‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 148 sur 189 · L ÉVANGILE. S'^S · texte numérisé non relu

L ÉVANGILE. S'^S

'VOUS (0 : VOUS avez sur lui un droit réel. Mais aussi votre corps n'est p^ à vous : Jésus le vent posséder. Ainsi vous s^rez unis corps à corps : et vous serez deux dans une chair; qui est le droit de TEpouse^ et raccomplissement parfait de ce chaste , de ce divin mariage.

L'usage passe ^ mab le droit demeure. On n'est pas toujours dans ce chaste embrassement ; mais on y est de. désir , on y est de droit : Ainsi, dit notre Sauveur y qui me mange demeure en moi, et moi en lui {p) : il n'y demeure pas pour un moment ; cette jouissance mutuelle a un effet permanent : Qui me mange, qui jouit de moi y demeure en moi: mais Tunion est réciproque ; demeure en moi, et moi en lui. ^Que cette union est réelle ! Que l'effet en est permanent ! Le corps de Jésus -Christ est en ma puissance *, j'ai reçu ce droit sacré par le baptême ; je l'exerce dans l'eucharistie ; mon corps est donc au Sauveur y comme le corps du Sauveur est à moi. Il y faut joindre un chaste et parfait amour. Comme mon Père est vivant, et que je vis pour mon Père : ainsi celui qui me mange vivra pour moi (^) : il ne respirera que mon amour ; il n'aura de vie que celle qu'il recevra de moi.

C'est aussi à quoi nous conduit le souvenir de la mort de notre Sauveur. Dans ce tendre y dans ce bienheureux , dans ce cher souvenir y l'amour de Jésus-Christ nous presse , pendant que nous pensons que si un seul est mort pour tous , tous aussi sont morts ; et un seul est mort et ressuscité pour tous , afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-

(") Luc, XXII. 19. /. Cor. Ti. 16. — («) Joan, vx. 57. — P) Ibid. S^.

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mêmes ^ mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux (0^

Prenons donc ce corps sacré avec transport ^ avec ce bienheureux excès dont parle saint Paul dans le même endroit : Si^ dit - il (^) ^ nous sommes transportés en notre esprit, et hors de nous-mêmes, c'est pour Dieu. Oui , à la présence de ce corps , je sds hors de moi; je m'oublie moi-même; je veux jouir de TEpoux et de lui seul. Quoi ! je prendrois ce qui est uni avec Jésus^Christ > jusqu'à faire un corps avec lui; pour l'unir à une impudique, et devenir avec elle un même corps! A Dieu ne plaise {^)\ Mais tout ce qui partage mon cœur^ tout ce qui en ôte à Jésus-Christ la moindre parcelle , est pour moi cette impudique qui veut m'enlever à Jé^s-Chrîst. Que tous les mauvais désirs se retirent : Mon corps uni au corps de Jésus n'est pas pour l'impureté , mais pour Jésus-Christ, et Jésus-Christ aussi est pour mon corps (4). Voici le parfait accomplisse* ment de cette parole : Teucharistie nous explique toutes les paroles d'amour ^ de correspondance , d'union y qui sont entre Jésus- Christ et son Eglise^ enti*e l'Epoux et l'Epouse , entre lui et nous.

Dans le transport de l'amour humain , qui ne sait qu'on se mange ^ qu'on se dévore, qu'on voudroit /incorporer en toutes manières, et comme disoit ce poète, enlever jusqu'avec les dents ce qu'on aime, pour le posséder, pour s'en nourrir, pour s'y unir, pour en vivre? Ce qui est fureur, ce qui est impuissance dans l'amour corporel, est vérité, est sagesse

(0 //. Cor, V. i4. i5. — W lUd. i3. — (5) /. Cor. ru i5, id. - (4) Ibid, i3.

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dan$ l'amour de Jésus : Prehez ^ mangez , ceci est mon corps : dévorez^ engloutissez, non une partie , non un morceau , mais le tout.

Mais il faut que Tesprit s'y joigne; car qu^est-ce aussi que s'unir au corps, si on ne s'unit à l'esprit? Celui gui est uni aU Seigneur, qui lui demeure attaché, est un même esprit avec hdW. Il n'a qu'une même volonté, un même désir, une même félicité^ un même objet , une même vie.

Unissons - nous donc à Jésus, corps à corps, esprit à esprit. Qu'on ne dise point : L'esprit suffit : le corps est le moyen pour s'unir à l'esprit; c'est en se faisant chair que le Fils de Dieu est descendu jusqu'à nous; c'est par sa chair que nous devons le reprendre pour nous unir à son esprit, à sa divinité. Nous sommes faits participans , dit saint Pierre (^), de la nature divine; parce que Jésus* Christ a aussi participé à notre nature. Il faut donc nous unir à la chair que le Verbe a prise, afin que par cette chair nous jouissions de la divinité de ce Yerbe, et que nous devenions des dieux, en pre* nant des sentimens divins.

Purifions donc notre corps et notre esprit , puisque nous devons être unis à Jésus - Christ , selon l'un et selon l'autre. Rendons-nous dignes de recevoir ce corps virginal, ce corps conçu d'une vierge, né d'une vierge. Purifiez - vous , sacrés ministres, qui nous le donnez. Que votre main , qui nous le donne , soit plus pure que la lumière ; que votre bouche, qui le consacre, soit plus chaste que celle

(«) /. Cor. VI. 17 — W //. Pet, 1. 4.

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des vierges les plus innocentes. O quel mystère! Avec quelk pureté doit-il être célébré! Le mariage est saint et honorable entre tous; et la couche mçrtiale est sans tache {^); mais elle n'est pas encore assez sainte pour ceux qui doivent consacrer h chair de TAgneau. Par cette sainte institution de la continence que TEglise a toujours eue en vnei les doctes le savent , depuis le temps des apdtres, qu'elle a enfin établie ^ quand elle a pu^ dès les premiers siècles , partout où elle a pu, et d*oiie manière plus particulière dans TEglise d'Occideat| et dans celle de Rome spécialement , consacrée et fondée par les deux princes des apôtres saint Pierre et saint Paul ; TEglise veut préparer à ce corps vierge , à ce corps formé d'une vierge , des ministres dignes de lui , et nous donner une vive idée de k pureté de ce mystère. Prenez ^ mangez^ ceci eiC mon corps ; purifiez votre corps , qui le doit recevoir ; votre bouche , où il doit entrer. La pureté de la bouche y c'est qu'il n'en sorte que des paroles de bénédiction ; la pureté de la bouche , c*est de modérer sa langue y la tenir le plus qu^on peut dut le sdence; la pureté de la bouche, c'est de dâirer le chaste baiser de l'Epoux ; et renoncer à toote autre joie qu'à celle de le posséder : Amen , amen.

(0 Ilebr. XIII. 3.

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