U' contraint d'emprunter , mon revenu ne sufiîsoit paï, et toute cette dépense m' tîtoit nécessaire. J'avoisU passion de Lâlir, la curiosité des tableaux. Vous me montrez fort hien tout cela nécessaire à la passion; mais la foible justilication , puisqu'elle-même sera condamnée! La convoitise est un mauvais juge du superflu. Elle ne le connoU pas, dît saint Augustin , elle ne peut savoir les bornes de la nécessite- JVejci'ï cupiditas ubijînitur nécessitas ('] : parce qne l'excès même lui est nécessaire. Ainsi vous ne deviee pas suivre ses conseils; vous deviez vous retenir dartâ les bornes d'une juste modération et d'une bonnéte bienséance. Maintenant que vous avez rompu toutes ces limites, venez répondre devant Dieu aux larmes des veuves et aux gémissemens des orpbelins qui crient contre vous; rendez compte de votre dépense, qui vous sera allouée dans ce jugement, non sur le pied de vos convoitises, c'est un trop mauvais juge, mais sur les règles de la modestie et delà simplicité cbrétienne que vous aviez professée dans le saint baptême.

Mais, dites-vous, je l'ai amassé ce superflu justement : il falioit donc le dépenser de même. [Il ne suffisoit pas de ne] point [faire] de rapines: a Vous (■} Coni. Jul. l, ir, cap. itv, n, ^o, lom, s, coL Ci S.

DES HÉCE8SITÉS DE tA Tlt Oit

» avez tué ceux que vous n'avez pas assistés » : Oc~ cidisti <]uia non pavistî (0. Mais ceux-ci faisoîent de la sorte : aussi voyei-vous qu'ils sont cités pour le même fait et ti-emblent avec vous devant le Juge. Jusques k quand m'alléguerez- vous de mauvais exemples? Ali! qu'il est nécessaire d'y bien penser! prenez garde, Messieurs, à ce superflu qui vous écoule des mains si facilement. Mais nous reste-l-il encore assez de temps pour parler de la grandeur extraordinaire. Tranchons ce discours en un mot -pour dégager notre parole.

TBOISIÈME POINT.

J'ai encore à vous proposer deux maximes trèsimportantes pour régler les sentimens des chrétiens sur le sujet de sa grandeur. J'ai appris l'une de saibt Augustin , et l'autre du grand pape saint Léon ; et toutes deux sont tirées de leurs épitres. Pour ne TOUS être point ennuyeux , je vous les rapporterai simplement sans ajouter que fort peu de choses aux paroles de ces deux grands hommes , seulement pour €n faire entendre le sens ; je laisserai à vos dévotions de le méditer à votre loisir. Saint Augustin , mes Frères, dans son épttre, instiniisant la veuve sainte Probe, cette illustre dame romaine, de quelle sorte les chrétiens pouvoient désirer pour eux ou pour leurs enfans les charges et les dignités du siècle, le décide par cette belle distinction. Si on les désire non poiir elles-mêmes, mais pour faire du bien aux autres qui sont soumis à notre pouvoir , Siutper'hoc coruiUanteis qui vivunt suh eis, cedé-

Gia BDft SOS DISPOSITIOHS A L £gi.bd «ir peut être permis : que si c'est pour contenter leur ambition par une vaine ostentation de grandeur , cela n'est pas biense'ant à des chrétiens : iSi aulem propier inanetn fasUim elationis pompamqiie superjluam , vel etiam noxiam vanitatis , non decet ('}.

La raison en un mot, mes Frères, c'est que c'est une règle certaine et admirable de la modératioa chrétienne , de ramener toujours les choses à leur première institution , en coupant et retranchant de toutes parts ce que la vanité' y ajoute : la raison, c'est que le christianisme va chercher ce qu'il y a de plus solide dans les choses, et le démêle de ce qui ne l'est pas. Deux choses h distinguer dans les dignités, la pompe et le pouvoir de faire du bien. Ce dernier, seul solide, seul bien véritable, parce que selon le même saint Augustin au même lieu, le vrai bien c'est celui qui nous rend meilleurs. Or fiiire du bien aux autres nous rend meilleurs , non la pompe , qui au contraire nous rend pires par la vanité, et c'est la véritable institution de la grandeur. Car étant tous formés d'une même boue, Dieu ne permettroit pas une si grande différence parmi les hommes, si ce nétoit pour le bien des choses humaines. Si nous i-emontons jusqu'à l'origioe, nous verrons que la grandeur n'est élabhe que pour faire du bien aux autres ; elle est élevée comme les nues pour verser ses eaux sur la terre , ou bien comme les astres pour répandre bien loin ses influences. C'est pourquoi Jésus-Christ , dans notre Evangile refuse la royauté qu'on lui présente, parce que cette

(0 Epùt.Cixx,n.ia,lam,u,col. 386.

BBS SÉcesStTÉS DE LA VIB. 6l3

royauté nVtoit pas utile k son peuple. Un jour il acceptera le titre de roi, et vous lé verrez écrit au haut de sa croix, parce que c'est là qu'il sauve le monde; et il ne veut point de titre d'honneur qui ne soit conjoint nécessairement avec l'utilité publique.

Apprenez de là, chrétiens, de quelle sorte il vous est permis d'aspirer aux honneurs du inonde; si c'est pour vous repaître d'une vaine pompe, rougissez en vous-mêmes de ce qu'étant discipï^de la croix, il reste encore en vous tant de vaoné. Que si vous recherchez dans la grandeur ce qu'elle a de grand et de solide , qui est le pouvoir et l'obligation indispensable de faire son emploi de l'utilité publique , allez à la bonne heure avec la bénédiction de Dieu et des hommes. Mais s'il est vrai, ce que TOUS nous dites , que vous vous proposez une fin si noble et si chrétienne; allez-y par des degrés convenables ; élevez-vous par les voies de la vertu , et non par des pratiques basses et honteuses. Que ce ne soit point l'ambition , mais la charité qui vous mène, parce que l'ambition tourne tout à soi, et qu'il n'y a que la charité qui regarde sincèrement le bien des autres. Cest la première maxime, qui est celle de saint Augustin, de ne chercher dans les grands emplois que le bien public. Que si, pour le malheur du siècle, ceux qui ont cette sainte pensée ne s'élèvent pas, qu'ils apprennent de saint Léon nonleulement à se contenir , mais à s'exercer dans leurs bornes; c'est la seconde maxime : Intra fines pro~ prkn ai^ua l^ptimot, prout guis volueritj in latùu~

6i4 S"!* ^os msposiTioHs A l'égabs tiine se charilatis cxerceat (') ; o Que chacun en se >i tenant dans ses limitess' exerce de tout son pouvoii » dans la vaste étendue de la cliarîtt? ».

Ae te persuade pas, chrétien , que pour ne pouvoir pas t'elever à ces emplois éclatans tu demeures sans occupation et sans exercice. Il ne faut poini sortir de la condition; ta condition a ses bornes, mais la charitc n'en a point , et son étendue est infinie , où tu peux l'exercer tant que tu voudras. Ton grand courage veut - il s'élever? élève -toi jusqu'à Dieu par la charité. Ton esprit agissant veut-il s'occuper? considère tant d'emplois de charité, tant de pauvres Familles abandonnées, tant de désordres publics et particuliers; joins-toi aux Gdèles serviteurs de Dieu qui travaillent à les réformer. Demeure dans tes limites, c'est un elTet de modération; mais exerce-toi dans ces limites, dans les emplois de la charité qui sont infinis, et ne porte jamais ton ambition à une condition phis élevée, qu'un plus grand bien ne t'y appelle. [ Imite ] l'exemple de Néhémias, [ qui ne désire et ne sollicite l'autorité du commandement, que pour rétablir le temple , relever les murs de Jérusalem , et n procurer le biea » des enfans d'Israël u : Qui çu(Ereret prosperitatemjiliorum IsraelW. En sorte que tu puisses dire comme lui à la fin de ton administration : « O mon » Dieu , souvenez-vous de moi pour me faire misé- » ricorde , selon tout le bien que j'ai fait à ce » peuple » : Memerito met Deus meus in bonum j

^.')Ep. LUX, ad Anat. cap. lY- — i'ill. Etdr.ti. lo.

DES NÉCESSITÉS DE LA VIE. 6l5

secundùm omnia i/utefoci populo Aui'cC').] Je ne crains point, mes Frères, de vous assurer en la v^ rite de Dieu que je prêche , que quiconque regarde la grandeur dans un autre esprit, ne la regarde pas en chrAien.

Et cependant, ô mœurs dépravées! ô étrange désolation du chi'istianisme ! nul ne les regarde en cet esprit, on ne songe qu'à la vanité et à la pompe. Parlez, parlez, Messieurs, démentez -moi hautement, si je ne dis pas la vérité. Quel siècle a-t-on jamais vu où l'ambition ait été si désordonnée? quelle condition n'a pas oublié ses bornes 7 quelle famille s'est contentée des titres qu'elle avoit reçus de ses ancêtres ? On s'est servi de l'occasion des misères publiques pour multiplier sans fin les dignités. Qui n'a pas pu avoir la grandeur , a voulu néanmoins la conti-efaire j et cet^e superbe ostentation de grandeur a mis une telle confusion dans tous les ordres qu'on ne [ peut ] plus y faire de discernement , et par un juste retour la grandeur s'est tellement étendue qu'elle s'est enfin ravilie. O siècle stérile en . vertu , magnifique seulement eu titres ! Saint Cbrysostôme a dit (3) , et il a dit vrai ,, qu'une marque que l'on n'a pas en soi la grandeur , c'est lorsqu'on , la cherche hors de soi dans des omemens extérieurs. Donc ô siècle vainement superbe, je le dis avec assurance, et la postérité te saura bien dire, que pour coonoUre ton peu de valeur , et tes dais , et les balustres, et tes couronnes, et tes manteaux, et tes

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