XXXIII.^ JOUR
Présence réelle du corps et du sang de Jésus^Christ dans l'eucharisfie. Joan. vi. 54, 55, 56, 5j. Matth. XXVI. 26, 27, 28.
Si vous ne mangez la chair du Fils de l'f tomme : Prenez j mangez : ceci est mon corps : Si vous m
('; Matth. xxYi. a6. — C») Joan, 1. 14.
buvez son sang : buvez-en tous : Ceci est mon sang. De' dire qu il n'y ait pas un rapport manifeste dans ces paroles; que Tune n*est pas la préparation et la promesse de Fautre ; et que la dernière n'est pas Taccomplissement de celle qui a précédé : c'est vouloir dire que Jésus-Christ, qui est la sagesse éternelle, parle et agit au hasard.^Visiblement il a parlé en saint Jean , chapitre vi , pour préparer Tinstitution de Feucharistie. Il a dit en saint Jean : Tra^ i^aillez à la nourriture que le Fils de l'homnie vous donnera : et encore : Et le pain que je donnerai , cest ma chair que je donnerai pour la vie du monde (0. Il la donnera, dit-il; c'est visiblement une préparation, et une promesse, avec laquelle il ne faut pas s'étonner que l'institution et l'exécution ait un rapport si manifeste : autrement on pourroit dire de même, que lorsqu'il est descendu dans le Jourdain, et que le Saint - Elsprit y est descendu sur lui visiblement (^) , il ne songeoit ni à consacrer Teau , ni à nous montrer l'esprit , desquels il a dit que nous renaîtrions. Mais si la manifestation de la Trinité dans son baptême^ a préparé la déclaration qu'il en vouloit mettre dans le nôtre , lorsqu'il a dit : Allez : baptisez au nom du Père , et du Fils , et du Saint-Esprit {^) y et que son baptême et le nôtre aient entre eux un rapport si manifeste , et en aient en même temps un pareil avec ce qu'il a dit en saint Jean : Si vous ne renaissez d'eau et du Saint-Esprit (4) : on doit croire, qu'il a aussi préparé l'institution de l'eucharistie ; et que ce qu'il a
(0 Joan. VI. ^7, Sa. — (») lUd, i. 3i, 34* m. 5.— O Matlh,
dit en saint Jean^ chapitre vi^' est fait pour cela : et sans tout ce raisonnement la chose parle.
Le rapport des paroles qu on lit dans saint Jean, et de celles de l'institution est visible (0 : là Manger; et ici Manger : là Boire; et ici Boire : là la chair; et ici la chair; ou ce qui est la même chose, le corps : là le sang : ici le sang : là le manger et le boire j la chair et le sang séparément; et ici h même chose. Si cela ne fait pas voir précisément, que tout cela n*est qu'un seul et même mystère, une seule et même vérité, il n'y a plus d'analogie pi de convenance; il n'y a plus de rapport , ni de suite dans notre foi , ni dans les paroles et actions du Sauveur. Mais, si le manger et le boire de saint Jean , est le manger et le boire de l'institution ; donc en saii\t Jean , c'est un manger et un boire par la bouche; puisque dans l'institution visiblement c'en est un de cette nature. Si la chair et le sang , dont il est parlé en saint Jean, n'est pas la chair et le sang en esprit et en figure, mais la chair véritable et le sang véritable, en leur propre et naturelle substance , il en est de même dans l'institution : et Ton ne peut non plus interpréter : Ceci est mon corps : ceci est mon sang, d'un corps en figure, d'un sang en figure; que dans saint Jean : Si vous ne mangez ma chair, et si vous ne buviez inon sang, de la figure de l'un et de l'autre. Or qui pomToit seulement songer que Jésus-Christ ait voulu dire : Si vous ne mangez ma chair en figure, eCmon sang de même , il n'y a point de vie pour "vous : et , ma chair en figure est vraiment viande ; et mon
(0 Matth. XXVI. a6, aS. Joan. vi. 54» 55.
Sun LÉVÀKGILE. 5S7
sang en figure est vraimçnt breuvage; et ainsi da reste ? cela seroit insensé. Il ne Test donc pas moins de dire , que , Ceci est mon corps : Ceci est mon sang^ ne ^oit pas la vérité ; mais la figure de Tun et de Fautre.
Vous dites , que souvent dans VEcriture, Manger,
.c'est croire ; Boire , c'est croire ; et que c'est là le
manger et le boire ^ dont il est parlé dans saint Jean.
Mais puisque manger et boire , à la fois c'est la
même chose; Jésus-Christ ne se seroit pas arrêté
jusqu'à quatre fois réitérées à distinguer le manger
d'avec le boire , ni la viande d'avec le breuvage ,
s'il n'avoit pas regardé à autre chose. Visiblement
donc il a regardé aux paroles de l'institution , otl
manger , c'est prendre par la bouche ; où boire ,
c'est boire dans une coupe et en avaler la liqueur.
Ainsi y quoi qu'il en soit des autres passages, où
manger et boire y c'est croire ; dans l'endroit que
nous méditons y il n'est plus permis de dire que le
manger et le boire soit un manger et un boire inv-
propre et allégorique , ni autre chose qu'un manger
et un boire véritable et proprement dit, un manger
et un boire par la bouche du corps.
Je le crois ainsi , mon Sauveur ! si vous ne mon" gez ma chair : si vous ne buvez mon sang : c'est-àdire , si vous n'obéissez à cette parole : Prenez , mangez : Ceci est mon corps ; Buvez : Ceci est mon sang : et il n'y a d'autre différence entre ces paroles, sinon que pai^ l'une vous promettez, dans Fautre vous donnez ; dans Tune vous préparez , dans l'autre vous instituez; dans l'une vous vous étendez davantage sur le fruit, dans l'autre vous
VOUS attachez plus précisément à exposer la choK même. Mais partout, c'est le même corps, le même sang, reçu de la même manière, et toujours poor la même fin, qui est de s'unir substance à substance, à la chair et au sang que vous avez pris. Encore un coup , voilà , mon Sauveur , ce que je crois. La foi me vivifie ; il est certain : mais cette foi qui me vivifie, c'est de croire que vous avez pris une duàr humaine, un sang humain : et que vous me les donnez aussi véritablement à manger et à boire, même par la bouche du corps, que vous les aYei piîs dans le sein de votre bienheureuse mère.