JOUR
La Pdque. La vie du cJtrétien fi est <p£un passage.
Lisons les paroles de saint Jean^ xiii, i. Deuaal le jour de Pdque ^ Jésus sachant que son heure éuà venue de passer de ce monde à son Père ; comme U avfoit aimé les siens j qui étaient dans le inonde j û les aima jusqu'à la fin.
On sait que le mot de pdque signifie passage. Une des raisons de ce nom , qui est aussi celle que saint Jean regarde en ce lieu , c'est que la fête de Pâque fut instituée , lorsque Tancien peuple devoit sortir de FEgypte^ pour passer à la terre promise à leun pères; ce qui étoit la figure du passage , que devcHl iaire le peuple nouyeau , de la terre à la câe&te patrie. Toute la yie chrétienne consiste à bien dire ce passage; et c'est à quoi notre Seigneur va diriger plus que jamais toute sa conduite , ainsi que saint Jean semble ici nous en avertir.
La première chose que nous devons remarquer, c est que nous devons faire cettq pâque, ou ce passage, avec Jésu$-Christ. Et c'est pourquoi cet évangéliste commence le récit de cette pâque de notre Seigneur par ces mpU : Dei^ant le jour de Pdque ^ Jésus sachant qu'il devoit passer de ce monde à son Père. O Jésus ! je me présente à vous, pour faire ma pâque en votre compagnie : je veux passer avec vous du monde à votre Père, que vous avez voulu qui fut le mien. Le monde passe ^ dit votre apôtre (0 : la
{})I,Joan, II. 17.
SUK L ÉVANGILE. 4^9
figure de ce monde passe (0; mais je ne veux point passer avec le monde , )e veux passer à votre Père. C'est le voyage que j'ai à faire j je le veux faire avec vous. Dans Fancienne pâque y les Juifs qui dévoient sortir de FEgypte^ pour passer à la terre promise, dévoient paroître (çn habit de voyageurs y le bdton à la main, une ceinture sur les reins , afin de relever leurs habits, leurs souliers mis à leurs pieds , toujours prêts à aller et à partir ; et ils dévoient 5e dépécher de manger la ptiquei'^), afin que rien ne les retint, et qu'ils se tinssent prêts à marcher à chaque moment. Cest la figure de Fétat où se doit mettre le chrétien pour faire sa pâque avec Jésus- Christ , pour passer à son Père avec lui. O mon Sauveur! recevez votre voyageur, me voilà prêt; je ne tiens à rien ; je veux passer avec* vous de ce monde à votre Père.
D*où me vient ce regret de passer ? Quoi ! je suis encore attaché à cette vie ? Quelle erreur me retient dans ce lieu d'exil? Vous alleî passer, mon Sauveur ! et résolu que j'étois de passer avec vous , quand on me dit que c'est tout de bon qu'il faut passer, je me trouble , je ne puis supporter ni entendre cette parole. Lliche voyageur! que crains-tu? Le passage que tu vas faire, est celui que le Sauveur -va &ire aussi dans notre Evangile : craindras- tu de passer avec lui? Mais écoute : Jésus sacimntqueson heure étoit venue de passer de ce monde P). Qu'y a-t-il de si aimable dans ce monde ? que tu ne veuilles, point le quitter avec le Sauveur Jésus? Le quitte* roit-il , s'il étoit bon d'y demeurer? Mais écoute,
(0 /. Cor. VII. 3i. — » Exod. xii. 1 1. — W Joan. xin. i.
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encore un conp , chrétien : Jésus possède ce monde pour aller à son Père. S'il falloit seulement sortir du monde ^ sans aller à quelque chose de mieux , quoique ce monde soit peu de chose , et qu'on ne perdit pas beaucoup en le perdant ^ on pourroit j avoir regret, parce qu enfin on n*auroit rien de meil* leur. Mais, chrétien, ce n'est pas ainsi que tu dois passer. Jésus passe de ce monde , mais pour aller à son Père. Chrétien , qui dois passer avec lui, tu passeï à un Père; le lieu d'où tu sors, est un exil; tu retournes à la maison paternelle.
Passons donc de ce monde avec joie ; mais n'attendons pas le dernier moment , pour commencer notre passage. Lorsque les Israélites sortirent d'Egypte, îb ne dévoient pas arriver d'abord à la terre promise : ils avoient quarante ans à voyager dans le désert; ils célébroient néanmoins leur pâque, parce qu'ils sortoient de l'Egypte , et qu'ils alloient commencer leur voyage. Apprenons à célébrer notre pâque dos le premier pas : que notre passage soit perpétuel : ne nous arrêtons jamais; ne demeurons point , mais campons partout à l'exemple des Israélites : que tout nous soit un désert, ainsi qu'à eux; soyons comme eux toujours sous des tentes; notre maison est ailleurs : ma relions, marchons, marchons; passons avec Jésus-Christ : mourons au monde, mourons-y tous les jours : disons avec l'apôtre : Je meurs tous les jours (0 : je ne suis pas du monde; je passer je ne tiens à rien.
{})LÇor,\y, 3i.