‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 16 sur 189 · XX.* JOUR · texte numérisé non relu

XX.* JOUR

Vaine gloire dans les bonnes œuvres. Matth. vi. 1,4*

Après avoir porté la justice chrétienne au degré de perfection qu'on vient de voir , et jusqu'à noas donner pour modèle la perfection de Dieu même ; Jésus-Christ voit que Thomme enclm à la vanité^ voudroit tirer de la gloire des pratiques extérieures d'une justice si parfaite ; et c'est ce qui donne lieu à ce précepte (0 : Prenez garde à ne pas faire votre justice déviant les hommes ^ pour en être regardé. Il ne défend pas de pratiquer la justice chrétienne en toute rencontre pour édifier le prochain ; au contraire y il a dit : Que votre lumière luise devant les hommes, afin que votre Père céleste soit glorifié dans vos bonnes œuvres : mais Prenez garde de ne les pas faire pour être regardés des hommes : autre' ment vous perdez votre récompense ip). Demandez-la aux hommes pour qui vous agissez : mais n'attendez de Dieu que la punition qu'il a réservée aux hypocrites.

Toutes les fois qu'on vous loue , craignez cette parole du Sauveur :,En vérité , je vous le dis , vous auez reçu votre récompense (5). Parole si importante, que Jésus -Christ la répète à chaque action qu'il marque en particulier dans ce chapitre.

Souvenez-vous de ce qu il a dit du mauvais rtcbe : // a reçu ses biens en cette vie. Et ailleurs dans la

(0 Âfauh. VI. I , et 50^7. — (») Matth. y. 16. — (3) Matik. n. a, 5.

suit L ÉVÀ?IGILE. 55

parabole da festin : On vous a rendu ce 4fuon a reçu

de vous (0.

Heureux donc ceux dont la vie est cachée en

Dieu avec Jésus-Chrisi, comme dit saint Paul (^); que le monde ne connott pas ; qui vivent dans le secret de Dieu ; qui se contentent de ses yeux : car quelle erreur et quelle folie de ne se pas contenter d*nn tel spectateur 7 Ils sont comme inconnus , dit le même saint Paul (^) : car ils ne sont point dans les vains discours des hommes : Mais ils sont connus : Dieu les regarde d'autant plus , que personne ne songe à eux , et qu'ils sont comme n'étant pas sur k terre. Heureux : heureux ! «Si ye plaisois encore aux hommes, dit saint Paul (4) ^ Je ne serois pas serviteur de Jésus-Christ.

Il faut bien prendre garde ici à une certaine nonchalance ^ qui fait négliger les actions du dehors qui édifient le prochain. On dit : Que m'importe de ce qu'il pense 7 Comme qui diroit : Que m'importe de le scandaliser ? A Dieu ne plaise. Dans les actions du dehors édifiez le prochain y et que tout soit réglé en vous jusqu'à un clin d'oeil ; mais que tout cela se fasse naturellement et simplement ; et que la gloire en retourne à Dieu,

Gardez-vous bien aussi de vous contenter de vous régler à l'extérieur : il faut à Dieu son spectacle ; c'est-à-dire, dans le secret, un cœur qui le cherche. Que votre gauche ne sache pas ce que fait la droite (^). Cachez votre aumône à vos plus intimes amis : Cachez - la dans le sein du pauvre , dit le

(0 Luc, XVI. îi5. XIV. la. — (») Col. m. 3. — (3) //. Cor. vi. 8. ^ ^4) OaL i. ao. — v^j MauJi, vj. 3, 4»

Sage (0 ; que le pauvre même y s*il se peut , ne vous connoisse point. Il faudroit , s'il se pouvoit , vous pouvoir cacher à vous-même le bien que vous faites : cachez-en du moins le mërite à vos yeux : croyez toujoui*s que vous faites peu y que vous ne faites rien , que vous êtes un serviteur inutile : craignez toujours, dans vos bonnes œuvres , que votre intention ne soit pas assez pure , assez dégagée des vues du monde : laissez connoitre à Dieu seul le mérite de vos actions : faites bien sans retour sur vous-même : occupez-vous tellement de la bonne œuvre en ellemême y que vous ne songiez jamais à ce qui vous en reviendra : laissez tout au jugement de Dieu, ainsi il vous verra seul : vous vous cacherez à vousmême.

Ne sonnez pas de la trompette dei/ant vous (^) , comme ceux qui parlent sans cesse de ce qu^ils font et de ce qu*ils disent. Ils sont eux-mêmes leur trom* pette , tant ils craignent de n'être pas vus.

XXL* JOUR.

Prière j et présence de Dieu dans le secret. Matth. Yi. 5, 6, 'jy 8.

Entrez dans votre cabinet^ dans le plus intime de la maison; mais entrez dans le plus intime de votre cœur. Soyez dans un pai^fait recueillement : Fermez la porte sur vous; fermez tous vos sens : ne donnez accès à aucune pensée étrangère : Priez en

(0 EccU. XXIX. i5. — (») Matth» vi. a.

StJK L ÉVÀHGILE. 57

Secret. : épanchez votre cœur devant Dieu seul : qu*il soit le dc^positaire de vos secrètes peines.

Ife parlez pas beaucoup. Il n'est pas ici question d apprendre à Dieu par un long discours vos besoins secrets : // saà tout avant que 'vous parliez. Dites intérieurement ce qui peut vous profiter à vousmême , vous exciter, vous recueillir en Dieu. Les prières des païens qui ne connoissoient pas Dieu , ne sont qu une surabondance de paroles inconsidérées. Parlez peu de la bouche et beaucoup du cœur. Ne multipliez pas vos pensées : car c'est ainsi qu'on s'étourdit y et qu'on se dissipe soi-même. Arrêtez vos regards sur quelque importante vérité qui aura saisi votre esprit et votre cœur. Considérez , pesez y goûtez y ruminez , jouissez. La vérité est le pain de l'ame. Il ne faut pas engloutir d'abord, pour ainsi parler , chaque morceau : il ne faut pas sans cesse passer d'une pensée à une autre, d'une vérité à une autre : tenez-en une : serrez-la jusqu'à vous l'incorporer: attachez-y votre cœur plutôt que votre esprit: tirez-en , pour ainsi parler, tout le suc à force de la presser par votre attention.

Dieu vous voit dans le secret. Songez qu'il vous voit jusque dans le fond, infiniment plus que vousmâme. Faites un acte de foi simple et vif sur sa présence, krae chrétienne, mettez-vous sous ses yeux toute entière. Il est intime , il est présent : car il donne l'être et le mouvement à tout. Ne vous arrêtez pas néanmoins à cette présence , dont toutes les créatures animées et inanimées sont également capables. Croyez par une foi vive qu'il vous est présent y comme vous donnant au dedans toutes les

bonnes pensées , comme tenant en sa main la source d*où elles sortent : et non-seulement les bonnes pensées y mais encore les bons désirs , les bonnes résolutions et toutes les bonnes volontés , depuis le premier principe qui les fait naître jusqu a la dernière perfection. Croyez encore qu*il est dans les justes, et qu il y fait sa demeure , selon cette parole du Seigneur : Nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure en lui {^). Il y est d'une manière stable et permanente : il y établit sa demeure. Souhaitez qu'il soit en vous de cette sorte : oiirez-lui votre intérieur, afin qu il y soit et qu il en fasse son temple. Sortez quelquefois de vous-même, et avec la même foi qui vous le fait voir dans vous-même, regardez-le dans le ciel , où il se manifeste à ses bien-aimés. C'est là qu il vous attend. Courez, volez , rompez vos liens , rompez toutes ces attaches qui vous lient à la chair et au sang. O Dieu, quand vous verrai- je ? Quand aurai-je ce cœur pur, qui fait qu'on vous *voit en soi-même , hoi^ de soi-même , partout ? O lumière qui éclairez tout ! ô vie qui animez tout ! ô vérité .qui nourrissez tout ! ô bien qui rassasiez tout ! ô amour qui unissez tout ! Je vous loue , mon Père céleste, qui me voyez dans le secret.

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