XXXIV.» JOUR
Manger et boire le corps de notre Seigneur réellement, et as^ec foi. Ibid.
QuK rhomme est insensé, de se servir de la foi pour en détruire l'objet ! Il faut manger votre chair et boire votre sang : il faut croire qu'on la mange, et qu'on le boit ; donc manger et boire , c'est croire : on ne mange point, on ne boit point autrement : et parce qu'il le faut faire avec foi , ce n'est que par la foi qu'on le fait. C'est de même qae si l'on disoit : Jésus-Christ est descendu du ciel, et il a pris chair humaine dans le sein d'une vierge : cette vierge a cru, et ce qu'elle a cru s'est accompli en elle, conformément à cette parole : Bienheureuse, qui auez cru : ce qui vous a été dit s'accomplira en vous (0. Vous avez cru que vous conce-
(0 Luc. I. 4^*
SUR L^ÉVANGILE* 5Sg
vriez le Fils de Dieu , et que vous en seriez la mère : vous Favez conçu ; vous Tenfanterez ; et tout ce que vous avez cru , vous arrivera : vous l'avez conçu en quelque. sorte dans votre esprit par la foi, avant que de le concevoir véritablement dans votre sein : donc cette conception n'est qu'une conception par la foi y et vous n'avez pas véritablement conçu le Fils de Dieu dans vos entrailles ; il n'y est pas véritablement descendu en chair et en os ; et tout cela n*est que figure et allégorie. C'est ainsi que raisonnent ceux qui disent : Il faut manger la chair du Sauveur; il en faut boire le sang; il faut faire Tun et Tautre avec foi : donc la foi est tout ce manger et tout ce boire y et il n'y a rien davantage. C'est ainsi que les hommes disputent contre Dieu^ et contre eux-mêmes : contre Dieu, en ne croyant pas qu'il puisse faire pour l'amour de nous des choses incompréhensibles ; contre eux-mêmes , en refusant leur croyance à ses bienfaits, à cause qu'ils sont trop grands.
De même , quand le Sauveur a dit : Quelqu'un ^ fna touché : car j'ai senti sortir de moi une vertu (0 : et qu'il a si vivement distingué cette femme qui le touchoit avec foi, de toute la troupe qui le touchoit simplement en pressant son corps ; il a voulu dire, que cette femme ne l'a pas touché véritablement selon le corps, et qu'elle ne l'a touché que par la foi et selon l'esprit. C'est ainsi que pensent ceux qui disent : Manger le corps, boire le sang, par la bouche simplement , ce n'est rien ; et la vertu ne sort que lorsqu'on mange et qu'on boit avec foi :
(0 âfauh. Y. 3o. Luc. yiij. 46.
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donc il ne faut entendre ici que la seule foi : et pour tirer la vertu qui est dans le corps et dans le sang de Jésus , on n*a pas besoin de joindre ces deux choses ensemble; c'est à savoir^ d'un côté^ manger et boire selon le corps ; et de Tautre , s'y unir avec la foi. Je me perds , mon Sauveur ! je me perds, encore un coup ; non point dans la hauteur de vos mystères ; car je les crois sans les comprendre, et je ne vous demande pas , à Texémple des incrédules, comment vous pouvez les accomplir. Mais je me perds dans Fégarement des hommes, et dans h perversité de leurs voies ; parce que je vois qu'ils aiment mieux raffiner sur vos paroles, pour en élu? der la force, que d y croire simplement et de vivre;