XLIII.' JOUR
iSoiVi^ Pierre et les cathoUçues s'attachent à Jésus- Christ et à l'Eglise : les Capharnaïtes et les héré" tiques s'en séparent. Joan. vi. 53.
SEiGinsuR, vous me jetez dans des vues profondes: je perce dans les siècles à venir. Dans ceux qui demeurent avec Jésus*Ghristy saint Pierre à leur tête, je vois tous les catholiques immuablement attachés à Jésus -Christ y et à son Eglise : et dans ceux qui quittent Jésus , je vois tous les hérétiques qui doivent quitter son Eglise. Dans saint Pierre et dans les apôtres, je vois tous ceux où la foi prévaut sur le sens humain ; c*est-à-dire , tous les fidèles : et dans ceux qui font bande à part y et cessent de suivre Jésus, je vois tous ceux où le sens humain remporte sur la foi ; c'est-à-dii^e, tous les incrédules qui abandonnent l'Eglise; et surtout ceux qui Tabandonnent à l'occasion de ce mystère. Ils se perdent avec ceux qui disent : Comment cet homme nous peut-il donner sa chair à manger {?) ? et ils tournent la vérité en allégorie.
Ma chair est viande, mon sang est Breui^age (?) '• ils le sont vraiment : il les faut manger, il les faut
(0 Joan. VI. 66. — W Ibid. 53. — (3) Ibid. 56.
SUR l'étangile. 587
boire ; trois et quati*e fois : c'est là une allégorie 7 Mais qai en vit jamais une si outrée ? H ne s*en trouve aucun exemple. Mais qui en vit jamais une si peu expliquée j si peu démêlée ? Il y en a encore moins d'exemple ; en un mot , il n'y en a point ; nous l'avons considéré y nous Favons vu : et néanmoins ils s'obstinent à l'allégorie. Que le sens humain est opiniâtre à demeurer dans ses préjugés ! C'est qu'ils ne peuvent soilir de cette première peine , qui a été celle des Caphamaïtes, comme elle est encore la leur: Comment cet homme nous peutril donner sa chair à manger? Ils y succombent ; ils y périssent avec ces grossiers et superbes murmurateurs.
Et cependant, à les écouter, c*est nous qui sommes ces Gaphamaïtes : c'est à votre humble troupeau , c'est aux petits de votre Eglise , qui écoutent en sim* plicité votre parole , qu'ils reprochent d'être les grossiers , d'être les chaniels ; et de ne pas écouter votre parole.
Et quoi ; qu*y a-t-il que nous n*écoutions pas? Jésus-Clu*ist a dit : Que sera-oe, si vous me vojrex remonter au ciel (>} 7 Et il a montré par-là que sa chair ne seroit point démembrée , mise en pièces , consumée : croyons-nous qu'elle le soit 7 Ne croyonsrnous pas que Jésus-Chrûit est monté au ciel , et qu'il y vit tout entier? Nous le croyons , mon Sauveur! toute la terre le sait. Si nous croyons avec cela que pous vous mangeons, et que ce qu'il vous plait nous donner à recevoir dans nos corps, est votre corps et votre sang ; si nous le croyons ainsi , c'est pour ne pas dire avec les murmuratem^ : Comment cet homme
(0 /oan. ¥1. 63.
588 XÉOITATIONS
nous peut-il donner sa chair à manger ? Qui sont donc ceux qui le disent , puisque visiblement ce n est pas nous? Qui sont ceux qui le disent , sinon ceux qui ne peuvent se résoudre à croire qu^on puisse manger la chair de Jésus-Christ sans la consumer, h mettre en pièces ; ni la manger véritablement en sa propre substance sur la terre , sans la tirer du ciel? Jésus-Christ a dit : C'est V Esprit gui vitrifie (0 : est-ce nous qui le nions ? Ne croyons-nous pas que sa chair est toute pleine de Tespnt qui vivifie? S*ila été conçu en chair, ilj a été conçu du SainirEsprii: nous le croyons. Le Saint-Esprit est swvenu en Marie ip) : nous le croyons. S'il a été offert en U même chair avec laquelle il a été conçu , c'est par l'Esprit saint qu'il s'est offert P) , ou comme porte Toriginal : c'est par l'Esprit étemel: nous le croyons. Tout ce que Jésus-Christ accomplit en chair, s'accomplit en même temps en esprit. Ce n*est pas précisément de la chair, c'est encore principalement de Tesprit qui lui est uni , que vient la vie : nous le croyons. Nous ne disons pas avec les Caphamaîtes que Jésus soit le fils de Joseph , ni simplement le Fils de rhomme ; nous disons que le Fils de Thomme , qui est conçu de Marie , est en même temps le Fils de Dieu, et doit, comme lui dit Fange, être appelé véritablement et proprement de ce nom. Nous croyons de même que ce Fils de Thomme , qui a expiré en la croix , n est pas seulement le Fils de l'homme \ et nous disons avec le centenier : Cétoà vraiment le Fils de Dieu (4). Et quand on mange sa
(0 Joan. Yi. 64. — (>) Luei.Z$.^ (3) ffeb, iz. i^. .« (4) MmL xxvii. 54.
SUR L*ÊVANGILE. 68g
chair et qu on boit son sang , nous croyons qu il le &ut faire en corps et en esprit tout ensemble ^ et que c'est l'Esprit tfui viififie.
Il a dit : Za chair ne sert de rien (0 : nous le croyons : et nous remarquons premièrement , car nous pesons avec foi toutes ses paroles, nous remarquons, dis- je, qu'il ne dit pas : Ma chair ne sert de rien : car ce ne seroit pas interpréter, comme vous le prétendez , mais détruire son premier discours , oii il a dit tant de fois que' sa chair nous servoit à avoir la vie. S'il dit donc, que la chair ne sert de rien^ c'est la chair comme Fentendoient les Gapharnaïtes, la chair du fils de Joseph : et encore la chair tellement mangée avec la bouche du corps, qu'elle soit mise en pièces et consumée, en sorte qu'elle ne puisse rester pour être transportée au ciel : car c'est ainsi que l'entendireiit ces murmurateurs. Nous ne l'entendons point de cette sorte : et quand enfin il faudroit entendre que la chair de Jésus-Christ^ quoique prise , quoique mangée avec la bouche du corps, de cette manière admirable que les incrédules ne peuvent entendre, ne sert de rien ; nous le croyons encore de cette sorte : car en mangeant cette chair, nous savons qu'il la faut manger comme une victime qui a été immolée , et se souvenir de lui en la mangeant, s'attendrir dans ce souvenir, se rendre avec lui une hostie sainte, participer à son esprit comme à son corps ; en un mot, lui être uni de corps et d'esprit, comme le fut la sainte Vierge, lorsqu'elle le conçut dans ses entrailles : autrement cette chair ne sert de rien.
59^ ICÉOITATIOAS
quoiqu'on la mange , quoiqu'on la reçoive dans son coq>s. Jësus - Christ ne dit pas aussi qu'on ne li mange point , qu'on ne Ta point en substance ; mais qaelle ne sert de rien : comme saint Paul ne dit pas qu^on n'a point le corps du Sauveur quand on le reçoit indignement; mais gu*on ne le discerne pas (0. Il faut donc, non-seulement le recevoir par le corps y mais le discerner par l'esprit ; autremeot, loin de servir , il nous condamne , et nous sommes rendus coupables du corps et du sang du Seigneur (>). La chair ne sert donc de rien, de quelque façon qu'on l'entende : elle ne sert de rien toute seule , ni par elle - même : ce n'est point à elle qu'il Cint s'arrêter. Et si l'on veut encore entendre par cette parole y la chair ne sert de rien, c'est-à-dire, le sens charnel ne sert de rien : nous le croyons encore ; car ce n*est point la chair m le sang çui nous a réuélé (?) ce que nous croyons , ni cette manière incompréhensible avec laquelle nous croyons manger la chair du Sauveur. Ainsi tout ce qu'il a dit de sa chair mangée et de son sang bu , encore qu'il le faille entendre au pied de la lettre , de sa chair et de son sang pris en leur propre substance, est esprit et vie , à cause qu'en toute manière H y faut toa<* jours joindre l'esprit : nous le croyons : et pour bien entendre toutes les paroles du Sauveur , nous ne croyons pas que les dernières , où il a parlé de l'esprit y excluent les autres où il a parlé de la chair; mais nous apprennent à unir l'un et l'autre ensemble y et à chercher l'esprit dans la vérité et dans b propriété de la chair.
I 0) /. Cor, XI. 39. — C») lUd, a;. — P) Matth %wu
SUR LÉVANGILE. 5gi
OÙ est donc la foi des catholiques? Elle est dans les paroles de saint Pierre : Seigneur, à qui irionsnous ; vous avez des paroles de vie étemelle (0? Nous les croyons toutes ; et celles où vous inculquez avec tant de force qu*on mangera en substance votre chair ; et celles où vous enseignez avec la même netteté y qu'il faut profiter de votre esprit. Voilà quelle est notre foi : voilà ce que nous croyons. Et où est la foi de ceux qui quittent FEglise ? sinon dans ces paroles des Capharnaïtes : Comment cet homme nous peut-il donner sa chair à manger ? Nous la donner pour la consumer, c'est chose absurde et inhumaine ; nous la donner sans la consumer , et en sorte qu'en même temps elle demeure entière dans le ciel ; c'est chose impossible.
Seigneur y nous ne sommes point de cette troupe : on ne peut nous attribuer en aucun sens ce Comment des murmurateurs. Nous nous rallions avec saint Pierre^, nous retournons au cénacle , pour y faire la cène avec vous et avec vos disciples. Quelle simplicité ! quel silence I Prenez , mangez ; c'est mon corps : Buvez , c'est mon sang» Il ne dit pas : Ils seront en vous par la foi ; mais ce que je vous présente , Cela l'est Croyez-y , n'y croyez pas ; cela est : cela est , parce que je le dis , et non pas parce que^ vous le croyez. Que cela est étonnant ! Et néanmoins Jésus le dit sans rien expliquer ; les apôtres Vécoutent sans rien demander : ces questionneurs perpétuels , s'il m'est permis une fois de les appeler ainsi , se taisent : *ils font ce qu'on leur dit , nonseulement sans contradiction et sans murmure ; mais
(0 Joan, Ti. 6g.
encore sans avoir besoin d*autre instmction que de celle qu ils avoient reçue. Les murmures avoient été trop repoussés , les questions trop précisément re« solues ; tout est calme , tout est soumis : le Père les a tirés. Et les autres ? Ah ! fidèles , retirez-vous de leur compagnie : séparez-vous de ces séditieux, de ces impies , qui murmurent y non pas contre Moïse (0, mais contre Jésus-Christ même : séparesvous - en , pour n*étre point enveloppés dans leur péché. Quoi ? que leur va-t-il arriver ? La terre se va-t-elle ouvrir sous leurs pieds , pour les engloatir tout vivans 7 Non ; c est quelque chose de pis : ils quittent TEglise ; ils sont livrés à leur propre sens.