‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 106 sur 189 · LXXXV." JOUR · texte numérisé non relu

LXXXV." JOUR

Instructions à recueillir. Se tenir prêt : veiller à toute heure. L* un pris, r autre laissé. Matth. xxit. 37 — 5i. Marc. xui. 33 — 3j. Luc. xvu. a4.

De tout ce que nous avons vu , il y avoit deux sortes d'instructions particulières à recueillir. Dans la ruine de Jérusalem il y avoit à s'en sauver par la fuite : Alors j que ceiuc qui sont dans la Judée, s*enfuient aux montagnes (0. Cest ce que firent les clirctienSy qui s'enfuirent en effet vers les pays montagnards y à la ville de Pella , comme marquent les histoires : ce qui fut cause qu'on ne voit point qu'ils aient souffert en Jérusalem , ni qu'il s'y en soit trouvé aucun durant le si^ge de Tite. A l'égard des calamités qui dévoient arriver à la fin du monde, il falloit ne pas songer à s'en sauver , puisqu'elles sont universelles et inévitables ; mais s'y préparer : et cette préparation nous est expliquée dans le reste de ce chapitre.

Elle consiste premièrement , à veiller, à être atten* tif, à se tenir toujours prêt, en accompagnant de prières son attention et sa diligence : Prenez garde, veillez et priez : car vous ne savez pas 1m temps, ni si le maître viendra sur le soir, ou vers le minuit, ou au chant du coq, ou le matin (2). Veillez donc, et priez en tout temps , afin d'être rendus {lignes d'ci^iter ces choses, c'est-à-dire , la rigueur du der-

(0 Mauh. XXIV. 16. — v«) Marc. xiii. 33, 34, 35.

nier

sua L^ÉVÂNGILE. SGq

nier jugement , et de comparoître deuant le Fils de t homme (0. Il ne faut donc pas seulement prier , mais prier en tout temps.

Secondement : il faut songer à FelFet de ce terrible jugement; ou de deux qui seront ensemble, Vùn sera Tpris, et tautre laissé W. Et pour aller où 1 Où sera le corps j là s*assenibleronl les aigles. Qui ne trembleroity en voyant tout à coup une si terrible séparation ? L*ttn enlevé à Jâus-^ibrist, Tautre laissé au milieu des maux ^ d*où il ne sortira que pour rentrer dans de plus grands ^ et fi'en sortir jamais.

TriMsièmement : il ne faut point reculer ni regarder en arrière : soutenez -vous de la femme de Lot (3) y qui y pour avoir seulement tourné la tête vers Sodome , reçut un cbâtiment si prompt et si rigoiveux. Il ne suffit pas d'éviter les mauvaises compagnies y ni de fuir le monde qu*on a quitté ; il ne faut pas seulement tourner les yeux de ce côté-là.

Quatrièmement : il faut faire toutes ses actions avec une activité et une diligence extraordinaire ; se sauver à quelque prix que ce soit ; laisser périr beaucoup de choses qu on aimeroit y plutôt que de basarder son salut : si l'on est dans le haut de la maison, ne se point embarrasser de sauver les meu* ' blés qui sont en bas (4) ; se contenter de sauver ce qui est en baut ; emporter et sauver d*abord à la corruption tout ce qu'on peut ; ne pas dire , Je laisserai cela, mais je retournerai demain le quérir ; demain je commencerai à me corriger de ce vice ; je me cobtenterai pour aujourd'hui de modérer ce-

(0 Lue. XXI. 36. — C>) Matih, xxiv. 4»» 4'- ^^^' '^v- 34 , 35, 36, 37. — (') Luc. XYii. 3i, 32. — {S)Ibid. 3i. MaUh. xxiv. 17, 18.

BossuET. IX. :>i

lui-ci. Ne laissez rien, qu*il vous faille aller reqaérir : ne laissez rien à faire à une autre fois ; car le temps vous manquera tout à coup , et votre attente sera vaine.

Cinquièmement : il faut se retirer de tout ce qui attache trop Tesprit , de tout ce qui appesantit k cœur; et non-seulement de l'ivrognerie, où la raison est absorbée ; mais encore de la bonne chère, ei des soins de cette vie (0. Et sur les soins de la vie, il£uit remarquer ces paroles : Aux jours de Noé ils kh i^oient j ils mangeoientj ils se marioient, ils nuh rioient leurs enfans : et aux jours de Lot ils buvoient et mangeoientj ils vendoient, et ils achetaient. Us plantoientj et ils bdtissoient : et ils périrent tout et un coup dans les eaux du déluge, et par le feu du cieli^). Car il ne dit pas : Ils tuoient , ils commettoient des adultères y et le reste : il parle des occupations les plus ordinaires et les plus innocentes de la vie : parce qu elles occupent , elles embarrassent , elles accablent, elles enchantent, elles attachent, elles ti'ompent , en nous menant d'un soin à un autre et d'une affaire à une autre. Il ne suffit donc pas déviter les actions criminelles ; mais il faut encore prendre garde à ne se pas laisser jeter par les autres dans (Cet esprit d'empressement et d'occupation , qui &it qu'on n'est jamais à soi.

Sixièpiement : on ne sauroit assez songer au grand mal dont nous sommes menacés. Ce sera comme le déluge aux temps de Noé ; comme le feu du ciel aux temps de Lot ; comme un lacet où nous serofis pris tout à coup (p) , à la manière des oiseaux , par

(») Luc. XXI. 34. — (») lùith XVII. 26, 37, 28, 29.— s^)IUd. XXI. 35.

SU& L^ÉVAirOILE. 3*]!

un vain appât ^ pour être la proie de ceux qui veulent nous dévorer. Le mauvais serviteur, qui ne songeoit quà passer sa vie dans le plaisir , se trou-» vera tout d*un coup séparé de Dieu, de sa grâce, de tout le bien : et il sera mis avec les hjpocrites, où il y aura un pleur, et un grincement de dents (0 éternel. Terribles paroles : Séparé, mis aifec les hypocrites : pleurs et grincement de dents, et douleur jusqu à la rage. A quoi donc penserons-nous, si nous ne pensons k ces choses ? Ah I périssent toutes nos pensées , afin que celles - là vivent seules dans nos cœurs !

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