‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 135 sur 189 · IV.' JOUR · texte numérisé non relu

IV.' JOUR

Tout remis entre les mains de Jésus^Christ , spécUt-

lement les élus- Ibid.

Tout lui a été remis en main par son Père (0. Ce tout, qui lui a été remis en main par son Père, est principalement ce tout dont il a dit : Tout ce que mom Père me donne, vient à moi W. Et ce tout c'est son Eglise; c*est dans son Eglise spécialement les saints, et parmi les saints ceux qui le sont jusqu'à la fin ; et en un mot y les élus. Voilà ce tout bienheureux, qui est spécialement remis par le Père entre les mains de J^ sus, et dont il a dit lui-même; Ils étoient à vous , et vous me les as^ez donnés. Et un peu devant : fTous avez donné puissance sur toute chair, sur tous les hommes, à votre Fils , afin qu'il donne la vie étemelle à tout ce que vous lui avez donné (^). Ajoutons toujours: et celui à qui le Père a remis en main tout ce qui lui est de plus cher, c'est-à-dire ses élus, ses bîcnaimés; c'est celui qui va nous laver les pieds. Mon Sauveur, vous vous abaissez jusque-là ! Il est juste que je m^abaisse devant vous. Mon Sauveur , que je sois de ce tout que votre Père vous a donné, afiA que vous lui donniez la vie étemelle ! Ten serai, si je suis fidèle à votre grâce ; si je garde vos coînmandemens. Donnez-moi ce que vous me commandez, afin que je sois de ce troupeau béni, dont vous avez dit : Mes brebis entendent ma voix, je les cannois,

(0 MaUh. XI. ay. — (■) Joan, vi. 3;. — Q) Ihid» xtii. 6, a.

et

SUR l'évangile. 4^5

et elles me snivenl ; et je leur donne la vie éiemelle. Ce çue mon Père nia donné est plus grand que tout; liii^ménie çui me l'a donnée est au-dessus de toutes choseiBj el Von ne peut rien âtef de mes mains ^ nom plus que defs siennes, parce que' mon Père et moi né sommes qu*un (0. Qit*y a-t-il- à craindre après cela ) Rien- du fout, sinon de manquer à sa vocation; il A 7 a qu'à s'abandonner à ces mains tontes-pui»' santés y et à* dire à Jësns»: O Seigneur! /espère erè 'VOUS; je me livre à yotn-y/e ne serai point con-* fondu W.

V/ JOUR

Jésus "Christ, vrai Dieu, et vrai homme.

Joan. xin; 3.

même lecture , et s'arrêter à ces paroles: /e-* sas sachant que tout lui étoit remis entre les mains, àt quil étoà sorti de Dieu, et quil retoumoit à Dieui^). Sorti de Z)<ei« sans altération , sans succession ^ sans ordre de temps ^ avec une inexplicable pureté^ comme le rayon sort du soleil , sans s*ea séparer y et toujours portant en lui-même toute la vertu de son principe ; ce qui fait que saint Paul l'appelle , l'éclat et le rejaillissement de la gloire de son Père (4) : sorti néanmoins , non par extension comme le rayon qui n'est que la lumière étendue ^

(«) Joan. X. 37 , 28 , 2^ , 3o. -* W /**. rxx. 1 . -^ (') Joan. xm . 3. — (4) Hehr, 1. 3.

ROSSUET. IX. 3o

466 MÉDITÀTIOlfS

et portée bien loin au dehors; mais sorti deDiea, comme la pensée sort de Tesprit en y demeurant toujours : sorti de lui , par conséquent , comme quelque chose de vivant ^ ou plutôt comme la ^ même; ce qui fait dire à saint Jean, que la «w était en lui W : c'est-à-dire, qu'elle y étoit comae , dans le Père , qu'elle y étoit comme dans sa source; selon ce qu'il dit lui-même de sa propre boucke : Conune le Père a la ^îe en lui-même ; ainsi a44l donné au Fils d*a\^ir la vie en lui-même W. Il est donc sorti de Dieu de cette manière , vivant de vivant y vie de la vie ; sorti par la parfaite connoifsance qu'il a éternellement de lui-même, comme sa pensée , son intelligence , sa sagesse ; conune sa parole intérieure , par laquelle il se dit à lui-même tout ce qu'il est ; comme l'expression vive et naturelle de ses perfections et de tout son être; comme portant en lui-même toute sa beauté; comme étant sa vi%/e et parfaite image, et l'empreinte de sa suis' tance (3). Sorti par conséquent comme un autre luimême ^ comme son Fils, de même nature que loi; Dieu comme lui; mais un même Dieu avec lui, an même Dieu que lui; parce qWil ne sort pas par l'effusion d'une partie de sa substance ; mais il sort de toute sa substance , puisque sa substance ne souffre pas de division ni de partage : de sorte que sa sobs' tance, sa vie, sa divinité lui est communiquée toute entière ; lui est commune avec le Pèi^ , à qui il ne reste rien de propre et de particulier que d'être Père: comme il ne reste à la source . que d'être la source^

CO Joan. 1. 4. — C») làUi. V. a6. — (3) liebr. i. 3.

tout le reste, pour ainsi parler, passant tout entier dans le ruisseau.

, Voilà, autant qu'il est permis aux hommes de bégayer , voilà , dis-je , ce que c'est que sortir de Dieu. Ce sont les expressions dont se sert TEcriture sainte, pour aider notre foible intelligence, pour rélever au-dessus d'elle-même. Et tout cela nous est . dit en abrégé dans le symbole de Nicée , lorsqu'il y est dit , que le Fils de Dieu est engendré, et sorti de la substance de son Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu d'un vrai Dieu , de même substance que son Père, et un même Dieu avec lui , parce que le Seigneur notre Dieu est un seul Dieu, et que tout ce qui est Dieu et vrai Dieu , ne peut être qu'un ; l'unité étant la substance et l'essence même de la divinité. Mais pourquoi se perdre aujourd'hui dans ces sublimes pensées? si ce n'est pour considérer avec saint Jean par une ferme et vive foi , que vous , mon Sauveur, étant Dieu, égal à Dieu, et un même Dieu avec votre Père, d'où vous êtes sorti en demeurant éternellement dans son sein; néanmoins TOUS avez voulu vous rabaisser jusqu'à laver nos pieds, vous humiliant de cette sorte devant votre créature , pour nous apprendre à nous humilier , non-seulement devant vous, mais encore devant nos frères, devant nos égaux, devant des hommes faits comme nous, devant nos inférieurs, si notre bassesse naturelljs nous permet de mettre quelqu'un en ce rang.

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