‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 154 sur 189 · XXXIL- JOUR · texte numérisé non relu

XXXIL- JOUR

Notre Seigneur nous donne à manger le même corps j quil a pris pour nous. Joan. vi. 29, 33, 5o, 55, 59.

L'oEUFRE de Dieu est que vous croyiez en celui qu'il a eni^ojé. Je suis le pain de vie : celui qui vient à moi, n'aura jamais faim : et celui qui croit en moi n'aura jamais soif: qui croit en moi a la vie éternelle (0. Il est donc constant que c'est par la foi que nous devons profiter de cette céleste nourriture, pour en recevoir la vie éternelle : et il ne s'agit plus que de savoh* ce qu'il nous enseigne aujourd'hui, que nous devons croire pour cela. Or il nous enseigne clairement qu'il faut croire deux choses : la première, que le Fils de Dieu est descendu du ciel , et qu'il a pris une chair humaine , en laquelle il est venu à nous : la seconde , que pour avoir part à la vie qu'elle contient, il la faut manger.

La première de ces vérités est clairement ensei-

C") Joan. VI. 29, 35 , 47-

SSa 9 XÉOITÀTIOHS

gnée dans ces paroles si souvent répétées : Je sm descendu du ciel : ce n est pas Moïse çui ^ous dorme le vrai pain descendu du ciel, mais cest mon Père qui vous donne le vrai pain descendu du ciel; car k pain de Dieu est celui qui descend du ciel , et fi donne la vie au monde (0 : et encore : Je suisdes* \cendudu ciel pour Jaire la volonté de mon Père, et ressusciter tout ce qu'il m'a donné (^} : et encore : C'est ici le pain descendu du ciel : et encore : Je Stuis le pain descendu du ciel : et encore ; Cest ici le pain descendu du ciel (3).

Voilà donc le fondement de toute la doctrine da Sauveur très-clairement expliq[ué : qui est , qu'il est descendu du ciel^ c'est-à-dire , qu'il s*est incarné, qu'il a pris chaii\

Mais la seconde vérité , qu'il faut manger cette chair pour avoir part à la vie qu'elle contient, n'est pas moins expliquée ni moins inculquée dans tout le discours du Fils de Dieu , à commencer par ces paroles : Et le pain que je donnerai , c'est ma chair pour la vie du monde; ou, comme porte l'original : Le pain que je donnerai, est ma chair que je donne* rai pour la vie du monde (4) : Ce qui ayant donné lieu aux Juifs de dire entre eux : Comment est- ce qu'il nous peut donner sa chair à manger (5) ? le FiJs de Dieu s'explique encore davantage , et insiste de plus en plus à dire : Si vous ne mangez ma chair et ne bui^ez mon sang, vous n'aurez point la vie en vous : ( parce que la vie est pour vous dans cette chair que j'ai pri$e) et sans discontinuer : Qui mange

(0 Joan. vi. 3«, Sa, 33. — W Ihid, 38, 39. — (3) Ibid. 5o, 5i, 59. -^ (4) Uid, 5a. — ^5; JM, 53, 54.

ma chair et boit mon sang, aura la vie éternelle (0. Il ne se lasse point de le rëpéter, puisqu'il ajoute aussitôt après : Car ma chair est vraiment viande, et mon sang est vraiment breuvage : qui mange ma chair et Boit mon sang, demeure en moi et moi en lui : f/ui me mange, viura pour moi: qui mange de ce pain aura la vie étemelle (^}.

On voit comme Jésuà-Christ enfonce , pour ainsi dire , toujours et de plus en plus dans la matière ; il introduit le discours de la nourriture céleste à Toccasion du pain matériel, qu'il venoit de leur donner-: et il en vient jusqu'à dire qu'il faudra manger sa chair et boire son sang : ce qu'il inculque aussi pressamment , qu'il a fait son incarnation ; nous enseignant clairement par-là que nous devons aussi iréellement manger sa chair et boire son sang, qu'il les a pris l'un et l'autre : et c'est là notre salut, c'est notre vie; car par ce moyen il ne prend pas seulement en général une chair humaine ; il prend la chair de chacun de nous, lorsque chacun de nous reçoit la sienne. Alors il se fait homme pour nous, il nous applique son incarnation : et , comme disoit Sfiint Hilaire, il ne porte, il ne prend la chair que de celui qui prend la sienne : il n'est point notre Sauveur, et ce n'est point pour nous qu'il s'est incarné, si nous-mêmes nous ne'prenon$Ia chair qu'il a prise. Ainsi l'œuvre de notre salut se consomme dans l'eucharistie, en mangeant la chair du Sauveur. Il y faut apporter la foi ; car c'est par-là qu'il commence : il faut croire en Jésus-Christ, qui donne sa chair à manger; comme il faut croire à Jésus-

(') Joan. VI. 55. — » lUd. 56, 5; , 58, 59.

Christ descendu du ciel, et revêtu de cette chair. Ce o'est pourtant pas la foi qui fait que Jësus-Chtist est descendu du ciel , et a paru en chair : ce n'est non plus la foi qui fait que cette chair est donnée à manger. Croyons ou ne croyons pas, cela est: croyons ou ne croyons pas, Jésus-Christ est descendu du ciel en chair humaine : croyons ou ne croyons pas, Jésus-Christ donne à manger la même chair qu'il a prise; car il est dit absolument : Ceci est mm corps (0; et non pas : Ceci le sera, si vous j croyez ; comme il est dit absolument: Le Verbe a éti fait chair W ; le Verbe est descendu du ciel en terre; et non pas : Il est fait chair par voire foi; et il deS" cend du ciel si vous y croyez. O vérité de la diair mangée! )e vous crois, comme je crois la vérité de la chair prise par le Fils de Dieu, la vérité du Fils de Dieu descendu du ciel. Mon Sauveur, avec quelle force vous me confirmez votre incarnation l Ha, celui qui ne croit pas qu'on reçoit réellement votre propre chair, en sa propre et véritable substance, ne croit pas comme il faut que vous Taves prise; et il n a point de part au pain de vie.

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