‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 160 sur 189 · XLII/ JOUR · texte numérisé non relu

XLII/ JOUR

Discernement des Disciples fidèles et des incrédules. Joan. vi. 14^ i5y 24^ ^5, et seq.

Mon Sauveur, je me tairai devant vous, pour considérer , en silence et avec tremblement , cette prodigieuse différence , qui se manifeste aujourd'hui entre vos disciples ; les uns demeurant avec vous , pendant que les autres vous abandonnent. Et qui sont ceux qui vous abandonnent? Ceux qui avoient dit : Celui-ci est vraiment le Messie; ceux qui vous cherchoient pour vous enlever , et vous faire Roi malgré vous (0 ; ceux qui après votre retraite audelà de Teau , la passent pour vous aller joindre à Capharnaiim (?) ; de tels hommes ne semblent-ils pas être disposés à profiter de votre parole? Ce sont néanmoins ceux-là qui vous quittent, qui murmurent contre vous , qui ne peuvent supporter votre doctrine.

Combien y en a-t-il qui paroissent croire au Sauveur, et qui au fond n*y croient pas, parce qu ils n*y croient fus comme il faut , et cherchent Jésus- Christ par intérêt , comme ceux-ci à qui il dit : En vérité j en vérité , je vous le dis : vous me cherchez à cause des pains dont vous avez été rassasiés (^) ?

584 xAditations

A combien d^autres pourroit-il dire : Vous me chercliez , afin que je contente votre ambition, votre avarice : c'est là dans le fond ce que vous me demandez par tant de vœux , par tant de prières que vous faites dire ? Ce n'est pas ma volonté que vous cherchez , mais la vôtre ; et vous n'êtes pas contens de moi y que je ne vous ôte tout ce qui vous peine dans l'esprit et dans le corps. Sondez toc cœurs : voyez vos œuvres ; quelles elles sont : examinez-vous à fond ; vous ne trouverez rien que de charnel dans vos pensées : Traînaillez à une autre nourriture (0. Remplissez-vous d'autres objets.

Mais, Seigneur, si ceux-ci étoient charnels, vos apôtres l'étoient encore beaucoup : et néaumoins ils demeurent avec vous, pendant que ces murmurateurs se scandalisent et vous quittent. Vous me découvrez ici un terrible secret. Car dès que vous voyez naître l'esprit de murmure dans ces incrédules ; vous leur dites : Ne murmurez point : personne ne peut venir à moi, si mon Père çui m^a en\fojré , ne le tire (^); et lorsque vous les vîtes dc'terminés à vous quitter , vous répétâtes encore une fois : n y en a parmi vous qui ne croient point ; et c* est pour cela que je vous disois : Personne ne vient à moij qu'il ne lui soit donné par mon Père (5). Quand donc saint Pierre vous dit , et les autres fidèles avec lui : Seigneur, à qui irions-nous ? J^ous êtes le Christ, le Fils de Dieu (4). C'est que votre Père les avoit tirés au dedans ; c'est qu'il leur avoît donné de venir à vous ; et non-seulement d'y venir,

(0 Joan. VI. 27. — (») Ibid. 43, 44. — (3) liid, es, 66. — (4) /aût 69, 70.

strn l'étangile. 585

nais encore d^ demeurer : c'est qu'ils ëtoient de ce bienheureux nombre, dont' il est écrit , comme Tous-méme vous le rapportez : Ils seront tous en-seignés de Dieu (0 : de ce bienheureux tout, dont vous prononcez : Tout ce que mon Père me donne ment à moi : c'est-à-dire , tous ceux quil tire de cette manière secrète, qui fait qu'on vient; tous ceux à qui il donne de venir : voilà ce tout bienheureux, qui vous est donné par votre Père; tous ceux-là viennent à vous; et comme vous ajoutez : Vous ne les mettez point dehors (^) : vous les admettez à votre intime secret , à vos intimes douceurs. Vous leur dites encore ici secrètement, comme vous fîtes autrefois à saint Pierre : Fous êtes heureux ^ Simon Jils de Jonas , parce que ce 71 est pas la chair et le sang qui vous Va révélé , mais mon Père qui est dans les deux (3). Réjouissezvous, peuple béni ; rë)ouissez-vous , petit troupeau : parce qu'il a plu à votre Père de vous donner son rojraume (4), de vous révéler soft secret, de vous tirer à son Fils. Et les autres , qu'en faites-vous? ô Seigneur , je frémis en le lisant ! vous les livrez à eux-mêmes par un juste jugement : ils se cherchent eux-mêmes; et vous les livrez à eux-mêmes, à leur orgueil , à leur sens charnel , à leur murmure , à leur scandale : et ils y demeurent volontairement : ils demeurent dans leur mauvais choix, auquel vous les avez abandonnés par un jugement caché, mais toujours juste. C'est pour cela, dites-vous, que je vous ai dit, que personne ne peut venir à moi, s'il

(0 Joan. Yi. 45. — (») JUd^ S;. — W Matth. xyi. 17. — (4) Lue.

Zll. 32.

586 UÈT>ITKT10VS

ne lui est donné par mon Père (i) : personne ne peut sortir de lui-même, de ses sens, de son orgueil, que votre Père ne le tire de là , pour vous le donner. Seigneur , tirez-moi : je vous livre tout.

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