XV.* JOUR
L*hx>rreur du péché , cause du trouble de notre
Seigneur. Ibid.
Pour comprendre combien cet état est fôchenx et affligeant, il ne faut que se souvenir que ce qui faisoit Fhorreur de Jésus-Christ, n'étoit pas seulement la mort douloureuse qu il avoit à soullîîr. Car encore que cette horreur de la mort et de la douleur soit naturelle au genre humain, et que Jésus*Cbnst l'ait dû prendre avec toute sa vivacité en prenant notre nature toute entière ; c'étoit le piéché qu'il regardoit comme l'objet qui lui étoit le plus opposé, et qui faisoit soqi aversion. Il regardoit la mort,
SUR L^ÉVAlTGILE. 4j)i
ainsi qu^on Ta vu, comme Tefiety comme la peine do péché; la sienne étoit causée par mille énormes péchés : elle en augmentoit la grièveté et le nombre y à la manière qui a été dite. Âh quel calice ! combien grande y combien excessive en est Tamertume!
Un ancien Père raconte la disposition de trois solitaires dans les injures qu'on leur faisoit. Uun se recueilloit en lui-même , et examinoit en tremblant y s'il ne s'étoit point emporté , s'il n'avoit point manqué de patience. L*autre regardoit celui par qui il étoit outragé , comme un homme qui s'attiroit à lui-même de grands maux par les justes jugemens de Dieu ; et il en étoit attendri jusqu'à en pleurer. Mais les larmes du dernier étoient bien plus abondantes y et bien plus amères ; parce qu'il s'attachoit à considérer que les outrages qu'on lui faisoit étoient autant d'offenses contre Dieu , dont encore il avoit été l'occasion, quoiqu'innocente. Laissons la première disposition, qui ne peut convenir au Sauveur: mais les deux autres étoient en lui d'autant plus vives, qu'il avoit plus de tendresse pour les hommes, une impression beaucoup plus forte des jugemens de Dieu, et une horreur du péché au-dessus de tout ce qu'on peut petiser.
Quand donc il lui plaisoit , quand il étoit convenable, et il l'étoit principalement dans le temps de sa passion ,* de se livrer tout entier à ce sentiment de compassion pour les pécheurs, et d'horreur pour le péché même ; ce qu'il souQroit est inex]plicable : et il ne faut pas s'étonner de lui avoir entendu dire :
49^ If éDITATIOBrS
Mon ame est troublée (0^ ni de lai entendre dii bientôt: Mon ame est triste jusqu'à la mort (^).
Mon Sauveur ! ce trouble de votre sainte ame Aoit nécessaire d'un côté, pour exciter et poar guérir l'insensibilité de la mienne , qui loin d'être troublée de son péché, n'en sent ni le poids ni k blessure; et de Fautre, pour expier ce trouble de mes sens émus par les diverses passions qui me tyrannisent tour à tour. Semeur y guérissez-mot de tant de maux ; que je cesse d'être insensible au péché ; que je cesse d'être si sensible aux plaisirs et aux douleurs qui viennent du corps , oili je me trouft plongé par l'acquisition et la perte des biens périssables.