‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 17 sur 189 · XXII.» JOUR · texte numérisé non relu

XXII.» JOUR

Oraison dominicale : Notre Père. Matth. ti. 9.

Regardez dans toutes les demandes , un exercice d'amour.

(0 Joan, ziv. a3.

Strn L*ÉVANGILE. 5i)

Notre Père : Dès ce premier mot de TOraisou dominicale y le cœur se fond en amour. Dieu veut être notre Père par une adoption particulière. Il a un Fils unique qui lui est égal^ en qui il a mis sa complaisance : il adopte les pécheurs. Les hommes n'adoptent des enfans que lorsqu'ils n'en ont point : Dieu qui avort un tel Fils nous adopte encore. L'adoption est un effet de l'amour; car on choisit celui qu'on adopte : la nature donne les autres enfans : l'amour seul fait les adoptifs. Dieu qui aime son Fils unique de tout son amour ^ et jusqu'à l'infini , étend sur nous l'amour qu'il a pour lui. C'est ce que dit Jésus-Christ dans cette admirable prière qu'il fait à son Père pour nous : Que Vautour dont vous rnaU mez soit en eux : et moi je suis en eux (0. Aimons donc un tel Père. Disons mille et mille fois : notre Père, notre Père, notre Père, ne vous aimeronsnous jamais ? Ne serons-nous jamais de vrais enfans pénétrés de vos tendresses paternelles ?

Encore une fois , notre Père. Qu'est-ce qui nous fait dire , notre Père ? Apprenons-le de saint Paul W : Parce que vous êtes enfans , Dieu envoie en vous V esprit de son Fils, qui crie en vous : Père, Père. C'est donc le Saint-Esprit qui est en nous : c'est lui qui forme en nous ce cri intime de notre cœur, par lequel nous invoquons Dieu , comme un Père toujours prêt à nous entendre.

Le même saint Paul dit ailleurs (5) : Ceux qui sont nuis, qui sont conduits par l'esprit de Dieu, sont les en/ans de Dieu,.,, et Dieu nous envoie T esprit d'adoption , par lequel nous crions : Père , Père.

(0 Joan. xvii. 26. — (») Gai. iv. 6. — (') Rom. viii. 14» '5^»

Go MÉDITATIONS

C'est donc encore une fois le Saint-Esprit qui nous donne ce cri filial , par lequel nous recourons à Dieu comme à notice Père.

Pourquoi Tappclle-t-il un cri ? Un grand besoin fait crier. Un enfant ne crie que lorsqu'il souffre oa qu'il a besoin. Mais à qui est-ce qu'il crie dans son besoin : sinon à son père^ à sa mère , à sa nourrice, à tous ceux dans qui la nature lui fait sentir quelque chose de paternel? Crions donc, car nos besoins sont extrêmes. Nous défaillons , le péché nous gagne y le plaisir des sens nous entraîne. Crions, nous n'en pouvons plus y mais crions à notre Père. Qu'est-ce qui nous porte à crier? Le Saint-Esprit, le Dieuamour, l'amour du Père et du Fils : Celui çui répand V amour dans nos cœurs {^). Crions, crions donc avec ardeur , et que tous nos os crient : O Dieu , vous êtes notre Pcrc !

AbraJiam et les autres Pères, dont nous venons selon la chair , nous ont ignorés ; et Israël ne nous a pas connus. Mais vous , 6 Dieu , notre vrai Père , vous nous connoissez; et c'est vous qui nous envoyez du sein intime de votre cœur, et de la source infinie qui est votre amour, cet esprit qui nous fait crier à vous comme à notre Père.

'Cet esprit, ajoute saint Paul (2), rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfans de Dieu. O Dieu, qui entendra ce témoignage du Saint-Esprit, qui nous dit intérieurement que nous sommes enfiains de Dieu ? Quelle voix , lorsque dans la paix d'une bonne conscience, et d'un cœur qui n'a rien à se reprocher qui le sépare de Dieu^ je ne sais quoi nous

CO Biom. Y. 5. •^ W Bom. yin. 16.

SUR L*ÉVANGILE. 6l

dît secrètement y et dans Fintime silence de notre ccBur : Dieu est ton Père : tu es son enfant ! Passons : cette voix est trop intime : trop peu de personnes l'entendent. Passons : une autre fois nous l'entendrons mieux : il faut être plus aflfermi , plus enraciné dans le bien. Le Saint-Esprit ne rend pas à tous ce témoi^age secret. Quant à lui , il voudroit le rendre à tous; mais tous n^en sont pas dignes. O Dieu y faitesnous-en dignes! C'est bien fait de le demander à Dieu; car en eflet c'est lui qui le donne : mais il nous répond^ Agis avec moi^ travaille de ton côté^ ouvre-moi ton cœur, fais taire les créatures , dis-moi souvent dans le secret : Notre Père , notre Père.

XXllI/ JOUR.

Noire Père , qui êtes aux deux. Ibid.

Ea'core un coup : Notre Père : mais ajoutons à cette fois : Notre Père qui êtes dans les deux. Vous êtes partout ; mais vous êtes dans les cieux comme dans le lieu oti vous rassemblez vos enfans , où vous vous montrez à eux, oCi vous leur manifestez votre glo'u*e , où vous leur avez assigné leur héritage.

Saint Paul nous disoit (0 : L'Esprit rend témoignage à notre esprit, que nous sommes enfans de Dieu. Mais écoutons ce qu il ajoute : Que si nous sommes enfans, nous sommes aussi héritiers. Ce n'est pas tout : concevons le comble de notre bonheur ; Héritiers de Dieu ^ et cohéritiers de Jésus-Christ ,

(0 Rom,^i\\. 16, 17.

nous aurons le même héritage , le même royaume : nous serons assis dans son trône : nous aurons part à sa gloire ^ nous serons heureux en lui , par lui ^ avec lui ; et c*est pourquoi nous crions : Notre Père qui êtes dans les cieux, afin de bien concevoir où il nous appelle.

Aimons celui qui nous fait ses héritiei^s, et les cohéritiers de son cher Fils Jésus-Christ. Qui pourroit ne Taimer pas ? Qui pourroit ne pas désirer ce bel héritage ? Il n'est donné qu'à ceux qui Taiment. Notre héritage, c'est Dieu même : il est notre bien : il est lui seul notre récompense. Je suis, dit-il (0, ton protecteur et ta trop grande récompense. Trop grande pour tes mérites , mais proportionnée à l'immense bonté de ton Dieu.

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