‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 163 sur 189 · XLV.* JOUR · texte numérisé non relu

XLV.* JOUR

Qui sont ceux gui communient indignenienL

Lisez y I. Cor. chap. x, depuis le verset 16 jnsqu'au 22. CTest encore une terrible sentence coatre ceux qui communient indignement : F'tms ne pwtfez pas boire du calice du Seigneur, et du calice des démons : vous ne pouviez pas participer à U table du Seigneur^ et à la table du démon (0.

Boire la coupe des démons y ce n est pas seule* ment boire dans la coupe dont on leur fait une effusion ! c^est boire à longs traits les plaisirs da monde y par lesquels on se livre à eux. Participer k la table des démons , ce n*est pas seulement manger des viandes qui leur ont été immolées : c^est se livrer à Tavarice^ qui est une idolâtrie; à la gourmandise, par laquelle on fait un dieu de son ventre ; à toat les autres vices , par lesquels on livre aux démons ce qui étoit dû à Dieu.

Mais un des péchés que Teucharistie souffre le moins y c*est celui de la dissension et de la haioe contre son frère ; car le propre effet de Teucharistie j cest de nous unir pour ne faire qu*un mêine corps y selon ce que dit saint Paul: Quoique nom soyons plusieurs ^ nous ne sommes tous ensembk quun même pain et un même corps , nous tous gui participons à un même pain (a). Quiconque donc prend ce pain de vie; qui prend ce corps, qui nous

(0 /. Cor. X, ao, ai. -* W lUd. 17.

SUR L ÉVAHGILE. Sgy

est donné sous la forme et sous Tespèce du pain ^ pour sustenter notre ame , qui étant distribué à plu* sieurs y demeure toujours le même, et parfaitement le même 9 ne souffrant aucune division en sa substance ; doit être un avec tous les membres . comme il doit être un avec Jésus-Christ. Et c'est Timpression que porte en soi le pain sacré de Teucharistie. Celui-là donc qui la reçoit ayant la haine dans le ' cœur contre son frère , fait violence au coi-ps du Sauveur y puisqu'il vient pour nous faire un même corps y et que nous demeurons dans la division.

Mais qu'arrivera-t-il à ceux qui demeurent ainsi divisés , pendant que le corps de Jésus-Christ les vient unir? Ce divin corps ne peut demeurer sans efficace : ceux qui ne veulent pas se laisser unir, il les brise y il les met en pièces , il les divise contre eux-mêmes; leur propre conscience les condamne; il les an^ache de son unité, il les sépare de son corps mystique. S'ils y demeurent à l'extérieur, ils en sont séparés selon l'esprit ; ce sont des membres pourris; des arbres infructueux^ doublement morts ^ déracinés j comme disoit l'apôtre saint Jude (0. Ils semblent être encore sur pied , et se tenir sur leur racine ; • mais ils ont la mort dans le sein, et leur racine ne tire plus de nourriture.

Allez donc, et comme le Sauveur vous l'a ordonné lui-même, allez vous réconcilier a\fec voire frère (2) : non-seulement vous n'êtes pas digne de participer à l'autel , mais encore vous n'êtes pas digne d'y ofr^ frir votre présent : non-seulement vous n'êtes pas digne de participer à l'oblation de Tautel, m£Ûs vous

(0 Jud, Ej^. 12. — (») MattJi. Y. a3, a4.

5c)8 MÉDITATIONS

n'êtes pas digne d'y assister. Le sang de Jésus-Christ, qu'on lève au ciel , crie vengeance contre vous , parce que c'est un sang qui a pacifié et réconcilié toutes choses dans le ciel et dans la terre (») : et non*seulement les hommes avec Dieu, mais encore les hommes entr'eux. Et vous n'écoutez pas la "voix de ce sangqui parle mieux que celui d'Abel (3).'Car il parle pour la paix^ et le sang d'Âbel crioit vengeance; mais vous le contraignez à crier vengeance , si vous rejetez h paix fraternelle pour laquelle il est répandu. Ce sang crie au meurtre , à la vengeance; vous êtes le meurtrier y contre qui il crie : car celui qui hait son frère est homicide (3), Retirez-vous , malheureux , fuyez la voix de ce sang.

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