XXXIX.* JOUR
Quel est le sujet de ce scandale. Joan. vi. 61 , 6a , 63.
Cela vous scandalise? Que sera-ce donc, si je rnen retourne au ciel , d'où je viens P) ? Vous vous scandalisez de m'entendre dire que vous mangerez
10 Joan, VI. 65, 66.— C») Ibid. 63, 64.— (3) ibid. 6a, 63.
573 MÉDITATXOKS
vraiment ma chair , et que vous boirez vraiineiit mon sang; que sera-ce donc^ si avec cela je vous dit encore que je retournerai entier et vivant au eieloà je suis ? Il n y a rien de fort merveilleux , que oelni dont on ne mange la chair et dont on ne boit le sang qu'en croyant en lui, et en méditant sa mort, s*en retourne au ciel tout entier et tout vivant. L'esprit n'a pas accoutumé de démembrer sa nourriture, c'est-à-dire son objet ; la foi ne consume pas ce qu^elle s'approprie ; c'est le manger qui fait cet effet : et ce qui étonne les Capharnaïtes, c'est de leur apprendre qu'il ne le fait pas à cette fois. Us ne songent donc pas seulement que le manger et le boire, au pied de la lettre , soit retranché du discours du Fik de Dieu ; ni que tout cela soit réduit à méditer et k croire. Car l'ascension du Sauveur n*y seroit pas contraire ; et on ne s'avisera jamais qu'un manger et un boire métaphorique , empêchent un homme d'aller où il voudra, ni même au ciel, s'il y peut parvenir. Mais de croire qu'on mange , au pied de la lettre, la chair de cet homme, et que cependant après cela , il monte au ciel tout entier ; c'est ajouter au discours une nouvelle difficulté qui passe toutes les autres. On peut bien s'imaginer qu'on dévore un homme et qu'on vive de sa chair. Mais qu'on la mange et qu'on en vive , et qu'elle demeure entière jusqu'à être avec cela portée dans le ciel, c'est dire que cette chair est indivisible et inconsomptible; qu'on la donne d'une manière spirituelle , surnaturelle , invisible , incompréliensible , et tout ensemble réelle et substantielle; car autrement ce ne seroit rien, et il ne faudroit pas étourdir le monde par
SITU L*ÉyANGILE. S73
cette emphase de mots^ ni alléguer la réalité de rascension, pour expliquer une métaphore. C'est pourquoi à ces mots ils se retirent. Cette ncmvelle difficulté les pousse à bout; et ils ne peuvent plus porter la hauteur de ce mystère.
Ah ! qu*on fait tort au Sauveur, quand on mesure ses paroles au sens humain ! Tout ce gui est à mois est à vous : tout ce qui est à vous ^ est à moi (i). Personne ne connaît le Pere^ si ce ri est le Fils : personne ne connolt le Fils^ si ce n'est le Père (^). Tout ce (fue le Phrefait, non*seulement le Fils le fait; rxidiVè encore 'û le fait semblablement^). Comme le Père a la vie en soi, ainsi le Fils a la vie en soi (4). Qui me voit^ voit mon Père. Moi et mon Père ce n'est tjuun (5). Le Fils est Dieu : il est le jvrai Dieu : il est le Dieu Béni au-dessus de tout : teluipar (jui tout est fait (6). Tout cela n'est rien , nous dit-on ; il est Dieu en représentation : I^eu et lui ce n^est qu^un en affection et en concorde. Et {>ourquoi donc ces grands mots, s*il en falloit tant rabattre , et les réduire enfin à des choses si intelligibles. Mon Sauveur ! vous et vos apôtres vous n*éte$ pas venus étourdir le monde par un langage prodi* gieux : et parce que vous n'êtes pas venus pour l'étourdir, ceux qui énervent ainsi vos paroles sont venus pour le tromper.
De même , dire avec tant de force : Si vous ne mangez ma chair, si vous ne buyez mon sang (7) :
(0 Jooju XVII. ïo. — (*) Luc. X. aa. — (5) Joan. ▼. 19. — (4} Ibùh 26, — (5) ihid, xnr. 9, 10. x. 3o. — ^) Ibid. i. 1,3^, 49* J^om, ix. 5. Joan. I. 3. Heb, t. a, 3, 4» ^9 ^^ ^» 9» 1 3. -r^c(. xiii. 33.— {:)Joan. Y . 54, 55, 56, 57.
S^4 ICÉDITÀTIOirS
le rëpëter quatre et cinq fois , et le rëpëter d^autanl pi us qu* on le trouve plus étrange ; et après Tavoir tant répété y et avoir rebuté le monde qui ne le voaloit pas croire , en venir encore à reffet , et dire amsi crûment, aussi durement: Prenez, mangez; ceci est mon corps : bm^ez ; ceci est mon sang : ce même corps donné pour vous : ce même sang répandu à h croix (0 : il le faut croire ; et croire encore avec toat ceU 9 qu^on ne les consume point en les mangeant; et que je suis dans le ciel en mon entier , avec toat ce que j*ai pris de Thomme , et la nature humaine toute entière : ou cela est vrai , au pied de la lettre » ou tout cela est inventé pour mettre le trouble et )a division dans le monde. Que Dieu fasse des choses hautes y incompréhensibles; il n'y a rien là au-dessos de lui : que le monde en soit i^ebuté, et râiste à une si haute révélation, c'est le naturel de l'homme animal. Mais qu'on accable les esprits de difficultés, qui ne sont que dans le langage : que tout soit exagération , et qu il en faille venir à tout rabaisser à la capacité du sens humain : cela n'est pas. Que ceux-là le croient , qui veulent nous ôter la vérité simple des paroles de Jésus-Christ, et réduire à rien son Evangile.
(0 âfatth, zxYi. a6, 27, a8. Zuc. xxil 19, 20.
SUR L*£VAJ;GILE. 5^5