‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 104 sur 189 · LXXXI.» JOUR · texte numérisé non relu

LXXXI.» JOUR

Le même sujet. Guerres , famines , pestes , trem" blemens de terre, maux extrêmes. Ibid.

Un grand mouvement dans le monde : des guerres, des bruits de guerre, des pestes, des faunines, des

(«) Matlh. XI. i5.— W PhiUp. ii. la, i3. — C^) ir/«rc. xxni. «.

SUR L^ÉVÀKGILE. 35^

iremllemens de terre (0, seront les tristes avantcoureurs de ces deux événemens. Yoyez^les en saint Matth. xxiv. 6, 7 y et la même chose en saint Marc et en saint Luci Cest ce qui arriva un peu devant la guerre de Judée , et dans la dernière année de Néron : et c*est ce qui arrivera encore d'une manière plus formidable aux approches du dernier jour.

Des guerres , des bruits de guerre : de grandes, guerres en eilbt; de plus grandes appréhensions de nioùvemensf nouveaux : il semblera que Tesprit de guerre y les haines , les jalousies-, la natm*e même voudra enfanter quelque chose de funeste aux grands états : on remarquera dans le monde un esprit d'ébranlement universel. Au milieu de tout ce tumulte : prenez garde de ri être pas troublés ; car il faut que cela arrive^ et ce n'est pas encore la fin (s).

De quoi donc sera-t-on troublé , si on ne Test de telles choses? de rien du tout. Car le chrétien n^est troublé de rien que de son péché, et de la colère de Dieu qui le doit punir. Prenez donc garde de nétre point troublés. Vous vous enquérez de ce qui se passe, non-seulem,ent avec curiosité, mais encore avec frayeur : que deviendront ces gi*andes armées qui sont en présence? Quel ravage, quel embrasement, quel carnage , quel déluge de maux, si une fois la digue est rompue ! ah ! je m'en meurs. Vous n'êtes pas chrétien. Le sort des empires est entre les mains de Dieu : ils meurent en leur temps, comme le reste des choses humaines. Priez pour votre patrie ; humiliez-vous ; faites pénitence : mais ne craigne? point ; ne vous troublez pas : il faut que

(0 Marc, xiii. 7,8. Luc, xxi. 9, ip , 1 1. — («) Matth. wiy. G.

358 MÉDITÀTIOlfS

cela arrive. Il le faut , non par une ayeugle et fatale nécessité, qui nous mettroit au désespoir : mais il le faut par une raison , par une sagesse , par une bonté qui prépare de grands biens par tous ces maux. Ne craignez point, petit troupeau, puisquit le royaume quil a plu à votre Pire céleste de vom préparer (0, est hors d'atteinte. Toutes les puîi" sances ennemies, visibles et invisibles , n*ont pràit de prise dessus , et il né vous peut être ravi.

C*est ici le commencement des douleurs W ; dei douleurs de Fenfantement ; de celles qui font jeter de plus grands cris ; qui s'augmentent de plus en plus : on croit être à la fin , ce n^est encore qu'on commencement.

Quoi ! ce mouvement effroyable des royaumes qui s'eotrechoquenty ces famines , ces pestes , ces tremblemens de terre, ne sont que le commencement des douleurs! O Dieu! que vos derniers coups sont redoutables, si ceux-là qui sont si terribles, dont on ne peut seulement entendre les noms sans être saisi de frayeur, ne sont qu'un prélude ! Il est ainsi, Seigneur, il est ainsi. Par tous ces grands coups, les corps seuls sont menacés : mais voici ce qui est terrible, au-delà de toutes les terreurs : Craignez, craignez celui qui, après ai^oir fait mourir le corps , envferra l'ame dafis la gêne : Oui, je vous le dis , craignez celui-là (3). O Seigneur! si je sais bien craindre cela, je ne craindrai autre chose, et je verrai tous les élémens se mêler et la nature se confondre, sans effroi. Ah! je ne puis craindre que ce qui tue l'ame : mais je puis ne le

CO Luc, zii. 3d. — (•) MaUh. zxit. 8. — (') Lue. zii. 5.

8Um L éYâRGILE. 359

pftS > si }a comtevce sémtisement à me convertir. Je A'ai nem à penser que la pénitence it dji rien à craindre que de mourir dans mon péché. Mpurir^ ce n^est riei^ y de quelque daoleur qu^ la mort soit accompagnée; quelque étrange , quelque imprévue^ quelque cruelle fit insupportable que la mort pâ*» roisse. Mourir dans le péché, c est tout le mal , et le seul qui soit à ci*aihdre. Malheureux , ingrats^ pécheurs endurcis: F'ite, vite ^ converiUsez-voiùi e^viVezCO.

LXXXIL* JOUR.

Persécution terrible de VEgfise,^ triû^s^m^ charité refroidie^ Ibid.

Uv autre avant-coureur; la persécution. Elle a cres terribles circonstances : une haine iqiplsiç^ble de tout le genre humain contre TEglise ; la fureur au dehors ; la trahison au dedans : on se livrera les uns les autres; les frères livreront leurs frères , et le père même son enfant ; les enfans se soulèveront contre leurs .pères ; et les familles mêmes seront divisées : les scandales seront horribles , à cause des

chutes fréquentes de ceux qu'on croyoit les plus fermes. Au milieu de tout cela la séduction redoublera, et de (aux docteurs gagneront ceux que la violence n'auroit pu abattre : la cruauté et la séduction iront ensemble au dernier degré. C'est ce qui est arrivé à l'Eglise naissante, à commencer

(') E%€ch, xviu. 3a.

36o MÉDITATIONS

vers les dernières années de Néron , un peu avant k guerre de Judée. C*est ce qui arrivera d'une manière bien plus terrible à la fin des siècles (0.

Ce n étoit pas une ohose aisée à prédire, comme on le pourroit penser d'abord , qu'une telle haittei et une telle persécution contre FEglise : et ou n'aiiroit pas pu prévoir que le inonde qui laissoit en.paiz toutes les religions, et jusqu'aux sectes les plus impies, comme celle ^e^ épicuriens , ne pourroit soa(> frir le christianisme. Mais Jésus-Christ l'a voulu prédire f et avertir ses fidèles d'une chose aussi singulière y et jusqu'alors autant inouie que celle-là.

Il joint y selon sa coutume,^ la consolation aux maux. Tout le monde "vous haïra : mais "vous ne perdrez pas ti/i seul cheveu : vous posséderez votre ame par votre patience (^) ; non en combattant , mais en souffrant, f^ous serez traînés à tous les tribunaux j, comme des criminels ; mais cela leur sera en témoignage (3) : vous y paroîtrez comme des témoins de la vérité , comme les maîtres du genre humain : Je vous donnerai une bouche que nulle impudence, nulle violence ne pourra fermer, une sagesse^ une force contre laquelle il ny aura point de résis- 'tance (4) : vous n aurez rien à préméditer : le Saint-Esprit parlera par votre bouche i^) : et le reste qu'on peut voir dans l'Evangile.

Ce qui sera de plus déplorable , c^est que la malice s^ augmentant sans fin , la charité se refroidira dans la multitude (^ : c'est ce qui arriva à saint Paul,

(<) Moulu xxiY. Q, et le^. Motc. w\\. la. Luc. xxi.— > (•) Luc, zxi. 17» iS» 19* — ^) ihià. la, i3, et Marc, xiii. 9, et ttq, — ^ ^4) Xm. XXI. 14, i5. — i5)^aiEM.x. 19, ao. — C^; IM^xxvr. 1^

81TR L^éVAnCIMS. 36l

lorsqn^il disoit : Tous rnont quitté : personne ne nia assisté dans ma première dé/ense : Demos même m* a abandonné^ attiré par F amour de ce siècle : il niy a que Luc avec moi : qùU ne leur soit point im-^ puté (0. Mais ce refroidissement^ de la charité dans les frères y ne changeoit point envers eux le cœur de Paul. Ce refroidissement de la charité paroltrà beau* coup davantage dans la fin des siècles : car, lorsque le Fils de l'homme viendra, pensez-vous qu'il trousse de la foi sur la terre Wl

Mais à ce comble de maux, il n'y a qu'un seul remède : Qui persévérera jusqu^à la fin , sera sauvé (3}. Remarquez ce mot : jusqu'à la fin. Dix ans, vingt ans y trente ans, cinquante ans, ce n'est rien : il faut aller jusqu'à la fin. Ne vous lassez point de travailler ; car la moisson que vous recueillerez , sera étemelle.

Il faut que cet Evangile soit prêché par toute la terre 14) : de peur qu'on ne pense que, la persécution qu on vient de voir si déchaînée, en arrét^ le cours. Paul étoit lié : mais la parole de Dieu ne tétoit pas (5) : elle couroit ifi) , dit cet apôtre : le bruit en retentissoit par toute la terre : la foi des Romains y étoit annoncée (7) : t Evangile,, qui étoit venu jus* qùà Colosse, étoit, et fructifioit , et croissoit en même temps par tout le monde W. Ainsi la prédiction du Sauveur s'accomplissoit déjà en quelque façon, avant la dissipation des Juifs : mais le grand accomplissement en est réservé à la fin des siècles,

(«) //. Tirn. IV. 9, 1 1, i6. — (') Luc. xviii. 8. — C) 3ïaUh. xxiv. 1 3. — f '.; Ibid. 1 4. — W If, Tim. 11. 9. — C«J //. TView. m. i . — v7) Rom^ L 8. -^ W Cùioss. 1. 6.

309 MÉDITATIOMS

et la prédication aura percé par tout le mondé avant qu'il finisse.

O Dieu ! donnez vigueur à votre parole : bénisses les prédicateurs apostoliques : envoyez vos ouvriers dans cette grande moisson , que votre ennemi ravage. O Seigneur, je me joins en esprit à ces hérauts de votre Evangile , et à ceux qui croiront en voia par leur parole. Sanctifiez-les en vérité , et que le«r sainteté naissante répare les ravages que fait le péché dans votre héritage. Sauvons-nous, sauvonsnous de la corruption de cette race mauvaise. Moà a me y sauve- toi toi-même : ô Dieu, sauvez-moi; je péiis.

LXXXIIL* JOUR.

Réflexions sur plusieurs circonstances de ces deux

év^énemens. Ibid.

Pbiez que votre fuite n'arrive point durant Chi" yer ou dans le four du sabbat : voiis aurez besoin des plus grands jours , de la saison la moins embarrassante, de la liberté d'agir la plus entière, pour précipiter votre fuite dans les déserts et dans les montagnes , et pourvoir à tant de pressans besoiiis. Jamais il n'y eut, jamais il n'y aura d' affliction sèmr ilable : jamab peuple n'aura été , ni ne sera plus impitoyablement livré à la vengeance : et si Dieu nay^oit abrégé le temps, nul homme ne se sam^e^ roit : mais Dieu a abrégé le temps pour tanwur de ses élus (0. Ce fléau de Dieu sera si terrible, et la

(0 Matth. xxiY. ao, ai, aa.

SUE L^ÉVAirGlLE. 363

force en sera si insupportable ^ qu'il y taroit de quoi accabler tout le genre humain. Mais il falloit qu^il restât des hommes sur la terre pour enfanter les élus et les saints, qu il y avoit encore à recueillir. Voilà un sens. Dieu flëchi par les prièi^es de ses éinSf a tempéré sa colère : ils sont le sel de la terre, pour en empêcher la totale corruption : il faut qu'ils y soient répandus deçà et delà , et de tous côtés : mtrementy le genre humain qui n*est conservé que poar eux , périroit en entier : c'est un autre sens. Le dernier : Dieu a abrégé le temps des souffrances , de peur que ses élus n'en fussent enfin accablés : et il n'a pas voulu qu'ils fussent tentés par*dessus leurs forces.

Pour l'amour dos élus qu'il a choisis ^ dit saint Marc (0. Ils ne sont pas élus par on autre : c'est par lui-même : l'amour qui les lui a fait élire , l'oblige à tout faire pour eux ; et il n'épargne la terre qu'à leur considération.

Respectons les saints qui sont parmi nous : nous leur devons tout : et Dieu s'appaise en les voyant y conmie un père qui voit ses enfans parmi ses cnne* mis y retient sa main. Après la séparation y que n'auront pas à souffrir les pécheurs ?

Ce qui est vrai en un certain sens, à l'égard des Juifs, est encore plus véritable à l'égard de tout Tunivers, dans les approches du dernier jour : après que la patience de seà saints aura été épurée jusqu'au degré qu^il vouloit, il mettra fin au temps des épreu* ves y pour donner lieu aux récompenses.

S'il y a cinquante justes dans Sodome^ s*ïly en

(>) Mare. zia. ao.

a quarante^ ^^^l X ^^ ^ dix , je pardonnerai pour r amour d'eux. à toute la ville (0. Di^u aime tant les siens y que non-seulement il les épargne^ maïs il épargne les autres pour Tamour d*eux. Si on n'aimoit pas les justes , si on ne les protëgeoit pas poor eux- mêmes y il les faudroit protéger pour le Ineii public. Que notre maison soit leur asile : que nos bras leur soient toujours ouverts : que notre secours les suive partout. Les prêtres, les religieux les représentent par leur état.

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