‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 59 sur 189 · XXVII/ JOUR · texte numérisé non relu

XXVII/ JOUR

Parabole des deux fils désobéissons. AppUcatiom aux chrétiens lâches et tièdes et aux faux dévfAs. Matth. XXI. a8, 3i.

Que vous semble de ceci: Un homme auoii deux j fils (0> etc. Cette parabole va convaincre les pontifes et les sénateurs d*une hjrpocrisie manifeste. Le Fils de Dieu nous y marque deux caractères dam ces deux fils : Fun est celui d'une désobéissance manifeste : Fautre est celui d'une obéissance imparfidte, et plus apparente que solide ; et il se trouve que œ dernier est le plus mauvais.

Il y a des gens qui promettent tout, ou par foiblesse , parce qu'ils n'ont pas la hardiesse de résister en face^ ou par légèreté , ou par tromperie. Us n'osent vous dire qu'ils ne veulent pas se corriger, et quoique peu résolus à Vous obéir ^ ils vous disent : Seigneur , je m* en vais : Eo, Domin. Ils vous appellent , Seigneur : ils ont un certain respect : ils sont en apparence prompts à obéir : ils ne disent pas. J'irai , mais. Je vais : vous diriez qu'il va marcher y et que tout est fait. Cependant il n'obéit pas ; il ne bouge pas de sa place , ou parce qu'il vous veut tromper , ou , ce qui est pis, parce qu'il se trompe lui-même^ et se croit plus de volonté et plus de courage qu'il n'en a.

11 paroit que ce caractère est manifestement le

(0 Mmh. xzi. a8, 29, 3o, 3i,

SUR l'ÉVARGILE. 11)5

plus mauvais : ces foibles résolutions ^ et cet extérieur de piété font qu'on s^imagine avoir de la rdigion ; et on n a point cette horreur de soimême et de son état qui fait qu'on le change. Mais pour celui qui tranche le mot : Je ne veux pas : NoLo : comme il résiste à Dieu par une manifeste désobéissance , et ne peut se flatter d'aucun Lien ; à la fin il a honte de soi-même , et réveillé par son propre excès ^ il s'en repent : PoEirrrENTiiL motus imr : Touché de repentir, il obéit.

Notre Seigneur fait voir aux pontifes que ce dernier caractère est le leur. Nourris dans la piété ^ ils n^ parlent que de Dieu , que de religion , que de l'obéissance qu'on doit à la loi ; et parce qu'ils en parlent souvent , ils se croient assez gens de bien y et ne se corrigent jamais. C'est pourquoi Jésus^hrist leur parle de cette manière terrible : Les publicains et les femmes de mauvaise vie arriveront plutôt que vous dans le royaume de Dieu (0 : parce que, confus de leurs excès, ils en ont fait pénitence à la voix de Jean : et vous , qui par vos lumières et la dignité de vos charges deviez donner l'exei iple aux autres, non-seulement vous n'êtes pas venus les premiers, comme on avoit raison de l'attendre ; mais vous n'avez pas même su profiter de l'exemple des autres. Plus endurcis dans le crime que les publicains et les femmes de mauvaise vie , vous les avez vus se convertir sans en être touchés. Double enfoncement dans le crime : premier ; ne faire pas mieux que de telles gens , et ne leur point donner Texemple : second ; ne profiter pas même du leur.

(0JfattA.xxi.3i, 3a.

ig6 MÉDITATIONS

Jean €st venu dans la voie de la justice j sans autre marque de sa mission que sa vie sainte et austère-; -et néanmoins ^s publicains et les femmes de mau' vaise vie en ont été touchés (0* Et vous qui avez vo Jésus-Ckrist) qui, non-seulement marchoit comme Jean dans la voie de la justice , puisqu'il a dit , non dans le désert , mais dans le milieu du monde : •Qui me reprendra de péché W ? mais qui a fait de si grands miracles ., qu'il y avoit de quoi émouvoir les plus insensibles : vous , dis-je , qui lavez va et qui avez ouï sa voix^ vous n-auezpas cru. Quelle est votre honte et quel sera votre supplice !

Vous y ô prêtres , religieux et religieuses ^ dont la vie ne répond pas à votre état; et vous tous^ ô gens de bien en apparence y dévots de profession , apjdiquez-vous cette parabole. Ne vous lasserez-vons jamais de n'avoii* qu'un vain titre de piété ^ à rexemple des pharisiens, des pontifes et des sénateurs des Jni6? Rougissez, rougissez une bonne fois : humiliez-voas,, confessez vos foiblesses, et les corrigez. Cest à vous que Jésus parle dans ce discours.

XXVIIL* JOUR.

Parabole des vignerons, prise de Da%fid etd*Isaïe> Juste punition des Juifs : leur héritage transféré aux gentils, Matth. xxi. 33 — 4^. Marc. xii. i -* 9. Luc. XX. 9— .19.

Ecoutez encore cette parabole (?). Dans la précédente parabole , Jésus avoit fait sentir aux séna-

(0 Mmh. x^ 3a. — (>) Joan. tiii. 46. ^ (3} Matth. zzi. 33.

tearSy anx docteurs et aux pontifes , leur iniquité : il lear va faire avouer ici le supplice qu ils mërhent. Car il les convaincra si puissamment , qu^ils seront eux-mêmes contraints de prononcer leur sentence.

Ecoulez encore eeUe parabole. C'est à nous qu'il paile aussi bien qu'aux Juifs : écoutons donc , et voyonSy sous la plus claire et sous la plua simple figure qui fîit jamais, toute l'histoire de l'Eglise.

Un père de famille a planté une vigne. C'est ce

^ David avoit chanté : Vous ayez transplanté la

v^pw ^fue vous aviez en Egypte ; vous ayez chassé

Us mentUs de la terre de Chanaan , et vous l'y ayez

gantée. Elle a pris racine^ eê a rempli la terre :

som omife a couvert les montagnes ^ et ses branches

se sont étendues sur les plus hauts cèdres : elle a

proyigtté jus^uà la mer et jusquà l'Euphraie (0.

Mais voici quelque chose de plus clair en Isaïe :

Une vigne a été plantée pour mon bien-aimé, pour

le Fils qui a été oint, pour le Christ : il l'a faite

du meilleur plant : il a éleyé une tour au milieu^ pour

y loger ceux qui la gardoient : i7 a bâti un près*

soir (3). Voilà les propres paroles de notre Sauveur.

H a loué cette vigne à des vignerons (^) : il en a

commis la culture aux pontifes , enfans d' Aaron , et

aux docteurs de la loi.

\ Ha envoyé ses serviteurs , pour en recueillir les

J fruits (4). J'ai envoyé^ dit le Seigneur (5), mes ser-»

\ viseurs les prophètes, le soir et le matin, pour avertir

l et les princes , et les pontifes , et le peuple , qu'ils

jff^i eosient à donner à Dieu le fruit qu'il attendoit de la

j ^0P«. uxix. 9, 10, II, la.— W Is. Y. I, a. — (') Matih. xxi. y I 31 ^^4) lUd. 34- — ^^ Jcrem, xxxT. i5. et xxv. 3, 4«

igS MÉDITATIOKS

culture qu'il avoit donnëe à sa vigne par la loi et par les saintes Ecritures. Au lieu d'écouter les prophètes , ils les ont persécutes , Us les ont massa' crés (0. Lequel des prophètes vos phres n'ont -ûs point persécuté j leur dit saint Etienne W? IlsoiA massacré ceux qui nous annonçoient Varrii^ée Jk juste j dont vous avez été les traîtres etles meurtriers, | C'est justement ce que Jésus-Christ leur reprodie ] dans la parabole. Apt*ès tous les prophètes , il a envoyé son FUs, Jésus-Christ lui-même ; Ils respecteront mon Fils. Il avoit de quoi se faire respecter par sa doctrine admirable y et par ses miracles. Mais cependant ils l'ont traîné hors de la vigne , hors de Jérusalem, surle Calvaire; et ilsl'ont inhumainement tué par tes mains du Ponce Pilate et des gentils. Admirez combien vivement Jésus les presse , comme il leur découvre ce qu'ils machinoient, ce qu'ils alloient accomplir dans deux jours. Ne devoient-ils pas être attendris ? D'autant plus que le Sauveur leur mit leur crime si évidemment devant les yeux , que leur ayant demandé ce que le père de famille feroit en cette occasion , ils avoient été contraints de répondre : FI punira ces méchans selon leur mé^ chancelé , et il louera sa vigne à dt autres vigne^ rons (3) ; ou, comme il l'explique après : Le royaume de Dieu vous sera ôté , et sera donné à un peuple qui en rapportera les fruits (4). C'est ce qui devoit arriver bientôt, lorsque les apôtres leur dirent : Il vous falloit premièrement annoncer la parole de Dieu : mais puisque vous la rejetez , et que 'vous

(0 MaUh, XXIII. 34, 37. Luc, xui. 34- — («) Ait* Yii. 5a. ^->

C^) Matth, xxi. 4i . .^ (4; md, 43.

SUE L^ÉYÀNGILE, I99

wnu Jugez indignes de la vie éternelle , nous pas-son»- aux gentils : car c'est ainsi que le Seigneur nous la ordonné : Je t'ai établi pour éclairer les gen^ tik{i).

Voilà donc raccomplifisement de la parabole du Sauveur : le royaume de Dieu est ôté aux Juifs, et il est donné à un peuple qui en devoit porter les fruits. Car les gentils entendant la déclaratioaque les apôkt& firent aux Juifs si hautement , 5e réjouirent, et forifioient la parole de Dieu ; et tous ceux qui étaient préordonnés à la vie étemelle^ crurent (s). Ainsi les gentils portèrent les fruits que Dieu avoit attendus des Juifs, comme ditTapôtre saint Paul : Lt prépuce est imputé à circoncision aux gentils qui gardent la loi ; et il jugera les circoncis qui en sont préifaricateurs (3).

Ne trompons point Tattente du Sauveur: et puisque nous sommes cette nation qu'il a choisie pour porter les fruits de sa parole, fructifions en bonnes œuvres. Les fruits de r esprit sont la charité, la joie, la paix , la patience , la bénignité , la bonté , la douceur , la foi, la modestie , la chasteté , la tempérance (4). Voilà les fruits qu'il nous faut porter , et non pas les œuvres de la chair qui fructifient à la mort : qui sont les impuretés, les impudicités , les querelles , les jalousies ^ les ivrogneries , les débauches , et les autres que saint Paul raconte dans le même lieu (5). Autrement le royaume de Dieu nous sera ôté comme aux Juifs, et un autre recevra notre couronne (^). Car si Dieu n'a pas pardonné

(0 Act. XIII. 46, 47. — (*) ihid, 48. — (3) Rom, ii. 25, 26, 27.— (0 GaL T. 22. — ^5) ihid. 19 , 20, 2 1. — (6) ApoG. m. 1 1.

aOO MÉDITATIONS

aux Juifs j qui étoient les branches naturelles de to\ olwier, il vous pardonnera encore moins (0. Ce sei }à la grande douleur des Juifs , de voir entre 1< mains des gentils la couronne qui leur étoit destinée lorsque , comme dit le Sauveur^ ils verront venir lu ^bis d Orient et d Occident , pour s asseoir opi Abraham j Jsaac et Jacob , dans le rojaume dt deux j et que les en/ans du royaume seront chassa dans les ténèbres extérieures. Là sera pleur et gris cernent de dents (^). Car on verra la place qu'on d< voit avoir, la couronne qu^on devoit porter sur ! tête; si réelle ^ qu'on verra actuellement cette pla< remplie par d'autres, et cette couronne sur une auti tête. Alors on pleurera sans fruit , et la rage sei poussée jusqu'au grincement de dénia. Ecouti écoute, chrétien ! Lis ta destinée dans celle d( Juifs : mais lis et écoute dans le cœur; et ne lais pas tomber à terre une parabole si claire et si da rement expliquée.

O mon Dieu ! vous me destinez cette couronm Que je Tarrachè promptement de vos mains : ell ne périra pas ; car vous savez à qui la donner : voc connoissez vos élus , et le nombre en sera complet Mettez-moi au nombre de ceux qui ne perdent poit leur couronne.

(0 fiom. XI. ax. — (>) Matth, vm. 11,12.

Sun LÉVAIiaiLE. SOI

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