‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 105 sur 189 · LXXXIV.* JOUR · texte numérisé non relu

LXXXIV.* JOUR

Réflexions sur d'autres circonstances. Ibid.

Si l'on vous dit : Le voici dans le désert: le voici dans les lieux retirés de la maison : ne le crojez point (^). Ceci regarde les derniers temps, lorsqueles Juifs fatigués de tant attendre , et d*avoir si souvent été trompés sur le sujet du Messie , s'en diront les uns aux autres des nouvelles comme en secret : Ilest venu , mais il se cache ; il est dans ce désert ; il est dans les lieux secrets de cette maison : ne croyez point tout cela. Ce n est plus le temps qu^il doit venir de cette sorte , d'une maison particulière , d'une ville obscure , d'un désert ; tantôt cacfaié, taor tôt découvert : il parottra tout d'un coup avec un éclat surprenant ; et un éclair ne se /ait pas voir plus rapidement du levant jusquau couchant , et d.un coté du ciel à Vautre ; que le Fils de Vliomme

CO Gen. xviii. aG, ad, et $€q, — l>) âiauh, xxit. a6.

svft L^ÉvAiraiLE. 36S

paraîtra dans toute la terre (0. Voilà la première chose qu'il marque de ce grand événement : une apparition soudaine^ et un éclat, qui en un moment se fera sentir d'une extrémité du monde à Tautre. Mais voici la seconde : Où sera le corps, là s'assembleront les aigles ip). Si les aigles sentent leur proie de si loin y et s'assemblent rapidement de toutes parts autour d'un corps mort : combien plus s'assembleront les élus , où sera le Fils de l'homme?

Le grec porte , au lieu de corps, un corps mort, un cadavre : et le Fils de Dieu se compare à un corps de cette sorte, à cause que les élus seront rassemblés par le mystère de sa mort ; et que c'^t par-là qu'ils auront part à sa résurrection. Tout cela regarde visiblement Tapparition dernière, et le dernier jour de Jésus-Christ. Et c'est pourquoi il ajoute : Mais aussitôt après l'affliction de ces jours-là j de ces jours , où le Fils de l'homme devra parottre si vite, et rassembler autour de lui tous les élus : aussitôt aprhs cette affiiction : car il*a dit ^'il y en auroit d'étranges vers ces jours-là : le soleil s'obscurcira : et le reste (^).

Il ne faut donc pas entendre celte affliction ni ces jours , de l'affliction ou des jours qui seront fâcheux poui^ les Juifs ; mais de l'affliction de tout Tanivers, vers le jour où le Fils de Dieu dev)ra parottre, qui sont ceux dont il venoit de parler. Le même paroit dans saint Marc : Mais dans ces jours^là ; dans cette affliction- là; le soleil s^obs^ curcira (4) ; et le reste. Comme s'il disoit : Il arrivera

(0 Matth, xxnr. 27. — (*) Luc, XTii. 24. Mattk*x\ïY. 28. — (3) Ihid, 2Q. ^ {^yiHarc. xiii. 24.

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de grands maux aux Juifs : mais ce n^est point dans ces maux ^ ou dans ces temps, qu arriveront ces prodiges du soleil obscurci , et les autres : mais dans ces jours dont je viens de parler : dans ces jours- j QÙ. le Fils de Thomme devra parottre; aux approches de cette dernière apparition , et peu après les afflictions dont elle sera précéda ; le soleil s'obscurcira : et le reste.

]Vlettons*nous en esprit dans ce dernier jour, si heureux pour les uns , si funeste aux autres. Re» présentons-nous Fëtonnement oii Ton sera , de cette nouvelle lumière que jettera le Sauveur, de ce pnh d^^ux éclat qui se fera sentir d*un.e extrémité du monde à -Fautrc , avec 1^ rapidité d*an éclair. Contemplons ces aigles mystiques, les esprits subhmes \ qui le monde n'aura rien été , et qui n'auront pas été troublés de tant de persécutions; ni de cet ébranlement universel de la nature éperdue; prendre tout à coup leur vol ; et, comme dit sainf Paul , être enlevés dans les nuées au milieu des airs j à la rencontre de Jésus-'Christ , pour être ensuite toujours aifec lui ^). Heureux jour ! heureux spectacle ! heureux changement ! heureux ceux qui verront ce beau feu, cet éclair nouveau, cette vive et admirable lumière : qui verix>nt ce corps que la mort a consacré à notre salut ; ces aigles qui voleront après, et qui seront enlevés avec lui. Soyons de ces aigles, parla contemplation en foi et en vérité, et par une noble élévation au-dessus des choses mortelles. Faisons notre proie de ce corps, que la mert a fait nôtre. Plomi Layons dans Feu-

{^) I.Tkest.iv. 16, 17.

SUR i/évâugile. 367

:liaristiey ce corps mort autrefois , à présent vivant, nais couvert d*un signe de mort : dévorons-le : prenons - en toute la substance , tout le suc. Vivons de Jésus et de sa vérité , et de ses souffrances , et de sa mort, qui est notre vie : imitons- la : portons-la sur nous : Ferions sur nos corps la mor^ tijication de Jésus ^ afin que la vie de Jésus palinoisse en nous (0. Si parmi les ténèbres du monde, et celles qui nous environnent , il lui platt de faire tout à coup reluire sur nous comme une espèce d^édair, une lumière rapide qui se répande en un moment dans toute notre ame, et qui se fasse sentir de la partie haute jusqu'à la plus basse*, 6 lumière , je vous adore ! 6 lumière, je vous veux suivre! Si vous vous retirez comme un éclair, et que vous laissiez mes yeux éblouis d*un éclat si vif , je me souviendrai de vous avoir vue : je me réjouirai de Tespérance de vous revoir à d'autres momens : je tâcherai de mettre à profit tout ce que vous me montrerez dans ces momens rapides : et j'aspirerai nuit et jour à ce jour «inique de l'éternité, où vous luirez sans vous retirer \ sans être obscurcie ; où votre levant sera sans coucbant ; où nous jouirons à jamais de vous , ô Père ! 6. Fils! ô Saint-Esprit! qui êtes la véritable et seule lumière.

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