XLIV.' JOUR
Communion indigne, L Cor. xi. 27 — 29.
Et ceux qui ^ sans quitter TEglise, conservant la vraie foi du corps et du sang de Jésus-Christ , les re* çoivent indignement , sont-ils tirés par le Père ce'leste ? les a-t-il donnés à Jésus-Christ ? et viennentils à lui comme il faut ? Non sans doute ; puisque Lien éloignés de recevoir la vie , saint Paul dit W, €[uils boiv^ent et mangent leur condamnation , parce quils ne discernent pas le corps du Seigneur.
Le saint apôtre parle ici d'une manière terrible^ puisqu'après avoir rappelé dans la mémoire des fidèles que Jésus-Christ avoit dit que ce qu'il donnoit à manger étoit son corps , le même qui devoit être
CO iVttm. XVI. îi6. — (») /. Cor. xi. 29, So.
percé
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percé et rompu à la croix ; et que la coupe qu'il leur donnoit à boire , ëtoit , par le sang verse qu elle contenoit, rinstrument de l'alliance et du testa* ment que le Sauveur faisoit à leur avantage ; il en conclut gue ceux qui mangent ce pain : remarquez ce pain ^ c'est-à-dire ^ ce pain fait corps, ainsi qu'il vient de le raconter; el baii/ent la coupe du Sei-^ gneur indignement^ sont coupables de son corps et de son sang (0. Et qu'est-ce qu'en être coupable? si ce n'est non-seulement les profaner, mais encore leur faire un outi'age de même nature que celui qui leur avoit été fait par les Juifs, lorsqu'ils déchirèi*ent l'un , et répandirent l'autre. Et c'est pourquoi ils boiifeni et mangent leur condamnation ; parce que semblables à ces perfides , ils nauoient mis aucune différence entre le corps de Jésus-Christ et celui deÉ Toleurs qu'ils avoient crucifiés avec lui. Et remarquez que l'outrage que les Juifs avoient fait à Jésus- Cbrist, rcgardoit précisément son corps. Car ce n*cst qu'au corps qu'on peut nuire, en le livrant à la mort; conformément à cette parole : Ne craignez pas ceux cm ne peuvent que tuer le corps, et ne peuvent pas étendre plus loin leur puissance (^). Les Juifs, donc outi*agèrent ce corps en lui-même, et en sa propre substance , lorsqu'ils le mirent en croix ; ils outragèrent ce sang en lui-même et en sa propre substance , loi*squ'ils le firent couler sur la terre par un infâme supplice , comme si c'eût été le sang d'un coupable. Vous faites un semblable sacrilège , lors* que vous mangez et buvez indignement ce corps
(») /. Cbr. XI. 37. — W Lu9. XII. 4-
BossuET. IX. 33
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et ce sang; vous les profanez ^ vous les ontraget en eux-mêmes; et cet outrage que vous faites aa corps du Sauveur y est de ne le pas discerner, de n en pas connoître la sainteté ni le prix. Il ne dit pas qu'ils ne le reçoivent point faute de foi , comme lie disent nos hérétiques ; mais qu'ils ne le discemest pas, en supposant qu'ils le reçoivent : comme <m diroit d'une pierre précieuse , que vous jetteriei dans la boue comme une autre pierre , après FaToir reçue y non pas que vous ne l'avez point reçue ^ mais que vous n'en avez pas fait le discernement et l'estime qu'il falloit.
Ce n'est pas non plus ce que disent encore ces hérétiques : Vous êtes coupable de ce corps et de ce sang y comme on est coupable envei^ la personne du prince y lorsqu'on en déchire injurieusement le tableau. Car il n'est point ici parlé de tableau ni de figure : l'apôtre fait aller de même rang : Ceci est mon corps : Coupable du corps : et, ne pas discerner le corps. 11 ne faut point diminuer le crime de ceux contre qui l'apôtre s'élève, ni aflbiblir ^ho^ reur qu'on en doit avoir. Il est vrai qu'en traitant indignement Tirnage du prince, on l'attaque, on le déshonore lui-même; mais par une injure bien inférieure à celle qu'on lui feroit en attentant sur sa personne sacrée. L'attentat des chrétiens, qui mangent indignement le corps du Sauveur et boivent indignement son sang, est de ce dernier genre; c est un attentat fait immédiatement sur la personne : en un mot, il y a deux choses à considérer dans le supplice de Jésus-Christ; le crime des Jtuifs, et l'obâssance du Sauveur. Ceux qui reçoivent dignement
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son corps et son sang , participent au mérite de son obéissance : ceux qui les reçoivent indignement , participent au sacrilège de ses meurtriers y et attentent comme eux .immédiatement sur sa personne adorable.
Seigneur^ tirez-nous à voUs, inspirez-nous un juste discernement du corps que nous recevons : ne le traitons pas comme une chose immonde ^ en le recevant dans un corps impur et souillé. Les choses saintes sont pour les saints y comme on crioit autres fois au peuple fîdèle > lorsqu'on alloit distribuer le corps de Jésus- Christ. Ne le touchons pas avec des mains sacrilèges ; ne le recevons pas avec une bouche impure ; ne lui donnons pas un baiser de Judas y un baiser de traître : que ce soit un baiser d'épouse > un baiser rempli d'ardeur y et qui soit le gage d*un chaste et perpétuel amour. Quil me baise du baiser -de sa bouche (0; d'un baiser d- époux ; que je lui donne aussi le baiser d*épouse ; celui que lui donnent les vierges y les âmes chastes dont il est aimé. Tirez-nous^ Seigneur , à ce chaste et doux baiser: tirez-nous, t et nous courrons après vos parfums. Ceux qui sont droits vous^ aiment W. Ce sont ceuxlà qui vous donnent çq saint baiser y ce baiser de paix et d'un amour éternel. Car personne ne vient à moi que mon Père ne le tire (3) : personne ne vient à moi y qu'il ne lui soit donné par mon Père ; nul ne communie dignement que par cet attrait.
(0 Cant, I. I. — (») Ibid. 3. — \}) Joan. vi. 44, 66.
ig6 MÉDITATIONS.