‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 13 sur 189 · XVII.* JOUR · texte numérisé non relu

XVII.* JOUR

Charité fraternelle : étendue de la perfection chrétienne. Malth. v. 38, 43-

Jésus-Christ revient encore à Fobligation de la charité fraternelle , dont il avoit déjà dit ^ que loin qu il fût permis de tuer ou de frapper, il ne falloit pas même se fâcher contre son frère, ni lui marquer de Taigreur par aucune injure : que si on avoit quelque démêlé, il falloit être facile à se raccommoder ; n'employer point de juge, s'il se peut, pour tciminer nos diilérends ; ni même de médiateur pour concilier les esprits aliénés, ^ous avons ua médiateur naturel de notre réconciliation mutuelle, qui est Jésus-Christ, et Tesprit de charité et de grâce qui nous anime. Il faut donc se rendre trai-

(0 Matth. V. 3G.

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tables y et chacun s*accommoder de gré à gré avec )i son frère. Il a dit que si nous sentions quelque at a greur dans le cœur de notre frère , il falloit le prtf* i venir pour le calmer, et préférer la réconciliatioB % au sacrifice. Maintenant il pousse plus loin Tobliga» lion ; et il déracine tout-à-fait Fesprit de vengeance.

Œil pour œil, et dent pour dent {^) : c*est ce qa^on permettoit aux anciens : il paroîssoit là une espèce de justice : mais Jésus-Christ ne permet pas au chrétien de se la faire à lui-même , ni de la rechercher pour se satisfaire. Si la justice publique réprime les violences y le chrétien ne Tempéche pas, et il respecte les ordres publics : mais pour lui , loin de se venger de celui qui lui donne un soufflet, il tendis plutôt l'autre joue : il abandonnera plutôt son manteau à celui qui lui dispute sa tunique , que d'entreprendre un procès pour peu de chose , et entrer dans un esprit de chicane et de ressentiment (^). Il accordera plutôt de son bon gi^é deux mille pas à celui qui Faura forcé à en faire mille, qu'il ne se fera justice à lui-même , ou qu'il ne songera à se venger de la violence qu'on lui aura faite. La tranquillité de son cœur lui est plus chère, que la possession de tout ce qu'on lui peut ravir avec injustice : et s*il faut manquer à la charité pour recouvrer les biens dont on l'a privé , il n'en veut point à ce prix. O Evangile, que tu es pur ! 6 doctrine chrétienne, que tu es aimable! Mais, ô chrétiens, que vous y répondez mal, et que vous êtes peu dignes d'un si^ beau nom !

Donnez à qui vous demande. Nejuyezpas, comme

(*) Exod. XXI. 4* — (') MaUh, y. 3^ el «f^^.

on

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pn fidt ordinairement , celui qui vous emprunte dans son besoin (0. Faites ce que vous pourrez pour le soulager : soyez libëral et bienfaisant. Toutes les richesses de Funivers n'égalent pas le prix de ces deux vertus ^ ni la récompense qu'elles nous attirent.

Voici donc trois degrés de charité envers ses eunemis : les aimer, leur faire du bien, prier pour eux. Le premier est la source du second : si on aime , on donne. Le dernier est celui qu'on croit pouvoir faire le plus aisément y mais c'est pourtant le plus difficile, parce que c'est celui qu'on fait par rapport à Dieu. Rien ne doit être plus sincère , ni plus cordial y ni plus véritable, que ce qu'on présente à celui qui voit tout jusqu'au fond du cœur.

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