‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 141 sur 189 · XIV.* JOUR · texte numérisé non relu

XIV.* JOUR

Qu'est-ce que le trouble de Jésus ? Ibid.

Il me semble, ô mon Sauveur ! que vous me faites entendre en quelque façon ce que c*étoit que ce trouble, dont il est si souvent parlé dans votre Evangile. C^est déjà bien certainement un trouble dans l'intérieur; autrement Tévangéliste ne diroit pas, // se troubla dans son esprit : ni lui-même, M<m qme est troublée. Mais qu'est - ce donc dans son intérieur , que ce trouble ? si ce n'est l'horreur d'un , grand mal , d'un mal extrême, du plus grand de tous les maux, qui est le péché, avec toutes les affreuses circonstances qu'on vient de voir que J&us

SUR l'évahgile. 4^9

avoit en vtie : horreur, qui excitée dans son anie sainte , rejaillissoit sur le coi*ps y et y causoit des effets à peu près semblables à ceux que nous éprouvons à la vue des objets les plus fâcheux ; à quei il faut ajouter au temps de la passion , ce que je Tab tâcher de pénétrer avec le secours de TEcriture.

Le trouble de Famé consiste principalement dans la diversité des pensées qui nous montent dans Fesprit à l'occasion des objets extraordinaires. Pourquoi étes^vous troublés , et pourquoi s'élèi/e^t-il tant de différentes pensées dans votre cœur? dit Jésus luimême à ses disciples M , lorsqu'il les vit si effrayés , de ce qu'il leur apparoissoit après sa mort. Ces penses, dont l'ame est distraite et agitée , en sorte qu'elle ne sait quel parti prendre et à quoi se dé* terminer, c'est ce qui la trouble : elle ne se possède plus, elle n'est plus maîtresse d'elle-même.

Oserons-nous dire , qu'il y a eu quelque chose de semblable dans Tame sainte de Jésus? Maintenant, dit-il, mon ame est troublée : et que dirai-je ? Dirai^je à mon Père : Mon Père, sauuez-moi de cette heure affreuse, oh j'aurai tant à souffrir? Mais c^ést pour cette heure-là que je suis venu : mon Père , glorifiez votre nom. W.

Voilà cett3 divei*sité de pensées : on voit une espèce de perplexité dans ces paroles : Que dirai-jet une espèce d'irrésolution dans celles-ci , Que demanderai-je à mon Père ? qu'il me délivre de tant de maux ? Mais toxit se termine enfin par s'abandonner tout entier à Dieu, et n'avoir pour objet que sa gloire.

(0 Luc. XXIV. 38. — W Joan, xii. 27 , a8.

490 MÉDITATIOHS

Y a-t-il eu une véritable irrésolution dans la sainte ame de Jésus? A Dieu ne plaise; car rirrésolutioa ne venant que de la foiblesse de la raison , lorsqu'on ne voit pas assez clair pour se déterminer à œ qu il faut faire : une telle disposition pouvoit-dle se trouver dans Tame du Sauveur , à qui la sagene éternelle étoit unie, et ne cessoit de la diriger dau tous ses mouvemens? Mais encore qu il n*y eût point une véritable irrésolution dans une ame si fenne et si éclairée, il y a eu quelque chose de semblable; puisqu*il a souffert en lui-même ces difierentes pensées, que causent d'un côté Fhorreur naturelle d'une mort accompagnée de tant de terribles circonstances; et de l'autre, une par&ite détermination à s y livrer, parce que Dieu le vouloit ainsi

Page 1