LXXVIII.' JOUR
Ce dernier jour est connu au Filf de Dieu; mais non pas pour nous l'apprendre. Marc. xui. Sa.
Je continuerai y ô mon Sauveur! à considérer en |remblant| cette parole que vous avez prononcée: Ni le Fils. Oh est donc cette autre parole oii vous disiez : Tout ce qua mon Père est à moi (3) 7 Et celle-ci : Toutes choses ont été mises entre mes mains par mon Père : et personne ne connoît le Fils, si ce nest le Père : et personne ne connott le Père , si ce nest le Filsj et celui à qui il a pb^ au Fils de le réyéler (4). Tout est commun entre votre Père et vous : et la connoissance du dernier jour ne vous sera pas commune? Vous qai seul connoissez le Père , et qui seul le faites connoitre à (;ui il vous plait, ne Taurez pas connu tout entier ^ ni pénétré tout son secret ! S*il faut excepter quelque chose dans la connoissance que vous avez de lui, il faudra donc excepter quelque
(0. /. Cor, XII. 4- — (•) Marc. xiii. Sa. — i}) Joan. xn. iJL — (4) MaUh. XI. 37.
SUR l^évaugile. 34S
;e dans celle qu'il a de vous ; puisqu en parlant ette connoissance incommunicable à tout autre . vous deux y que vous ave? Fun de Tautre, 5 dites égalem.ent : Nul ne connoU le Père,' si l'est le Fils : 0t nul ne connoit le Fils , si ce t le Père ? Tout vous est donné par le Père : Père aime le Fils, et lui a tout mis entre les /u (0 : et vous ne saurez pas tout ce qu'il vous is entre les mains ! Mais comment cela se pour* -il ; puisque vous dites enpore : Le Père aime ^ils j et lui montre tout ce quil fait ip) ? Ainsi : le même amour qu il lui donne tout , il lui itre tout aussi. £st-pe ici le seul endroit oik il donné des bornes à son amour ? la seule consance qu il lui ait déniée ? le seul don qu'il reçu avec mesure , lui qui a reçu sans mesure le reste (3) ! afin que nous reçussions tous , et :nin de nous ce quil a du fond de sa pléni-'
[ais parmi toutes chpseç, qiie votre Père a mises 'e vos mains , ce qu il y a le plus mis y c'est le îment; puisqu'il s'en est en quelque sorte dé* illé lui*^méme pour vous le donner. Tfoh vient ;i que vous avez dit : Le Père ne juge personne; s il a rendis au Fils tout le jugement (^). Mais même temps vous avez dit, que le Fils ne fait ce quil voit faire à son Père. Ce qui fait aussi 2e Père l'aime, et lui montre tout ce quil fait {^), ime on vient de voir, lais si vous deVez connoître tout ce que le Père
Joan, 111. 35. — («) Jbid. v. ao. — C') IhiJ. in. 34- — (4) IbiJ, i. - (5) 2Ud. V. a a. — W IbiJ. 19, ao.
346 HÉDITATIOKS
a ordonné sur le jugement dernier , parce que c^eit à vous qu'il est remis, et que vous êtes vous-même ce souverain juge , qui paroîtrez en ce jour avec une majesté et une puissance divine ; il s^ensnit, que vous connoissez tout cela, même comme homme) parce que c'est comme homme que vous devez juger : ce qu'iTVous a plu de nous expliquer en disant, que le Père a dorme au Fils la puissance de juger, parce qu'il est le Fils de l'homme (0. Vous savex donc tout , même comme homme : vous savez toat ce qui regarde le jugement : vous en savez sans difficulté le jour et Theure, puisque vous en savei toute la sagesse y et que la sagesse consiste principalement à prendre les momens, conformément à cette parole : Chaque chose a son temps C^); et dans le monde tout est compassé; tout est rangé dans son lieu ; tout se passe au temps qui lui est marqué par la sagesse qui règle tout.
Vous êtes notre chef, et nous sommes vos membres : vous savez toute l'économie de votre corps. Vous connoissez toutes vos brebis : vous savez celles qui sont venues, et celles qui sont encore à amener: vous les connoissez et les nommez distinctement Vous nommez tous ceux que votre Père vous a donnés ; et tout vous est connu depuis le premier jusqu'au dernier de vos élus : et vous marquez tous les temps y où vous les devez appeler , et les incorporer à votre corps (5). Car c'est vous qui les devez recueillir ; et en les recueillant vous ne faites qu'exécuter ce que vous aviez destiné avec votre Père j dès que vous posâtes les fondemens de votre
Ç«) Joan, V, a;. .— W EgcU* m. i. — (') Joan, x.
SUE L*ÉyANGlLE. 847
Eglise. Vous en avez révélé les persécatiohs à votre apôtre saint Jean : il en a vu tout le cours : il a vu la dernière comme les autres : et celle qui ne finiroit qu'avec la fin du monde , et avec le feu de votre dernier jugement (0. Les temps vous sont connus comme tout le reste : vous savez ce que veulent dire ces mille ans oh vous avez déterminé le règne de vos saints sur la terre ; et ce que vous avez révélé en énigme à votre bien-aimé disciple , n'est pas énigme pour vous. Tout vous est connu : F'ous êtes le scrutateur des reins et des cœurs. Vous avez en votre puissance le livre où sont écrits les secrets de Dieu j et ses décrets étemels ; et les sept sceaux qui le ferment n*y sont pas pour vous , puisque vous les ouvrez quand il vous plaît , à qui il vous plait, et pour les raisons qu*il vous plaît ip). Et sous le septième sceau étoient enfermés tous les événemens futurs; j>uisque c*est de là que se développent , et les trompettes et les Vœ (5) , et tout le reste , qui ëtoit rbistoire de TEglise. C'est pourquoi lorsque Tos apôtres vous interrogeoient sur le temps oii vous rétabliriez le royaume dlsraël, vous leur répondîtes : Ce n'est pas à vous à le savoir (4).
O Seigneur , s il m'est permis de vous interroger encore y que ne parliez-vous en la même sorte à vos apôtres ; et que ne leur disiez-vous y Ce n'est pas à TOUS à le savoir, au lieu de dire, que le Fils ne le sasfoit pas?
Peut-être se faudroit-il taire encore ici ; et qu'au lieu de se fatiguer à examiner ce passage, il fau*
(0 Apoc. XX. 7 , 8, 9, 10. — f») IHd. ii. a3. v. i j 2> et seq. — (5) Ibid. viii. ifCt seq. — • W) AoL i. 7.
droit se dire à soi-même : ce n'est pas à moi à l'en* tendre ; ce n'est pas à moi à savoir pourquoi voui avez parlé en cette sorte. J'acquiesce , ô mon Sauveur! et je ne recherche ce mystère , que pour y trouver quelque instruction , s'il vous plaît de me la donner. Mais peut-être qu'elle est dëjà toutf trouvée : peut-être que cette parole : Ce n'est pm à vous à entendre les temps et les momens ÇMie h Père a mis en sa puissance (0 : est le dénouement de celle où vous avez dit : Pour ce jour et celte heure^là, nul ne la sait çue le Père, et le Fils même ne la sait pas W. Ce que le Fils ne sait pas en cet endroit , c'est ce qu'il ne nous appartient pas de savoir. Le Fils comme notre docteur , le Fils comme l'interprète de la volonté de son Père envers les hommes , ne le sait pas, parce que cela n'est pas compris dans ses instructions, ni dans tout ce qn*il a vu pour nous, ainsi que nous l'avons dit. Et le Fils de Dieu parle ainsi pour transporter en luimême le mystèi^ de notre ignorance, sans préjudice de la science qu'il avoit d'ailleurs, et nous apprendre, non-seulement à ignorer, mais encore à confesser sans peine que nous ignorons; puisque Inimême qui n'ignoroit rien, et surtout qui n'ignoroit pas cette heure dont il étoit le dispensateur, ayant trouvé un côté par où il pouvoit dire qu'il l'ignoroit, parce qu'il l'ignoroit dans son corps et qu'il étoit de son dessein que son Eglise l'ignorât, il dit tout court qu'il l'ignore, et nous enseigne à ne rougir pas de notre ignorance.
J'ignore donc de tout mon cœur, et ce mystère,
CO Act, u 7. — W JUare. xui. 3a.
SUR L*ÉVÂIfGlLE. 349
t tous les autres que vous vouleib me cacher , et ûe vous ne savez pas en moi ni pour Éioî. Tignore i jour où vous viendrez , parce que vous m*avez it çue vous viendriez comme un voleur. Mais si on e sait pas quand le voleur viendra^ le voleur n*en lit pas moins quand il veut venir. Vous savez dcmc, oleur mystique ! vous savez quand vous viendrez : t les enfans de ce siècle ne ^ei*ont pas plus prûdens^ lus avisés dans leurs desseins, plus éclairés dans ^rdre qu'ils mettront à leur exécution , que vous ni êtes la lumière méme'^ la sagesse même. Vous ivez donc, encore un coup, quand vous viendrez la dérobée, demander à chacun de nous, et demander à tout le genre humain , le compte que ous vous devons de notre Conduite. Vous le savez, t c^est pourquoi vous avez dit, que le phre defa^ vïUe ne sait pas Vheure du voleur j mais non pas ue le voleur Tigûorât lui-même. Et vous avez dit : ^cillez donc^ parce que vous ne suivez pas à quelle eure le Seigneur viendra : et non pas que le Seineur qui doit venir, Tignore lui-même. Et vous ^ez dit, en continuant la parabole : Soyez prêts, arce que vous ne savez pas à quelle heure viendra f Fik de l'homme (0.
Vous vous êtes aussi comparé à un père de fadOe, qui revenant de son voyage surprend son conome , en venant au jour que ce méchant serxfi-' iur ignore ,età Vheure qu'il n attend pas (^). Mais ous, vous êtes le Seigneur, vous êtes le père de imille , qui sait bien quand il doit venir ^ et si le ^rviteur est imprudent , le père de famille n'est pas
(0 Mauh. XXIV. 4a, 43, 44 — (•) Ibid. 5o.
35o MÉDITATIONS
pour cela ignorant de ses propres desseins. Yoiu savez donc y pour la dernière fois, quand vous vooles venir y et vous ne voulez pas que nous le sadiionL Voilà que mon ame est prête , quand vous me h redemanderez; mon compte est en état; recevez-le, et me jugez en vos miséricordes : voilà du moins œ qu'il faudroit pouvoir dire. O mon Sauveur ! quand serai - je en cet état? quand pourrai -je dire ik bonne foi : Mon cœur est prêt, 6 Dieu! mon cœur est prêt (0.