LXXXVI.' JOUR
Xe Phre de jamille : ses serviteurs : la figure du voleur, Matth. xxiv. 4^» 4^^ 47* ^^c* 3lii. 4i ^ 44*
Coif FEREZ le chapitre xxiv de saint Matthieu, de-* puis le i. 4^ jusqu^à la fin , avec le chapitre xii de saint Luc, depuis le ir. 35 jusqu'au 49-
Le Fils de Dieu instruit ici , premièrement tous les chrétiens , sous la figure du père de famille , et de ses serviteurs : et encore sous la figure du même pèie de famille, et d*un voleur. Secondement, il instruit en particulier les supérieurs ecclésiastiques, sous la figure du père de famille qui retourne à sa maison , et de son économe ou principal domestique qui le doit attendre.
.Voici pour les premiers ce que nous trouvons dans
{*)Matdi. XXIV. 5i.
3n2 MÉDITATIONS
saint Luc. Premièrement : Les reins ceints (0 : c'est^ à-dire , les passions resseiTées, comme une robe qui se répandroit faate de ceinture. Cest Fétat d*an homme laborieux et toujours prêt à marcher. Car lorsque Tame se répand dans les passions , eHe est lâche , sans force , sans ordre y sans bienséance.
Secondement : Des flambeaux allumés "à la main. C'est encore Tétat d'un homme prêt à aller au-devant du maître, à quelque heure de la nuit qu'A vienne , pour l'éclairer.
Des lampes allumées ■: cVst un esprit attentif ^ et ' un cœur ardent. On a comme des flambeaux en soimême y dans le fond du raisonnement ; mais ils ne sont allumés que par l'attention. Que sert d'avoir de l'esprit , du raisonnement , de la foi même , si tout cela n'est réveilla par l'attention ? autant que nous serviroient des flambeaux bien préparés dans notre cofire y mais sans amorce y sans feu.
Les lampes allumées à la main , sont aussi le bon exemple. Ce n'est pas assez de l'attention ; il en £siut venir aux oeuvres y à l'application sur nous-mêmes : autrement le flambeau nous est inutile.
Troisièmement : Semblables à des hommes qui attendent (^) ; par conséquent très-attentifs. Et qui attendent-ils ? Leur maître ; celui qui les peut puniTi pour peu qu'il les trouve négligens.
Quatrièmement : Quand il viendra, etquilfrap^ pera. H vient à chaque moment : car chaque heure nous avance vers la mort. Il frappe y par les maladies : il faut donc être attentif, et se tenir prêt dès le premier coup. Mais à peine s'éveille-t-on au
CO Luc. XII. 35. — C») Ibid, 36.
SUE l'évangile. 37.3
dernier y et lorsque la mort est déjà presque <lans le cœur : et alors il n'y a plus de flambeaux , plus d'attention ^ ni de réflexion ; tout est presque éteint.
Cinquièmement : Aussitôt ils lui ouyrenL Çommç tout ici est actif ! Il faut ouvrir soirméme au maître qui vient y être bien-aise de le recevoir : m^is ouvrir avec diligence, aussitôt: ouvrir par conséquent avec joie ; ne pas murmurer , ne pas se plaindre de la mort qui vient si tôt. Au reste , 1} n a pas besoin qu^on lui ouvre , afin qu'il preiine notre s^me qu'il vient requérir ; car il saura bien la repreqdrç sans qu'on la lui donne. Bon gré, malgré, il faut mourir : et souvent il frappe si fort , que les portes brisées s'ouvrent d'elles-mêmes, sans que vous ayez le loisir d'ouvrir^ ni de lui offrir vous-même votre ^me qu'il vous redemande. Il n'a donc que faire de vous pour la retirer : mais pour l'amour de vous, a&u que vous puissiez lui en faire le sacrifice , il veut que ce soit vous qui lui ouvriez, et promptement , et avec joie; puisque vous ouvrez , non pas à la mort , mais à un maître bienfaisant.
Car, sixièmement, s'il trouve ses serviteurs vigi- Ions, il se retroussera , et les fera asseoir^ et passera de Vun à Vautre pour les servir (0. Il ne faut pas chercher dans les paraboles à tout expliquer : il y a des circonstances , comme celles-ci , qui ne servept que pour la peinture. Le fond est ici, que Jésus- Christ s'est fait serviteur de ses fidèles. Le Fils de l'homme, dit-il, est venu servir, çt ce service est de se donner lui-même en rédemption pour plusieurs (^}. C'est de lui que nous tenons tout, et eq
(0 Luc. XII. 37. — {*) JtfaUh. zx. a8.
ce monde et en Tautre : et nul nfe demeurera saitt récompense ; car il passera de Fun à Fautre pour les servir tous. 11 leur donnera abondamment toos les biens; car pour lui il n*a pas besoin de vos services , ni de rien : il est heureux , il est dans la gloire. Il vient pour vous ; et sous la figure de la mort, qui vous parott si hideuse, il vous apporte sa grftoe, son royaume , sa féiidté étemelle , des richesses inestimables , des plaisirs sans fin. Ouvrez donc à un si bon matlre ; et donnez-lui de bon cœur cette ame, qu'il ne redemande que pour la rendre bienheureuse.
Septièmement : S'il vient à la seconde veiUe, et s'il vient à la troisième (0. Remarquez : 0 ne parle point qu il vienne jamais de jour : il surprend tou* jours. On ne le voit pas , et il se cache dans les ombres de la nuit ; et cependant l'homme insensé veut le deviner. Je me ]porte bien , je ne mourrai pas ; on se donne toujours bien des années; et cependant Texpérience fait voir qu'il surprend toujours: U vient à l'heure qu on n'attend pas , et au four qu'on n'espère pas v^).
Huitièmement : ce père de famille , qui vient avec tant d'amour , pour nous donner des biens éternels sous la figure de la mort, prend encore une autre figure , celle dun voleur (3) : c est-à-dive , celle d*un ennemi , qui vient nous ravir tout ce que nous possédons et que nous aimons. Premièrement , les biens temporels et les plaisirs des sens, dont nous faisions notre bonlieur. Tout d*un coup tout nous sera enlevé: ces biens passeront en d'autres mains : ces plaisirs se dissiperont comme une fumée, comme une paille
(0 Luc ui. 38. — (*) MaUh. zxiy. 5o. — K^) Luc, sulu. 59.
sua L^ÉVANGILK.' 3^5
qae le vent emporte. Secondement , il nous ôtera les biens spirituels : tant de pensées de conversion , tant de désirs imparfaits qui nous amusoient , qui nous endormoient dans la mort. Tout cela nous sera ôté; et nous verrons malgré tous ces foibles commencemens de bonne volonté , de bons sentimens et de vertus , qui nous faisoient dire : Je suis riche : nous verrons que nous sommes pauvres, mi^ séraMes, aveugles, nuds, dignes de pitié; ou plutôt indignes de pitié, à cause de notre malice ; sans aucun de ces biens, qui nous ouvrent la porte du ciel, ainsi qu'il est écrit dans TÂpocalypse (0.
En neuvième et dernier lieu. Pesons ce mot : Soyez prêts (s). Que vos comptes soient en état : que vos dettes soient payées : que vos desseins soient accomplis : car après ce moment il n'y a rien à espérer. Quelle angoisse ! quelles sueurs à la vue de ce maître rigoureux , qui vous pressera de rendre compte ! Vous payerez par le dernier et inévitable supplice ce que vous n*aurez pas volontairement payé par vos bonnes oeuvres*