XXII/ JOUR
Institution de l'eucharistie.
Lisez les paroles de Tinstitution de la cène , en saint Matthieu, xxvi. a6, 97, a8 : en ajoutant les paroles des autres auteurs sacrés , qui sont du même sujet. Pendant qu'ils soupoienl; comme ils man^ geoient encore (suivant le grec) , Jésus prit du pain, le bénit , et après avoir rendu grâces (0^ le rompit,
(0 /. Cor, XI. a4' '
5i8 MÉDITATIONS •
et le donna à ses disciples , en leur disant : Prena, mangez ; ceci est mon corps , donné pour ^ous :faiÊtt ceci en mémoire de moi (0. Et prenant la cotfè après le souper ^ il rendit grâces, et la donna à sa disciples , en leur disant: Buvez-^n tous; c'est mm sang, le sang de la nouvelle alliance, gui est répamk pour plusieurs en rémission de leurs péchés; UnOBt les fois que vous le boirez , foites-le en mémoiredi moi W. Voilà tout ce qui regarde rinstitation. Seulement au lieu que saint Luc fait dire au SauTeiir : Ceci est mon corps donné pour vous ; saint Paul hà fait dire : Ceci est mon corps rompu pour vous (^) : toujours dans le même sens ; il est livré à la mort , il est froissé de coups y percé de plaies, violemment suspendu à une croix ; en ce sens rompu et brisé : voOà le corps que Jésus nous donne ; le même corps qui alloit bientôt souffrir ces choses , qui les a mainte* nant souffertes. Encore un mot sur le texte. An lieu que la Yulgate traduit : le sang fui sera répandu pour vous ; Foriginal porte : qui est répandu : qui se répand; en temps présent, dans saint Matdiiea et dans saint Marc ; et sur le corps, le même origi*» nal porte , dans saint Paul : le corps qui est rompu; qui se rompt, pareillement en temps présent. Et , eu effet , dans saint Luc , la version porte , aussi bien que l'original : qui est donné , qui se donne : quod DATUR^ et non pas au futur , sera donné (4) ; dans le même sens que Jésus disoit : Pdque sera dans deuoa jours, et le Fils de l'homme sera livré (5) ; est livré, selon le grec : il le va être ; Touvrage est en train,
(0 Luc. XXII. 19. — (») /WA ao. /. Cor. xi. a5. — (5) /. Cbr. xi. af : dans le grec. «— (4) Luc, xxii. 19. — * (^) Jlfatth. xzyi, a.
SUR L*ÉVANaiLE. Sig
en tient dëjà le conseil pour trouver le moyen de le picndre et de le faire mourir (0 : Et le Fils de rhomme s'en va , comme il a été écrit de lui : mais 9nalheur à celui par 4/ui le Fils de l'homme sera iii^ré : est livrée sdon le grec W. Il parle toujours en temps présent, à cause que sa perte étoit résolue, tramée pour le lendemain , et qu on alloit dans deux heures commencer à procéder à l'exécution; et afin aussi qu'en quelque temps que nous recevrions son corps et son sang, nous regardassions sa mort comme présente.
Chrétien , te voilà instruit : tu as vu toutes les paroles qui regardent rétablissement de ce mystère : quelle simplicité ? quelle netteté dans ces paroles ! il ne laisse rien à deviner , à gloser : et s'il y faut quelque glose , c'est seulement en remarquant que selon la force de Toriginal , il faudroit traduire : Ceci est mon corps , mon propre corps ; le m^me corps qui est donné pour vous : Ceci est mon sang, mon propre sang; le sang de la nouvelle alliance : le sang répandu pour vous en rémission de vos pé" chés. Car c'est aussi pour cette raison que le syrien, aussi ancien que le grec, et fait du temps des apôtres, lit : Ceci est mon propre corps : et que dans la liturgie des Grecs il est porté, que ce qu'on nous donne, ce qu'on fait de ce pain et de ce vin, cest le propre corps de Jésus , son propre sang. Voilà la glose s'il en faut. Quelle simplicité, encore un coup ! quelle netteté! quelle force dans ces paroles! S'il avoit« voulu donner un signe , une ressemblance toute
(0 MauK zxTi. 3u -« (*) lUd. 34* Bfare. xit. ai. Luc* xxii. aa.
SaO ICÉDITATIOUS .
pure y il aûroit bien su le dire : il sa voit bien que Dieu avoit dit , en instituant la circoncision : #^ow circoncirez votre chair : ce sera le signe de taUùme$ entre vous et moi (0. Quand il a proposé des similitudes, il a bien su tourner son langage d*une mstt nière à le f^ire entendre; en sorte que personie n'en doutât jamais.: Je suis la porte : celui ^ui eam par moi , sera sau^é ip). Je suis la vigne , et vwês les branches : et comme la branche ne porte Je fruit qu attachée au cep : ainsi vous n'en pouces porter^ si vous ne demeurez en moi (3}« Quand il fait des comparaisons , des similitudes ; les évangélistes ont bien su dire : Jésus dit cette parabole i il fit cette comparaison. Ici, sans rien préparer , sans rien tempérer, sans rien expliquer ^ ni devant, ni après , on nous dit tout court : Jésus dit : Ceci est mon corps ; Ceci est mon sang : mon corps donné; mon sang répandu : voilà ce que |e "voua donne. Et vous, que ferez -vous en le recevant? Souvenex* vous éternellement du présent que je vous Êiis en cette nuit : Souvenez-vous, que c'est moi qui vous Tai laissé, et qui ai fait ce testament; qui vous ai laissé cette pâque, et qui Tai mangée avec vous, avant que de souffrir. Si je vous donne mon corps, comme devant être, comme ayant été livré pour vous; et mon sang comme répandu pour vos péchés; en un mot , si je vous le donne comme une victime, mangez-le comme une victime; et sonvene^vous que c'est là un gage qu elle a été immolée pour vous. O mon Sauveur! pour la troisième fois, quelle net*
(<) Cen, ZTii. r I. «» C«) Joan. x. 9. — (') Ihid, xt. 5û
SUE l'évangile. 531
teié ! quelle précision ! quelle force ! Mais en même temps y quelle autorité et qu^e puissance dans vos paroles! Femme ^ tu es guérie (0 : elle est guérie à Tinstant. Ceci est mon corps; c^est son corps : Ceci est mon sang; c'est son sang. Qui peut parler en cette sorte , sinon celui qui a tout en sa main 7 Qui peut se faire croire, sinon celui à qui faire et parler c'est la même chose?
Mon ame, arréte-toi ici, sans discourir : crois aussi simplement , aussi fortement que ton Sauveur a parlé , avec autant de soumission , qu'il bit pa-< roitre d'autorité et de puissance. Encore un coup ^ il veut y dans ta foi , la même simplicité qu'il a mise dans ses paroles. Ceci est mon corps ; c'est donc son corps : Ceci est mon sang ; c'est donc son sang. Dans Fancienne façon de communier , le prêtre disoit t Le corps de JésusT-Christ ; et le fidèle répondoit : Amen , il est ainsi : Le sang de JésusmChrist ; et le fidèle répondoit : Amen, il est ainsi. Tout étoit fait^ tout étoit dit, tout étoit expliqué par ces trois mots. Je me tais, je crois , j'adore : tout est fait , tout est dit.