XIX/ JOUR
L'eucharistie mémorial de la mort du Sauveur,
Afjnt que de souffrir. Ce sont les dernières paroles du verset i5 du chapitre xxii de saint Lac. , Cherchons avec humilité pourquoi il falloit que Jésus-Christ instituât et qu'il mangeât cette pâque avec ses disciples, avant que de saufirir, plutôt qu'après et lorsqu'il fut ressuscité.
Il avoit dessein dans ce mystère de nous rendre sa mort présente ; de nous transporter en esprit au calvaire , oh son sang fut répandu y et coula à gros bouillons de toutes ses veines. Ceci, dit-il, est mon corps donné pour vous, rompu pour ^ous, et perce de tant de plaies : Ceci est mon sang répandu pour vous (0. Voilà ce corps, voilà ce sang qui nous sont mis devant les yeux , comme séparés Fun de Fautre. ACn que tout cadrât 4 son dessein , il falloit que ce mystère fût institué à la veille de cette mort sanglante j la nuit même oh il depoit être livré, comme remarque saint Paul W ; lorsque Judas machinoit son noir dessein , et qu'il étoit prêt à partir pour Fexécuter. Que dis-je , prêt à partir ? // part de la table {^) y où lui et les autres disciples mangeoient pour la dernière fois avec leur Mattre , oîi il venoit de leur donner son corps et. son sang , et à Judas comme aux autres : il part à ce moment pour Faller
(0 MaUh, XXVI. a6, aS. Lu/c, xxii. 19, ao. — (•) /. €}or, xi. al — (^) Joan. XIII. 3o.
SDR l'évangile. 5o5
livrer : dans deux heures il le mettra entre les mains de ses ennemis. Jësus est lui-même déjà tout troublé de sa mort prochaine , du trouble mystérieux que nous avons vu : c est en cet état ; c'est parmi ce trouble , et la mort y pour ainsi parler, déjà pré* sente , qu il institue la nouvelle pâque.
Toutes les fois donc que nous assistons ^ que nous communions à son mystère ; toutes les fois que nous entendons Cfes paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang ; nous devons nous souvenir dans quelles conjonctures y à quelle nuit, au milieu de quels discours y elles furent proférées. Ce fut en disant devant y ce fut en répétant après : Un de vous me prahira : la main de celui qui me trahira , est avec moi à la table (0. L'institution de la cène est faite 4ans cette conjoncture : pendant que les apôtres, avertis de la perfidie d'un de leurs compagnons , se regardoient les uns les autres , et demandoient avec (étonnement et avec frayeur : Sera-ce moi? que Judas le demandoit luMpiême , et que le Sauveur lui dit : Oui , c* est vouf^vous l'auez dit (^) : ajoutant encore, pour lui faire sentir qu'il lisoit au fond de son cœur ses noires machinations : Va, achève, malheureux :Jais promptement ce que tu as à faire (^). CTest au milieu de ces actions et de ces paroles ; et pendant qu'il désignoit des yeux et de la main, celui qui alloit faire le coup ; c'est, dis- je , parmi toutes c^ choses , qu'il institua l'eucharistie.
Ne la mangeons donc jamais , n'assistons jamais ^ la célébration de ce mystère , que nous ne nous
(«) Matth. XXVI. 21. Luc. XXII. ai. — (») Matth, xxvi. aa , a5. — C) Joan. XIII. 37.
5oC MÉDITATIONS
transportions en esprit à la triste nuit où il fut établi j et que nous ne nous laissions pénéti-er des préparatifs affreux du sacrifice sanglant de notre Sauveur : car c'est pour cette raison que saint Paiil| en racontant cette institution, nous remet devant les yeux cette nuit affreuse : Tai^ dit-il , appris dm Seigneur ce que Je vous ai enseigné : que le Sei" gneur Jésus , la nuit ou, il devoit être livré , prit du pain : et le reste (0. C'est dans cette nuit; songexy bien, et remarquez cette circonstance.
Il pourroit sembler , que Teucharistiè étant iu mémorial d^ cette mort, en devoit être précédée. Mais non : c est aux hommes, dont les connoissances sont incertaines, et la prévoyance tremblante, à laisser arriver les choses, avant que d'ordonner qu'on s'en souvienne. Mais Jésus, bien assuré de ce qui alloit arriver, et du genre de mort qu'il devoit souffrir , sépare par avance son corps et son sang : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, ditil (^), mon corps lii^ré : aggil sang répandu; souvenez-vous-en : souvenez-vous de mon amour , de ma mort, de mon sacrifice, et de la manière admirable dont s'accomplira votre délivrance.
Ainsi quand Dieu institua la pâque, à la veille de la délivrance du peuple de Dieu ; lorsque tout le monde étoit en attente de ce qu'il feroit la nuit suivante , pour accomplir cet ouvrage , il leur dit : Immolez un agneau; prenez-en le sang, lavez-en "VOS portes; je viendrai, je verrai ce sang y et je passerai; l'ange exterminateur ne vous frappera pas , et j'épargnerai à cette marque les maisons. da
(0 /. Cor. XI. 23. — (») Mauh, xxvi. a6, aS. Imc, xxu. 19, sa
stJH i/évangile. 807
Israélites, pendant que je remplirai celles des Egyp* tiens de carnage et de deuil, en faisant mourir tous leurs premiers nés : et ce sera là le coup de votre délivrance. C'est ce que Dieu dit dans TExode (0. > Mais que dit-il dans le même lieu ? F^ous renouyeU lerez tous les ans la même cérémonie; vous im^ molerez un agneau, vous le mangerez avec les mêmes observances ; et quand vos enfans vous rfemanderont : Quelle est cette religieuse cérémonie ? Ofous leur répondrez : C'est la victime que nous célébrons en mémoire du passage du Seigneur, lorsque frappant toute V Egypte, il épargna, il passa les maisons des Israélites , et nous délivra par ce moyen de la servitude oU nous étions W.
Dieu donc y qui savoit ce qu'il vouloit faire, en institua aussi le mémorial , avant que la chose fût arrivée ; afin qu'en faisant la pâque, non-seulement ils se souvinssent de leur délivrance , mais quils se souvinssent encore que ce sacré mémorial avoit été établi à la veille d'un si grand ouvrage , et pendant que tout le peuple étoit en attente d'un si grand événement.
La nouvelle pâque est instituée dans le même esprit : et toutes leâ fois qu'on la célèbre parmi nous ; et on la célèbre non pas tous les ans/ comme la pâque ancienne, mais tous les jours; toutes les fois, dis-)e , qu'on la célèbre , et que nos enfans, qui nous la verront célébrer avec tant de religion et de respect, nous demanderont. Quelle est cette cérémonie? nous leur dirons : C'est le mystère que Jésus- Christ institua avant sa mort, mais cette mort déjà
(Ofxocf.xii. 3, 6» 7, 13, i3p 93.«-(«)/^. a5, 26, 27.
5o8 MÉDITÀTIOlfS
présente ^ pendant qu on tramoit le noir complot qui le devoit mettre en croix le lendemain ; pour nous laisser un mémorial de cette mort, et la pe^ pétuer en quelque sorte parmi nous. Venex, venet^ mes enfans ; préparez- vous à communier avec nous^ et souvenez-vous de votre Sauveur immolé pour Famour de vous.
llfalloit donc^ pour accomplir Fancienne figure de la pâque, il falloit que la nouvelle pâque^ qui devoit être le mémorial étemel de la mort de Je* sus-Christ, fût instituée avant cette mort. Toi désiré , dit Jésus y de la mander ayec vous auant qm de souffrir (0. Et qu'étoit-ce , en effet , que la pâqne ancienne, si ce n'étoit la figure de la véritable délivrance du peuple de Dieu ? Immolez un agneau, prenez-en le sang, lauez-en vos portes j Je vous délivrerai à cette marque (^). Dieu avoit-il besoin du sacrifice d*un agneau pour accomplir ses ouvrages? Avoitil besoin d'un signal, et de cette marque de saog, pour connottre les maisons quil vouloit épai'gner? Tout cela manifestement se faisoit en notre figure, pour nous apprendre que nous ne serions délivrés que par le sacrifice de Jésus-Christ , Tagneau sans tadie immolé pour le péché du monde, et en vue du sang de son sacrifice. Et Jésus-Christ établit le mémorial d'un si grand bienfait , comme Dieu avoit élabli celui de la délivrance du peuple ancien, avant que la chose f&t arrivée ; afin que nous connussioos que notre Dieu n'est pas comme les hommes, qu'il sait prévoir toutes choses, et les faire comme il convient à un Dieu.
(0 Lue. XXII. i5. — (») Exoà, xii. 3,4» 5.
SUA L^ÉVÀirGlLE. So^
Accoutamons-nous donc, en assistant au saint sacrifice, et encore plus en communiant, à nous remplir la mémoire de la mort de notre Sauveur , et de la nuit où il fut livré. Regardons l'institution de Teucharistie , comme un nouvel engagement qu'il prenoit encore avec nous et avec son Père, pour se dévouer à la mort. Et quelle merveille, qu'il Tait pré* vue à la veille qu'elle arriva; puisque non-seulement il l'avoit prévue long-temps auparavant, comme on le voit en tant de lieux de son Evangile ; mais encore comme on le voit dans la loi et dans les prophètes , dès Torîgine du monde , par tant de prédictions , par tant de figures admirables ?